‹ De l'influence des etudes histologiques sur la connaissance des maladies du systeme nerveuxChapitre 3 sur 14 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

INFLUENCE QU'ONT EXERCÉE LES ÉTUDES IUSTOLOC1QCES SUR LA DÉTERMINATION EXACTE DE LA NATURE PUREMENT FONCTIONNELLE OU DE LA NATURE ORGANIQUE DES TROUBLES NERVEUX.

Dnns beaucoup Je maladies rangées parmi les névroses et considérées, il y a quelques années a peine, comme étant indépendantes de toute altération matérielle, les études liislologiques ont lait découvrir l'existence de lésions qui avaient échappé jusqu'ici aux investigations les plus attentives des Llmo-pathologisles. La science des maladif « lu système nerveux en a été bouleversée ; et ette découverte a fait passer définitivement dans U du» des maladies organiques certains états prête . nerveux, jeté des doutes sur la nature d'une oulc d-ales et exercé en définitive une influence trèsétendue sur la nosologie.

Les études Iristologiqites ont fait passer dé/ui/tivement certains états pathologiques de la classe des névroses dans la classe des maladies organiques.

Dans la dernière édition du Traité de pathologie interne de Grisolle, on trouve encore, à la classe des névroses, la paralysie de l'enfance. MM. Rilliet et Barthez l'avaient appelée paralysie essentielle parce que, dans trois cas, l'examen le plus attentif, fait à l'œil nu, du cerveau, de la moelle et des nerfs n'avait révélé l'existence d'aucune lésion (1).

Grâce aux études histologiques, la paralysie de l'enfance doit être placée désormais dans la classe des maladies organiques : les preuves abondent.

En 1803, M. Cornil (2), en 1864, M. Laborde(S), découvrent l'atrophie des faisceaux antéro-latéraux de la moelle.

En 1865, MM. Prévost et Vuîpian signalent pour la première fois l'atrophie de la corne antérieure de la substance grise (k).

M. Lockart Clarke en 1867 indique la dégénérescence d'un grand nombre de cellules des cornes antérieures (5).

Puis viennent, en 1870, les observations de

(1) Rilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants. Paris, 1853.

(2) Cornil, Comptes rendus de la Société de biologie, 18G3.

(3) Laborde, thèse. Paris, 18G4.

(Il) Prévost, Comptes vendus de la Société de biologie, lSGo (5) Lockart Clarke, Med. chir. Tranx., 1867.

MM. Charcot et Joffroy (1), de MM. Parrot et Joffroy (2) ; enfin en 1871, le mémoire de MM. Roger et Damaschino dont voici les conclusions :

« 1° L'altération caractéristique de la paralysie infantile, disent-ils, est une lésion de la moelle épinière dont l'atrophie des nerfs et des muscles est la conséquence ;

» 2° Cette lésion siège plus particulièrement dans la portion antérieure de la substance grise spinale, où elle se montre sous forme de foyers ramollis ;

» 3° Ce ramollissement est de nature inflammatoire et la maladie est une myélite ;

» h° La paralysie infantile doit donc être appelée paralysie spinale de l'enfance, et désormais sa place nosologique est certainement dans les affections de la moelle et dans les myélites (3). »

Les études hislologiques ont jeté des doutes sur la nature de certains troubles nerveux.

Faut-il ranger la paralysie agitante dans la classe des maladies organiques ou la laisser dans celle des névroses ?

M. Charcot disait dans ses Leçons de 1868 publiées en 1872 et 1873 : « La lésion de la paralysie agitante

(1) Charcot et Joil'roy, Arch.phys., 1870.

(2) Parrot et.Toiïroy, Arch. phys., 1870.

(3) Roger et Damascliino, Recherches anatomo-paihologiqucs sur la paralysie spinale de Venfance. Paris, 1871.

est encore à trouver (1). » Pour quelques auteurs, cependant, cette lésion ne serait autre chose qu'une sclérose du bulbe.

Le mal débute brusquement ou lentement et d'une manière insidieuse. Le malade tremble même au repos; et ce tremblement, qui d'abord était limité à un membre, se généralise peu à peu.

En marchant, le malade sautil Je ; une force irrésistible le pousse en avant, en arrière : il ne peut garder l'équilibre.

Les muscles de la lace sont immobiles, le regard fixe ; une impression de tristesse couvré le visage.

Plus tard, les muscles des membres, du tronc, de la région cervicale s'enroidissent ; et debout, le malade se tient tout d'une pièce, le tronc et la tête penchés en avant.

La force musculaire paraît être affaiblie, mais dans bien des cas, on peut constater par le dynamomètre que cette force esta peu près normale.

L'évolution de la paralysie agitante est lente, mais progressive.

Cet état morbide si bien caractérisé, si persistant, progressant sans cesse, serait donc une névrose pour les uns, une maladie organique pour les autres ! M. Fernet s'est efforcé vainement de dissiper ces doutes. Il a rassemblé dans son travail sur les tremblements tous les faits de paralysie agitante dans lesquels les centres nerveux ont été étudiés avec soin; et après les avoir analysés, il écrit :

(1) Charcot, Leçons sur les maladies du si/slmie nerveux, 1872-1873

AUDIIOUI. 2

« Si L'on chefOhe à réunir tous ces Faits on tenant compte surtout do leur analogie et non de leur apparence contradictoire, on peut en former trois groupes :

» Dans l'un se rangent les cas où l'on a trouvé une lésion ordinairement scléreuse de l'isthme de

l'encéphale ;

» Dans un autre se rangent les faits où l'on a rencontré des altérations, scléreuses aussi, de certaines parties de la moelle ;

» Enfin dans le troisième, on ne trouve pas de lésions, ou ce sont des lésions communes. »

Et il ajoute :

« On ne peut pas dire aujourd'hui pour les lésions de la paralysie agitante, ni qu'elles soient constantes, ni quelles aient un siège ou une nature déterminée (1). »

Ainsi les doutes sont loin d'être dissipés louchant

la nature de la paralysie agitante.

Influence sur la nosologie.

La détermination exacte de la nature purement fonctionnelle ou de la nature organique du trouble nerveux a eu sur la nosologie une influence trèsétendue.

Les études histologiques, en nous permettant de remonter jusqu'à la cause vraie de la perturbation

(1) Fcrnct, Des tremblements. Pnris, 1872.

nerveuse, nous ont livré la définition de la plupart de ces états vagues, mal déterminés, qui encombraient la classe immense des névroses. Mais définir la maladie c'est la classer; et beaucoup d'états nerveux sont passés de la classe des névroses clans la classe des maladies organiques : ainsi la paralysie générale, la paralysie essentielle de l'enfance, un certain nombre de tremblements, Fataxie locomotrice, etc. Ce travail de remaniement se poursuit. Nous voyons se restreindre chaque jour le nombre des névroses ; et peut-être serons-nous bien tôt forcés à transporter définitivement dans la classe des maladies organiques la chorée, le tétanos, l'épilepsie, les paralysies dites réflexes, urinaires, utérines, dyscrasiques et même toutes les vésanies....

L'existence bien démontrée d'une lésion constante comme cause d'un grand nombre de troubles nerveux, qui passaient autrefois pour être essentiels, a rétréci singulièrement le cercle de l'intervention thérapeutique dans les maladies nerveuses et a fait cesser bien des abus. En effet, la lésion, considérée en soi, ne fournit pas en médecine ou fournit bien rarement une indication. Mais cette idée d'une lésion irrémédiable toujours présente, si elle a fait cesser des abus, en a fait naître d'autres tout aussi fâcheux. Elle a conduit au nihilisme en thérapeutique, lequel, par une réaction très-naturelle, nous a menés rapidement à la thérapeutique' indépendante de l'indication.

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