II. Effets généraux des excitations cutanées
Lorsque les irritations de la peau sont énergiques, ou bien lorsqu'elles agissent sur une grande surface, leur retentii^sement se fait sentir dans tout l'appareil circulatoire, et l'on peut observer des modifications rapides et très -marquées dans la pression sanguine, dans le nombre et dans la force des battements cardiaques, ainsi que dans le chiffre de la température centrale. Naumann, un des premiers, a abordé cette question expérimentalement. Mantegazza, Saviotti,Rohrig, Heidenhain, Riegel, Vulpian, Winternitz, etc., ont publié depuis cette époque, les résultats parfois contradictoires de leurs travaux. Nous allons tenter de les résumer brièvement.
Ici encore, de même que pour les effets qui se produisent localement, on observe des modifications absolument différentes suivant que l'irritation a été faible, modérée ou excessive. Et pour certains excitants, en particulier pour les excitants chimiques, l'énergie de l'excitation paraît proportionnelle à la surface d'action. Mais les effets obtenus dépendent par dessus tout du sujet observé; le même excitant agissant chez l'un comme excitant faible et chez l'autre comme excitant énergique.
Gelc, dit, recherchons d'abord les modifications que
(1) Vulpian, Archives de physiologie, 1875, p. 878-885.
présente le calibre des vaisseaux. Des observations de ce genre peuvent se faire chez l'homme, et c'est ainsi que Naumann a expérimenté sur lui-même. Mais alors on ne peut employer que des excitations modérées. En outre, les contractions ou les dilatations des vaisseaux de la peau et surtout de ceux de la face sont soumises à tant de variétés individuelles que ces expériences ne peuvent avoir que peu de valeur. Cependant chacun sait que le visage peut devenir subitement pâle sous l'influence de la douleur. On peut de même observer la dilatation des vaisseaux lorsqu'une excitation douloureuse est prolongée pendant quelque temps. C'est ainsi que par une faradisation énergique, portant sur un point quelconque de la peau (ce qui détermine une vive douleur), on voit généralement se produire d'abord un peu de pâleur de la face ; puis bientôt c'est le contraire que l'on observe. Le visage se colore, et en général, comme l'avait bien observé Duchenne (de Boulogne), la sueur est sécrétée assez abondamment. Les choses se passent ainsi chez un certain nombre de malades. Ces résultats sont du reste conformes à ceux qu'a fournis l'expérimentation, à Rôhrig (1) et à Naumann (2). Cet expérimentateur examine au microscope la membrane interdigitale d'une grenouille dont il excite la peau du dos par piqûre, pincement, électricité, composés chimiques faibles (solution de sel marin, solution peu concentrée de soude, de potasse, d'alcool), composés chimiques plus énergiques (ammoniaque faible, huile de croton), enfin composés chimiques très-énergiques (acide acétique concentré, acide sulfurique dilué, collodion cantharidiné, essence
(1) RôHRiG, Deutsche Klinik, 1873, 11° 23 à 27.
(2) Naumann, Prager. Viert., 1863-67.
de moutarde, etc.). Les effets sont variables suivant les cas.
Avec les excitations faibles, on observe une accélération de la circulation dans les vaisseaux et un resserrement manifeste des artères et même des veines. L'excitation cessant, les vaisseaux reviennent assez rapidement à leur calibre normal. Lorsqu'une excitation faible est prolongée pendant longtemps (solution de soude, par exemple), on obtient une constriction des artérioles qui persiste pendant plusieurs heures, pendant vingtquatre heures dans un cas.
Avec les excitations énergiques, il se produisait d'abord une accélération du courant du sang et un rétrécissement très-marqué du calibre des vaisseaux, mais ces premiers phénomènes faisaient rapidement place au ralentissement de la circulation avec dilatation des artérioles, des veinules et des capillaires.
Avec les excitations très-violentes, on n'observe pas ou à peine le stade initial de resserrement, et la dilatation des vaisseaux se produit presque instantanément et devient excessive. La circulation se ralentit considérablement.
On observe les mêmes modifications , si au lieu d'examiner la membrane interdigïtaie, on fait porter l'examen sur la circulation de la langue ou des poumons, ce qui prouverait qu'il s'agit là de modifications qui atteignent la circulation générale.
Les choses se passent-elles de la même façon chez les mammifères et chez l'homme en particulier? C'est une question fort difficile à résoudre. Toutefois la difficulté existe moins pour la première partie des conclusions de Naumann et Rohrig, l'accélération du courant
sanguin et le resserrement des vaisseaux sous l'influence d'excitations périphériques. Ainsi Brown-Séquard (1) dit avoir observé chez des mammifères le resserrement des vaisseaux de la pie-mère spinale, à la suite d'irritations douloureuses; en outre, tous les physiologistes modernes ont constaté dans les carotides, à l'hémodynamomètre, l'augmentation de la pression sanguine produite par l'excitation du bout central du nerf sciatique coupé et l'on peut observer aussi en même temps le resserrement des vaisseaux dans le membre postérieur du côté opposé. Le resserrement vasculaire consécutif à l'excitation d'un nerf sensible, du sciatique ou du trijumeau peut s'observer même sur les artères de l'encéphale. Nous insistons sur ce point parce qu'on a récemment, à tort, selon nous, voulu mettre en doute la contraction des petits vaisseaux de l'encéphale dans ces conditions expérimentales. En mettant une éponge de chloroforme sons les narines d'un lapin curarisé, les pneumogastriques étant coupés, et une fenêtre étant pratiquée au crâne, on voit peu après l'excitation se produire une diminution de volume du cerveau. Or, la section des vagues a supprimé toute influence cardiaque; il s'agit donc bien d'un resserrement local des vaisseaux de l'encépale. L'accélération du courant sanguin se constate également avec facilité ; les sections de la peau, de la pulpe des orteils ou des muscles sont le siège d'hémorrhagies beaucoup plus fortes pendant la durée de chaque excitation du sciatique. Mais si Ton veut bien y réfléchir, on verra que nous sommes déjà loin des con-
(1) Brown-Séquard, Leçons sur le diagnostic et le traitement des principales formes de paralysie des membres inférieurs, trad, franç., Paris, 18P1, p. 24.
cluslons précédentes de Naumann et Rôhrig, car c'était sous l'influence d'excitations Ifaibles qu'ils obtenaient l'accélération de la circulation avec resserrement des vaisseaux, tandis que dans le second cas, ce résultat est obtenu par l'excitation du bout central du nerf sciatique coupé. Souvent même, on trouve noté dans le récit des expériences qu'il s'agit d'une faradisation énergique, et l'on ne peut guère imaginer d'excitations plus vives. Ce serait donc un ralentissement du courant sanguin avec dilatation vasculaire qui aurait dû se produire, voire même d'emblée, si les cboses s'étaient passées conformément aux conclusions de Rôhrig. C'est là que réside la difûculté ou du moins la différence entre les résultats obtenus chez les mammifères et ceux qu'ont énoncés Neumann et Rohrig après avoir expérimenté sur les grenouilles.
Chez les mammifères et chez l'homme les excitations les plus violentes ne paraissent donner lieu qu'à un resserrement des vaisseaux s'accompagnant d'une augmentation de la pression et d'une accélération du courant sanguin. Est-ce à dire que d'une façon absolue il ne se produise pas, dans certaines parties plus ou moins étendues du corps, de dilatations vasculaires? F. Riegel(l) etWinternitz(2)ne le pensentpas. F. Riegel et Winternitz s'appuient sur des expériences concernant l'inégale répartition de la chaleur, consécutive à des soustractions rapides faites par des applications locales de glace sur le ventre ; Moham. Hafiz (3) sur une expérience absolument
(1) Riegel. Zur Lehre der "Wùrineregulation. Arch. f. pathol., Anat. und physiol., LIX, liv. I.
(2) WiNTERNiTZ. Etude sur l'action des soustractions de calorique sur la production de la chaleur, Wiener, med. Wochensch., 1871.
(3) Mohammed Effendi Hafiz. Thèse de Paris, 1871, n» 35.
différente et dont voici le résumé : sur des animaux curarisés, on fait une section transversale entre la moelle épinière et le bulbe, puis on provoque, par l'électrisation de la région cervicale de la moelle épinière, un resserrement des vaisseaux du corps. Or, d'après Hafiz, ce resserrement ne serait pas général, et dans les muscles la contraction des parois artérielles ne serait pas aussi énergique que dans les autres points. La fatigue surviendrait plus vite et conséquemment la dilatation. On aurait là l'explication de la plus grande abondance de l'hémorrhagie qui se produit dans les muscles coupés quand on irrite la moelle. Il y aurait donc dans les muscles un diverticulum pour le sang chassé de tous les autres points par la contraction des vais seaux, ce qui serait, d'après Riegel et Winternitz, d'une grande importance au point de vue de la calorification ; car pendant que Ja production de chaleur serait diminuée dans tous les viscères par suite de l'anémie due à la constriction vasculaire, l'emmagasinement du sang dans les muscles en diminuerait la déperdition, de sorte qu'il n'y aurait en définitive qu'une différence dans la répartition du calorique. Ce sont là sans doute des vues fort ingénieuses, mais qui ne reposent pas sur des faits suffisamment établis pour qu'on puisse les considérer autrement que comme des hypothèses.
En somme, la dilatation générale des vaisseaux de l'économie ne paraît pas se produire chez les animaux supérieurs sous l'influence d'une excitation cutanée très-intense, excepté peut-être dans les vaisseaux des muscles. Les seuls phénomènes constants dans ces conditions sont l'augmentation de la pression sanguine, le resserrement des artères et l'accélération de la circula-
tion, de sorte que dans les cas où sous l'influence du froid, de la chaleur, de frictions générales, etc., on obtient une dilatation considérable des vaisseaux de toute la peau, on doit considérer ce phénomène comme localisé à la surface tégumentaire et ne s'étendant nullement à tous les vaisseaux de l'économie.
Il est à peine besoin de dire que les modifications de la circulaton générale consécutive aux excitations cutanées se produisent par l'intermédiaire du système nerveux central. Les excitations périphériques lui sont transmises par les nerfs sensitifs, en effet si on abolit les actions r 3flexes par le chloral, on n'obtient plus d'augmentation notable de la pression sanguine (J). D'autre part, l'action du cœurn'estpasnonplus la cause de l'accroissement de lapressionetdela vitesse du sang, car l'expérience donne les mêmes résultats après la section des pneumogastriques. De sorte qu'il s'agit bien évidemment d'un acte réflexe ayant son point de départ à la surface de la peau ou dans un nerf sensible, et son point de réflexion dans les centres vaso-moteurs bulbo -spinaux qui exercent directement leur action sur tous les vaisseaux, sans intervention obligée du cœur.
Le jeu du cœur est cependant, comme on va le voir, considérablement modifié, en même temps que celui des vaisseaux, on s'est attaché d'autant plus facilement à cette question que les difficultés expérimentales sont moindres que pour l'examen de la circulation. Il est en effet facile de compter les pulsations du cœur, et jusqu'à un certain point de se rendre compte de l'énergie de ses contrac-
(1) VuLPiAN. Loc. cit., p. 434.
Joffroy,
tions. Naumann(l), jugeant surtout de l'action du cœur d'après le nombre des pulsations, était arrivé aux conclusions suivantes : les excitants , relativement faibles, augmentent l'action du cœur et des vaisseaux, ils agissent comme hypersthénisants ; les excitants, relativement énergiques, diminuent l'action du cœur et des vaisseaux, ils agissent comme hyposthénisants. — Mais le travail du cœur dépend moins du nombre des pulsations que de l'énergie de ses contractions. Aussi ne doit-on pas admettre sans réserve les conclusions de Naumann ; et même, on peut affirmer que, formulées en ces termes, elles sont inexactes. Rohrig (2) a repris ces recherches d'une manière très-minutieuse; il a démontré l'exactitude de cette assertion, que l'étendue de la surface excitée peut suppléer à l'intensité de l'excitation. Dans une première série d'expériences, l'auteur recouvre chez des lapins toute la peau des oreilles soit avec de l'essence de moutarde, de la teinture de cantharide ou de l'huile de croton, etc. Il se développe rapidement de la douleur, et l'on constate une élévation du chiffre des pulsations qui s'accroît pendant les heures suivantes et ne revient guère à sa valeur initiale qu'au bout de vingt-quatre heures..
En employant les mêmes substances irritantes, mais sur une plus large surface, après avoir rasé la peau avoisinante, on constate encore une augmentation du nombre des pulsations, mais beaucoup moins considérable et de courte durée. Il se produit alors une dimi-
(1) Naumann, Zur Lehre von den Reflex-Reizen und deren Wirkung Pflûger's Archiv. f. phys., V, 1872.
(2) RôHRiG. Recherches physiologiques sur l'influence des excitations cutanées, etc. Deutsche Klinik, 1873, no» 23 à 27, et Physiologie der Haut. Berlin, 1877.
nution notable dans le chiffre des pulsations, et après quelques heures le pouls redevient normal ou à peu près.
Enfin, pour augmenter encore la surface d'action, Rôhrig recouvrit d'essence de moutarde, chez un lapin, toute la surface du dos et du ventre. Il n'observa aucune accélération du pouls qui tomba rapidement de 210 à iOo pulsations en dix minutes. Au bout d'une heure et demie il n'y avait plus que ' 20 pulsations à la minute et Tanimal succomba après quelques convulsions.
En remplaçant ces excitations chimiques par des excitations thermiques ou électriques, l'auteur obtint des résultats confirmatifs. C'est ainsi qu'en enroulant les oreilles de l'animal autour d'un tube rempli d'eau à 70 ou 80° G., il constata que le premier effet était une augmentation de 18 pulsations par exemple, et que peu après il y avait une diminution notable. L'effet produit fui le même en remplaçant l'eau chaude par des tubes glacés. De même, la faradisation légère de lapeau du dos augmenta sensiblement le nombre des pulsations, et lorsqu'elle fat très-violente produisit une diminution de 80 à 100 pulsations.
Plus récemment M. Franck a étudié avec soin les effets cardiaques consécutifs à l'excitation des narines ; il a montré que l'efîet produit est proportionnel à l'intensité de l'excitation, mais qu'il faut tenir compte de la soudaineté de l'impression, de la durée d'application de l'excitant et de l'étendue de la surface impressionnée (1).
(1) Franck. Travaux du laboratoire de M. Marey, 1876.
En résumé: l" les excitations cutanées peu intenses amèneraient une accélération notable du cœur, durant un temps assez long; 2' Les excitations cutanées énergiques produiraient une accélération de courte durée suivie rapidement d'un ralentissement d'autant plus marqué que l'excitation serait plus violente; 3° Enfin des excitations très-énergiques détermineraient de suite une diminution considérable des "contractions du cœur, et la mort pourrait survenir plus ou moins vite.
Ces conclusions paraissent applicables à l'homme, Duchenne (de Boulogne) a noté à plusieurs reprises l'augmentation du nombre des pulsations produites par une faradisation cutanée assez énergique. Winternitz (1) a répété chez l'homme une partie des expériences de Rohrig et il est arrivé aux mêmes résultats. Il fait une application de glace sur la colonne vertébrale au niveau de la région dorsale supérieure et il observe tout d'abord une augmentation de 3 ou 6 pulsations par minute, puis le pouls descend rapidement au-dessous de la normale et l'on constate une diminution de 6 pulsations. Si alors on remplace tout à coup la glace par une application d'eau à 50" G., l'impression est très-vive et le pouls descend encore de 3 pulsations. Fleury (2) avait déjà remarqué une partie de ces faits en constatant qu'après l'immersion dans l'eau froide ou une douche de courte durée à basse température, il y avait une diminution de 6à9 dans le chifTre des pulsations. La courte période initiale d'augmentation lui avait échappé. Johnson avait aussi noté une diminution de 20 pulsations par minute après l'enveloppement mouillé. Nous citerons encore
(1) Winternitz. Die hydrothérapie. Wien, 1877, p. 133.
(2) Fleury. Traité d'hydrothérapie, édit., p. 144.
l'observation relatée par Bence Jones et Dickinson (1) qui ont constaté une diminution de 50 pulsations par minute après une douche en pluie à une température de 18° environ, prolongée pendant vingt minutes. Enfin les choses peuvent aller plus loin, et il est de notion vulgaire que sous l'influence d'une douleur excessive, un état lypothymique ou même syncopal peut se produire et l'action du cœur être suspendue plus ou moins complètement.
L'interprétation de ces faits a préoccupé tous les observateurs : physiologistes et cliniciens. Tous sont d'accord sur ce point, que c'est par l'intermédiaire du système nerveux que se produisent ces modifications. Les physiologistes et les hydropathes ont voulu aller plus loin; pour eux il s'agit d'une action réflexe se faisant par le pneumogastrique. Etpour expliquer chacune des modifications observées ils choisissent parmi les théories diverses que la physiologie nous donne sur le fonctionnement de ce nerf celles qui expliquent les choses avec plus de facilité. C'est, en effet, à la théorie de Moleschott que se sont arrêtés Rôhrig et d'autres. On sait, en effet, que dans cette théorie , si l'excitation qui agit sur le pneumogastrique est faible, les mouvements du cœur s'accélèrent; si elle est plus forte, les mouvements se ralentissent ou s'arrêtent. On sait de plus que quand les contractions du cœur sont lentes par excitation des nerfs vagues, elles sont très-énergiques, et qu'au contraire, elles sont très-faibles quand le cœur bat rapidement après l'épuisement ou la section de ces nerfs. Roh-
(1) Bence Jones et Dickinson. Recherches sur l'effet produit sur la circulation par l'application prolongée du froid à la surface du corps de l'homme. Journal de la Physiologie de l'homme et des animaxix, t. I.
rig voit encore là une preuve à l'appui de son hypothèse. Dans ces expériences il n'a pas seulement, en effet, compté les pulsations, mais il a aussi observé l'énerg"ie des contractions du muscle cardiaque. Pour cela, il a enfoncé des aiguilles directement dans le cœur, suivant la méthode de Wagner et observant l'amplitude de leurs oscillations, il a constaté qu'elle était d'autant plus étendue que les battements du cœur devenaient moins fréquents.
Cette manière d'expliquer les phénomènes observés nous paraît exacte en partie, mais, d'autre part elle nous paraît mettre le cœur sous l'influence par trop isolée du pneumogastrique. C'est ainsi que chez les animaux, lorsqu'on a coupé les pneumogastriques, on obtient encore une accélération du cœur en même temps qu'une augmentation de la pression sanguine au moment où l'on irrite violemment un nerf sensitif : telle est l'expérience de Bezold et Thiry.
Dans les expériences exécutées depuis par Ludwig et Gyon, l'excitation porte non-seulement sur les nerfs vasomoteurs qui vont se rendre aux muscles des vaisseaux, mais également sur le nerf accélérateur de Cyon ; c'est sans doute sur ce nerf que les excitations périphériques se réfléchissent pour provoquer l'accélération des battements du cœur, et chaque fois que l'excitation serait assez forte pour agir sur le pneumogastrique, on observerait une diminution des pulsations. Cette interprétation donnée par M. Vulpian (1) nous paraît beaucoup plus conforme aux notions actuelles de la physiologie.
On voit donc que plus l'excitation périphérique sera
(1) Vulpian. Loc. cit., p. 366.
énergique, plus son retentissement sur le système nerveux central sera étendu. On a vu, en effet, une excitation légère et localisée retentir uniquement sur la portion correspondante des centres vaso-moteurs. Plus énergique, l'excitation de la périphérie produit une modification non-seulemenf dans les centres vaso-moteurs correspondants, mais encore dans les centres voisins. Plus forte encore, cette excitation ira retentir non plus seulement sur les centres vaso-moteurs spinaux, mais sur le centre vaso-moteur général situé dans le bulbe, et alors se produisent les modifications générales de la circulation que nous venons d'étudier, y compris l'accélération des battements du cœur. A un degré de diffusion plus grand dans les centres nerveux, l'excitation centrale portera sur le pneumogastrique et déterminera ainsi le ralentissement des contractions cardiaques. C'est évidemment ainsi que se produisent concurremment des modifications assez profondes dans la respiration, et qui le plus souvent consistent en un ralentissement plus ou moins considérable. Cette théorie est, comme on le voit, la même pour les excitations cutanées et pour les excitations ayant un autre point de départ à la périphérie. Du reste, les travaux de R. Ganz, de S. Mayer et Pibram sur les effets produits par les excitations de la muqueuse gastrique montrent que l'on arrive ainsi à produire sur la circulation les mêmes changements que par les excitations de la peau.
Il y avait heu de prévoir, en présence de modifications importantes dans la circulation et dans la respiration, que les excitations de la peau déterminaient aussi des modifications importantes de la calorification. C'est en effet ce qui se produit.
Les premières expériences précises sur ce point ont été faites par Mantegazza (1), soit sur lui-même, soit sur des animaux. Sur lui-même il prenait la température sous la langue; sur les animaux il la prenait dans le rectum. Toujours il aobservé un abaissement rapide de la température allant jusqu'à 1°G en quelques minutes. Il s'agit là, comme on le voit, d'une expérience assez simple et qui aurait dû passer sans conteste. Il n'en fut rien. Ko mer (2] et Heidenhain ont soutenu que ces expériences ne sont pas probantes et qu'en particulier les températures prises dans le rectum varient beaucoup suivant les quantités de matières fécales qu'il renferme. Pour éviter cette cause d'erreur, Heidenhain (3) apris une voie difficile et qui n'est pas non plus exempte de causes d'erreur. Il a opéré sur des chiens attachés, immobilisés, curarisés, trachéolomisés, soumis à la respiration artificielle et dont il avait coupé les nerfs vago-sympathiques pour empêcher les excitations qu'il produirait de retentir directement sur le cœur par l'intermédiaire de ces nerfs. Enfin il prend la température du sang dans le ventricule gauche, dans l'aorte ou dans la veine cave. Alors il électrise ou excite mécaniquement un nerf sensible et observe concurremment à une augmentation de la pression sanguine un abaissement rapide de la température allant
(1) Mantegazza. Délia azione del dolore sulla calorificazione et sui moti del cuore, 1866.
(2) KôRNER. Beitràge zur Temperaturtopographie des Thierkôrpers. Breslau, d871.
(3) Heidenhain. Ueber bisher unbeachtete Einwirkungen des Nervensystems auf die Kôrpertemperatur und den Kreislauf. Pfluger's Archiv, 1870, p. 504-565.
Heidenhain und L. Landau. Emeute Beobachtungen ûber den Einfluss des vasomotorischen Nervensystems auf deu Kreislauf und die Kôrpertemperatur. Pfluger's Archiv, 1871-72, p. 77-114.
de 0,5 à !°G. Ce résultat serait constant, et il est d'ailleurs conforme à ce qu'avait dit Mantegazza. Mais si le fait est constant, il ne paraît pas à l'expérimentateur plus facile à expliquer, d'autant plus, fait-il remarquer, qu'il se produit à la périphérie un resserrement des vaisseaux de la peau, ce qui diminue considérablement les pertes de chaleur et par conséquent devrait produire un effet entièrement opposé. La seule remarque faite par Heidenhain, c'est qu'en même temps que l'abaissement de la température il observait une élévation de la pression. Aussi pense-t-il qu'il y a corrélation entre ces deux phénomènes.
La preuve de cette corrélation se trouverait facilement chez l'animal en expérience. On sait qu'il suffit en pareilles circonstances de suspendre la respiration pour produire une élévation de la pression, et en le faisant Heidenhain notait encore un abaissement de la température.
C'est alors que Riegel est intervenu dans le débat. Il a répété les expériences d'Heidenhain, en opérant d'après les indications de cet auteur. Non- seulement les Tésultats n'ont pas été constants, mais souvent ils ont été contradictoires. Il fait ressortir avec beaucoup de raison ce point important que dans les conditions préalables de l'expérience, il y à de nombreuses causes qui à elles seules peuvent modifier la température. Et en dernier lieu, à propos de l'élévation de pression qui se produirait en même temps que l'abaissement de tempéra-
(1) Fr. Riegel. Ueber den Einfluss der Nervensystems auf deh Kreislauf und die Korpertemperatur. Pfluger's Archiv, 1871, p. 350-
Ueber die Beziehung des Gefâssnerven zur Korpertemperatur. Pfluger's Archiv, 1871-72, p. 401-454.
ture et qui pourrait jouer à l'égard de cette dernière le rôle de cause, il dit l'avoir souvent observée, sans aucune augmentation de la chaleur du sang. Heidenhain, dans sa réplique, critique le travail de vérification fait par Riegel, raille son insuccès et maintient ses conclusions.
Les critiques de Riegel sont fondées, mais il ne s'ensuit pas que les résultats annoncés par Heidenhain soient erronés ; en tout cas elles ne s'appliquent pas à l'expérience première de Mantegazza qui est faite beaucoup plus simplement.
Les recherches de Rôhrig l'ont du reste conduit aux mêmes conclusions, et en opérant comme nous l'avons dit à propos des modifications qui surviennent dans les battements du cœur, il a observé qu'avec une excitation peu intense, en même temps qu'une augmentation du nombre des pulsations il y avait une augmentation de la température. Si au contraire l'excitation était très-vive et déterminait de suite une diminution du pouls, la température s'abaissait immédiatement et diminuait proportionnellement au pouls. Enfin, avec les excitations moins énergiques déterminant d'abord une plus grande rapidité puis un ralentissement des pulsations, la température s'élevait au début pour descendre avec le pouls.
Ajoutons que les expériences de Breuer et Ghrobak(l) sont également confirmatives de celles d' Heidenhain. De sorte que nous pouvons regarder comme probablement exacte la proposition suivante, que la température centrale s'abaisse sous l'influence d'une douleur violente; et cette autre, d'après Rôhrig, que la température
(1) Breueb et Chrobak. Zur Lehre vom Wundfieber.
s'élève SOUS l'influence d'une excitation modérée de la peau.
Mais pourquoi la température s'abaisse-t-elle? C'est ici que la question devient fort difficile. Gomme on l'a déjà vu, Heidenhain ne l'explique pas. Rieg-el, dominé par son idée que quand sousj'influence d'une excitation douloureuse les vaisseaux se resserrent, il se produit une anémie de la peau et des viscères, et en même temps • un afflux considérable du sang dans les muscles, pense que le refroidissement n'est pas général. Il y a refroidissement dans les viscères anémiés par suite d'une moindre production de calorique ; par contre il y aurait production exagérée dans les muscles qui conserveraient leur température, et la masse du sang serait échauffée ou refroidie selon la manière dont l'équilibre s'établirait. Peut-être convient-il de voir les choses plus simplement. Heidenhain a justement remarqué qu'au moment de l'excitation douloureuse, la peau s'anémiait et que la pression augmentait par suite du resserrement des vaisseaux et du reflux du sang de la périphérie vers le centre. Peut-être faut-il voir là une des causes de l'abaissement de la température centrale. Faisant remarquer que cet abaissement se produit très-rapidement, Vulpian (1) émet l'opinion qu'il s'agit tout simplement de l'afflux rapide dans les grosses veines du sang de la périphérie plus ou moins refroidi. Le retour brusque de ce sang froid dans la masse sanguine y produit naturellement une diminution de la température qui peut durer plus ou moins longtemps. Les résultats que l'on obtient en opérant sur un animal fiévreux viennent confirmer
(1) Vulpian. Loc.cit., p. 259.
cette interprétation. On observe alors, et Cl. Bernard insistait sur ce fait, une paralysie des vaso-moteurs ; les vaisseaux sont dilatés et les excitations qui les font d'habitude seresserrerrestent plus ou moins inefficaces. Aussi, si l'on répète l'expérience précédente chez un chien fiévreux, n'o'bserve-t-on plus une constriction aussi prononcée des vaisseaux. Le sang de lapeau quiestrefoulé vers le centre est moins abondant, d'autre part il est moins refroidi, et par conséquent ne devra pas diminuer la température de la masse du sang. C'est bien là en effet le résultat auquel est arrivé HeiJenhain qui dit n'avoir observé chez les animaux souffrant de fièvre ni élévation marquée de la pression ni abaissement notable de la température à la suite des excitations violentes des nerfs sensibles.
Jusqu'ici le problème est déjà compliqué, mais ii devient encore plus complexe et du même coup plus intéressant quand au lieu d'une excitation mécanique ou chimique qui ne met en jeu que la douleur, on a recours aux excitants thermiques agissant sur une grande surface. Les nerfs sensibles sont alors impressionnés comme par une excitation mécanique et en même temps se trouvent changées les conditions d'équilibre de la température du corps. La conductibilité de l'agent froid ou chaud qui sera en contact avec la peau, son renouvellement ou son maintien, l'état de l'air inspiré et surtout son degré de saturation par la vapeur d'eau, seront aussi des éléments importants du problème. C'est ici surtout qu'apparaît cette remarquable disposition de notre organisme en vertu de laquelle se maintient, ou à peu près, l'équilibre de la température, dans les conditions les plus diverses. C'est ce qui permet à l'homme de vivre dans les climats les plus différents avec la même
température intérieure. Toutefois, s'il passe brusquement d'un milieu à température très- chaude dans un autre à température très-froide, ou inversemeut, on observe des changements peu durables dans la température du corps jusqu'à ce qu'il se soit établi une sorte d'accommodation aux conditions nouvelles. Les chirurgiens de la marine et plusieurs savants ont été à même de faire souvent des observations de ce genre.
Davy{d) aurait observé une élévation de plus de 2" c. à l'arrivée à Ceylan, chez les hommes d'un équipage parti de Londres.
Les quatre mille observations d'Eydoux et de Souleyet(2), les expériences personnelles de Brown-Séquard, constatent une modiflcalion moins marquée mais encore assez considérable. Eydoux et Souleyet ont trouvé une différence de 1° c. dans le rectum pour une différence de 40"" c. dans la température atmosphérique. Brown- Sequard(3) a observé une élévation de 1,26 en passant d'un climat froid dans un climat chaud, la différence entre les deux climats étant de 21,5 c. En passant d'un climat chaud dans un climat tempéré (différence 13,5 c.) • il y a eu un abaissement de 0,67 dans le chiffre de sa température. Toutes ces observations montrent qu'en passant d'un climat chaud dans un climat froid, l'abaissement de la température se fait moins vite que dans le cas où l'on passe d'un climat froid dans un climat chaud. Il est juste toutefois de remarquer que l'air
(1) Davy. Transact. of the royal Society of London, 1814, t. CIV.
(2) Eydoux et Souleyet. Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, t. VJ, p. 456.
(3) Brown-Sequard. Recherches sur l'influence des changements de climat sur la chaleur animale. Journal dephysiol. de l'homme et des animaux, t. Il, 1859. p, 549.
chaud ou froid se met surtout en rapport avec la muqueuse des voies respiratoires et que son action ne s'exerce que sur une faible partie de la surface cutanée, le reste étant préservé par les vêtements ; sans eux, l'homme ne pourrait pas supporter des changements si étendus, surtout pour le froid. Nous sommes ainsi conduits à rechercher quelles sont les limites de la température que peuvent supporter l'homme et les animaux supérieurs.
Les recherches de Delaroche et Berger (1) faites sur des animaux variés ou sur eux-mêmes ont ouvert la série des expériences scientifiques. Les chats, les lapins restèrent plus d'une heure dans une étuve à 34 ou 36° c. sans éprouver autre chose que du malaise. En deux heures, dans une étuve dont la température était de45 à 52° c, ces animaux meurent avec les convulsions.
Delaroche et Berger observèrent sur eux-mêmes un malaise insupportable lorsque l'étuve arriva à 58° c. et Delaroche fut même malade après cette expérience. Blagden supporta onze minutes une température extérieure de 83° c. et Berger sept minutes celle de 87° (2).
Dans ces conditions, la température s'élève, mais la sécrétion de la sueur lutte contre cette élévation. Delaroche le prouva par deux séries d'expériences fort ingénieuses : Un alcarazas placé dans une étuve séché à 45° se refroidit de 35 à 31° et resta à cette température. Une éponge imbibée d'eau dans une étuve à 36,5 arriva et resta à la température de 28°. En outre, il constata que les animaux supportaient moins facilement la cha-
(1) Delaroche. Expériences sur les effets qu'une forte chaleur produit dans l'économie animale. Th. de Paris, 1806.
(2) LORAiN. Loc. cit., p, 368.
leur humide que la chaleur sèche. Par exemple, la température rectale d'un lapin étant de 39,7, il a fallu un séjour d'une heure quarante minutes dans une étuve à 45° c. pour lui faire atteindre 43,8, tandis que dans une étuve humide à 40° la température rectale d'un autre lapin est montée en cinquante-cinq minutes), de 38,4 à 44,2. Mais il ne faudrait cependant pas croire que Delaroche a commis la faute de comparer les animaux à des éponges ; il fait dépendre cette exhalation cutanée des causes vitales qui règlentja chaleur.Les expériences de Cl. Bernard (1) confirment (le tous points celles de Delaroche. Un lapin meurt en vingt minutes dans une étuve sèche à 65°, après avoir présenté une accélération de la respiration et des battements cardiaques et généralement des convulsions dans les derniers moments. La température centrale s'est élevée do 5 à 6° et le sang est noir dans les artères comme dans les veines.
Cette élévation de la température peut, et c'est là un fait dont l'importance n'échappera à personne, dépasser le chiffre de la température ambiante. C'est ainsi que Rosenthai (2), enmettant des chiens et des lapins en liberté dans une atmosphère de 32 à 36° c, vit chez ces ani- ' maux la température centrale s'élever à 41 et même 42». Dans une atmosphère à 40° c. la température rectale d'animaux de la même espèce s'éleva jusqu'à 45° c. Ils ; manifestaient alors un affaiblissement musculaire extrême, les pupilles étaient dilatées, les mouvements du <cœur présentaient une accélération excessive ainsi que iceux de la respiration et la mort survenait rapidement.
(1) . Cl. Bernard. La chaleur animale. Influence sur l'animal de U'exagération de la température extérieure, p. 344.
(2) RosENTHAL. Revue scientifique, 1873, p. GH.
L'attention de Cl. Bernard a été attirée sur le rapport qui existe entre les battements du cœur et le degré de la température centrale. En thèse générale, le nombre et l'énergie des contractions cardiaques diminue en même temps que la température. Si celle- ci s'élève, les battements du cœur augmentent de fréquence et s'affaiblissent, puis tout d'un coup le cœur s'arrête rapidement. Nous aj outerons , pour ne pas envisager cette question à un pointdevue trop étroit, que d'après Vallin(l),Obernier (2) etWaltherdeKiew(3), le diaphragme devient alors complètement paralysé et inexcitable, et que cette lésion joue un rôle marqué dans la cessation de la vie.
Dans toutes ces expériences, c'est la haute température qui tae ; on pourrait, pour rappeler la cause de la mort, accepter la dénomination adoptéepar Lorain, et dire que ces animaux succombent au coup de chaleur. On peut entrevoir dès maintenant le rapport qui existe entre ces faits expérimentaux et le coup de soleil. Nous y reviendrons plus loin.
M, Krishaber (4) a répété sur lui-même des expériences analogues à celles de Delaroche et Berger, et il est arrivé à des résultats assez intéressants, mais trop personnels pour qu'on puisse en tirer une règle générale et dont voici ce résumé :
« .l'avais acquis une telle habitude de ces températures élevées (60 à 70° G dans l'étuve sèche, 40 à 45''G
(1) Vallin. Du mécanisme de la mort par la chaleur extérieure. A.rch. gén. de msdecine, 6= série, 1871, t. XVIII, p. 729 et 1872, t, XIX, p. 75,
(2) Obernier. Der Hitzchiag. Bonn, 1867.
(3) Walther (de Kiew). Bail, de TAcad. de Saint-Pétersbourg, XI, 17-22.
(4) Krishaber. Soc. de Biol., 6 nov, 1877.
dans l'étuve humide), que je ressentais à peine un léger malaise au moment du maximum, et au bout de 4 à 5 minutes, après être sorti de l'éLuve et alors même que je ne prenais pas de douche, ce malaise se dissipait complètement. Je me sentais donc dans un état de véritable bien-être, alors que ma température était encore à 41°, le pouls entre 133 et un nombre au-dessus que .je ne pouvais compter, et la respiration au-dessus de 35.
« Voilà donc toutes les conditions apparentes d'un état pathologique provoqué artificiellement, température, circulation, respiration presque au sumn^um de celle d'une fièvre ardente, en même temps sécrétion tellement abondante que mes pas, dans l'étuve sèche, laissaient derrière eux une marque humide.
a Malgré cet ensemble de phénomènes, je n'éprouvais nuellement la sensation de la fièvre. Une fois l'habitude acquise, je ne ressentais plus le moindre trouble céphalique et aucun malaise. J'avais même plusieurs fois pu prendre mes repas immédiatement en sortant de l'étuve.
« 11 est un autre point qui mérite d'être signalé, c'est la lenteur avec laquelle la température descend lorsqu'elle a été portée à un certain degré. Elle se maintient même plusieurs heures à un degré au-dessus de la normale ; et il n'en est nullement de même du pouls et de la respiration, qui reprennent très-rapidement leur équilibre, le pouls descendant même au-dessous de la normale alors que la température est encore à environ 2" audessus de l'état physiologique.
« Il s'ensuit que, dans ces expériences, la corrélation entre la température d'une part, le pouls et la respiration de l'autre, est loin d'être constante. »
Joffroy. 4
On vient de voir que les animaux supérieurs et l'homme, peuvent résister à des températures bien supérieures à celle de leur sang. Au moyen de modifications dans la circulation périphérique et pulmonaire, et surtout par suite de l'évaporation de la sueur, sans doute aussi par une diminution dans la production du calorique, ils se défendent jusqu'à une certaine limite contre l'élévation centrale de la température. Mais si ces moyens de défense deviennent insuffisants, leur chaleur s'accumule, leur température s'élève, et lorsqu'elle arrive à 44° ou 45° c, la mort survient quand bien même on retirerait de l'étuve les animaux en expérience pour les soumettre à une température extérieure modérée. Rosenthal, dans une conférence très- intéressante sur le refroidissement, insiste sur ce fait que dans ce dernier cas la température s'abaisse et que ces animaux qui, tout à l'heure étaient surchauffés, meurent de froid. Leur température centrale diminue rapidement, cependant si elle ne descend pas au-dessous de 36°, la vie peut persister. L'explication de ce fait paradoxal est donnée par Rosenthal, et s'accorde entièrement avec ce que nous savons déjà : sous l'influence de l'excitation péri- • phérique exercée par la chaleur vive à laquelle ces animaux ont été soumis, il s'est produit une dilatation excessive, paralytique, des vaisseaux cutanés qui persiste après la sortie de l'étuve. De là, une cause de déperdition considérable de calorique d'autant plus dangereuse que les portions centrales étant plus anémiées, produisent sans doute moins de chaleur. La recette étant diminuée, la dépense augmentée, le déficit prend bien vite de grandes proportions.
Il convient toutefois, et nous insistons sur ce point.
de ne pas regarderie problème commo trop simple. En même temps que des changements dans la déperdition de chaleur par la peau, la respiration est modifiée ainsi que l'activité cardiaque et la production de calorique : il serait bien difficile de faire la part même approximative de chacun de ces facteurs.
De même que la chaleur^ le froid peut être cause de mort. Le corps a ses moyens pour se défendre contre la chaleur, mais ils sont limités. Il a aussi ses moyens pour se défendre contre le froid, mais à une certaine limite plus éloignée, ils deviennent insuffisants. Pour certains animaux, cette limite est excessive et l'on me pardonnera de rappeler les expériences de Gaymard (1). Ayant placé dans une boîte pleine de terre des crapauds vivants, il les exposa à la gelée. La congélation s'opéra lentement et alors on pouvait casser les membres roidis de ces animaux sans provoquer aucune hémorrhagie au niveau des solutions de continuité. Cependant, si on réchauffait graduellement ces animaux congelés, on les voyait au bout de dix minutes recouvrer leur souplesse et revenir complètement à la vie. On cite des faits plus merveilleux encore. M. A. Pouchet(2) en a montré l'exagération ; on n'a que des apparences de congélation. Ce sont là, quand même, des résultats singuliers applicables seulement à cette espèce de vertébrés et qu'on répéterait sans succès dans les espèces les plus voisines, par exemple chez les grenouilles. Les recherches d'Horwath (3) ont
(1) Gaymard, Résistance des animaux à la congélation. Bibliot. universelle de Genève, t. XXVI, p. 208, 1840.
(2) PoucHET. Recherches expérimentales sur la congélation des animaux. In Journal de l'anatomie, 186S.
(3) HonwATH. L'inanition et ses températures. Wien. und Wochenschr., t. XX, p. 32, 1870.
aussi démontré que chez les animaux hibernants, la température peut être abaissée à 6°, et même à 1,8 sans que mort s'en suive. Leur cœur se contractait quoique le sang qu'il renfermait ne marquât au thermomètre que 4° c. Mais ce sont là pour ainsi dire des exceptions dans l'échelle animale et pour prouver que les animaux supérieurs et l'homme peuvent vivre au milieu d'un air excessivement froid, il vaut mieux rappeler les faits bien connus du capitaine Back et du capitaine Parry, qui ont pu observer dans leurs voyages au Pôle nord une température de — 70° c. Sur un renard le capitaine Parry constata une température de 41° alors que celle de l'atmosphère était de — 35,6,1a différence était donc de 76, 7. Chez un lagopède des saules, Back constata une différence de 79,1.
La résistance à de semblables températures tient à des causes très-multiples et montre la puissance des moyens employés par la nature ou par l'artifice des hommes, mais il ne faudrait pas en conclure que .la résistance des animaux supérieurs au refroidissement est toujours aussi grande, et en particulier les expériences de Walther prouvent le contraire. Lorsqu'on place des animaux, des lapins par exemple, dans des appareils réfrigérants leur température s'abaisse rapidement si l'on a soin de les empêcher de se mouvoir. Lorsqu'alors la température de l'animal est descendue à 18° ou au-dessous, il a souvent perdu la faculté de se réchauffer quand bien même on le placerait dans une atmosphère de 39% chiffre de sa chaleur normale. L'animal meurt et continue même à se refroidir d'après Cl. Bernard.
Quand on retire ces animaux de l'appareil oii ils se sont refroidis, les battements cardiaques sont très-faibles et très-lents, 16 à 20 par minute, la respiration est très-
rapide, mais à peine appréciable, et lorsque le refroidissement à été poussé assez loin, on ne peut plus empêcher la mort quand bien même on réussirait à ramener leur température de 18 à 39°. Chez les animaux dont le refroidissement n'a pas été poussé trop loin, la température remonte lentement d'abord, plus vite ensuite, lorsqu'on les soumet à la chaleur, et souvent elle dépasse les limites normales et devient fébrile. Il n'est pas nécessaire alors de soumettre les animaux refroidis à une température élevée pour les réchauffer, ce résultat peut se produire dans une atmosphère froide.
On a vu l'importance du degré de saturation de l'air par la vapeur d'eau quand il s'agit d'une température élevée, mais le renouvellement de l'eau ou de l'air n'est pas moindre quand il s'agit d'une température basse. A degré égal, on se refroidit plus vite dans un bain froid à eau courante, et on supporte moins bien le froid extérieur lorsqu'il y a du vent que quand l'atmosphère est calme.Valentiner (1) estime que la soustraction de chaleur faite par une douche de 12 à 15° c. est au moins quatre fois aussi grande que celle faite par une immersion à la même température et de même durée.
Les limites de la chaleur ou du froid que peut supporter l'homme se rapprochent singulièrement dès que l'on envisage la question au point de vue balnéaire et ici nous rentrons complètement dans notre sujet. Tout à l'heure, en effet, l'atmosphère chaude ou froide exerçait moins son action sur la peau que sur la muqueuse des voies respiratoires. Maintenant, c'est presque uniquement sur la peau que se produira l'action du chaud et du froid.
(1) Valentiner. Handbuch der Balneologie, 1877, p. 5 0.
Cette action est complexe, et c'est pour ce motif que nous avons séparé les agents thermique» des autres excitants cutanés. Dans ces derniers, il n'y a souvent que l'excitation proprement dite de la peau, agissant sur les extrémités des nerfs, par eux sur les centres nerveux, et par cette voie sur les vaisseaux, sur le cœur, sur Factivité moléculaire des éléments et sur la calorifîcation. Lorsqu'il s'agit de l'action de l'eau chaude ou froide, il y a cette même excitation d'autant plus violente que sera plus grande la différence entre la température de l'eau et celle du tégument externe. Souvent, dans la douche, cette action est prédominante. Mais cette excitation directe ne peut pas se séparer des modifications apportées à la déperdition du calorique par la température même du corps excitant.
Sous cette influence nouvelle, le mécanisme complexe de la régulation de la chaleur entrera en jeu d'une façon plus ou moins énergique, plus ou moins précise, et déterminera des effets que l'on ne pourrait concevoir à priori. Les modifications qui se produisent alors dans ta production de la chaleur ont fait l'objet des recherches consciencieuses de Liebermeister (1) et de Kernig (2), et malgré les défauts et les lacunes de leur méthode, malgré les critiques de leurs contradicteurs, il semble, sinon complètement prouvé^ du moins ac(;eptable, que la production de chaleur s'accroît quand les pertes de
(1) Liebermeister. Die Regulirung der Wârmebildung bei den Thieren von constanter Temperatur. Deutsche Klinik, 1859, n" 40.
Physiologische Untersuchungen ûber die Quantitat, von Verânderungen der Wârmeproduction. Arch. f. An. Phys., p. 520, 1860; p. 589, 1861; p. 28, 1862, etc.
Deutche Klinik, p. 531, etc.
(2) Kernig. Experimentelle Beitrâge zur Kenntniss der Wârmere gulirung beim Menschen. Dorpat, 1864.
calorique augmentent. Les preuves données à l'appui d'une production de chaleur lorsque les soustractions sont exagérées reposent sur plusieurs ordres de phénomènes. D'abord, de la comparaison du nombre de calories enlevées au sujet en expérience, mais aussi de l'exhalation d'acide carbonique et de l'augmentation de la quantité d'urée contenue dans les urines. Il est certain que malgré toute la minutie des recherches de Liebermeister et de Kernig, ils n'ont pu éviter certaines causes d'erreur. C'est surtout à mettre en relief ces dernières que se sont appliqués quelques auteurs, et plus particulièrement Winternitz (1). Cet auteur a insisté sur ce fait que la température de l'aisselle ne présente plus les mêmes modifications que celles du rectum; sur cet autre, que la température de l'eau dans la baignoire varie avec les différents points où on la prend, etc. Cependant, comme Gildemeister (2), il a constaté l'augmentation de l'acide carbonique excrété dans un bain froid. Le sujet d'une expérience, âgé de 42 ans, prend un bain à la température de 18°, 4 C, pendant 30 minutes. Dans les 10 premières minutes, l'acide carbonique exhalé est de 8 grammes, de 12 dans les 10 minutes suivantes, et de 18 dans les 10 dernières. Cette augmentation persiste après le bain pendant un quart d'heure environ. En même temps le chiffre do l'urée est augmenté. Ensuite les phénomènes se passent dans un ordre tout à fait inverse. D'après Ludw^ig Schroder, de Dorpat (3),
(1) "Winternitz. Influence des fonctions de la peau sur la température du corps. M. Jahrb. de Stricker, 1875, p. 1, analyse in Revue des 80. méd., t. VI, p. 439, 1875,
(2) LoRAiN. Loc. cit., p. 473.
(3) LuDWiG ScHRÔDER. Influence exercée par les bains sur l'excrétion de l'acide carbonique. Arch, f. klin. méd., VI, 4, p. 385, 1869,
l'acide carbonique diminuerait alors de 24 pour 100, et ne reviendrait à son chiffre normal qu'après deux ou trois heures. L'urée diminuerait également, de sorte qu'on a quelques motifs de supposer qu'il y a une diminution dans la production du calorique,
Winternitz trouve encore l'argument suivant à opposer à Liebermeister : C'est qu'il serait incompréhensible que l'on put abaisser la température d'un fébricitant par l'action du froid, si la production de chaleur augmentait en proportion de la dépense. Cet argument n'est que spécieux. D'abord Liebermeister n'a jamais prétendu qu'il n'y ait pas de limite au parallélisme de la production et de la dépense du calorique. D'autre part, nous ferons remarquer que Winternitz déplace la question en la transportant d'un organisme sain dans un organisme malade ; or cette distinction a été nettement étabhe par Liebermeister : « Dans la fièvre, dit-il, le corps n'est plus réglé pour une température de 37^^ à 38°, il l'est pour une température de 39° à 40°. Enlevez-lui thérapeutiquement un ou deux degrés, et immédiatement il se refera de la chaleur qui élèvera de nouveau la température du thermomètre au chiffre précédemment noté. » La clinique démontre en effet que les abaissements thermiques de 1 ou 2 degrés obtenus parles bains froids ne sont que passagers, tant que n'est pas diminuée la suractivité morbide de la production de chaleur.
Pour résumer notre pensée sur ce intéressantproblème, nous dirons que nous ne connaissons que très-imparfaitement les sources de la chaleur et les phénomènes qui accompagnent sa production, qu'il est très- difficile de mesurer la température moyenne de l'homme, et que les causes d'erreur qui empêchent d'apprécier rigoureuse-
ment la chaleur perdue ne peuvent être toutes éliminées; qu'il en résulte que la loi de Liebermeister n'est que probable et non prouvée, mais aussi que personne n'a démontré jusqu'à présent qu'elle fût erronée.
Après ces généralités nécessaires pour l'intelligence du sujet, étudions successivement les modifications produites dans la circulation et la calorification par l'eau chaude ou l'eau froide agissant sur la surface de la peau.
L'action de l'eau froide sur la peau modifie le calibre des vaisseaux de tout le corps, et par conséquent la tension sanguine. On peut s'en convaincre par l'examen de tracés sphygmographiques pris avant, pendant et après la douche. La ligne d'ascension a diminué de hauteur. Cette augmentation de la pression sang'iine se produit trop rapidement pour qu'il soit possible de la rapporter à une soustraction de chaleur, elle est l'effet de l'excitation de la peau, et ce qui le prouve, c'est qu'une douche à 50" G. produira d'abord Je même effet.
Cette rétraction des vaisseaux se manifeste sur la peau par un changement notable de sa coloration. Elle s'anémie et devient d'une grande pâleur. Ensuite se produiront des variations dans la coloration plus ou moins rapides, et plus ou moins durables suivant la durée du contact de l'eau, sa température, son mode d'administration et surtout suivant le degré de réaction du sujet. Si par exemple on soumet à une douche à 6° C. un sujet bien portant, la peau ne tardera pas à devenir turgescente et à présenter une teinte rouge, vive et foncée. C'est l'effet local produit sur la peau par une excitation d'ordre quelconque. Si l'eau est très-froide, et que le sujet soit maintenu dans un bain à 5° C, le resserrement des
vaisseaux se produit d'abord, puis la dilatation sera plus marquée que dans le cas précédent et sera telle qu'il y aura un ralentissement marqué du cours du sang dans les vaisseaux élargis, une stase sanguine qui donnera à la peau une teinte cyanotique. Si la température est moins abaissée, de 16° à 18°, par exemple, comme avec les autres excitations légères, l'effet consistera dans un resserrement que l'on pourra généralement maintenir aussi longtemps que l'on voudra par le maintien de l'eau à la température première. Ensuite, lorsque le bain sera terminé, la peau reviendra à sa couleur habituelle et même deviendra plus colorée, détail important à retenir pour s'expliquer le refroidissement qui se produit alors.
Liebermeister et Kernig ont démontré que chez un homme sain il y avait équilibre, dans un bain à 34°, entre la perte et la production de chaleur. On peut donc prendre ce chiffre de 34° comme celui qui représente une excitation nulle de la température sur la peau; à mesure que l'on s'en éloignera l'excitation sera plus forte. Mais l'intensité des excitations ne sera pas graduée proportionnellement au nombre de degrés. C'est ainsi qu'une douche à 9° G. (c'est-à-dire 25° au-dessous du chiffre où l'excitation thermique est nulle) sera un excitant modérément énergique pourvu que son action ne soit pas prolongée , tandis qu'à b9° G. (c'est-à-dire 25° au-dessus du même chiffre thermique) la douche est absolument intolérable même pendant quelques instants. Il est, en effet, rare de trouver des personnes qui puissent se soumettre à une douche même très-courte de 55° G., peu de personnes la tolèrent à 50° G. et la plupart ne peuvent aller au delà de 45° G., de sorte
qu'ici comme pour la chaleur atmosphérique la limite est plus éloignée pour le froid que pour le chaud.
Il faut tenir compte de cette différence pour étudier comparativement l'action de l'eau chaude et de l'eau froide. Pour les applications courtes dans lesquelles n'interviennent guère les modifications à la déperdition de chaleur, l'effet est ie même ; mais si l'effet est prolongé, le chaud agit plus vite comme excitant énergique et donne lieu de la sorte à des actions vaso-dilatatrices plus considérables. Gomme cela a déjà été dit, l'effet est d'autant plus marqué que la différence sera plus grande entre la température de l'eau et celle du tégument externe, de là la possibilité de rendre la douche plus puissante en faisant succéder une douche froide à une douche chaude ou inversement. On obtient par ce moyen des dilatations vasculaires de la peau très-prononcées et assez lentes à s'effacer.
Il est nécessaire de bien comprendre cet effet contrastant pour saisir la différence qui existe entre la douche et le bain. Dans ce dernier l'action plus ou moins marquée suivant sa température est constante et monotone, elle n'agit que par sa durée c'est à peine s'il se produit une réaction modérée. Dans la douche, au contraire, et aussi bien dans la douche froide que dans la douche écossaise, l'effet produit n'est pas obtenu par la persistance de l'action excitatrice mais par le contraste d'excitations opposées. Pour le prouver il suffira de rappeler que dans la douche froide vulgaire on distingue trois temps : la préaction, l'action et la réaction. La préaction pendant laquelle on échauffe la peau généralement par l'exercice musculaire, l'action pendant laquelle on fait agir l'eau à une basse tempé-
rature sur toute la surface cutanée et enfin la réaction pendant laquelle on maintient à un certain degré d'activité par un exercice modéré, la circulation de la peau.
Il est à remarquer que la rougeur de la peau qui se produit sous l'influence de la douche ne paraît constituer qu'une modification locale de la circulation générale. Tout au moins ne trouve-t-on rien qui corresponde à cette période dans les tracés qui ont été pris dans des conditions de ce genre. Ce qui paraît constant c'est une augmentation marquée et persistante chez certaines personnes, delà tension sanguine.
Dans le bain froid l'augmentation de la tension vasculaire se manifeste également et augmente avec l'intensité du froid. On sait qu'alors le pouls devient insensible et la peau complètement livide, et comme on le verra plus loin la tension dans les viscères est tellement accrue qu'elle devient fréquemment en thérapeutique le point de départ d'accidents plus ou moins graves.
Avec l'eau chaude, on produit vraisemblablement les mêmes phénomènes. On n'a pas recueilli comme pour l'eau froide de tracés graphiques indiquant la mesure dans laquelle le pouls diminue d'amplitude, maison peut déduire de la similitude des premiers changements que l'on constate dans la peau, la similitude des modifications qui surviennent dans les vaisseaux profonds. Sous l'influence d'une douche chaude à 40 ou 42" par exemple, la peau pâlit avec autant d'intensité que sous le jet de la douche froide. Du reste, on devait théoriquement s'y attendre, car ce qui agit immédiatement dans ce cas, comme dans celui de la douche froide, c'est l'excitation des terminaisons des nerfs cutanés, et l'effet dépend non de la nature mais de l'intensité de l'exci-
tation périphérique. Mais pour peu que l'action se prolonge, la différence devient bientôt très-grande entre les deux agents, le chaud et le froid, parce que l'élément chaleur (soustraction exagérée du calorique, ou bien, au contraire, obstacle à sa déperdition) vient ajouter son influence à l'excitation première qui persiste ou diminue. Alors la circulation et la calorification offrent des modifications particulières dont on ne pourrait se rendre compte si l'on refusait à voir dans l'action de l'eau chaude ou de l'eau froide deux modes d'action combinés, le premier consistant en une excitation cutanée, dont l'influence prédomine d'abord, le second consistant dans une augmentation ou dans une diminution de la déperdition du calorique par la peau, et dont l'inl'influence devient déplus en plus prédominante avec sa durée.
Cette distinction capitale permet de comprendre pourquoi les effets de l'eau froide et de l'eau chaude sont les mêmes lorsque leur action est brusque et instantanée et pourquoi les effets qu'elles produisent sur la circulation et la température sont opposés lorsque leur action est prolongée.
Il résulte en effet de l'observation que dans un bain froid le cœur se ralentit et la température baisse, et que dans un bain chaud c'est le contraire qui a lieu. Gela dépend moins alors d'une excitation cutanée que d'un changement survenu dans la chaleur du sang. Cl. Bernard a en effet démontré expérimentalement que le cœur bat plus vite et que la circulation s'accélère à mesure que la température s'élève, du moins jusqu'à certaines limites signalées antérieurement; et qu'inversement le cœur bat moins vite quand le sang se refroidit. En
même temps sa force de contraction diminue quand le ralentissement est très-marqué. On peut donc pour l'action prolongée du froid et du chaud s'en tenir à cette double conclusion : le refroidissement du sang par action prolongée du froid sur la peau augmente la pression sansruine et ralentit le cœur. L'échauffement du sang par action prolongée de la chaleur sur la peau diminue la pression sanguine et accélère le cœur.
Mais que devient le pouls dès l'abord, au moment même oii agit l'eau chaude ou froide sur les nerfs de la peau.
Lorsqu'il s'agit d'une douche froide par exemple, le pouls présente d'abord une légère accélération. D'après Winternitz (1), il y auraitd'abord une augmentation de 5 ou 6 par minute dans le chiffre des pulsations, puis presque aussitôt le pouls reviendrait à la normale et subirait une diminution de 6 pulsations par exemple, persistant pendant un certain temps.
La première période d'augment du nombre des pulsations est fort courte, et peut être n'est-elle pas toujours aussi marquée que Winternitz l'indique. En tous cas elle avait échappé à l'observation deFleury. Par contre, la diminution du nombre des pulsations après la douche ou l'emploi rapide de l'eau froide a été notée par beaucoup d'observateurs.
Fleury(2) l'a parfaitement observée, etàindiqué comme moyenne dans les conditions normales une diminution de 9 pulsations après la douche froide de courte durée. Johnson (3) n'a pas fait d'observations très-précises sur
(1) Winternitz. Loc. cit., p. 133.
(2) Fleury. Loc. cit., p. 144.
(3) Johnson. Die Behandlung unheilbarer Krankheiten mittelst der Hjdropatischen kurmethode. Trad. Hugo-Hartmann, Weimar, 1853.
— (il —
les modifications du pouls produites par la douche, et ses résultats doivent être négligés. Richter (1) indique une moyenne de 15 plusations environ et une augmentation de 6 inspirations à la minute. Pleniger (2) est arrivé aux mêmes conclusions par l'emploi, soit de la douche, soit de l'enveloppement mouillé. Ce sont là les mêmes effets que l'on obtient par une excitation douloureuse, mécanique, faradique ou chimique agissant sur la peau.
Quand la douche froide est très-prolongée, il se produit rapidement une grande dépression du système nerveux sous la double influence qu'exerce l'eau froide. Le pouls peut s'abaisser considérablement et il peut se produire un état lypothymique. C'est ainsi que Bence Jones et Dickinson (3) ont constaté une diminution de 50 pulsations par minute sous l'effet d'une douche en pluie à iS' prolongée pendant vingt minutes. On produit delà sorte une véritable sidération du système nerveux qui pourrait se terminer par la syncope.
Les recherches sont donc assez précises sur ce point. II serait intéressant de vérifier avec la même exactitude d'observation ce qui se passe sous l'action brusque et de courte durée de l'eau chaude. La théorie nous porterait à penser que les résultats seraient les mêmes que pour l'eau froide, mais la science expérimentale n'accepte pas les a priori, et les quelques observations qui ont été faites sur cette partie de la question nous ont paru insuffisantes pour permettre d'en déduire des conclusions.
Nous allons maintenant étudier l'influence exercée
(1) Richter, Das "Wasserbuch.
(2) Pleniger. Physiologie der Wasserheilverfahrens, p. 64,
(3) Bence Jones et Dickinson. Loc. cit.
par l'eau froide ou chaude sur la température du corps.
Liebermeister et Kernig ont démontré les premiers que, sous rimpression du froid, la température centrale pouvait s'élever.
Le fait est vrai chez l'homme sain et chez le fébricitant.
Dans un premier mémoire Liebermeister rappelle une observation faite sur un sujet sain qui resta nu, exposé à une température variable de 12 à 22° C. Le thermomètre placé dans l'aisselle indiquait une élévation de température, et* à 12° G. le refroidissement ne commença à se faire sentir qu'après une heure. Cet auteur établit aussi que chez un sujet sain l'action peu prolongée de l'eau froide ne détermine aucun abaissement de la température du corps, souvent même on observe une légère élévation. Le bain de rivière ne fait pas baisser la température du corps, souvent même il la fait monter. Après le bain, la température intérieure s'abaisse un peu au moment même ou la peau se réchauffant il « se produit une sensation agréable de chaleur. « Il y a là une réaction comme après la douche, les vaisseaux de la peau se dilatant, la circulation superficielle étant plus abondante, il se fait une déperdition de calorique qui peut se traduire par un léger abaissement de la chaleur centrale.
Dans le bain froid, comme dans l'air, la régulation n'est vaincue que par un séjour trop prolongé, à moins que la température ne soit très-basse. Les limites dans lesquelles s'observe ce maintien de la chaleur animale varient suivant les sujets, suivant leur poids, leur embonpoint et leur résistance individuelle. Ces limites sont plus étendues, d'après Liebermeister et Lorain, chez
l'homme sain que chez le malade; lorsqu'elles sont atteintes le sujet se trouve dans des conditions analogues à celles des animaux placés dans des appareils réfrigérants, avec cette différence que l'eau conduisant mieux la chaleur que ne le conduit l'air, le refroidissement seraplus rapide. Dans les deux cas, si la température descend trop bas elle ne se relève plus et la mort survient dans le coUapsus.
Pour donner une idée de la résistance de l'organisme sain au refroidissement, nous citerons un seul exemple emprunté aux travaux de Jûrgensen. Un sujet adulte, bien portant, entre dans un bain à 10° G., avec une température rectale de 37°8. Au bout de cinq minutes elle est descendue à 37°1, après dix minutes elle est encore de 37°1, après vingt minutes elle n'est plus que de 36°9.
Le sujet en expérience sort du bain et sa température descend encore pendant cinq minutes (36°5), après quoi elle remonte à son niveau normal.
Dans le bain chaud, la température du corps s'élève d'autant plus vite que sera plus élevé le degré du bain. Non-seulement la peau n'est plus le siège du refroidissement habituel, mais elle devient une source de chaleur d'autant plus active que l'air inspiré est lui-même échauffé et saturé de vapeurs par l'eau du bain.
Dans le bain de vapeur les conditions d'échauffement sont encore plus accentuées, mais nous retombons ici dans les expériences de Delaroche et de Cl. Bernard, sur les animaux placés dans des étuves humides à une température élevée.
Nous arrivons maintenant à une question très-importante au point de vue théra}>eutique, celle de l'action
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exercée sur la température par les applications locales de froid ou de chaud. Il était facile de prévoir, et Liebermeister a établi que l'on ne produisait ainsi aucune modification de la température centrale si la surface , d'action n'était pas suffisamment grande.
Les bains de siège chauds et froids, ont été étudiés d'une façon insuffisante. Voici comment leur action est résumée dans le Mvre de Lorain :
« L'action immédiate du bain de siège chaud consiste dans une notable élévation de la température du corps, une diminution de la perspiration cutanée et une grande plénitude du pouls (appel du sang à la périphérie). Les bains de siège froids agissent sur le rhythme des mouvements respiratoires, diminuent la perspiration cutanée et amènent la contraction des muscles de la peau, le retrait du sang à l'intérieur et surtout le refroidissement du corps. Les autres résultats ne sont pas nets. »
Les recherches de Kireje{r(l), deWeisflog (2), etc., sur ce point manquent véritablement de netteté. On n'est guère arrivé à des résultats plus précis dans les applications locales de froid faites aux fiévreux.
Riegel trouve un abaissement insignifiant, de quelques dixièmes, après des applications de glace faites sur le thorax.
Les autres observateurs ont obtenu des résultats analogues.
Mais des recherches plus précises ont été faites sur le refroidissement local obtenu par des applications de glace.
(1) KiREjEFF. Des bains de siège chauds et froids, leur action sur l'homme sain. Virchow's Archiv., XXII, 4, 6, p, 496. 1861.
(2) Weisflog. Untersuchungen ùber die Wirkung der Sitzbâder von verschindenen Wàrmegraden (Archiv. f. Klin. med. II, 570.
D'après Schultze (1), rabaissement de la température serait de 10°G. à un demi-centimètre de profondeur, il ne serait plusque de 2°G. à deux centimètres au-dessous de la surface d'application, et seulement de 0°2 à 7 centimètres d'épaisseur. On comprend qu'il n'y a là rien d'absolu et que la structure des régions soumises à l'exploration ait la plus grande influence sur le résultat. ScliIikofr(2), de Moscou, est arrivé à des résultats analogues : l'application de glace surla joue abaisse la température du thermomètre placé sur la face interne de 8 à 3° G. suivant l'épaisseur de la joue. Des applications semblables, faites sur le thorax, abaissent la colonne d'un thermomètre introduit dans la plèvre (après thoracentèse), de 3»,7 dans un cas, de 1°,9 dans un autre. Enfin, le thermomètre étant placé dans le vagin, sa température descend de 0%8,par l'application d'une large vessie de glace sur tout le ventre. Rien ne prouve qu'il n'y ait pas eu ici un refroidissement général.