COFFRES DE CONTRESCARPE OU DEMI-CAPONNIËRES DANS L'ESCARPE
Une des questions les plus brûlantes résultant du siège de Port-Arthur est celle qui est relative au flanquement des fossés. Les avis des défenseurs de la place, aussi bien que l'opinion de ceux qui n'ont pas pris part à la campagne, ont déjà donné lieu à de nombreuses discussions. Les uns disent que les coffres de contrescarpe n'ont pas servi et que le siège a démontré leur inutilité et leur faillite complète. Les autres prétendent, au contraire, qu'il a confirmé leur énorme importance et le principe qui a guidé à les édifier. Qui a raison? Faut-il abandonner les coffres ? Est-il nécessaire d'y apporter des modifications ou vaut-il mieux les remplacer par les anciens types de caponnièrés et demi-caponnières attachées à l'escarpe ?
Pour élucider cette question discutable, il est nécessaire de se rapporter au rôle que le coffre peut jouer.
Dans un paragraphe précédent, on a vu que les coffra de Kikouan-nord avaient eu, le 22 août, un rôle très im-
portant, en obligeant les Japonais à renoncer à l'assaut. La même chose se serait sans doute produite si, à la place des coffres, il y avait eu des caponnières. Toutefois, l'apparition des mortiers de 28 cm n'aurait eu aucune influence sur l'existence ultérieure des coffres, tandis qu'il en aurait été autrement avec les caponnières. Il est incontestable qu'avec la justesse de tir des mortiers de 28 cm, qui atteignaient le but au deuxième coup (ainsi que cela a eu lieu sur la batterie d'Ehrlong et, le i*^ octobre, sur la caserne de Kikouan-nord), les demi-caponnières auraient été démolies très rapidement. On en a un exemple dans la capônnière de gorge d'Ehrlong, et cependant celle-ci était certes plus abritée que ne le seraient la capônnière double de la face ou les demi-caponnières des flancs.
La sécurité parfaite des forts russes contre la chute des bombes était une précieuse qualité qu'on ne peut nier.
Les adversaires des coffres disent que les Japonais s'en emparaient très facilement : il leur suffisait de s'en approcher, de déposer une charge d'explosifs qui les faisait sauter, et les fossés restaient sans flanquement. Mais ce résultat n'est-il pas imputable aux défenseurs euxmêmes? Ainsi, les premiers dégâts causés au coffre de Kikouan-nord furent le fait non pas des bombes japonaises, mais d'un camouflet russe qui produisit une excavation dans le terrain au-dessus de cet organe de la défense et rendit visible sa maçonnerie (*), ce qui donna l'idée aux Japonais de le faire sauter en y déposant une charge d'explosifs. Il en fut de même pour les coffres d'Ehrlong. Dans la description qui a été donnée plus haut de ce fort, on a déjà signalé qu'il existait au pied des glacis un retranchement qui partait de l'angle du
(^) Ce fait est rapporté dans un article du journal militaire autrichien Slrefjleurt sur les • Batailles de Port-Arthur s.
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flanc droit, ce qui permit à l'ennemi de s'installer juste au-dessus du coflre. Deux semaines auparavant et en prévision de cette approche des Japonais de la crête du glacis, on avait donné l'ordre de creuser une contre-mine débouchant de ce coffre. Or, le remblai au-dessus de celui-ci était constitué par des décombres, de sorte qu'en faisant sauter la partie arrière du coffre pour entrer en galerie, il se produisit un affaissement qui découvrit la partie supérieure de l'organe de flanquement. Aussi bien là qu'à Kikouan-nord, on avait montré aux Japonais ce que l'on avait le plus d'intérêt à leur dissimuler.
11 est bien probable que, si cela ne s'était pas produit, la perte des coffres n'eût été reculée que de deux ou trois nuits, mais il n'en reste pas moins que les forts ne se gardaient pas d'une façon assez énergique. D'ailleurs, en général, on n'avait attribué aucune importance aux coffres, et il est facile de s'en convaincre par les faits suivants.
Au commencement du siège, en juin, il n'y avait pas un seul canon dans les coffres et les pièces de 67 mm qui y étaient affectées se trouvaient en batterie sur le mur chinois. Pour armer les coffres d'Ehrlong, on dut emprunter trois canons de 87 mm aux vaisseaux. Le même mépris s'est affiché à Songchouchan, où on préféra combler les coffres avec des pierres et du ciment plutôt que de faire une contre-mine. Est-il étonnant, après cela, que la garnison les ait défendus si faiblement?
On répète que les coffres n'ont pas eu à tirer et qu'au lieu de descendre dans le fossé malgré eux, l'ennemi préférait s'en emparer, fût-ce par des moyens lents, de façon à les annihiler et à pénétrer ensuite dans le fort. Mais la guerre de forteresse n'est-elle pas une question de temps, et n'est-ce pas déjà beaucoup pour ces coffres que d'avoir reculé de deux mois l'approche de l'ennemi?
Certainement, les coffres auraient pu résister plus longtemps et rendre encore plus de services si on s'en était
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occupé et si on avait pris des mesures pour leur conservation. Mais que faisait-on? On creusait un trou et on le remplissait par une construction bétonnée ; les hommes qu'on y installait ne voyaient rien, la garnison les oubliait et ne les gardait pas, puis on disait : les coffres sont inutiles. Un tel jugement ne peut être porté que par la voix publique, c'est-à-dire par des personnes ne se rendant pas compte de ce qui s'est produit; mais cette question si simple ne devrait même pas être discutée.
On sait pertinemment que les caponnières peuvent être endommagées non seulement par un tir en bombe, mais encore par un tir de plein fouet, tandis qu'il n'en est pas de même pour les coffres. C'est donc déjà un avantage pour ces derniers. Pour éviter leur destruction par des pétardements de l'ennemi, on est, dit-on, amené à construire des contre-mines ; mais les caponnières sont exposées aux mêmes inconvénients si on ne prend pas des mesures analogues. S'emparer de la crête du glacis et creuser des galeries passant dans le fond du fossé, ne constituent pas une chose bien difficile dans un terrain ordinaire. La défense par contre-mines d'une caponnière oblige à construire une galerie spéciale dans la contrescarpe, tandis qu'avec l'existence des coff'res la chose est aisée et beaucoup moins coûteuse.
La conclusion est donc la suivante : il faut conserver les coffresy mais en les protégeant mieux par des galeries de contre^mines.
Quant aux dimensions des maçonneries, on peut donner au mur de face une épaisseur de 90 cm, car il n'est pas exposé aux projectiles, mais on doit porter à 2,75 m celle des voûtes et du mur d'arrière. Cela est d'autant plus nécessaire que, même dans la première période des attaques, l'ennemi peut arriver à se faufiler jusqu'à la contrescarpe et déposer au-dessus des voûtes une charge de dynamite de i5 à 25 kg. Avec 2,76 m les voûtes n'auront rien à craindre et, pour apporter des charges plus
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grandes, il faudrait beaucoup d'hommes qui auraient alors de la peine à se dissimuler.