OBSERVATIONS ANATOMIQUES DE SCOLIOSE RACHITIQUE
Les déformations du bassin sont de règle dans ce cas, et quelquefois elles arrivent à un degré très prononcé s’accompagnant des difficultés les plus graves pour la parturition. C’est ce qui explique l’abondance relative des pièces de ce genre dans les collections anatomiques. Nous en avons trouvé un grand nombre dans les Musées de Paris, et l’étude en sera peut-être de quelque intérêt.
1° Musée Dupuytren.
N° 531. — Squelette rachitique. Scoliose à trois courbures : la seconde dorsale, qui est prédominante, est à convexité gauche ; les courbures cervicale et lombaire sont moins prononcées. 11 résulte de la direction générale que la tête et la colonne vertébrale sont entièrement en dehors de la verticale, qui passe à plus de quinze centimètres du milieu de la convexité dorsale.
Le bassin est considérablement déformé. Du fait du rachi-
tisme, le diamètre sacro-sus-pubien ne mesure que 5 cent. — Le détroit supérieur a la forme d’un cœur de carte à jouer.
Du fait de la scoliose avec inclinaison lombaire à droite, le sacrum fait une saillie notable en avant et du même côté, tandis que la pointe du coccyx est dirigée en arrière et du côté gauche. La distance sacro-cotyloïdienne droite n’a que le tiers de l’étendue de celle de gauche.
N°* 521-524. — Scoliose en S, courbure lombaire à gauche. La partie gauche du bassin est aplatie.
N° 521. A. — Rachitisme. Scoliose à trois courbures, scoliose lombaire à gauche. Taille lm,16. Bassin développé. Rétrécissement antéro-postérieur, détroit supérieur, 8 cent. 1/4 ; diamètre transversal, 13 1/2. Distance sacro-cotyloïdienne gauche, 6 cent. ; distance sacro-cotyloïdienne droite, 8 cent.
N° 523. — Scoliose à deux courbures, dorsale dominante à droite, lombaire bien marquée à gauche. — Taille : lm,20.
Le bassin est grand, bien que la femme ait offert un rachitisme intense. L’accouchement n’aurait certainement pas donné lieu à des difficultés sérieuses. Néanmoins le bassin est vicié dans sa forme.
Diamètre antéro-postérieur 0™,102
— transverse 0 '140
— oblique 0 120
La forme du détroit supérieur n’est pas absolument normale ; nous y trouvons quelques modifications dues à la déviation rachidienne.
Ainsi le bord antérieur de la première pièce du sacrum est légèrement tordu et saillant en avant et à droite. Cette torsion
continue la direction de la colonne lombaire déviée à gauche et en haut.
La distance sacro-cotyloïdienne gauche est de 0,n,07.
La distance sacro-cotylordienne droite est de 0m,085.
Le détroit inférieur est normal.
En somme, sur ce bassin provenant d’une femme rachitique et très petite, des proportions assez étendues sont conservées, et on ne retrouve que l’influence apportée par la déviation lombaire vers le côté gauche. Cette influence se traduit par une légère diminution dans l’étendue de la moitié gauche du détroit supérieur.
N° 496. — Il existait une scoliose assez prononcée. — Le bassin, qui est peu développé, est relevé à sa partie antérieure de bas en haut sur la colonne vertébrale, et le détroit supérieur est rétréci surtout dans son diamètre antéro-postérieur. Ce rétrécissement résulte aussi de la saillie que fait dans le bassin le sacrum, qui est en outre oblique, de telle sorte que sa face antérieure regarde en avant et à droite. Les deux os iliaques sont relevés et pliés en dedans.
L’obliquité du sacrum détermine une irrégularité dans la symétrie du détroit supérieur. Le diamètre oblique sacro-cotyloïdien droit est de 0m,01 plus étendu que le gauche.
Diamètre sacro-pubien : 0m,055»
N° 497. — « Bassin de femme rachitique, l’os iliaque gauche est plié, d’ou résulte une différence dans les deux diamètres obliques. »
Baudelocque.
Il faut noter de plus que cette pièce offre une scoliose lombaire gauche.
Le diamètre sacro-cotyloïdien gauche mesure 0"*,0/i , le droit 0"',09.
La symphyse pubienne est portée vers le côté gauche de 0m,01 environ.
N° 496. B. — Bassin de femme rachitique.
Le détroit supérieur rétréci est cordiforme.
La symphyséotomie a été pratiquée pour extraire l’enfant (Laennec).
Scoliose lombaire- cà gauche. Diamètre sacro-cotyloïdien gauche, 0m,05 ; le droit mesure 0"’,08.
La symphyse est notablement portée vers la droite de 0m,03.
(Dans ces deux pièces on ne voit que l’extrémité supérieure des fémurs qui sont également développés.)
N° 494. A. — Bassin rachitique remarquablement aplati.
Opération césarienne. (Thirial.)
De plus il existe une scoliose lombaire très marquée à convexité gauche.
Recherchons l’influence produite par cette cause, dans la déformation générale du bassin. — Le diamètre transversal mesure 0m,13. Le diamètre antéro-postérieur du détroit supérieur, mesuré du bord supérieur du sacrum, est de 0m,08 ; mais, à cause de l’effacement de la convexité du sacrum et de la déformation de tout le bassin, le diamètre antéro-postérieur utile du détroit supérieur n’est que de 0m,035.
Le diamètre coccy-pubien n’est que de 0m,025*
La distance de la surface cotyloïdienne au sacrum est de 0m,0/i5 à droite^ et de 0m,025 à gauche.
La symphyse est déviée à droite d’un demi-centimètre. Les membres inférieurs sont symétriquement déformés*
N° 51(5. — Squelette d’un enfant rachitique,
Scoliose lombaire unique à convexité droite. Le côté droit du bassin tout entier est enfoncé.
Cette pièce est très intéressante au point de vue de l’influence de la déviation vertébrale. En effet, les membres inférieurs sont symétriques, quoique présentant des traces de rachitisme.
Le bassin, encore flexible, a subi l’influence de la déviation du rachis : le poids du tronc, porté vers la droite, a enfoncé le côté droit de la ceinture pelvienne.
La distance entre le sacrum et la surface cotyloïdienne est de 0"’,01 à droite et de 0m,0/i à gauche.
La tubérosité ischiatique droite est un peu relevée et portée en arrière, de sorte que la branche ischio-pubienne droite est redressée vers la ligne médiane.
L’inclinaison de la colonne vertébrale ayant amené cette déformation, les tubérosités ischiatiques n’étaient plus à la même hauteur, de sorte que, dans la position assise, la différence de niveau amenait une inclinaison latérale du bassin relevant l’os iliaque gauche et tendant encore à exagérer l’effet de la déviation vertébrale.
La symphyse est déviée à gauche.
Ces effets de la scoliose paraissent incontestables. Ils ressortent encore plus par l’examen de la pièce immédiatement voisine portant le
N° 516. A. — C’est un squelette d’enfant rachitique du même âge et de la même taille que le précédent. Seulement, sur ce sujet, la scoliose esta peine dessinée, de sorte que l’on voit simplement l’influence du poids du tronc produire la forme tricorne du détroit supérieur à cause du rachitisme, et, de plus, la très légère scoliose amène une minime exagération
dans l’aplatissement de la moitié droite qui est encore le côté homonyme de la déviation scoliotique lombaire presque imperceptible.
La comparaison de ces deux squelettes ne permet pas de méconnaître l’influence propre aux déviations scoliotiques.
2° Musée des Hôpitaux. Clamart.
N° 55. — Scoliose lombaire gauche très prononcée. La surface cotyloïdienne gauche, par suite de l’aplatissement rachitique du bassin et de l’inclinaison de la colonne lombaire inférieure, est presque directement appliquée contre la face antérieure du corps de la cinquième vertèbre lombaire. — C’est un des cas les plus accentués de rétrécissement que l’on connaisse. La moitié gauche de l’aire du détroit supérieur n’existe plus. La distance sacro-cotyloïdienne gauche est de deux millimètres.
L’entrée de l'excavation, réduite à lamoitiédroite, représente une ellipse longue de 0n,,09, large de 0m,05.
Cet exemple est très remarquable et prouve l’influence de la déviation rachidienne faisant porter le poids du tronc sur le côté gauche du bassin et de là sur le fémur gauche plus directement. Aussi, la ceinture pelvienne étant molle, les deux parties osseuses, colonne lombaire et tête fémorale, se sont rapprochées l’une de l’autre, et l’arc ilio-pubien est serré presque exactement entre elles.
N° 53. Clamart. — Squelette rachitique. Scoliose en S convexité droite. Inclinaison de la colonne lombaire à gauche.
Bassin aplati et légèrement rétréci à gauche au détroit supérieur.
Bord gauche du sacrum incliné en bas et à gauche.
Détroit inférieur élargi transversalement comme dans la plupart des cas de rachitisme.
Le membre inférieur gauche est plus court.
Transmission du poids du corps sur le côté gauche du bassin; effet agissant comme la scoliose lombaire gauche.
Reste à savoir quelle a été la déformation primitive.
Le sens de la scoliose a-t-il agi pour amener l’arrêt de développement du membre gauche, ou la longueur moindre de celui-ci a-t-elle déterminé le sens de l’inclinaison du bassin et de te1 colonne vertébrale?
N° 54. Clamart. — Scoliose rachitique.
Courbure en S. Dorsale dominante à droite.
Lombaire gauche peu prononcée.
Peu d’influence due à la scoliose.
Détroit supérieur cordiforme aplati; la distance sacro-cotyloïdienne gauche à 0m,05 au lieu de 0m,06 à droite.
Diamètre sacro sus-pubien 0m,075.
Élargissement transversal du détroit inférieur Om,ll.
Le membre inférieur gauche étant un peu plus long, l’os iliaque gauche est légèrement relevé.
N° 63. Clamart. — Scoliose rachitique dorsale droite, lombaire gauche.
Diminution de 0m,02 dans. la distance sacro-cotyloïdienne gauche.
Bassin rachitique, diamètre antéro-postérieur 0“',08 détroit supérieur.
La symphyse est déviée de 0m,01 à droite.
N° 51. Clamart. — Ce sont les mêmes déviations pelviennes
avec leurs mêmes conséquences, seulement la scoliose a ses convexités tournées du côté opposé.
Le bassin présente par suite le rétrécissement sacro-cotyloïdien à droite, la déviation de la symphyse à gauche.
N° 61. Glamart. — Déviation lombaire à convexité gauche. Squelette rachitique.
Le bassin rachitique, 0'“,07, ne présente à noter que l’aplatissement gauche diminuant de 0m,021a distance sacro-cotyloïdienne 0m,05 au lieu de 0U1,07.
Les membres inférieurs, également déformés, ont la même longueur 0m,54.
3° Musée du l)r Depaul, à la Clinique.
K» 22. F. — - Scoliose lombaire gauche. Bassin rachitique. Les membres inférieurs sont peu déformés.
Mesures du bassin :
Entre les crêtes 0m, 2 1
Entre les épines iliaques antérieures et supér. . 0 18
L’aile iliaque gauche est déjetée en dehors (du côté où s’incline la colonne lombaire). Il y a entre la colonne vertébrale et la fosse iliaque interne gauche une distance de O1», 025, tandis qu’à droite on compte 0m,06.
La figure du détroit supérieur représente un cœur de carte dont la moitié gauche serait un peu plus petite que la droite.
Diamètre antéro-post 0m,07 1/2
— transverse 0 09
— oblique gauche 0 09 1/2
— oblique droit 0 10 1/2
Le sacrum est plié en deux sur sa face antérieure.
Diamètre sacro sous-pubien . 0m,08
— bisischiatique 0 06
— coccy pubien 0 06 1 ,/2
Sur cette pièce il est facile de reconnaître certaines particularités dues à l’influence de la scoliose dans la déformation pelvienne.
La colonne lombaire s’est beaucoup rapprochée de la surface cotyloïdienne gauche (2 cent. 1/2 au lieu de 6) du côté droit.
La branche horizontale du pubis du côté gauche est visiblement relevée. Les surfaces articulaires pubiennes ne sont pas au même niveau, et si l’on regarde directement l’arcade pubienne on s’aperçoit que la branche ischio-pubienne gauche est rapprochée de la ligne médiane du corps et que sa direction est beaucoup moins oblique en arrière et en dehors que de l’autre côté- du bassin.
En résumé, dans cet exemple, nous voyons que l’influence de la déviation vertébrale agissant sur un bassin ramolli et transmettant le poids du corps en bas et à gauche, a amené un aplatissement de tout le côté gauche du bassin avec soulèvement en haut et en arrière de la partie inférieure de l’os iliaque gauche.
1N° F. 35. • — Cet exemple nous montre des déformations analogues, sous l’influence d’une scoliose dorso-lombaire gauche.
Le côté gauche du bassin est aplati et relevé.
Voici les dimensions :
Détroit sup. : Diam. antéro-post 0m, 06
— transverse 0 13
— sacro-cotyloïdren gauche . 0 04
— droit. 0 06 5
Détroit inférieur : Diamètre bisischiatique. . . 0 10
N° F. 23. (Musée Depaul.) — Scoliose dorso-lombaire gauche.
Le bassin est rachitique, mais l’influence de la déviation vertébrale ne s’est point fait sentir sur sa configuration d’une manière bien prononcée. La forme du détroit supérieur est symétrique avec rétrécissement antéro-postérieur (0">,08).
Le détroit inférieur est remarquable par l’écartement des ischions. La base de l’arcade pubienne mesure O"1,! 2 de longueur.
Sur une autre pièce du musée Depaul présentant une scoliose qui siège à la région dorsale supérieure, la figure du bassin est parfaitement symétrique avec un léger rétrécissement antéro-postérieur du détroit supérieur. Il n'y a aucune déformation liée à la déviation rachidienne.
Cet exemple est intéressant. Il montre en effet qu’une scoliose très prononcée (la colonne vertébrale est en forme de crosse d’évêque), maissiégeant à la partie supérieure, n’amène pas d’ordinaire de déformation pelvienne, si la partie inférieure du rachis et les membres inférieurs eux-mêmes ne présentent pas d’inflexions anormales changeant les conditions destatique.
N° F. 53. (Musée Depaul.) — Scoliose lombaire gauche rachitique.
La déformation dans ce cas est celle que nous retrouvons le plus souvent, c’est-à-dire l’aplatissement latéral gauche (du côté de la saillie scoliotique).
Mais cette pièce est encore remarquable par la différence qui existe dans la longueur des fémurs. — Cette différence est extraordinaire, elle est de 0m,10. Le fémur gauche est long de 0ra,23 , le droit de 0m,33
Cette influence s’est ajoutée à celle de la déviation rachidienne et a augmenté son effet. — La moitié latérale droite du bassin est plus spacieuse et plus relevée que la gauche.
La figure du détroit supérieur est asymétrique; la symphyse déviée à droite.
Voici les dimensions :
Détroit sup. : Diam. anléro-post
— transverse
— sacro-cotyloïdien gauche.
— sacro-cotyloïdien droit. .
Détroit inférieur : Elargissement transversal.
Diamètre bisischiatique. .
N° F. 18. (Musée Depaul.) — Cette pièce présente un exemple de rachitisme général : les fémurs, le bassin, la colonne vertébrale, sont déformés.
Celle-ci présente une scoliose en S avec saillie dominante lombaire gauche.
Le bassin offre au plus haut point les déformations rachitiques.
La transmission du poids du tronc semble s’être faite comme de coutume spécialement vers le côté du bassin correspondant à la saillie scoliotique lombaire. Le diamètre sacrocotyloïdien de ce côté a une longueur de moitié moindre que celui du côté opposé.
h° Muséum.
Au laboratoire d’anthropologie du professeur de Quatrefages et grâce à l’obligeance de M. le Dr Hamy, nous avons pu examiner plusieurs pièces curieuses par leur origine autant que par le degré des déformations. Les deux premières sont fort anciennes : elles faisaient partie de la collection du Cabinet du roi, dont l’illustre Daubenton a publié la description en 17/i7.
« N° CXXVI. — Squelette d’une femme bossue.
« 11 vient d’un sujet fort vieux, car il n’y reste plus au-
cune dent, on ne voit pas même les vestiges des alvéoles. — Les os des jambes, surtout ceux de la jambe droite, sont un peu courbés, mais la plus grande difformité est dans la colonne vertébrale. La portion que composent les vertèbres des lombes et les deux dernières vertèbres du dos est inclinée à droite: la dixième, la neuvième et la huitième vertèbre dorsales forment une courbure qui retourne à gauche; la septième, la sixième, la cinquième et la quatrième suivent la même direction sur une ligne horizontale; la troisième, la deuxième et la première forment un second contour opposé à celui dont je viens de parler pour rejoindre les vertèbres du cou, qui sont à peu près dans leur position naturelle et sur une même ligne verticale avec la dernière vertèbre des lombes. Le point de la bosse était à l’endroit de la huitième, de la neuvième et de la dixième vertèbre du dos : cette portion de la colonne vertébrale s’écarte en arrière et est contournée de façon que les apophyses transverses du côté droit se présentent en arrière et sont recouvertes par l’extrémité des côtes, qui, étant affaissées les unes sur les autres, se croisent par cette extrémité; ensuite elles touchent le corps des vertèbres en reprenant leur direction en avant. On conçoit aisément combien la poitrine est déformée par les sinuosités de l’épine du dos; le côté gauche est beaucoup plus saillant que le droit et l’épaule droite beaucoup plus élevée que la gauche : les vertèbres des lombes en s'inclinant du côté droit font baisser le bassin du même côté. »
Telle est la description faite par Daubenton, page 70. (Description du Cabinet du roi, tome III, de Y Histoire naturelle de Buffon. Paris, 1749.)
Nous l’avons reproduite textuellement et nous y ajouterons quelques détails plus précis et intéressant notre sujet sur
lesquels l’attention du naturaliste n’avait pas été appelée.
Cette pièce nous offre en résumé un exemple de scoliose rachitique à convexité dorsale à la région moyenne, avec légère cyphose dorsale. Il n’y a pas, à proprement parler, de courbure de compensation lombaire. La colonne lombaire est simplement inclinée un peu vers la droite.
Le bassin est remarquablement déformé; c’est un type de bassin oblique ovalaire, sans synostose, bien entendu.
Le symphyse pubienne est portée de 2 centimètres vers la gauche; la ligne innommée du côté droit est rectiligne, de sorte que le détroit supérieur présente le côté droit aplati, avec déviation de la symphyse à gauche.
Le diamètre sacro sus-pubien est de 0m, 09
— transverse 0 10 5
— oblique gauche 0 11
— oblique droit 0 09
Distance sacro- colyloïdienne droit 0 05
— sacro-colyloïdienne gauche 0 07
L’excavation et le détroit inférieur sont normaux.
La crête iléopectinée porte des deux côtés, mais surtout à droite, une de ces arêtes saillantes et coupantes signalées par le Pr Depaul sur un certain nombre de bassins rachitiques.
Dans ce cas très remarquable, la déformation pelvienne et l’aplatissement du côté droit du bassin sont dus à ce que la scoliose droite et le raccourcissement du fémur droit noté par Daubenton, transmettaient le poids du tronc sur le côté droit du bassin, où la contre-pression était aussi exagérée par le raccourcissement du membre.
La seconde pièce porte le N° CXXVII.
— Le tronc du squelette d’un bossu.
« Cette partie de squelette vient d’un sujet adulte ; la plupart des os sont attachés les uns aux autres par leurs propres ligaments ; ainsi ils sont dans la situation où la nature les a mis. Les vertèbres des lombes sont renversées en arrière et un peu à gauche de sorte que la colonne qu’elles forment, au lieu d’être verticale, est presque horizontale au-dessus du sacrum. Les trois dernières vertèbres du dos forment un autre sinuosité qui retourne à droite et un peu en avant; les neuvième, huitième, septième et sixième dorsales suivent la même direction; les autres vertèbres du dos avec celles du cou reprennent la ligne verticale, mais cette partie de la colonne ne se trouve pas perpendiculaire au-dessus de l’os sacrum, car, si elle était continuée en bas dans la même direction, elle passerait à près de trois pouces derrière cet os. » (Daubenton, loc. cil. page 72.)
Le savant naturaliste a, moins encore que dans l’exemple précédent, décrit la conformation du bassin. Il faut d’ailleurs l’examiner avec soin pour reconnaître qu’il présente quelque déformation.
La cyphose très marquée a peu agi sur le bassin.
On trouve cependant l’aplatissement du sacrum.
Quant à la scoliose elle a amené un raccourcissement dans la distance sacro-cotlyoïdienne gauche, dû à l’inclinaison de la colonne lombaire vers le côté gauche.
La pièce suivante est une des plus caractéristiques que nous ayons rencontrées au point de vue de l’influence de la scoliose rachitique. De plus, son origine démontre l’existence du rachitisme chez les races actuelles de l’extrême Orient.
Le squelette dont nous parlons, provient d’un individu de la race Khâ, d’Attopeu (Laos). Il est inscrit au Muséum sous sous le N° 49. Entrées 1877. Fouilles du Dr J. Harmand.
Le sujet adulte, masculin, présente un rachitisme très marqué et général. Le membre inférieur gauche est plus court que le droit. Il y a une scoliose dorso-lombaire à convexité droite. Les déformations du bassin, qui sont très accusées, dépendent à la fois de la déviation rachidienne et du raccourcissement du membre. Le segment de la colonne vertébrale inférieur à la scoliose transmettait le poids du tronc plus directement sur l’aileron gauche du sacrum; le fémur gauche était plus court, de sorte que la moitié du bassin s’est trouvée comprimée entre les deux forces. Cette moitié a été aplatie, de sorte que nous trouvons une déviation de la symphyse pubienne à droite (0m, 01 5) un bassin oblique ovalaire avec les dimensions suivantes :
Diamètre sacro-sus-pubien 0m,06 -I/2
— transverse 0 11
— oblique droit 0 10 1/2
— oblique gauche 0 09
Distance sacro-cotyloïde gauche 0 04 1/2
— — droite 0 06
La contre-pression exercée par le fémur gauche plus court a déformé l’arcade pubienne en repoussant la branche ischiopubienne gauche en arrière et en haut, de sorte que la distance ischio-coccygienne du côté gauche est de 0,n,0/i 5 tandis qu’à droite elle est de 7 centimètres. Tout le côté gauche du bassin est moins spacieux que le droit.
De plus, l’influence de la déviation vertébrale inclinant le tronc vers la gauche s’est dénotée en renversant un peu en dehors la fosse iliaque interne gauche qui supportait directement le poids des viscères abdominaux.
En résumé, ce bassin est aplati d’avant en arrière et obliquement de gauche à droite par l'influence combinée de la
déviation vertébrale à gauche et en bas, et du raccourcissement du membre inférieur gauche.
Dans un récent travail 1 de Léopold, de Leipzig, sur lequel nous aurons à revenir, nous trouvons un certain nombre d’exemples comparables aux précédents; en voici le résumé qui comprend neuf exemples réunis par l’auteur lui-même, plus une dizaine d’autres décrits par divers auteurs allemands :
N° 1. — Recueil de l'Institut pathologique de Leipzig.
Scoliose droite des vertèbres dorsales , avec un commencement de courbure compensatrice des vertèbres lombaires du côté gauche. Bassin rachitique, asymétrique, considérablement rétréci du côté gauche.
N° 2. — Recueil de l’ Institut pathologique de Leipzig.
Squelette rachitique avec scoliose droite (commencement de cyphoscoliose) des vertèbres dorsales et scoliose gauche des vertèbres lombaires. Bassin rachitique plat avec rétrécissement de la moitié gauche de l’entrée. Jambe gauche raccourcie.
N° 3. — Recueil de V Institut pathologique de Leipzig.
Squelette entier à scoliose droite des vertèbres dorsales et scoliose gauche des vertèbres lombaires. Bassin rachitique plat, généralement rétréci à un haut degré, avec rétrécissement particulier de la moitié gauche du bassin. Jambe gauche raccourcie.
1. Dns skoliotisch und kyphoskoliotisch rachitische Becken. Leipzig,
N° h. — Recueil de V Institut pathologique de Leipzig.
Squelette rachitique à scoliose droite des vertèbres dorsales et scoliose gauche des vertèbres lombaires. Bassin généralement rétréci à un haut degré, rachitique plat avec diminution essentielle de la moitié gauche de l’entrée.
N° 5. — Scoliose droite des vertèbres dorsales et scoliose gauche des vertèbres lombaires. Bassin considérablement rétréci, simple rachitique plat, écrasé sur le côté gauche.
N° 6. — Recueil de l'Institut d' accouchement de Leipzig.
Scoliose droite de la colonne vertébrale dorsale avec scoliose gauche des vertèbres lombaires. Bassin généralement rétréci, rachitique plat, à forme de cœur de carte tronqué, et rétrécissement plus prononcé de la moitié gauche.
N° 7. — Institut pathologique anatomique de Rerlin.
La pièce porte l’indication suivante : « Pelvis rachitides difformis » , et se compose de quatre vertèbres lombaires et du bassin. Les vertèbres lombaires présentent une scoliose à gauche et compensent une scoliose considérable droite des vertèbres dorsales. Le sacrum fait une forte saillie en avant. La ligne innommée est comprimée du côté gauche et présente une courbe du côté droit. Les os iliaques sont déviés en dehors. L’os illiaque gauche est plus relevé.
N° 8. — Scoliose gauche des vertèbres dorsales inférieures et des vertèbres lombaires supérieures. Inclinaison droite compensatrice du sacrum. Bassin généralement rétréci, plat rachitique avec rétrécissement prépondérant de la moitié de gauche.
]S° 9. — Institut pathologique de Berlin.
Bassin de femme rachitique plat, à entrée rétrécie sur le côté droit et aplati obliquement par suite de scoliose gauche de la vertèbre dorsale du milieu.
Au niveau de la huitième vertèbre dorsale, la colonne vertébrale se fléchit angulairement vers la gauche avec une légère torsion des vertèbres vers la gauche et une légère inflexion en arrière. A partir de l’angle d’écrasement, la portion supérieure de la colonne vertébrale se dirige presque horizontalement en avant et à droite, la portion inférieure formant un arc peu prononcé de lordose compensatrice qui se dirige également vers la droite et en avant. Cette lordose se continue dans le sacrum : il est peu incliné vers la droite ; il est également développé d’un côté et de l’autre. Il s’est produit, par la compensation, une pression et une contre-pression sur le côté droit qui a légèrement rétréci l’entrée du bassin en le déviant vers la gauche. C’est pourquoi la ligne innommée paraît agrandie du côté gauche.
Cas de Klein. — Bassin scoliotique asymétrique (Voir le tableau, page 63).
Huber (Neve Zeitsclir für Geb., xix, 367), décrit un bassin rachitique rétréci obliquement, sans ankylosé de la jointure sacro-iliaque, sur le côté du rétrécissement. 11 provenait d’une femme difforme, ayant à peine quatre pieds de taille, qui était afîligée d’une scoliose considérable vers la gauche, à la région lombaire.
ITohl ( Zur Pathologie des Beckens , page 38. Taf. v) fait mention d’un bassin rachitique oblique ovalaire à forte scoliose du côté droit au niveau des vertèbres dorsales et déviation des vertèbres lombaires du côté gauche. « Si la figure de ce bassin
représenté par Hohl, montre déjà de la ressemblance avec les bassins scoliotiques rachitiques que j’ai décrits, il résulte encore plus de sa description que l’asymétrie du bassin a pris naissance principalement par suite du poids transmis inégalement à cause de la scoliose, et non pas, selon l’hypothèse de Hohl, par suite de dispositions et d’un développement défectueux de l’une des moitiés du bassin; du moins, les raisons pour admettre cette hypothèse font complètement défaut chez Ilohl. Bien plus, du côté de la scoliose lombaire, on voit le développement défectueux de tout l’os iliaque et de la moitié du sacrum du côté gauche par suite de la compression du bassin; il y a de plus déviation du sacrum à gauche, de la symphyse à droite ; position relevée et plus droite de l’os iliaque gauche et de toute la partie gauche du bassin.
« En faisant mention d’un second bassin dessiné, Hohl dit seulement que la personne d’une taille de trois pieds et demi, avait une torsion de la colonne vertébrale à gauche. » (Léopold, loc. cit ., page 22.)
Bassins de Litzmann (noS 13, là, 15, 16). Dus schragovale Becken. (Voir le tableau à la page 63.) — Le bassin décrit par Braun est du plus grand intérêt; son rétrécissement énorme du côté gauche ne peut être attribué très vraisemblament qu’à la déformation rachitique de la colonne vertébrale.
La plus forte torsion de la colonne vertébrale correspond à la sixième vertèbre dorsale vers la droite et à la quatrième vertèbre lombaire vers la gauche.
L’entrée du bassin présente la forme d’un chapeau tricorneasymétrique. Toute la partie gauche du bassin est fortement comprimée.
Le tableau suivant facilite le coup d’œil des rapports asymétriques de l’entrée des bassins mentionnés.
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