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CASERNES A L'ÉPREUVE POUR LA GARNISON DES INTERVALLES

La présence d'une ligne continue de fortification permanente entre les forts et ouvrages intermédiaires obligera certainement l'ennemi à une attaque progressive de ces forls ou ouvrages. Toutefois, s'il décide d'exécuter un assaut des intervalles, il le fera précéder d'un fort bombardement qui aura surtout pour objet : de détruire les remparts, les grilles des fossés, les caponnières, les abris blindés et les traverses, enfin tout ce qui tendra à rendre impossible la présence des tireurs sur les parapets.

On a eu un exemple de ce bombardement en novembre et en décembre 1904. Ainsi qu'on Ta déjà dit, le mur chinois était loin de présenter la résistance désirable dans la première moitié du siège, mais après le 28 août, on y concentra une grande quantité de troupes : les i3*

et i4* régiments en entier ainsi qu'un bataillon du i5* et du 16* régiment. Les troupes occupaient la position, mais comme rien n'était prévu pour les loger, on construisit des abris blindés (*). Il en fallait naturellement un grand nombre et on dut se borner d'abord aux abris de construction rudimentaire. Sous la banquette de tir on creusait simplement une excavation recouverte soit de planches, soit de feuilles de tôle avec un peu de terre rapportée. On pratiquait en même temps sur la crête de feu des meurtrières et on se protégeait par des traverses en sacs à terre. Ces travaux durèrent quinze jours et ce n'est qu'au milieu de septembre que l'on construisit des abris blindés plus solides pour loger les hommes.

A cet effet, derrière la banquette, on creusait des fosses profondes où l'on édifiait des abris avec montants en bois et ciel en poutres chinoises. Sur ce ciel on mettait i,o5 à 1,5 m de terre. Quelques-uns de ces abris étaient surmontés d'une couche de pierres de 45 à 75 cm d'épaisseur et de feuilles de tôle de i5 mm. Ils résistaient aux obus de i5 cm, mais étaient détruits par les bombes de 28 cm.

Tout ce travail fut exécuté en septembre et dans la première quinzaine d'octobre, c'est-à-dire pendant une période d'accalmie relative, mais aussitôt que les Japonais reprirent leur bombardement journalier, mur et abris subirent de nombreux dégâts qu'il fallut réparer la nuit : d'où l'immobilisation d'un grand nombre de tra-

(») L'un de ces abris (fig. 4) a été décrit par le lieutenant-colonel Barmine

Fig. 4« — Coupe d'un abri dans le mur chinois (i/5o). et reproduit dans la Revue du Génie (1907, t. XXXIII, p. 3a 2).

vailleurs qui commençaient à se raréfier et une consommation de matériel transporté très difficilement. On y parvint cependant, mais dans le mois de novembre, lorsque la garnison était réduite des deux tiers el que le bombardement eut lieu jour et nuit, il devint impossible de réorganiser les abris détruits et les pertes en hommes s'accrurent rapidement. Au milieu de décembre, la fatigue des défenseurs était extrême et l'effort de la garnison avait atteint sa limite.

C'est dans cette période pénible pour la défense qu'on fut bien convaincu à la fois de la nécessité d'avoir non seulement une bonne fortification reliant les forts entre eux, mais encore de solides abris blindés pour loger la garnison. II y a donc lieu de se préoccuper de la construction de casernes bétonnées dans les intervalles (').

A proximité immédiate de la ligne de feu doivent se trouver des abris pour les détachements de service et leurs officiers, et un peu plus loin des casernes bétonnées pour la relève de la garnison. Les premières seront construites sous des traverses dans le parapet et les secondes à 4o m en arrière, cachées par des accidents de terrain. Mais combien faut-il de ces casernes par intervalle ? D'après le siège de Port-Arthur, on peut trancher comme il suit cette question.

Sur un intervalle de 2 200 m il y avait un régiment à trois bataillons. Pour le service de jour on en désignait un tiers, soit un bataillon de quatre compagnies, mais il n'y avait en réalité sur le parapet que les sentinelles; ce n'est qu'à la nuit que le bataillon tout entier occupait sa position. Il était alors renforcé par un autre tiers qui se trouvait au repos dans les abris blindés, mais sans se déshabiller. Enfin, le troisième tiers passait la nuit dans

(') Le colonel Velitchko les avait préconisées depuis longtemps dans ses Recherches sur les nouveaux moyens d'attaque et de défense de» places fortes.

ces abris et se déshabillait. Il formait la réserve et n'était appelé sur le rempart qu'en prévision d'un assaut.

Il résulte de là qu'il faudrait, sur le parapet même du retranchement garnissant l'intervalle, des abris pour quatre compagnies à effectif de guerre; mais on peut admettre que ces abris bétonnés ne seront construits que pour une demi-compagnie. Sur un intervalle de 2 200 m, il y aurait donc quatre casernes, chacune pour une demi-compagnie, espacées de 35o à l\5o m.

Comme l'un des deux tiers de la garnison est toujours au travail, il n'est nécessaire d'avoir des casernes bétonnées que pour le tiers restant, c'est^-à-dire pour quatre compagnies. On construira alors en arrière deux casernes bétonnées chacune pour une compagnie, étant entendu qu'elles pourront être occupées en réalité par deux compagnies.

C'est donc un total de six casernes bétonnées par intervalles : quatre pour une demi-compagnie et deux pour une compagnie, sans compter parfois les casernes affectées à la réserve du secteur. Dans les terrains très découpés comme celui des environs de Port-Arthur, on pourra toujours trouver des vallées défilées pour abriter cette réserve sous des constructions non à l'épreuve. Il est d'ailleurs difficile de prévoir à l'avance où se trouvera cette réserve et ce n'est que dans le courant du siège qu'on sera fixé à ce sujet : on la logera alors à l'abri des vues et autant que possible des coups.

Il est bien entendu que tous les intervalles ne devront pas avoir toujours autant de casernes bétonnées. Seuls les secteurs d'attaque probable seront dans ce cas. Certains intervalles même en seront complètement dépourvus s'il est reconnu qu'il est impossible à l'ennemi de chercher à s'en emparer.

Dans un autre ordre d'idées, l'édification des retranchements entre les forts et la construction de casernes bétonnées sont parfois nécessitées par la nature même

78 DE L'INFLUENCE DES COMBATS LIVRÉS SOUS PORT-ARTHUR du sol. On conçoit en elTet que dans les terrains marécageux où l'on trouve l'eau à une profondeur de 20 cm par exemple, il serait complètement impossible de creuser des retranchements et des abris bétonnés à la mobilisation. Il en est de même lorsque les places se trouvent à l'extrême frontière, où la période de mobilisation sera extrêmement réduite.

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