‹ De l'influence des etudes histologiques sur la connaissance des maladies du systeme nerveuxChapitre 4 sur 14 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

INFLUENCE QU'ONT EXERCÉE LES ÉTUDES HISTOLOGIQUES SUR LA. DÉTERMINATION EXACT G DES CARACTÈRES ANATO- MIQUES DE LA LÉ S ICI*.

Les études histologiques nous ont permis de pénétrer la nature anatoinique intime de lésions déjà connues par leurs caractères grossiers et extérieurs. Il en est résulté une classification plus simple, plus méthodique, et surtout plus scientifique des lésions du système nerveux.

Pour la première école anatomique, celle dont Cruveilhier est en quelque sorte le plus illustre représentant, les lésions du système nerveux étaient l'induration et le ramollissement, l'atrophie et l'hypertrophie Les études histologiques nous ontfait

découvrir que, sous un aspect extérieur différent, se rencontraient fort souvent des lésions de môme nature, que la sclérose, par exemple, pouvait, dans le cours de son évolution, passer du ramollissement à l'induration, et de l'hypertrophie à l'atrophie ; et

que, d'un autre côté, sous un même aspect ou sous un aspect à peu près analogue, se confondaient des altérations parfois bien étrangères les unes aux autres : tels sont le ramollissement cérébral et l'hypertrophie des nerfs.

Analyse histologique du ramollissement cérébral.

Il est inutile de reproduire ici les discussions sans nombre auxquelles a donné lieu la nature du ramollissement cérébral. Récamier en avait fait une maladie spéciale indépendante de l'inflammation; Lallemand en fit une encéphalite (1). Rostan, moins exclusif et plus vrai, ne voulut point ad mettre que tout ramollissement fût inflammatoire. Il fit remarquer la coïncidence si fréquente des lésions vasculaires et du ramollissement, et pensa que cette lésion pouvait se comparer à la gangrène (2). Malgré ces réserves, la plupart des médecins de l'époque acceptèrent les idées de Lallemand.

Cruveilhier place le ramollissement cérébral dans la classe des inflammations ; et, d'après les caractères extérieurs de la lésion, il le divise en cinq espèces :

1° Le ramollissement séreux, dans lequel la substance cérébrale plus ou moins réduite en bouillie,

(1) Lallemand, Recherches anatomo-pathologiques sur l'encéphale et ses dépendances. Paris, 1820-1834.

(2) Rostan, Recherches sur le ramollissement du cerveau. Paris, 1823.

sans altération de couleur, est délayée dans une quantité plus ou moins considérable de sérosité;

2° Le l'amollissement pultacé, dans lequel la film* cérébrale transformée en bouillie sèche se dissocie en petits fragments moléculaires ;

3° Le ramollissement gélatiniforme, dans lequel la substance cérébrale devient gélatineuse et transparente ;

h° Le ramollissement rouge, dans lequel la substance cérébrale semble avoir été broyée, avec de petits caillots de sang noir;

5° Le ramollissement purulent, dans lequel le tissu cérébral est infiltré de pus (1).

Les études histologiques, combinées auxétudes de physiologie expérimentale, ont détruit toutes ces espèces et transformé l'histoire du ramollissement cérébral. Le ramollissement cérébral a cessé d'être considéré comme une maladie, et tout d'abord il a été séparé de l'encéphalite. Ensuite on a recherché ses causes et Y on a réservé exclusivement le nom de ramolli ssement à la nécrose du tissiî cérébral produite soit par l'endartérite, soit par la thrombose, soit par l'embolie. On a reconnu enfin que certains ramollissements étaient simplement cadavériques, et que le ramollissement de la voûte que Trousseau donne encore dans ses Leçons sur la fièvre cérébrale (2) comme étant caractéristique de l'encéphalite, irest qu'un ramollissement par imbibition. N'oublions pas que certains ramollissements du tissu nerveux ne sont que de la sclérose au début.

(1) Cruvcilliier, Traité d'ana*omie pathologique, t. IV, P- 39-

(2) Trousseau, Clinique médicale de V Hôtel-Dieu, II. Paris, 1851.

Prenons maintenant le processus pathologique lié à l'oblitération des artères de l'encéphale et suivonsle clans son évolution. Nous allons voir ce que sont devenus, sous l'influence des nouveaux moyens d'investigation, les ramollissements rouge, jaune et blanc qui ont soulevé tant de querelles. Écoutons M. Lancereaux :

« Le processus pathologique, dit-il, lié à l'oblitération des artères de l'encéphale, offre dans l'accomplissement de son évolution trois périodes successives, caractérisées anatomiquement par des différences de coloration et de consistance de la substance nerveuse, qui est :

» Rouge et un peu ramollie dans la première période,

» Pulpeuse et jaunâtre dans la seconde, » Blanche et diffluente dans la troisième. » Les différences de consistance et de coloration de la substance nerveuse dans les cas de ce genre correspondent donc aux phases diverses d'une même altération et ne constituent pas, par conséquent, des espèces anatomiques distinctes. Le ramollissement Cérébral et toutes les altérations qui l'accompagnent et qui, comme lui, reconnaissent pour cause l'occlusion artérielle, sont constitués par la métamorphose régressive des éléments normaux de la portion d'organe alimentée par l'artère obturée (1). »

(1) Lancereaux, tlièsc - Conclusions 3 et 4. Paris, 18G2.

£ Analyse histologique de l'hypertrophie des nerfs.

Un exemple non moins frappant de l'influence qu'ont exercée les études histologiques sur la connaissance des maladies du système nerveux en nous faisant apprécier plus exactement les caractères anatomiques de la lésion, nous est livré par l'analyse histologique des nerfs hypertrophiés.

A l'article hypertrophie des nerfs, Cruveilhier affirme que la fibre nerveuse, c'est-à-dire le faisceau nerveux, n'est pas susceptible d'hypertrophie, que l'augmentation du nombre des filaments nerveux est impossible, et que l'augmentation de volume de chaque filament n'a été prouvée par aucun fait. Il prétend que c'est au névrilème qu'il faut rapporter tout ce qui a été dit sur cette hypertrophie ; et il divise l'hypertrophie des nerfs en hypertrophie diffuse ou cylindroïde et en hypertrophie circonscrite ou névrome (1).

Les études histologiques ont prouvé combien toutes ces assertions sont peu exactes.

Sous le nom vague de névrome, Cruveilhier confond plusieurs lésions fort différentes : les fibromes, les myxomes, etc., et même les tumeurs constituées par des tubes nerveux de formation nouvelle, qui seules doivent porter aujourd'hui le nom

(1) Cruveilliior, Traité (f anatotnie pathologique, t, III. p. 92.

de névromes. Les vrais névromes sont fort rares; cependant ils existent, et les études histologiques ont redressé l'erreur de Cruveilhier qui prétend, comme nous venons de le voir, que l'augmentation de nombre des éléments nerveux est impossible.

De plus, M. Frommann (1), et après lui bien d'autres histologistes, ont démontré que l'élément nerveux lui-même, ou plutôt le cylindre de l'axe pouvait s'hypertrophier. Et M. Ranvier nous a fait connaître la multiplication singulière qui se fait dans le bout central des nerfs sectionnés. Les tubes nerveux s'hypertrophient et se divisent ensuite en plusieurs filaments qui pénétrent dans la cicatrice et vont trèsprobablement servir à régénérer les tubes nerveux dans le bout périphérique (2).

(1) Frommann, Ueber die norm. und path. Anat. des Rûckenmarks. Iéna, 1867.

(2) Ranvier, Note à l'Académie des sciences, 24 février 1873.

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