CHAPITRE II
Influence de la scoliose sur la conformation du bassin.
On donne le nom de scoliose à la déviation latérale du rachis. Dans la grande majorité des cas, la colonne vertébrale est déformée de la façon suivante :
Il existe deux courbures, l’une à convexité droite dorsale, l’autre à convexité gauche lombaire qui forment, par leur réunion, un S italique (scoliose sigmoïde). Parfois même, il en existe une troisième à gauche dans la région cervicale. Ces inflexions sont loin de présenter le même aspect : il est facile de voir que la coubure dorsale est la principale, tandis que les deux autres sont plus courtes et se rapprochent davantage de l’axe du corps. La première est dite primitive, par opposition aux autres, qui sont secondaires ou de compensation. Ces dernières sont le produit de l’action musculaire s’efforçant de rétablir l’équilibre. Parfois ces courbures de compensation s’étendent jusqu’au sacrum lui-même et alors le bassin est directement déformé; mais ordinairement la déviation cesse plus haut et ce sont les conditions, particulières dans ce cas, suivant lesquelles a lieu la transmission du poids du tronc qui influent sur la forme du bassin.
Le plus grand nombre des cas de gibbosité qui s’observent
dans la pratique, se rapportent à cette classe spéciale de déviations vertébrales, la scoliose. C’est à peu près cette seule déviation qu’on avait étudiée jusqu’à l’époque moderne au point de vue des conséquences obstétricales et si on considère le fait suivant, établi par les recherches de Guérin et de Bouvier, savoir que le plus souvent les déviations scoliotiques ne sont pas d’origine rachitique, on comprendra que l’observation presque journalière ait amené, depuis longtemps, à croire à l’innocuité habituelle de l’accouchement chez les bossues.
Nous avons déjà signalé l’importante remarque faite par Levret au sujet de l’époque à laquelle la déviation était survenue chez la femme, et dont il faut tenir compte dans le pronostic à établir.
Au commencement du siècle actuel, Boër écrivit de même : Inter feminas gibbosas multo snnt plures quarum pelvis sine vitio est , quam quibus ob deformitatem partus inde molestus fiat.
Cela est fort heureusement vrai en pratique : tous les accoucheurs pourraient en témoigner. Cependant il faut s’entendre sur les termes et ne pas oublier que dans la phrase que nous venons de citer, l’expression sine vitio est prise dans le sens de viciation du bassin telle que l’accouchement soit difficile. Si l’on voulait, au contraire, comprendre la même expression sine vitio dans le sens de simple déformation, l’opinion de Boër ne serait plus soutenable. Un grand nombre des bassins de bossues sont déformés, quoiqu’ils aient pu permettre des accouchements faciles. C’est ce que nous avons constaté sur de nombreuses pièces du musée Dupuytren.
Aussi, dans cette étude sur l’influence de la scoliose, devons-nous établir des catégories importantes.
Nous citerons d’abord les observations anatomiques que nous avons réunies sur des cas de scoliose non rachitique.