CAUSES DU FLÉCHISSEMENT DE LA RÉSISTANCE AU PALUDISME
L'organisme infesté se défend contre le parasite. Nous avons vu que si l’immunité contre la forme gamète ne pouvait s’acquérir (Garin) limmunité contre la forme schizonte est aisément réalisée, surtout avec l’aide de la quinine. L’individu reste porteur sain de gamètes. Sous certaines influences ces gamètes pourraient parthénogénétiquement donner des schizontes (schizogonie régressive). Si à ce moment l’immunité n'existe plus à l'égard du schizontes, il se reproduit des accès.
Les causes du fléchissement de la résistance, détruisant cette immunité agiront donc aussi bien sur le paludisme primaire que sur le paludisme secondaire, et sur le paludisme latent, ne s'étant jamais révélé. L'observation montre en effet que les mêmes causes peuvent déclancher une fièvre de première invasion, un accès intermittent, ou un premier accès chez un individu ayant quitté depuis longtemps le pays fébrigène. Les mêmes facteurs peuvent être des causes d’aggravalion d’un paludisme en évolution.
Température. Ghaleur. — Son rôle est nette-
dm / 30 F
ment dégagé par tous les auteurs ; l’action de l’insolation, de la marche au soleil est caractéristique, nous ne nous étendrons pas sur ce sujet.
Froid. — Les nuits froides amenaient un plus grand nombre d'accès que d'habitude, de même Îles accès étaient beaucoup plus fréquents aux premiers froids de l’hiver. Je citerai, entre mainte autre, cette observation de paludisme latent réveillé à l'occasion
d’une réfrigération.
Sous-lieutenant P..., quarante-cinq ans, habitait depuis longtemps à Suez: pas de paludisme antérieur. Séjour à Corfou depuis janvier 1916.
En Macédoine depuis avril 1916, n'avait présenté aucun symptôme de paludisme ; en janvier 1917, alla faire des relevés topographiques, par un froid intense, auquël il resta exposé toute une journée. Il se sentait mal à l'aise pendant tout son travail, et ressentait des frisonnements continuels. Rentré au cantonnement, se couche, mais ne peut arriver à se réchauffer, ressent de la céphalée, des courbatures puis est brusquement pris de vomissements. Sa température vers 7 heures du soir est de 39-09, il présente à ce moment du délire, une agitation continue. La rate est augmentée. Les vomissements continuent, bilieux, une légère diarrhée a paru, urines rouges, chargée, albumineuses. Je lui fais une injection de 0,80 de quinine dans 20 centimètres cubes de sérum artificiel, et prescris de lui administrer dans la nuit 4 cuillerées d’une solution de quinine à 8 grammes par litre, Le lendemain matin température à 38-5, le soir 39-6, le
malade a éliminé à peine 20 centimètres cubes d'urine. Nou-
ETS À, DE
velle injection de 0,90 de quinine (dans la journée le malade n'avait pas pris de quinine). Crise urinaire et sudorale dans la nuit, le matin, la température était revenue à la normale et il persistait seulement une grande asthénie. Le malade fit ensuite quelques accès intermittents (ébauche de tierce) qui disparurent par le traitement quinique.
En résumé. — Paludisme latent. Sous l'influence du froid, petite continue d’invasion.
Fatigue. — La fatigue a dans la genèse et la gravité du paludisme un rôle connu de tous, il me semble inutile d’insister sur ce facteur. .
Intoxications. — Elles déterminent souvent l’éclosion ou l’aggravation de la malaria. Nous en citerons trois dont l’action est la plus fréquente :
:° Le chloroforme ;
2° L’alcoolisme aigu, dont ie rôle a été sufflisamment montré. L’alcoolisme chronique par les lésions viscérales (en particulier hépatiques) qu'il détertermine, assombrit le pronostic du paludisme ;
3° Les intoxications alimentaires, si fréquentes chez les troupes en campagne et dans les pays chauds. Nous en reparlérons plus en détail.
Traumatismes. -— Les plaies de guerre, les interventions chirurgicales ont bien été mises en relief récemment.
Mais il est un fait dont je n’ai vu l’équivalent décrit nulle part, c’est le rôle de petites plaies ou d'excoriations qui ont été souillées par l’eau ou la vase de marais ou de cours d’eaux, en pays palustres. Dix
be are,
à douze jours tard, les malades ayant probablement ainsi contracté une infection secondaire, faisaient des accès de paludisme.
Le soldat B..., âgé de quarante-huit ans, se blesse avec une herminette le 25 juin. Petite plaie à la face interne de la jambe gauche ; les téguments sont enlevés sur une étendue de 10 centimètres carrés environ. Cette plaie insignfiante fut simplement pansée à l’iode, la malade retourna travailler à un pont que l’on construisait sur un marigot, près du village de Sendel, et il ne s’en soucia plus.
Le 5 juillet, après quelques malaises ressentis dans l’après midi, vint à la visite à 17 heures, se plaignant de céphalée, rachialgie et courbatures violentes, vertiges. Température, 4o°5; injection de quinine, plus 0,40 per os. Le soir, délire violent. Température, 40°7 ; nouvelle injection de 0,40 de quinine, puis 1 gramme per os à doses fractionnées. Le lendemain matin température 3927. Le malade n’a pas uriné, se plaint de violentes douleurs lombaires, céphalée gravative, vomissements, diarrhée La rate est très gresse et douloureuse ; évacué, à l'ambulance la fièvre persista encore deux jours, très élevée: anurie; puis survint une crise urinaire, et la température tomba assez brusquement. Au bout de huit
jours revint à la compagnie : il persistait seulement de la
faiblesse et de l’anémie.
En résumé. — Onze jours après une petite blessure probablement souillée par l’eau ou la vase d’un marigot : continue grave à forme typhoïde.
4 Û , G..., quarante ans, pendant la construction d’un pont sur
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la Balitza, fait une chute dans l’eau, ce qui produit quelques écorchures à la face, aux mains, aux jambes.
Le 8 juillet (une dizaine de jours après sa chute) estamené avec une température de {o°7, présente un délire tranquille, confusionnel, stupeur et prostration très marquée, ecchymoses très étendues sur tout le corps, épistaxis. La température s’élève encore le soir, et atteint 41°2, délire, épistaxis continus. Rate très grosse, pouls à 120, filant; le malade a
plusieurs syncopes. Mort le lendemain matin.
Conclusion. — Une dizaine de jours après éraflures souillées par l’eau, accès presque foudroyant à forme pétéchiale.
Frappé par ces deux cas,je me mis à rechercher si à l’origine de beaucoup de formes pernicieuses, il n’y avait pas de ces petits traumas qui auraient été
en contact avec l’eau ou la vase ; très souvent, il m'’arriva de constater des cicatrices d’égratignures
datant de quelques jours, sur des malades atteints de formes très sévères.
A..., trente-sept ans, avait fin juin une fièvre d’invasion à forme légère.
Allant à la pêche un jour de repos, s’érafla abondamment les mains par les broussailles des rives.
Le 20 juillet (12 jours plus tard), après delégers prodrômes, fièvre très élevée (40°5 à ro heures). Le soir, le malade est abattu, somnolent, répondant à peine aux questions ; la température estau même degré. Injection de 1 gr. 20 de quinine
en trois fois. Le lendemain la température est de 40°3, le
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malade mänifeste la même somnolénce, paraît être dans ut sommeil profond : secoué, il grogne quelqués paroles inintelligibles. La respiration est stertoreuse, l'incontinence des urines ét des matières complète. Facies stuporeux, pupilles dilatéés ne réagissant pas à la lumière, trémulations des musclés de la face, convulsions éloniques des muscles dé l'avant-bras, Injection dé 1 gf. 20 de quinine en trois fois. Le malade ne peut êtré évacué qué le soir, Cet état persiste encore un jour à l’ambulance, puis-le maladé se rétablit
normalement.
En résumé : douze jours après éraflures, accès soporeux.
Môi-même, quelques jours après une chute de chéval sur là berge d'une rivière, jé fis ün accès cholériforme.
Paludisine dépuis l’hivér 1915: 2 accès ayant duré deux :
jours (accidents ayant totalement dispart par la quininé, sans récidivé); réinfection fin juillet 1916, puis quelques accès de rechute, ayant totalement cédé à la quinine.
Crises fugaces d'insuffisance surrénale (asthénie, tachycardie, hypotension, raie blanche), en décembre 1916, crise plus forte et plus durable {anesthésie intense, tachyarythmie, avec lypothÿmiés fréquentes, œdèmes malléollaires, raie blanche, etc).
Réinfection fin juillet 1915 (il n'y avait pas eu d'accès depuis novembre 1916) quelques accès de rechute,
Le 2 juillet, je fis la chute précitée : le vo juillet accès débutant comme un accès banal: petits frissonnements, puis sen-
sation de chaleur, céphalée, etc. (température non prise),
puis brusquement apparurent des vomisseménts d'abord ali: mentaires, puis bilieux, incoërcibles, en même temps qué se produisit uné diarrhée abondante, qui devint bientôt séreuse et continue, crampes violentes, dyspnée intense, pouls fili: forme ; en moins de deux heures : coma. Injection de 1 gr. 30 de quinine, huile camphrée, sérum adrénaliné : 950 centimè« tres cubes, puis 500 centimètres cubes. L’adrénaline arrêta la diarrhée ; l’état général et le cœur se relevèrent un peu, mais les vomissement restèrent incoercibles, l'intolérance gastrique totale, pendant huit jours. Anurie d'abord, puis oligurie, urines rouges, chargées, albumineuses, Au bout de huit jours, décharge urinaire, arrêt des vomissements...
Convalescence longue:
En résumé : accès cholériforme, survenu chez un sujet atteint déjà d’insuffisance surrénale, après de petites plaies, souillées par de la vase.
Infections, -— 1° Maladies aiguës. Leurs rapports avec le paludisme sont étudiés par beaucoup d'auteurs, nous n'avons pas d'observations à ée sujet ;
>° Infections secondaires. — L'action des plaies souillées par l’eau ou la vase fñe semble pouvoir provenir d’une infection dont la plaie serait la porte d'entrée. ” ie
Nous étud'erous à part les infections d’origine gastro-intestinale;
Maladies chroniques. =- 1° Syphilis. — Le paludisme m’a semblé asséz bénin 6chez les quelques