ETUDE DES FORTS ET DE LEURS ORGANES
Considéré comme point de soutien, un fort doit satisfaire aux trois conditions principales ci-après :
I** Rendre très difficile une attaque, même progressive, dirigée contre lui ;
2** Se défendre par ses propres moyens ;
3** Flanquer à tout moment les intervalles à droite et à gauche.
Les forts construits dans ces dernières années sont susceptibles d'une telle résistance qu'une attaque brusquée paraît une entreprise très aléatoire et il y a tout lieu de supposer que l'adversaire ne s'y risquera pas et préférera s'en prendre à l'intervalle. C'est en somme ce qui a été confirmé pleinement à Port-Arthur et qui a porté certains esprits à s'inquiéter de l'organisation de la défense des intervalles. Beaucoup se rangent à l'avis d'y construire des retranchements permanents. Mais alors, si on continue à créer des caponnières d'arrière intermédiaires et qu'en plus on renforce l'action de flanquement des forts, la pénétration dans les intervalles deviendra tellement difficile qu'on se résoudra de nouveau à attaquer les ouvrages de soutien.
Au fond, c'est ce qui s'est déjà passé autrefois pour les enceintes des anciennes places. Au début, l'attaque était dirigée sur les saillants. On les renforça par la création des bastions et l'ennemi se dirigea sur la courtine. On protégea celle-ci par un ravelin et de nouveau le bastion fut menacé.
Les forts doivent être considérés comme des points de soutien permettant aux troupes de la garnison de ma-
lao DE LTNFLUENCE DES COMBATS LIVRÉS SOUS PORT-ARTHUR
nœuvTcr et d'exécuter des sorties ou des contre-attaques. La chute d'un ouvrage dans l'intervalle n'entrainera pas avec elle la perte de toute la position principale de combat. On en eut un exemple typique avec les redoutes Panlong, qui tombèrent à la fin d'août, ce qui n'empêcha pas llntervalle Ehrlong — Kikouan-nord de résister encore pendant quatre mois, grâce à la présence du mur chinois. Mais, lorsque, le 28 décembre, Ehrlong fut pris, on dut évacuer dans la nuit une partie de la position, et enfin, quand Songchouchan (ouvrage qui en réalité équivalait à un fort) tomba trois jours après, on dut abandonner la principale ligne de défense et se retirer sur la deuxième ligne.
La présence de retranchements permanents dans les intervalles amoindrit donc quelque peu le rôle des forts, puisque, si Fun de ceux-ci succombe, on conçoit encore la possibilité de se maintenir derrière Tenceinte de la ligne principale, mais il n'en est pas moins vrai, comme on vient de le voir, qu'au fort appartient encore le grand rôle de soutien essentiel, sans la prise duquel il sera bien difficile de pénétrer jusqu'au cœur de la place.
Dans cet ordre d'idées et si l'on renforce les intervalles, l'adversaire aura une tenAmce à chercher à s'emparer des véritables points de soutien et on devra donner aux forts les moyens de remplir les conditions énumérées plus haut. Pour satisfaire aux deux premières, il faudra :
1** Que le fort puisse battre par son artillerie les obstacles orgauisés contre l'assaut ;
2"" Qu'il soit impossible pour l'ennemi de détruire les constructions abritant les canons, ou d'annihiler les obstacles soit par un bombardement, soit par une attaque piogressive ;
S"" Qu*il existe des locaux à Tépreuve pour la garnison.
La troisième condition exige qu*il y ait dans le fort des constructions bétonnées ou cuirassées permettant d'obser\ er le terrain en avant et sur les flancs et de bat-
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Ire constamment par un feu d'artillerie et de mousqueterie les intervalles et les approches des ouvrages voisins. Pour Tartillerie, les emplacements existent déjà dans les caponnières d'arrière. Il ne reste donc qu'à établir des tours cuirassées pour l'observation et des galeries de fusillade pour Finfanterie.
On ne s'explique d'ailleurs pas très bien comment on a été amené à ménager des abris à l'épreuve pour les canons et à laisser les tireurs à découvert. Est-ce que les shrapnels seraient moins dangereux pour les hommes que pour les pièces ? Est-ce que la perte d'un seul canon est plus importante que la mise hors de combat de dix fusiliers ? Est-il possible, pour la défense de l'intervalle, de préférer le feu de Tartillerie à celui de l'infanterie ? Non, certainement non ! Ce serait une faute de donner la préférence à l'une des deux armes. Pour se défendre avec succès, il faut simultanément faire appel au fusil et au canon.
La création sur les forts de caponnières d'arrière a fait époque dans la guerre de forteresse. Complétez-la par des galeries de fusillade à l'épreuve pour l'infanterie et les mitrailleuses et vous serez invincibles !
Le rôle du fort ainsi défini : point de soutien et organe de défense des intervalles, il faudra lui donner la garnison lui permettant de remplir ces divers buts, mais on devra bien se garder de le doter d'une artillerie qui l'inciterait à entrer en lutte avec les batteries assiégeantes. Cette artillerie de fort calibre attirerait forcément sur le point de soutien les coups de l'artillerie adverse. C'est ce qui est arrivé à Port-Arthur, où tous les forts possédaient des canons de gros calibre qui ont pris part au combat d'artillerie avec les Japonais. Ceux-ci, en répondant aux batteries, atteignaient à la fois trois buts: leurs coups portaient soit sur la batterie elle-même, soit sur le reste du fort, soit sur l'infanterie. Etant donné que, pour détruire une batterie avec ses canons, il faut lancer
U9 D£ LT^iFLLIuMX DES 4 J>MIUTS LlTiktS SOCS PORT.<%RTHUR
$«r elle un très grand noBibre de profcctiks, «ne partie de ceux-ci toaubaknt Jbta lwm t sur les parapets dtnl^tme et déiaoiîssaieot le foct, ie rendant ainsi plus irnlnérable contre un asaaat. Mais c^cst là précisôncnt l'an des bats de Tassaillant. Poorquoi loi fMàliter ainsi Là besogne ?
Ce qui est xrai pour ie cocnbat d^artilkrie proprement dit Test étjaletnenC poor les canons tirant i grande dis-^ tance sur ks troapes oa les conrois etmeMis. On ne doit pas les installer dans les fbrts^ sckis peine cf ^tira^ égalecaent sur ceux-ci le feu de rartiilerie adirerse^ qui aura une tendance naturelle à riposter aux coups dirigés contre son infanterie.
II Ta A» soi que^ si les cuious de gros calibre étaient établis en debors des forts> no« seulement ils seraient naieux dissimulés^ mais encore reunemi deinraît partager son feu entre les batteries et les forts et ceux-ci recevraient en conséquence deux t'ois moins de projectiles.
Si an co*itraire on tes met en évidence snr icscMirrrageSy Lis risquent détre ttetruits très nipL*ie«ent^ ainsi qu^en témoigne le messa^je téléphoné n^ 3 déjà cité (p. 48). Ce met>8a*je. etivove seulement quatre heures après le cofju oie uce ment du premier bombardement* rend compte que tou^y les jros cau^>tis d' Eiirlouq sont déjà kocs d'usage.
Pour indiquer les moditicutiotts à apporter à Torgauijiuùou des ancieus tbrts^ le lieutenant -colonel ron Sch-wa-'z dou'je La descrtpr:t>u du fort Ehrloog* signale [eti doruuts qui o«t été découverts pendant le siège et Attire ratletiuou siir ce fuit que le plan et les coupes qu'il eu doaue in. [V u'out yas a rjre(eatiott d^étreabso- ^uruent ct,HL:ortijes> ji la reai:re. Il ue posî>ètie pas> en effet, uu ulviu à jraude év-'heie de l ouvrjiqe. et. (f autre part, Icii auioi orutious. af->^>ortees sc>us le cvnp des événements u \ oat kKiN Ole re^^orux"^
K3i:'i,*u j eioi't d'>pv>j>c >iur ta crele d'une bnnteur se
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détachant de la colline du Dragon presque perpendiculairement à cette dernière. Cette hauteur était séparée de la colline par un ravin, mais elle présentait une étendue suffisante pour installer les locaux du fort. Toutefois, et sans doute pour augmenter le terrain battu en avant, on avait reporté l'ouvrage en arrière, de sorte que les fossés de gorge avaient une contrescarpe en remblai.
Le fort comprenait une face et deux flancs dont le parapet était brisé vers le milieu. Le fossé de face, creusé dans le roc avec une escarpe et une contrescarpe presque à pic, avait 8 m de largeur et 6 m de profondeur. Aux saillants, les fossés des flancs avaient une profondeur suffisante, mais elle allait graduellement en diminuant et, aux angles de gorge, cette profondeur atteignait à peine 1,76 m. Les fossés de gorge dans leur partie médiane étaient profonds de 6 m, mais aux angles ils avaient également une hauteur insignifiante.
Le flanquement des fossés de face et de flanc était assuré par des coffres de contrescarpe. Celui de droite présentait des embrasures à des niveaux très différents, car sur les flancs le fond du fossé était beaucoup plus bas que sur la face. On y accédait par une poterne passant sous le fossé de face. Du milieu de cette poterne, on s'était proposé d'en faire déboucher une autre aboutissant au coffre de contrescarpe flanquant le fossé du flanc gauche, mais elle n'était pas commencée au début du siège et la communication avec le coffre se fît par le fossé dudit flanc.
La poterne débouchait dans la cour du fort ; elle se terminait à gauche par une casemate abritant les canons destinés à repousser les assauts et à droite par un magasin à poudre et à munitions. Le parapet qui la recouvrait était en grande partie en terrain naturel surmonté seulement d'une couche de 60 à 90 cm de terre rapportée pendant la période de mobilisation.
Vers le milieu de la cour du fort et touchant au parapet
du flanc droit, s'élevait une batterie bétonnée pour quatre canons de i5 cm (i 920 kg). Elle occupait le sommet de la hauteur ; le terrain naturel avait été surmonté d'une faible couche de terre rapportée au moment de la mobilisation. Pour permettre à la batterie de couvrir de ses shrapnels le terrain en avant du fort, on s'était proposé d'abaisser quelque peu le parapet d'infanterie de la face, mais on n'eut pas le temps de le faire jusqu'à la déclaration de guerre. D'autre part, les décombres provenant de la fouille des fossés avaient encore contribué à augmenter l'angle mort. Finalement on s'en tint à la solution de tirer seulement sur le glacis et, pour remédier au défaut d'avoir une zone non battue qui s'étendait sur une longueur de 900 m, on construisit un retranchement en avant.
Pour que les fantassins pussent rester sur le parapet lorsque la batterie était en action, on avait découpé en arrière du talus intérieur un petit fossé qui permettait de tirer assis.
Sous le rempart de gorge, se trouvait une caserne bétonnée pour la garnison. Elle avait l'aspect d'un long couloir de 2,7 m de largeur et de 3,6 m de hauteur, éclairé par des fenêtres de 0,7 X i m* donnant sur le fossé de gorge. Une poterne reliait la caserne à la cour du fort. Primitivement, cette poterne se terminait par un passage couvert parallèle au fossé de gorge {courant t/azr)f^], mais comme les ouvertures de ce passage étaient prises d'enfilade, on s'empressa de les protéger par des traverses.
Le parapet de gorge était constitué en grande partie par des terres rapportées au moment de la mobilisation. Pour hâter le travail, le talus intérieur fut revêtu en tonneaux à ciment remplis de pierres.
{}) L'auteur désigne par cette appellation les passages couverts, qui constituent en effet des courants et air.
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Une tranchée ouverte dans le parapet permettait d'accéder directement de la cour du fort sur la partie supérieure de la caponnière de gorge. De là on pouvait sortir de l'ouvrage par un petit pont en bois lancé sur le fossé. Cette partie supérieure de la caponnière était pourvue d'un parapet de go cm de hauteur, de façon à pouvoir flanquer les approches de Songchouchan et de Panlongouest.
Le flanc gauche du fort était si bien découvert de la montagne Takouchan que l'ennemi pouvait dénombrer les tireurs qui se trouvaient sur le parapet. Pour remédier à cet inconvénient, on élargit la banquette de tir et on construisit une traverse parados. Le flanc droit étant pris d'enfilade par la montagne du Loup, on fit tous les 4 m des traverses perpendiculaires à la crête de feu. Tout le long de celle-ci, on organisa des embrasures avec des sacs à terre, mais, après la bataille de Nanchan, qui démontra toute l'utilité des blindages contre les shrapnels ('), on en fit sur totis les parapets d'infanterie du fort» En outre, il fut ordonné : sur le flanc gauche de placer des planches jointives reposant sur la traverse parados et sur le parapet et de les recouvrir d'une couche de terre de 60 cm ; d'opérer de la même façon entre les traverses du flanc droit. On réalisa ainsi des sortes de galeries couvertes sur les deux flancs.
Pour atténuer l'angle mort qui existait sur tout le pourtour du fort, on délarda d'abord le glacis à droite et en avant, puis on construisit un retranchement à fort profil en avant et tout le long du flanc gauche. Ce retranchement partait du dessus du coflre de contrescarpe nord-est et revenait se souder au mur chinois. Ce n'est que par ce moyen qu'on réussit à battre suffisamment les escarpements du nord et de l'ouest.
Aux saillants du parapet, on avait ménagé des bar-
(») Voir Revue du Génie, 1906, t. XXXII, p. 469.
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bettes pouvant recevoir chacune deux canons contre l'assaut, soit au total huit canons. Toutefois, il n'existait d'abris que pour deux canons, et encore le passage couvert ou courant ctair, qui aurait permis d'amener ces canons sur la barbette, avait été bouché à droite par des sacs à terre pour éviter la prise d'enfilade dudit passage. A gauche, celui-ci était resté libre, mais il existait une différence de niveau de 3,6 m entre le sol de ce courant d'air et la barbette. La rampe qui aurait permis d'y accéder était très raide et les expériences de roulement exécutées au commencement du siège montrèrent qu'il serait difficile d'amener les canons de l'abri sur la barbette. On y renonça donc et les canons furent laissés sur le parapet dans une sorte d'abri obtenu en entaillant le talus intérieur.
Les fossés de la face et de la gorge étaient sensiblement au même niveau, mais il existait une dénivellation assez grande entre les portions de la cour du fort situées en arrière et en avant de la batterie ; elle atteignait et dépassait même 90 cm. Il en résultait qu'à chaque pluie les eaux se réunissaient dans la cour avant et, comme elles n'avaient pas d'autre issue, elles pénétraient dans la poterne, puis de là dans le coffre de contrescarpe double, dont elles transformaient Tétage inférieur en citerne. Les soldats qui occupaient celte partie inférieure ne pouvaient échapper à cette inondation qu'en sortant dans le fossé par les embrasures très étroites. Cette mauvaise disposition constituait un grave défaut.
La caserne de gorge avait été construite pour une compagnie à l'effectif de paix, de sorte qu'une compagnie à l'effectif de guerre ne pouvait s'y loger qu'en occupant la poterne et les abris ; mais, comme il n'avait été prévu ni magasins, ni cuisines, ni chambres d'officiers, ceux-ci devaient chercher un refuge dans les coffres ou dans le magasin à munitions de la poterne du coffre double. Dans le passage couvert conduisant à la poterne
de la caserne, on avait disposé des tonneaux avec de t'eau et deux canons contre l'assaul. On construisit un magasin pour les mines et les grenades à main et ou aménagea des cuisines à l'extrémité de la caserne* Lorsque, dans la période des attaques rapprochées, on renforça la garnison d'une compagnie, on dut organiser une seconde rangée de lits de camp. Le resserrement était -extrême et l'air chargé d'impuretés et de mifeismes, car il n'y avait aucun système de ventilation et l'éclairage était obtenu par de mauvaises lampes à pétrole dont la fumée rendait l'air encore plus irrespirable. Il n'existait pas de w^ater-closets et l'accomplissement des besoins naturels se faisait dans le fossé de la caponnière de gorge, du côté opposé aux coups dirigés sur elle par l'artillerie ennemie.
La caserne avait une sortie dans le fossé à l'est de la caponnière, mais de là il était impossible de quitter le fort; aussi ses occupants furentrils très reconnaissants aux Japonais, lorsque ceux-ci eurent réussi par un tir bien réglé à démolir la contrescarpe de gorge eu produisant ainsi une rampe des plus nécessaires.
Dans la caserne, il existait une station téléphonique reliée à l'état-major du secteur et au général en chef par des fils aériens.
Tel était l'état du fort au moment de l'investissement. Pendant les cinq mois du siège, il soutint de nombreux assauts et tout ce qui peut résulter d'une attaque progressive. Voici ce qu'on peut en déduire.