CHAPITRE XVII
porté depuis long-temps à donner une attention particulière aux sensations respectives que l'air sec et l'air humide produisaient sur moi-même et sur d'autres par un temps froid.
L'air humide , à température égale ou supérieure, produit une sensation spéciale de froid qui diffère , non par son intensité , mais par sa nature. Elle est aussi plus profonde ; elle parait pénétrer toute l'économie , et dispose particulièrement à la pâleur et au tremblement. A ces caractères , je n'ai pu m£onnaître un genre de refroidissement qui consiste dans la diminution de la (acuité de produire de la chaleur.
Dana l'air sec , au contraire , ou éprouve une sensation qu'on appelle froid vif, et qui désigna plutôt la nature que le degré de la sensation ; de plus f elle est superficielle, et lorsque l'abaissement de la température n'est pas trop grand , on éprouve un surcroît d'activité ; la peau rougit ; et dans les cas extrêmes , les membres tendent à se roidir , au lien de céder à ces mouvemens irréguliers et involontaires qui constituent le tremblement»
On voit y par cette comparaison et par ce que nous avons exposé plus haut , que le froid humide doit tendre à produire , chez les individus dobt la faculté de développer la chaleur est peu énergique , la série de mouvemens qui constitue l'accès d'une fièvre intermittente , surtout s'ils sont exposes à cette influence pendant leur sommeil. I Voyez ci-dessus, p. 4740 On en trouvera la con-
firmation dans l'étude de la topographie médicale. Si , dans un grand nombre de cas, on rapporte ces fièvres aux émanations des marécages , pendant la belle saison , il en est d autres où elles surviennent dans des lieux et dans des saisons où règne la constttutiôn atmosphérique dont nous avons parlé.
Je ne fais pas un traité sur cette matière. Je compare les phénomènes que nous avons constatés par l'expérience , et que l'on peut reproduire à volonté > • avec ceux que nous fournit l'observation de la nature; je remarque ce qu'ils ont de commun ; mais je n'entre pas dans toutes les modifications que ces deux ordres de faits présentent.
§ V. Il en est de même de Y acclimatement , eu des effets que le changement de climat produit sur la constitution. On trouvera- des élémens relatifs à ce sujet dans le chapitre qui traite de l'influence des saisons sur la production de chaleur (chapitra v> 4e partie ).
v Puisqu'il y a sous ce rapport une constitution d'été et une constitution d'hiver f nous comparerons la première à celle des habitans des climats chauds, et la seconde à celle des habitans des climats froids ; mais il y aura cette différence que la modification qui caractérise la constitution d'été dans notre climat sera beaucoup plus marquée dans les climats chauds.
Nous avons fait voir qu'elle consiste ici, chez, les individus dont le tempérament est approprié au climat f en une diminution de la faculté de pro-
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duire de la chaleur en été, et un accroissement à cet égard en hiver; d'où nous conclurons que cette faculté sera moins énergique chez les habitans dés climats chauds que chez ceux des pays froids ; et , par cela même , lorsqu'ils changent de climat , ils doivent être , en général , moins en état de supporter le froid que les naturels du pays*
Si l'on en jugeait uniquement par leurs sensations, on serait souvent induit en erreur. Beaucoup d' individus venant de climats chauds sont d'abord moins sensibles au froid que les personnes du pays r c'est ce que Fpn pourra concevoir par l'expérience suivante. Si en hiver , dans une chambre d'une chaleur modérée , on tient quelque temps une main dans de l'eau glacée, et qu'on l'essuie après l'avoir retirée, la sensation de froid se dissipe peu. à peu; un sentiment de chaleur y succède, et ce sentiment peut être si vif % qu'on croie cette main plus chaude que l'autre» Mais cette illusion se disr sipe lorsqu'on les applique l'une contre l'autre : elle paraît alors plus froide au toucher. Elle l'e$t réellement , comme on peut s'en assurer par le thermomètre. C'est que la chaleur de la main qui avait été refroidie renaît promptement ; et cet accroissement rapide dans le développement de la chaleur est accompagné d'une sensation comparable à celle que l'on éprouve lorsque ce développement est stationnais avec une plus grande production-de chaleut*»
rapport avec la chaleur de l'air , et n'en que d'un petit nombre de degrés. Si piaintenant on veut savoir ce qui se passe chez les animaux , nous choisirons l'espace qui convient le mieux à ce genre d'observation.
11 n'y en a pas qui perdent plus pa ré vap oration que les grenouilles , et , comme leur production de chaleur est extrêmement faible , nous en ferons abstraction. Malgré la différence de leurs pertes par évaporation en été et en hiver , leur température suit de bien près les variations de celle de l'air. A plus forte raison , l'évaporation , moins active chez les autres animaux , ne saurait compenser l'élévation de la température extérieure. 11 s'ensuit que l'égalité de la température des animaux à sang chaud en été et en hiver, en supposant le fait avéré, n'est pas maintenue par l'évaporation. La cause qui contribue avec celle-ci à rendre leur chaleur constante ou peu variable dans les*vicissitudes des saisons, a été examinée ailleurs. ( Voy. p. 253 , etc. )
§ VII. Nous voici conduits à une question que je n'ai pas encore traitée , savoir , si réellement la température de l'homme et celle des animaux à sang chaud ne varient pas suivant les saisons.
On avait généralement cru, jusqu'à l'époque qù je m'occupais de cçs recherches, qu'elle était constante dans l'état de santé et dans les circonstances ordinaires, malgré les chaleurs de
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Tété et les froids de l'hiver. Pour m'en éclaïrcir f j'ai fait une suite d'observations sur la température des bruans et des moineaux , dans le cours d'une année. Elles ont été faites sur un grand nombre d'individus récemment priç , & différentes époques ; ce qui est préférable à des observations sur des individus tenus dans une longue captivité. J'ai reconnu qup les moyennes de leur température s'élevaient progressivement du cœur de l'hiver au fort de l'.été dans les limites de deux ou trois degrés centigrades. Les observations sur les moineaux m'ont donné la plus grande différence. La moyenne , pour ceux que j'ai examinés , était , au mois de février , de 4°°>8 cent. ; en avril , de 4^° i en juillet , de 4^%77* J'aî suivi ensuite la marche ' inverse dans le déclin de l'année.
J'ai jugé par là que l'homme éprouverait aussi des variations de température sous l'influence des saisons et du changement de climat , sinon dans la même étendue, du moins dans des limites appréciables. Je pensais que M. J. Davy , qui s'était beaucoup occupé de la chaleur animale avant son départ pour 111e de Ceylan , ne négligerait pas l'occasion de comparer la température de l'homme dans les deux climats. Il m'apprit, à son retour ,' qu'elle était plus élevée chez les habitans de Ceylan , soit indigènes , soit étrangers , d'un ou deux degrés de Fareinheit , et qu'il avait observé un pareil changement chez les mêmes individus avant leur départ et aprçs leur arrivéb.
4qO QUlTRlimS PARTIE.
§ VIII. L'accroissement de température dont l'homme est susceptible dans l'état de maladie , sans qu'il provienne de la chaleur ambiante , est beaucoup plus considérable. Le docteur Prévost , de Genève , qq'il suffit de nommer pour qu'on ne puisse pas douter de l'exactitude de l'observation , m'a communiqué le fait le plus remarquable de cette nature. Un de ses malades, un garçon de douze ans , était affecté tLe tétanos avec un développement extraordinaire de chaleur. Il roulât le déterminer, en plaçant un thermomètre à Taisselle ; il le trouva de 55° R. , ce qui équivaut à 43%?5 centig. En supposant que la température primitive de l'enfant fût $6*,j56f ce qui est audessus de la moyenne de cet âge , elle se aéra - élevée de 70 cent. •
§ EX.. On sait de quelle importance il doit être de modérer l'eues de la chaleur , non-seulement dans ce cas extrême, mais dans d'autres oit elle est moins forte , soit qu'elle vienne du dehors , soit qu'elle naisse à l'intérieur. Il est des circonstances où la chaleur s'accroît par un effort salutaire de la nature , et nous en avons donné plus haut des exemples. Alors même ces efforts sont souvent désordonnés , et l'art doit intervenir pour les modérer, et, ce qui vaut mieux encore , pour les prévenir lorsqu'il en a la puissance» Souvent le travail extraordinaire , qui augmente la chaleur, n a pas cette heureuse tendance, et la nécessité de la réprimer devient plus manifeste.