CHAPITRE HT. ^r
tomme assez considérables et assez constantes pour conclure que l'eau aérée, comparée à l'eau privée #air, prolonge la vie des grenouilles qu'on y subaerge ; mais il ne s'ensuit nullement qu'elles poissent y prolonger leur existence d'une manière indéfinie.
$ II. Eau stagnante renouvelée par intervalles*
Quoiqu'il ne parût nullement probable que les grenouilles , dépourvues d'organes spéciaux pour agir sur l'air contenu dans l'eau , fussent en état J'y vivre comme les poissons ; et queSpallanzani eut inutilement tenté des expériences à cet égard, je crus devoir ne rien négliger peur déterminer l'inlaence de Veau aérée sur l'existence des grenouilles dans ce liquide. Dans cette vue, je fis Fexpérience suivante :
Le 4 décembre , la température de i'air de l'appartement étant h 6°, je me servis d'un vase cylindrique de verre de la capacité de dix litres; je le remplis d'eau d'Arcueil; j'y mis un mâle de la grenouille rousse (rdna temporaria, Lmn.); je plaçai dans le vase un diaphragme de fil de fer pour empêcher l'animal de venir respirer à la surfece. Je laissai l'appareil en cet état jusqu'au lendemain, ou je trouvai la grenouille vivante > comme je devais m'y attendre , d'après toutes mes expériences précédentes. Je soutirai l'eau au moyen d'un siphon qui passait à travers une des mailles du diaphragme,
et j'en laissai un peu pour que Y animal fût toujours submergé. Je remplis de suite le vase d autre eau , et je continuai à la renouveler ainsi les jours suivans. Non-seulement la' vie de la grenouille sous l'eau se prolongea plus long-temps que dans aucune de mes expériences précédentes, et au-delà du terme de huit jours, obtenu par Spallanzani dans une expérience où la température était à i° ou o,5° audessus de o° ; mais elle vécut tout le mois de décembre, tout celui de janvier, et même jusqu'au o5 février ; ce qui fait une durée de plus de deux .mois et demi.
Lorsqu'elle y mourut on avait oublié de changer l'eau, qui avait été , jusque là , renouvelée tous les jours. La température, pendant cet espace de temps, avait varié entre o° et n°; l'eau était à cette dernière température lorsque l'animal périt. Dans ce long" intervalle jamais la grenouille n'a paru privée de l'usage de ses sens et de la locomotion , pas même lorsque l'eau était à zéro : nouvelle preuve que les grenouilles, comme je l'ai déjà observé , ne sont pas engourdies sous l'eau , même à la température de la glace.
Voici donc une expérience décisive qui établit qu'une grenouille peut vivre plusieurs mois sous l'eau sans jamais venir respirer à la surface, pourvu que ce liquide soit en quantité suffisante et convenablement renouvelé. Elle y vit aux dépens de l'air qui s'y trouve dissous; car si l'on néglige de renouveler l'eau ,ou si l'on emploie de l'eau pri-
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vfe d'air , elle ne tarde pas à y périr. Un des résultas les plus remarquables de cette expérience , est que les grenouilles sont des aniq^ux véritablement amphibies, puisqu'elles ont la faculté de rivre sur la terre, en respirant l'air de l'atmosphère, et de vivre sous l'eau aux dépens de l'air que contient ce liquide, sans avoir un besoin indispensable d'y suppléer en s'élevant à la surface pqur puiser dans l'air extérieur.
Les têtards, qui sont pourvus de branchies et de poumons, me paraissaient devoir vivre sous l'eau aérée sans venir respirer à la surface : j'ai cependant voulu m'en assurer par une expérience directe. Je me suis donc servi du même appareil que dans l'expérience où j'ai constaté que les grenouilles pouvaient vivre plusieurs mois sous l'eau, et j'ai obtenu le même résultat avec les têtards.
Quoique ces animaux aient la double faculté de tirre aux dépens de l'air de l'atmosphère et de celui de l'eau , ils ne peuvent cependant habiter la terre avant l'entier développement de leurs membres ; mais les grenouilles jouissent également de la faculté de respirer dans l'air et dans l'eau, quoi- (ja'elles soient dépourvues du double appareil de poumons et de branchies; et elles peuvent également habiter la terre et l'eau.
52 PREMIÈRE PARTJK.
§ III. action de l'eau aérée sur la peau.
Examinons maintenant quel est l'organe qui est en rapport avec l'air contenu dons l'eau lorsque ces animaux y séjournent. J'observerai d'abord qu'il serait possible que les grenouilles, vivant sousl'eau, fissent entrer ce liquide dans leurs poumons, et que ces organes remplissent alors les fonctions de branchies en agissant sur l'air de l'eau : c'est ce qu'on pourrait vérifier en les observant lorsqu'elles sont sous l'eau r dans un vase transparent. On sait que le mécanisme de leur respiration est différent du nôtre. Elles avalent latr de l'atmosphère et le font entrer dans leurs poumons , de manière que leurs inspirations se reconnaissent à des mouvemens de déglutition. Les mouvemens delà gorge sont manifestes, et ne peuvent échapper à l'observation. C'est pourquoi je me suis particulièrement attaché à remarquer ce qui se passe, chez ces animaux plongés sous l'eau. Si l'on observe une grenouille à l'air, et que Ton compte les mouvemens de sa gorge, on voit qu'elle fait environ de quarante à cent inspirations dans une minute. Si on la plonge sous* l'eau, elle cesse k l'instant tout mouvement de déglutition , et quel que soit le temps qu'elle y reste submergée , il est rare qu'on observe des mouvemens respira— toires. Pendant les deux mois et demi qu'a dure l'expérience où j'ai fait vivre une grenouille sous