SUR LA DISSIMULATION DES POSITIONS DE COMBAT
Un des principaux éléments de succès de l'attaque d'une place forte réside dans la possibilité d'observer : la chute et l'action des projectiles, les mouvements des troupes et des équipages de la défense, l'emplacement des canons, la construction des travaux de l'assiégé, en un mot la vie de la place. Celle-ci doit s'efforcer au contraire de se dissimuler aux regards de l'ennemi.
A ce point de vue, Port-Arlhur avait des qualités et des défauts, mais il faut avouer que les premières tenaient surtout au terrain. Les défauts résultaient de ce que tous les forts, ouvrages intermédiaires, retranchements et une grande partie des batteries et même les réseaux étaient vus de loin, et cela parce qu'on n'avait pris aucune mesure pour les dissimuler. Même de la montagne du Loup, à ri km des forts, ceux-ci étaient vus comme sur la paume lain. Tous les ouvrages étaient disposés sur les les montagnes, sur les pentes vertes desquelles ;is et les parapets formaient de vastes plaques |ui permettaient de régler parfaitement le tir. [ualités de la forteresse consistaient en ce que, îlement derrière la ligne des forts existait la col- Dragon, cachant à l'ennemi tout l'espace compris :s forts et la vilte et dissimulant ainsi tous les lents des Busses. Aussi lesJaponais cherchèrentous les moyens à s'emparer dans le voisinage des
forts de points commandant cette colline du Dragon. Ce fut une des causes de leur énergique attaque de Takouchan déjà signalée précédemment. Lorsqu'ils eurent atteint ce but, ils purent observer certaines portions des forts et de l'étendue de terrain entre ceux-ci et la ville. Les vaisseaux de Tescadre durent changer de place sur rheure et le terrain vu devint impraticable. Par bonheur, il restait encore quelques endroits et chemins non découverts de Takouchan et on put encore loger des réserves dans de simples abris et circuler parfois sans crainte des coups.
Constatant que de l'extrémité nord de Takouchan, ils ne pouvaient observer suffisamment à leur gré, les Japonais établirent un deuxième observatoire sur Panlongchan, De là on découvrait très bien les chemins de la nouvelle ville chinoise et quand sur un chemin se montrait ne fût-ce qu'un homme, il était aussitôt signalé par téléphone à la batterie la plus proche qui le couvrait de projectiles de canons de 47 nim. Le jour on dut rapidement abandonner cette voie et la remplacer par un chemin de communication en zigzag. On s'en servait encore pour transporter les matériaux, les munitions, l'eau et la nourriture des hommes, mais seulement la nuit. Comme on l'a déjà dit, ce fut encore pis quand Vysokaia tomba aux mains des Japonais, car alors tout ce qui circulait dans le voisinage de la nouvelle ville avait une situation très difficile.
Tout ce qui précède démontre l'importance pour la défense d'avoir des chemins soustraits aux vues de l'ennemi. S'ils ne le sont pas dès le temps de paix, il est bien difficile d'en ouvrir à la mobilisation. On ne peut alors y suppléer que par des chemins de communication en zigzag qui exigent des travaux considérables pour lesquels on n'a pas souvent le personnel nécessaire.
Il est donc prudent de se préoccuper, lorsqu'on organise une forteresse, de donner aux assiégés toute leur
liberté de mouvement sans être vus de Tadversaire. Le moyen unique de réaliser ce desideratum consiste à dissi" muler la ligne principale de combat et tout F intérieur de la forteresse par des plantations (f arbres.
En terrain accidenté, il sufiîra le plus généralement pour dissimuler la position de combat, d'une rangée unique d*arbres, mais en pays de plaine il en faudra plusieurs. L'une d'elles devra se trouver sur le glacis des retranchements ou des forts, les autres derrière le parapet. Leur nombre, ainsi que leur distance transversale, se déterminera par la condition de défiler la forliGcation des points dangereux. La première ligne de plantation doit régner sans interruption sur tout le périmètre de la forteresse. On ne doit pas suivre l'exemple de certaines places fortes où les glacis des ouvrages sont seuls garnis d*arbres, tandis que les intervalles en sont complètement dépourvus. N'est-ce pas là en effet le meilleur moyen de signaler à Tennemî remplacement des forts? Au contraire, une ligne continue cache la fortification et ne permet pas de deviner la situation des points de soutien.
La rangée d*arbres qui entourera la position principale ne suffira pas souvent à masquer aux >"ues llntérieur de la place, aussi sera-t-il nécessaire d^efifectuer d'autres plantations. Ce ne seront pas des lignes parallèles et continues, mais des rideaux placés en des points judicieusement choisis pour ne pas empêcher la deuxième ligne de Jeteuse d*apporter son aide à la Kgne principale.
Toutes ces plantations ne seront jamais constituées par des arbustes qui, par leur rapprochement, pourraient «]èuer le tir et abriter les assaillants, mais par des arbres de 7,5 à i5 cm de diamètre, disposés en quinconces et dont les branches inférieures seront convenablement étav]uées. On aura alors un bon champ de tir el un bon masque.
Dans les terrains très découpés^ rocailleux, il n'est pas nécessaire de faii'e des plantations. On pevt dissi-
muler les ouvrages par des revêtements en gazons, et en l'absence de ceux-ci en peignant les remblais dans le Ion du sol environnant Q. Ce dernier procédé a été appliqué à Port-Arthur et a donné de bons résultats (*).
(^) Ce systfème présente comme avanUges : rapidité des travaux, exige peu de travailleurs, bon marché, s'adapte à tous les sols, la peinture ne se délaie pas par la pluie et n'est pas emportée par le vent.
(*) Voir Revue du Génie, 1906, t. XXXII, p. 490.