I. Effets locaux des excitations cutanées
On a remarqué depuis longtemps les changements de coloration qui se produisent de suite et persistent pendant un certain temps dans des points de la peau excités mécaniquement. Marey (1), Petrow^sky (2), Vul-
(1) Marey. Mémoire sur la contractilité vasculaire. Ann. des Se. Nat., 1858, 4« série, t. IX, p. 68
(2) Petrowsky (de St-Pétersboarg). Verhalten der Haut gegen leichte mechanische Reizung. Centralblatt, 1873, p. 401.
pian (1), etc., ont étudié expérimentalement cette question et ont cherché à interpréter les phénomènes ob serves.
Une expérience très-simple est le point de départ de ces travaux. On trace rapidement une ligne sur la peau avec une pointe mousse en exerçant une pression plus ou moins forte. Avec une pression modérée on observe d'abord une raie blanche très-éphémère. On a chassé le sang par la pression exercée sur les parois des vaisseaux et il est revenu presque de suite. Mais alors on a une sensation de constriction dans les points excités, puis on voit apparaître de nouveau une ligne blanche plus moins large qui persiste parfois pendant plusieurs minutes. Finalement la teinte habituelle reparaît peu à peu, souvent même elle est dépassée ; de sorte qu'il existe là une ligne modérément rouge assez lente à s'effacer. Avec une pression plus forte, on a une sensation de constriction plus prononcée, puis on voit apparaître une ligne rouge un peu saillante, entourée de deux traînées pâles, blanchâtres et assez larges. Celles-ci s'effacent peu à peu, de sorte qu'au bout d'un certain temps, il ne reste plus que la ligne rouge qui peut persister jusqu'à une heure chez certains sujets.
L'explication de ces phénomènes si simples est en somme assez difficile. Tout d'abord comme nous l'avons dit, le sang est chassé mécaniquement. La ligne blanche qui se produit ensuite dans le premier cas, celles qui entourent la ligne rouge dans le second, tiennent évidemment à un resserrement des vaisseaux qui permet un afflux moindre du sang. La ligne rouge s'explique par
(1) VuLPiAN. Leçons sur Tappareil yaso-moteur, 1875, t. I, p. 46.
un afflux du sang plus considérable et la dilatation des parois vasculaires. Mais pourquoi ce resserrement ? et pourquoi cette dilatation? et quel est le mécanisme de leur apparition?
Il faut certainement faire une part, dans la production de ces phénomènes, à Texcitation directe. Les muscles des vaisseaux peuvent se contracter en vertu de leur irritabilité propre. On comprend également qu'à une contraction énergique succèdent la fatigue et la dilatation. Mais il faut aussi avec M. Vulpian, faire intervenir ici l'action du système nerveux vaso-moteur, et ce serait surtout sous son influence que se produiraient les modifications observées dans le calibre des vaisseaux de la région irritée et des parties voisines.
L'excitation périphérique serait transmise à la moelle par les nerfs sensitifs et produirait une excitation dans les centres vaso-moteurs correspondants. L'influence de ceux-ci se trouverait soit exagérée soit diminuée suivant l'intensité de Texcitation. Or Ton sait que les centres vaso-moteurs sont dans un état d'action constante d'où résulte le tonus vasculaire, et d'après M. Vulpian, c'est en conséquence d'une activité plus ou moins énergique de ces centres que les parois des vaisseaux se rétrécissent ou se dilatent. Sous l'influence d'urne excitation faible les centres vaso-moteurs ont une activité plus grande et les artérioles diminuent leur lumière. A la suite d'une excitation très-forte ces centres se trouvent paralysés, le tonus disparaît dans les vaisseaux correspondants, ils cèdent alors à la pression sanguine et se dilatent d'autant plus que celle-ci sera plus forte (1).
(1) VuLPiÀN. Loc. cit., p. 177.
Avec ces quelques données nous pouvons maintenant expliquer les résultats obtenus dans les deux expériences p récitées.
Dans la première à la suite d'une pression modérée, on a obtenu une ligne pâle durant quelque temps, suivie d'un peu de rougeur. L'excitation locale a pu jouer un certain rôle dans la production de ces phénomènes, mais en outre Tirritation cutanée a été transmise à la moelle. Les cellules vaso-motrices correspondant aux régions irritées ont été excitées par propagation, leur activité s'est accrue et le tonus vasculaire a été augmenté au niveau même du siège de l'excitation. A la suite de cette exagération d'activité, les cellules vaso-motrices épuisées ont suspendu leur action et les vaisseaux correspondants se sont dilatés.
Dans la seconde expérience, l'excitation est plus énergique et suspend presque d'emblée l'activité du noyau vaso-^moteur correspondant, de là la dilatation des vaisseaux et la ligne rouge saillante que nous avons notée. Mais cette excitation assez énergique pour produire ainsi un phénomène d'arrêt ne se limite plus comme dans le cas précédent à quelques cellules, elle diffuse sur les cellules voisines mais en perdant ainsi de son intensité, ce qui produit une activité plus grande des cellules qui avoisinent celles dont l'action est suspendue, et en conséquence il se produit un resserrement des vaisseaux avoisinant ceux qui sont dilatés : ce sont les deux lignes pâles qui bordent la ligne rouge.
Il n'a été question jusqu* alors que des centres vasomoteurs qui se trouvent dans la moelle, mais il existe également en dehors d'elle, formant les grosses masses bien étudiées sur le trajet du jçrand sympathique, des
ganglions qui exercent une action tonique sur certains territoires vasculaires et dont Factivilé peut être augmentée ou diminuée consécutivement à une irritation périphérique. En outre, il existe aussi sur les filets nerveux qui rampent à la surface ou dans Tépaisseur des parois artérielles de petits ganglions microscopiques qui jouent un rôle analogue aux précédents, et dont l'activité peut être exagérée ou suspendue par des excitations légères ou violentes. Il semble même prouvé que, pour certains ganglions, toutes les excitations amènent un phénomène d'arrêt et alors, on appelle dilatateurs les nerfs qui se rendent à ces ganglions. La corde du tympan, les nerfs érecteurs d'Eckhard sont dans ce cas, et si alors on produit une excitation périphérique devant se réfléchir sur ces nerfs, si par exemple on excite la muqueuse linguale, on obtiendra des phénomènes correspondants de dilatation vasculaire.
Nous avons tenu à entrer dans tous ces détails, afin de nous expliquer une fois pour toutes, sur ce que nous entendons par nerfs dilatateurs, et sur la signification que doit prendre la dilatation des vaisseaux. Nous adoptons complètement sur ce point les idées de M. Vulpian, nous voyons là un phénomène passif résultant de la suspension paralytique de l'activité de centres vaso-moteurs. La dilatation vasculaire loin d'être un phénomène actif, n'est que la manifestation de la pression sanguine sur des parois vasculaires dont le tonus est aboli, et qui n'opposent plus leur résistance habituelle.
Pour en revenir aux expériences que nous interprétons, nous voyons donc une excitation périphérique agir sur les centres nerveux et modifier leur activité. Si elle
est augmentée et se tradait par une contraction des vaisseaux, on a un acte réflexe. Si au contraire elle est diminuée ou abolie, l'acte réflexe fait défaut et par une exagération de langage on peut dire que Ion a une paralysie réflexe.
Examinons maintenant quelle part les différents vaisseaux, artérioles» capillaires ou veines, prennent dans ces phénomènes de resserrement ou de dilatation.
Les artérioles étant de tous les petits vaisseaux ceux qui contiennent le plus de fibres musculaires doiveni à priori so contracter le plus fortement. Les veinules sont également contractiles, mais moins que les artères, elles renferment en effet moins de fibres lisses dans leurs parois. £t dans Texpérience dont nous parlions tout à l'heure, on peut remarquer si elle est faite sur le dos de la main, que la contraction se fait non-seulement dans les petits vaisseaux, mais encore dans les parois des grosses veines sous- cutanées. Ce n'est là du reste que la répétition de l'expérience de M.Gubler;^!), qui en percutant vivement une des veines du dos de la main voit son calibre se resserrer et même disparaître chez les sujets irritables. A ce resserrement succède du reste une dilatation variqueuse, de sorte que les choses se passent là comme dans les vaisseaux de plus petit calibre.
Quant aux capillaires, nous savons qu'ils ne renferment pas d'éléments contractiles et contrairement à Bichat, à Eberth, à Stricker, nous ne leur reconnaissons pas de contractilité. Ils se dilatent ou se resserrent suivant l'état des petits vaisseaux avoisinants et la pression du sang qu'ils renferment. Les parois des capillaires
(1) GuBLER. Comptes-rendus de la Soc. de biol., 1849, p. 79. Joffroy. 2
sont élastiques mais non contractiles. Du reste en observant au microscope la circulation dans la membrane interdigitale de la patte d'une grenouille, on voit avec la plus grande netteté que lorsque les vaisseaux se resserrent sous rinfluence d'une excitation légère, les artérioles et les veinules diminuent de volume et en même temps les capillaires correspondants. Si au contraire on excite violemment la peau dans la région examinée, on voit tous les vaisseaux se dilater, artérioles et veinules, et les capillaires se laisser distendre par le sang.
On vient de voir que dans les régions de la peau que Ton excite, il se produit une anémie locale quand l'excitation est légère, une congestion neuro-paralytique quand Texcitation est énergique. On a vu déplus le rôle joué dans ces modifications parles centres vaso-moteurs médullaires. Il y avait lieu de se demander ce qui adviendrait si les nerfs sensibles qui animent la région excitée étaient interrompus. L'expérience a été faite par H. Weber (1). Il a vu qu'après avoir coupé tous les nerfs de la patte d'une grenouille, et obtenu ainsi une dilatation considérable des vaisseaux, on obtient encore par excitation périphérique un accroissement de la dilatation vasculaire dans la membrane interdigitale. Gela tient, sans aucun doute, à la présence déjà signalée de ganglions situés sur le trajet des nerfs vaso-moteurs et qui ayant une certaine autonomie peuvent modifier leur activité.
Lorsqu'il existe chez l'homme, dans les membres paralysés, un certain degré de parésie vaso-motrice, les excitations cutanées n'y déterminent pas les mêmes effets que dans les membres sains. M. Lépine, qui a étudié
(1) Weber, cité par Vulpian (loc. cit.), p. 171.
comparativement l'influence d'une même excitation thermique sur les membres homologues sains et paralyses de sujets hémiplégiques, a constaté notamment que si la paralysie remonte à une date un peu ancienne, le côté paralysé n'est pas susceptible de présenter des oscillations de température aussi considérables que le côté sain. (1)
En ajoutant à ce qui précède, que dans une région donnée de la peau, toutes choses égales d'ailleurs, la chaleur est d'autant plus élevée que la circulation sanguine y est plus active et que la quantité de sang qui la traverse dans un moment donné est plus considérable, nous aurons terminé Ténoncé et l'explication des modifications de la température et de la circulation qui se produisent localement à la suite des irritations de la peau. C'est qu'en effet on obtient les mêmes résultats, quand au lieu d'une excitation mécanique comme le frottement, on emploie une excitation chimique, ou bien encore quand on fait agir Télectricité ou les agents thermiques.
On a vu ce qui se passe dans les parois des vaisseaux chez un sujet sain quand le système nerveux réagit normalement, mais les choses se passent d'une façon différente chez les sujets débilités , non pas tant parce que les parois artérielles ont perdu de leurs propriétés contractiles, que parce que l'appareil nerveux vaso-moteur a un degré d'activité moindre. De cette faiblesse résulte une diminution du tonus vasculaire, un certain degré d'élargissement des vaisseaux et une véritable prédisposition aux dilatations
(1) LÉPii^E. Mémoires de la Société de biologie, 1868.
neuro-paralytiques. De là ces congestions dites passives qui se produisent si facilement, dans un point ou dans un autre , chez tous les malades dont le système nerveux est déprimé, particulièrement dans les fièvres ataxo-adynamiques. Chez ces malades, la moindre excitation épuisera le reste d'activité des ganglions vaso-moteurs, et contrairement à ce que Ton observe à l'état sain, les excitations même les plus légères ne produiront plus de contraction des parois vasculaires, mais toujours leur paralysie. La remarque de Trousseau sur la ligne méningitique est donc exacte, mais on peut l'étendre à tous les cas où il existe une dépression considérable du système cérébro-spinal, et en particulier on retrouvera ce signe dans toutes les fièvres typhoïdes graves. On le produit très-facilement aussi dans le stade de chaleur de la fièvre intermittente (1). Chez les malades atteints d'érysipèle, de rougeole, de variole, une excitation locale est également suivie avec une grande rapidité d'élargissement du calibre des vaisseaux. Mais il n'en est plus de même dans la scarlatine pendant presque tout le temps que dure l'éruption. Au lieu de produire la ligne rouge méningitique, on fait apparaître une ligne pâle, assez persistante, qui tranche nettement sur le fond rouge de l'éruption. Ce serait même là, d'après M. Bouchut (2), un signe diagnostic qui permettrait de reconnaître à coup sûr l'éruption de la scarlatine et de la distinguer des éruptions similaires. Nous avons eu bien des fois l'occasion de vérifier cette assertion, pendant les années d'internat que nous avons passées aux Enfants-Trouvés, à l'hôpital Sainte-Eugénie, et à rhôpital de l'Enfant-Jésus; cependant nous
(1) VuLPiAN. Loc. cit., t. 2, p. 500.
(2) Bouchut. Maladies des nouveau-nés. Paris, 1867.
n'oserions en faire un signe d'une valeur absolue. M. Vulpian en parlant de la raie blanche de la scarlatine a déjà fait remarquer qu'elle ne se produit pas « lorsque l'efflorescence scarlatineuse est à son plus haut degré de développement (1). )# Quoi qu'il en soit, c'est là un phénomène bien curieux et assez inattendu. La scarlatine est en effet une fièvre grave, et comme telle, elle devrait déprimer rapidement le système nerveux et ses ganglions vaso-moteurs, et donner facilement naissance à la raie méningitique. C'est le contraire qui a lieu. Nous no tenterons pas de l'expliquer.
Dans les fièvres graves, la ligne méningitique n'a pas une grande valeur, parce que la dépression excessive du système nerveux se révèle par des signes bien autrement importants, nous signalerons cependant les études faites sur ses variations par M. Baiimler (2), qui a constaté qu'au début, ou à la fin des fièvres typhoïdes en voie de guérison on pouvait obtenir une ligne pâle avec une excitation suffisamment légère.
La réaction de la peau à des excitations plus ou moins énergiques, varie également dans les maladies du système nerveux.
La tache méningitique a été étudiée chez les hémiplégiques dès 1867 par un élève de M. Gubler, le D' Chevalier (3). De même que dans les cas précédents, il y aune parésie des vaso-moteurs , une prédisposition aux dilatations qui s'obtiennent avec la plus grande facilité sous
(1) Vulpian, Loc. cit., t. ii, p. 506.
(2) Baumler. Ueber das Verbalten der Hautarterien in der Fieberhitze. Ccntralblatt. 1873, p. 179.
(3) Chevalier. De la paralysie des nerfs vaso-moteurs dans Thémiplégie. Th. de Paris, 1867.
rinflufince d'excitations très-faibles. Souvent même comme Ta montré M. Charcot (1), les vaisseaux de certaines répons du côté paralysé deviennent, sans cause appréciable, le siège d'une vive congestion pouvant aller jusqu'à donner naissance à de véritables ecchymoses.
M. Vulpian (2) a fait des observations analogues chez des malades atteints de maladie nerveuse de différente nature. Dans un cas de paraplégie par compression , on déterminait plus facilement sur les membres paralysés, la ligne blanche que la ligne rouge. Il en était de même chez une hystérique atteinte d'hémianesthésie, du côté anesthésié. Au contraire, on produisait plus facilement la ligne rouge sur la peau du membre inférieur dans un cas de névralgie fessière et sciatique probablement d'origine centrale. Ce dernier résultat s'obtient sans doute dans tous les cas de névralgie, et d'autant plus facilement en général que la névralgie est plus intense. Ne voit-on pas du reste des congestions spontanées se produire fréquemment et parfois avec une grande intensité sur la peau des régions douloureuses (Notta) (3). Cette modification delà vascularisation cutanée s'observe principalement dans la névralgie faciale et il n'est même pas rare de voir les poussées congestives augmenter et diminuer comme les accès douloureux. Le mécanisme de ces congestions névralgiques est, du reste, le même que celui des dilatations que l'on produit localement par une excitation douloureuse de la peau, et c'est peul-être la
(1) Charcot. Comptes-rendus cle la Société de biologie. 1868, p. 213.
(2) Vulpian, Loc. cit., p. El.
(3) Notta. Mémoire sur les lésions fonctionnelles qui sont sons la dépendance des névralgies. Arch. gén. de méd. 1854, t. n, p. 1 et •uiT.
meilleure preuve que Ton puisse donner du rôle joué par la moelle dans la production des resserrements ou des dilatations vasculaires que Ton obtient expérimentalement. La seule différence, c'est que Texcitation initiale, au lieu de porter sur les terminaisons des nerfs dans la peau, portera sur le trajet même du tronc nerveux ou même sur son noyau d'origine.
N ous signalerons ici un fait qui devient maintenant d'une interprétation assez difficile. M, Vulpian (1) en pinçant brusquement et violemment avec les ongles la peau des jambes, dans des régions anesthésiées, a vu se produire chez des ataxiques une plaque rouge arrondie et assez étendue mais un peu lente à se dévelppper. L'anesthésie était absolue. On peut supposer dans ces cas que si l'excitation n'a pas été transmise jusqu'à la moelle, elle a du moins provoqué une irritation dans le ganglion de la racine postérieure correspondant aux fibres excitées, et que c'est sous cette action que la dilatation a eu lieu.
Si l'anesthésie était liée à une destruction du nerf, à la suite d'une section, par exemple, les phénomènes que l'on observerait seraient très-atténués, comme dans l'expérience déjà citée de Weber.
Dans la paralysie saturnine , comme dans la paralysie radiale, les modifications vasculaires que produisent localement les excitations de la peau sont les mêmes que dans l'état de santé (2).
Cette énumération n'a qu'un intérêt théorique. Les faits qu'elle nous a révélés pouvaient se prévoir et par conséquent se comprennent assez facilement.
(1) Vulpian. Loc. cit., t. ii, p. 497.
(2) Vulpian. Loc, cit., p. 122.
Lorsque les excitations locales de la peau sont légères^ les actions vaso-constrictives ou vaso-dilatatrices produites sous leur influence disparaissent au boui d'un certain temps, quand bien même l'excitation serait permanente. Mais si l'excitation est plus intense, non* seulement la dilatation neuro-paralytique persiste ^ mais elle s'accompagne facilement de tous les autres signes de l'inflammation. Etudions par exemple ce qui se passe lorsqu'une épine est enfoncée dans la pulpe du doigt et y détermine un panaris. Au début il y a une congestion dite inflammatoire, qui tient uniquement à la dilatation paralytique des vaisseaux. Cette dilatation devenant excessive, il se produit des arrêts dans un certain nombre de capillaires en même temps que les autres se dilatent énormément et que le pouls y devient perceptible. Alors la circulation est considérablement altérée et modifiée. Le sang passe plus vite, sa teinte est rouge clair dans les veines, et il renferme plus d'oxygène et moins d'acide carbonique que le sang veineux des autres régions (Ester et Saint-Pierre) (1). La chaleur est exagérée mais ne s*élève pas au-dessus de la température centrale. Bientôt il se fera des exsudations extra-vasculaires, des globules rouges et blancs sortiront par diapédèse et il se formera là un foyer purulent.
Des phénomènes inflammatoires s'observent presque constamment à la suite des applications prolongées d'excitants chimiques. C'est ainsi que les vésicants, et même les simples rubéfiants donnent lieu non-seulement à des phénomènes de dilatation vasculaire, mais encore à des exsudations en dehors des vaisseaux et souvent à
(1) EsTOR et Saint-Pierre, Comptes-rendus de TAcad. des se, ayril 1864«
un véritable travail de dermite suppurative. On doit rapprocher de ces inflammations les érythèmes qui se produisent sous l'influence de la lumière électrique. M. Gharcot (1) les attribue, en effet, à Faction des rayons chimiques, et Ton sait que Foucault (2) avait indiqué pour préserver les yeux l'emploi des verres d'urane qui arrêtent presque tous ces rayons. L'expérimentation a conduit M. Bouchard (3) aux mêmes résultats. Au moyen d'une lentille, il concentrait les rayons solaires sur l'avant-bras après interposition de verres colorés. On sait que ce sont les rayons violets qui ont l'influence chimique la plus marquée, ce sont eux aussi qui sont les plus irritants : ils produisent, en effet, une vive action rubéfiante et vésicante.
En dernière analyse, on voit donc que, pour peu que l'excitation cutanée soit énergique, c'est la dilatation vasculaire qui se produit surtout et même, dans certains cas, d'après quelques auteurs (frères Weber), elle se montrerait d'emblée. M. Yulpian (4) n'est pas arrivé à ce résultat quoiqu'il Ht porter directement l'excitation sur les parois de l'artère mise à nu et qu'il eût recours à des courants faradiques si intenses que les étincelles ont pu perforer la paroi artérielle. Il regarde donc comme probable que la dilatation est toujours précédée d'un rétrécissement plus ou moins manifeste et plus ou moins fugace. On ne peut pas, du reste, juger par la rougeur de la peau de l'état des vaisseaux qui la traversent. Dans certains cas de cyanose, par exemple, il pourrait se faire
(1) Charcot, Érythèine par l'action de la lumière électrique Soc. de biol., t V, 2® série ; 1858, p. 63.
(2) Foucault. Société philomatique de Paris, 1856.
(3) Bouchard, Recherches nouvelles sur la pellagre, lbb2.
(4) Yulpian. Loc, cit., p. 57.
que les veinules et les capillaires fussent très-dilatés, alors qu'il y aurait une constriction plus ou moins marquée des artérioles, et c'est ainsi que Ton pourrait se rendre compte de la stase sanguine. C'est sans doute là ce qui se produit sous l'influence de Tapplicàtion locale d'un froid intense, par exemple» dans le premier temps de l'anesthésie locale parles mélanges réfrigérants. Ensuite lise produit une pâleur exsangue qu*il ne nous semble guère possible, après ce que nous avons vu dans ce chapitre, de rattacher à une constriction active des vaisseaux et qui serait due sans doute à la compression qu'exercent sur eux les éléments de la peau qui se retractent sous l'influence du froid. C'est alors qu'il y a une anesthésie complète. Ensuite, sous l'influence de la chaleur, il y a retour du sang et rougeur vive n'ayant pas la teinte sombre de la rougeur cyanotiquedu début. Tous les vaisseaux sont alors largement dilatés, le sang circule rapidement, la peau devient chaude, et en même temps à l'anesthésie succède un degré assez notable d'hypéresthésie.
Dans les cas où sous l'influence d'une innervation défectueuse, il se fait des cyanoses locales , une excitation faradique très-intense ne tarde pas à faire apparaître, à la place de la teinte sombre, une teinte rutilante, n même temps, la stase sanguine disparaît, le sang circule largement à travers les vaisseaux dilatés, la peau s'échaufi'e et on voit reparaître la sensibilité qui était auparavant très-amoindrie. Ces faits sont conformes à ceux signalés par M. Gubler, qui obtient le retour de la sensibilité dans des régions anesthésiées^ par un simple frottement plus ou moins énergique provoquant la dilatation des vaisseaux. Ils ont aussi la plus
grande analogie avec ceux dans lesquels M. Vulpian (1) provoque, par une faradisation cutanée énergique, le retour de la sensibilité dans certains cas oa Tanesthésie n'est pas liée à une destruction des nerfs.
il. Effets généraux des excitations cutanées.
Lorsque les irritations de la peau sont énergiques, ou bien lorsqu'elles agissent sur une grande surface, leur retentissement se fait sentir dans tout l'appareil circulatoire, et l'on peut observer des modifications rapides et très -marquées dans la pression sanguine, dans le nombre et dans la force des battements cardiaques, ainsi que dans le chiflFre de la température centrale. Naumann, un des premiers, a abordé cette question expérimentalement. Mantegazza, Saviotti, Rohrig, Heidenhain, Riegel, Vulpian, Winternitz, etc., ont publié depuis cette époque, les résultats parfois contradictoires de leurs travaux. Nous allons tenter de les résumer brièvement.
Ici encore, de même que pour les effets qui se produisent localement, on observe des modifications absolument différentes suivant que l'irritation a été faible, modérée ou excessive. Et pour certains excitants, en particulier pour les excitants chimiques, l'énergie de l'excitation paraît proportionnelle à la surface d'action. Mais les effets obtenus dépendent par dessus tout du sujet observé; le même excitant agissant chez l'un comme excitant faible et chez l'autre comme excitant énergique.
Cela dit, recherchons d'abord les modifications que
(1) Vulpian, Archives de physiologie, 1875, p. 878-885.
présente le calibre des vaisseaux. Des observations de ce genre peuvent se faire chez l'homme, et c'est ainsi que Naumann a expérimente sur lui-même. Mais alors on ne peut employer que des excitations modérées. En outre, les contractions ou les dilatations des vaisseaux de la peau et surtout de ceux de la face sont soumises à tant de variétés individuelles que ces expériences ne peuvent avoir que peu de valeur. Cependant chacun sait que le visage peut devenir subitement pâle sous Tinfluence de la douleur. On peut de même observer la dilatation des vaisseaux lorsqu'une excitation douloureuse est prolongée pendant quelque temps. C'est ainsi que par une faradisation énergique, portant sur un point quelconque de la peau (ce qui détermine une vive douleur), on voit généralement se produire d'abord un peu de pâleur de la face ; puis bientôt c'est le contraire que l'on observe. Le visage se colore, et en général, comme l'avait bien observé Duchenne (de Boulogne), la sueur est sécrétée assez abondamment. Les choses se passent ainsi chez un certain nombre de malades. Ces résultats sont du reste conformes à ceux qu'a fournis Texpérimentation, à Bôhrig (1) et à Naumann (2). Cet expérimentateur examine au microscope la membrane interdigitale d'une grenouille dont il excite la peau du dos par piqûre, pincement, électricité, composés chimiques faibles (solution de sel marin, solution peu concentrée de soude, de potasse» d'alcool), composés chimiques plus énergiques (ammoniaque faible, huile de croton), enfin composés chimiques très-énergiques (acide acétique concentré^ acide sulfurique dilué, coUodion cantharidiné, essence
(1) RôHRiG, Deuteche Klinik, 1873, no 23 à 27.
(2) Naumann, Prager. Viert., 1863-67.
de moutarde, etc.). Les effets sont variables suivant les cas.
Avec les excitations faibles, on observe une accélération de la circulation dans les vai9seaux et un resserrement manifeste des artères et même des veines. L'excitation cessant, les vaisseaux reviennent assez rapidement à leur calibre normal. Lorsqu*une excitation faible est prolongée pendant longtemps (solution de soude, par exemple), on obtient une constriction des artérioles qui persiste pendant plusieurs heures, pendant vingtquatre heures dans un cas.
Avec les excitations énergiques, il se produisait d'abord une accélération du courant du sang et un rétrécissement très-marqué du calibre des vaisseaux, mais ces premiers phénomènes faisaient rapidement place au ralentissement de la circulation avec dilatation des artérioles, des veinules et des capillaires.
Avec les excitations très-violentes, on n'observe pas ou à peine le stade initial de resserrement, et la dilatation des vaisseaux se produit presque instantanément et devient excessive. La circulation se ralentit considérablement.
On observe les mêmes modiO cations , si au lieu d'examiner la membrane interdigitale, on fait porter l'examen sur la circulation de la langue ou des poumons, ce qui prouverait qu'il s^agit là de modifications qui atteignent la circulation générale.
Les choses se passent-elles de la même façon chez les mammifères et chez l'homme en particulier 7 C'est une question fort difficile à résoudre. Toutefois la difficulté existe moins pour la première partie des conclusions de Naumann et Rohrig, l'accélération du courant
sanguin et le resserrement des vaisseaux sous l'influence d'excitations périphériques. Ainsi Brown- Séquard (1) dit avoir observé chez des mammifères le resserrement des vaisseaux de la pie-mère spinale, à la suite d'irritations douloureuses; en outre, tous les physiologistes modernes ont constaté dans les carotides, à Thé* modynamomètre, l'augmenta lion de la pression sanguine produite par l'excitation du bout central du nerf sciatique coupé et l'on peut observer aussi en même temps le resserrement des vaisseaux dans le membre postérieur du côté opposé. Le resserrement vasculaire consécutif à l'excitation d'un nerf sensible, du sciatique ou du trijumeau peut s'observer même sur les artères de l'encéphale. Nous insistons sur ce point parce qu'on a récemment, à tort, selon nous, voulu mettre en doute la contraction des petits vaisseaux de l'encéphale dans ces conditions expérimentales. En mettant une éponge de chloroforme sons les narines d'un iapîn curarisé, les pneumogastriques étant coupés, et une fenêtre étant pratiquée au crâne, on voit peu après l'excitation se produire une diminution de volume du cerveau. Or, la section des vagues a supprimé toute influence cardiaque; il s'agit donc bien d'un resserrement local des vaisseaux de l'encépale. L'accélération du courant sanguin se constate également avec facilité ; les sections de la peau, de la pulpe des orteils ou des muscles sont le siège d'hémorrhagies beaucoup plus fortes pendant la durée de chaque excitation du sciatique. Mais si Ton veut bien y réfléchir, on verra que nous sommes déjà loin des con-
(1) BaowN-SÉQUARD, Leçons sur le diagnostic et le traitement des principales formes de paralysie des membres inférieurs, trad, franc., Paris, 1861, p. 24.
clusions précédentes de Naumann et Rôhrig, car c'était sous rinfluence d'excitations [faibles qu'ils obtenaient l'accélération de la circulation avec resserrement des vaisseaux, tandis que dans le second cas, ce résultat est obtenu par l'excitation du bout central du nerf sciatique coupé. Souvent même, on trouve noté dans le récit des expériences qu'il s* agit. d'une faradisation énergique, et l'on ne peut guère imaginer d'excitations plus vives. Ce serait donc un ralentissement du courant sanguin avec dilatation vasculaire qui aurait dû se produire, voire même d'emblée, si les choses s'étaient passées conformément aux conclusions de Rôhrig, C'est là que réside la difficulté ou du moins la différence entre les résultats obtenus chez les mammifères et ceux qu'ont énoncés Neumann et Rôhrig après avoir expérimenté sur les grenouilles.
Chez les mammifères et chez l'homme les excitations les plus violentes ne paraissent donner lieu qu'à un resserrement des vaisseaux s'accompagnant d'une augmentation de la pression et d'une accélération du courant sanguin. Est-ce à dire que d'une façon absolue il ne se produise pas, dans certaines parties plus ou moins étendues du corps, de dilatations vasculairesî F. Riegel(l) et Winternitz (2) ne le pensent pas. F. Riegel et Winternitz s'appuient sur des expériences concernant Finégale répartition de la chaleur, consécutive à des soustractions rapides faites par des applications locales de glace sur le ventre ; Moham, Hafiz (3) sur une expérience absolument
(1) Riegel. Zur Lehre der Wûrineregulation. Arcli. f. pathol., Anat. ond phjsiol., LIX, liv. I.
(2) Winternitz. Etude sur Taction des soustractions de calorique sur la production de la chaleur. Wiener, med. Wochensch., 1871,
(3) Mohammed Effendi Hafiz. Thèse de Paris, 1871, n» 35.
difiFérente et dont voici le résumé : sur des animaux curarisés, on fait une section transversale entre la moelle épinîère et le bulbe, puis on provoque, par l'électrisation de la région cervicale de la moelle épinière, un resserrement des vaisseaux du corps. Or, d'après Hafiz, ce resserrement ne serait pas général, et dans les muscles la contraction des parois artérielles ne serait pas aussi énergique que dans les autres points. La fatigue surviendrait plus vite et conséquemment la dilatation. On au-» rait là l'explication de la plus grande abondance de l'hémorrhagie qui» se produit dans les muscles coupés quand on irrite la moelle. Il y aurait donc dans les muscles un diverticulum pour le sang chassé de tous les autres points par la contraction des vais seaux, ce qui serait, d'après Riegel et Winternitz, d'une grande importance au point de vue de la calorification ; car pendant que la production de chaleur serait diminuée dans tous les viscères par suite de J'anémie due à la constriction vasculaire, l'emmagasinement du sang dans les muscles en diminuerait la déperdition, de sorte qu'il n'y aurait en définitive qu'une différence dans la répartition du calorique. Ce sont là sans doute des vues fort ingénieuses, mais qui ne reposent pas sur des faits suffisamment établis pour qu'on puisse les considérer autrement que comme des hypothèses.
En somme, la dilatation générale des vaisseaux de l'économie ne paraît pas se produire chez les animaux supérieurs sous l'influence d'une excitation cutanée très-intense, excepté peut-être dans les vaisseaux des muscles. Les seuls phénomènes constants dans ces conditions sont l'augmentation de la pression sanguine, le resserrement des artères et l'accélération de la circula-
tion^ de sorte que dans les cas où sous Tinfluence du froid, de la chaleur, de frictions générales^ etc., on ob-, tient une dilatation considérable des vaisseaux de toute la peau, on doit considérer ce phénomène comme localisé à la surface tégumentaire et ne s* étendant nullement à tous les vaisseaux de Téconomie.
11 est à peine besoin d^ dire que les modifications de la circulaton générale consécutive aux excitations cutanées se produisent par l'intermédiaire du système nerveux central. Les excitations périphériques lui sont transmises parles nerfs sensitifs, en effet si on abolit les actions réflexes par le chloral, on n'obtient plus d'augmentation notable de la pression sanguine (i). D'autre part, l'action du cœurn'estpas non plus la cause de l'accroissement de lapressionetdela vitesse du sang,car l'expérience donne les mêmes résultats après la section des pneumogastriques. De sorte qu'il s'agit bien évidemment d'un acte réflexe ayant son point de départ à la surface de la peau ou dans un nerf sensible, et son point de réflexion dans les centres vaso-moteurs bulbo-spinaux qui exercent directement leur action sur tous les vaisseaux, sans intervention obligée du cœur.
Le jeu du cœur est cependant, comme on va le voir, considérablement modifié, en même temps que celui des vaisseaux, on s*est attaché d'autant plus facilement à cette question que les difficultés expérimentales sont moindres que pour l'examen de la circulation. 11 est en effet facile de compter les pulsations du cœur, et jusqu'à un certain point de se rendre compte de l'énergie de ses contrac-
(1) VuLPiAN. Loc. cit., p. 434.
JofEroy.
tîons. Naumann{l), jugeant surtout de l'action du cœur d'après le nombre des pulsations, était arrivé aux con«clusions suivantes : les excitants, relativement faibles, ' augmentent Taction du cœur et des vaisseaux^ ils agissent comme bypersthéaisants ; les excitants, relativement énergiques, diminuent l'action du cœur et des vaisseaux, ils agissent comme hyposthénisants. — Mais le travail du cœur dépend moins du nombre des pulsations que de l'énergie de ses contractions. Aussi ne doit-on pas admettre sans réserve les conclusions de Naumann ; et même, on peut affirmer que, formulées en ces termes, elles sont inexactes. Rôhrig (2) a repris ces recherches d'une manière très-minutieuse; il a démontré l'exactitude de cette assertion, que rétendue de la surface excitée peut suppléer à l'intensité de l'excitation. Dans une première série d'expériences, l'auteur recouvre chez des lapins toute la peau des oreilles soit avec de l'essence de moutarde, de la teinture de cantharide ou de Thuile de croton, etc. Il se développe rapidement de la douleur, et l'on constate une élévation du chiffre des pulsations qui s'accroît pendant les heures suivantes et ne revient guère à sa valeur initiale qu'au bout de vingt-quatre heures.
En employant les mêmes substances irritantes, mais sur une plus large surface, après avoir rasé la peau avoisinante, on constate encore une augmentation du nombre des pulsations, mais beaucoup moins considérable et de courte durée. Il se produit alors une dimi-
(1) Naumann. Zut Lehre Ton den Reflex-Reizen und deren Wirkmig Pflûger's Archiv. f. phys., V, 1872.
(2) Rôhrig. Recherches physiologiques sur l'influence des excitations cutanées» etc. Deutsche Klinik, 1873, n<»« 23 à 27, et Pbysiologie der Haut. Berlin, 1877.
nution notable dans le chiffre des pulsations, et après quelques heures le pouls redevient normal ou à peu près.
Enfin, pour augmenter encore la surface d'actioni Rôhrig recouvrit d'essence de moutarde, chez un lapin, toute la surface du dos et du ventre. Il n'observa aucune accélération du pouls qui tomba rapidement de 210 à 105 pulsations en dix minutes. Au bout d'une heure et demie il n'y avait plus que 20 pulsations à la minute et Tanimal succomba après quelques convulsions.
En remplaçant ces excitations chimiques par des excitations thermiques ou électriques, l'auteur obtint des résultats confirmatifs . C'est ainsi qu'en enroulant les oreilles de l'animal autour d'un tube rempli d'eau à 70 ou 80* C, il constata que le premier effet était une augmentation de 18 pulsations par exemple, et que peu après il y avait une diminution notable. L'effet produit fut le même en remplaçant l'eau chaude par des tubes glacés. De même, la faradisation légère de la peau du dos augmenta sensiblement le nombre des pulsations, et lorsqu'elle fut très-violente produisit une diminution de 80 à 100 pulsations.
Plus récemment M. Franck a étudié avec soin les effets cardiaques consécutifs à l'excitation des narines ; il a montré que l'effet produit est proportionnel à l'intensité de l'excitation, mais qu'il faut tenir compte de la soudaineté de l'impression, de la durée d'application de l'excitant et de l'étendue de la surface impressionnée (1).
(1) Franck. Travaux du laboratoire de M. Marej, 1876.
En résumé : 1* les excitations cutanées peu intenses amèneraient une accélération notable du cœur, durant un temps assez long ; 2* Les excitations cutanées énergiques produiraient une accélération de courte durée suivie rapidement d'un ralentissement d'autant plus marqué que l'excitation serait plus violente; 3° Enûn des excitations très-énergiques détermineraient de suite une diminution considérable des contractions du cœur, et la mort pourrait survenir plus ou moins vite.
Ces conclusions paraissent applicables à l'homme « Duchenne (de Boulogne) a noté à plusieurs reprises l'augmentation du nombre des pulsations produites par une faradisation cutanée assez énergique. Winternitz(l) a répété chez l'homme une partie des expériences de Roh* rig et il est arrivé aux mêmes résultats. Il fait une application de glace sur la colonne vertébrale au niveau de la région dorsale supérieure et il observe tout d'abord une augmentation de 5 ou 6 pulsations par minute, puis le pouls descend rapidement au-dessous de la normale et l'on constate une diminution de 6 pulsations. Si alors on remplace tout à coup la glace par une application d'eau à 50* C, l'impression est très-vive et le pouls descend encore de 3 pulsations. Fleury (2) avait déjà remarqué une partie de ces faits en constatant qu'après l'immersion dans l'eau froide ou une douche de courte durée à basse température, il y avait une diminution de 6 à 9 dans le chiffre des pulsations. La courte période initiale d'augmentation lui avait échappé. Johnson avait aussi noté une diminution de 20 pulsations par minute après Tenveloppement mouillé. Nous citerons encore
(1) WiNTERNiTZ. Die hydrothérapie. Wien, 1877, p. 133.
(2) Fleury. Traité d*hydrothérapie, 3« édit., p. 144.
l'observation relatée par Bence Jones et Dickînson (1) qui ont constaté une diminution de 50 pulsations par minute après une douche en pluie à une température de 18" environ, prolongée pendant vingt minutes. Enfin les choses peuvent aller plus loin, et il est de notion vulgaire que sous l'influence d'une douleur excessive, un état lypothymique ou même syncopal peut se produire et Taction du cœur être suspendue plus ou moins complètement.
L'interprétation de ces faits a préoccupé tous les observateurs : physiologistes et cliniciens. Tous sont d'accord sur ce point, que c'est par l'intermédiaire du système nerveux que se produisent ces modifications. Les physiologistes et les hydropathes ont voulu aller plus loin; pour eux il s'agit d'une action réflexe se faisant par le pneumogastrique. Et pour expliquer chacune des modifications observées ils choisissent parmi les théories diverses que la physiologie nous donne sur le fonctionnement de ce nerf celles qui expliquent les choses avec plus de facilité. C'est, en effet, à la théorie de Moleschott que se sont arrêtés Rôhrig et d'autres. On sait, en effet, que dans cette théorie , si l'excitation qui agit sur le pneumogastrique est faible, les mouvements du cœur s'accélèrent ; si elle est plus forte, les mouvements se ralentissent ou s'arrêtent. On sait de plus que quand les contractions du cœur sont lentes par excitation des nerfs vagues, elles sont très-énergiques, et qu*au contraire, elles sont très-faibles quand le cœur bat rapidement après l'épuisement ou la section de ces nerfs. Roh*
(1) Bence Jones et Dickînson. Recherches sur Teffet produit sur la circulation par Tapplication prolongée du froid à la surface du corps de rhomme. Journal de la Physiologie de V homme et des animaux^ t. I.
rig voit encore là une preuve à l'appui de son hypothèse. Dans ces expériences il n'a pas seulement, en effets compté les pulsations, mais il a aussi observé Ténergpîe des contractions du muscle cardiaque. Pour cela, il a enfoncé des aiguilles directement dans le cœur, suivant la méthode de Wagner et observant l'amplitude de leurs oscillations, il a constaté qu'elle était d'autant plus étendue que les battements du cœur devenaient moins fréquents.
Cette manière d^expliquer les phénomènes observés nous paraît exacte en partie, mais, d'autre part elle nous paraît mettre le cœur sous l'influence par trop isolée du pneumogastrique. C'est ainsi que chez les animaux, lorsqu'on a coupé les pneumogastriques, on obtient encore une accélération du cœur en même temps qu'une augmentation de la pression sanguine au moment où l'on irrite violemment un nerf sensitif : telle est l'expérience de Bezold et Thiry.
Dans les expériences exécutées depuis par Ludwig et Cyon, l'excitation porte non-seulement sur les nerfs vasomoteurs qui vont se rendre aux muscles des vaisseaux, mais également sur le nerf accélérateur de Cyon; c'est sans doute sur ce nerf que les excitations périphériques se réfléchissent pour provoquer l'accélération des battements du cœur, et chaque fois que l'excitation serait assez forte pour agir sur le pneumogastrique, on observerait une diminution des pulsations. Cette interprétation donnée par M. Vulpian (1) nous paraît beaucoup plus conforme aux notions actuelles de la physiologie.
On voit donc que plus l'excitation périphérique sera
(1) Vulpian. Loc. cit., p, 366.
énergique, plus son retentissement sur le système nerveux central sera étendu. On a vu, en effet, une excitation légère et localisée retentir uniquement sur la portion correspondante des centres vfiiso-moteurs. Plus énergique, l'excitation de la périphérie produit une modiûcationnon-seulement]dansles centres vaso-moteurs correspondants, mais encore dans les centres voisins. Plus forte encore, cette excitation ira retentir non plus seulement sur les centres vaso-moteurs spinaux, mais sur le centre vaso-moteur général situé dans le bulbe, et alors se produisent les modifications générales de la circulation que nous venons d'étudier, y compris Taccélération des battemeuts du cœur. A un degré de diffusion plus grand dans les centres nerveux, l'excitation centrale portera sur le pneumogastrique et déterminera ainsi le ralentissement des contractions cardiaques. C'est évidemment ainsi que se produisent concurremment des modifications assez profondes dans la respiration, et qui le plus souvent consistent en un ralentissement plus eu moins considérable. Cette théorie est, comme on le voit^ la même pour les excitations cutanées et pour les excitations ayant un autre point de départ à la périphérie. Du reste, les travaux de R. Ganz, de S. Mayer et Pibram sur les effets produits par les excitations de la muqueuse gastrique montrent que l'on arrive ainsi à produire sur la circulation les mêmes changements que par les excitations de la peau.
Il y avait lieu de prévoir, en présence de modifications importantes dans la circulation et dans la respiration, que les excitations de la peau déterminaient aussi des modifications importantes de la calorification. C'est en effet ce qui se produit.
Les premières expériences précises sur ce point ont été faites par Mantegazza (1), soit sur lui-même, soit sur des animaux. Sur lui-même il prenait la température sous la langue; sur les animaux il la prenait dans le rectum. Toujours il aobservé un abaissement rapide de la température allant jusqu'à 1*^C en quelques minutes. Il s'agit là, comme on le voit, d'une expérience assez simple et qui auraH dû passer sans conteste. Il n'en fut rien. Kôrner (2) et Heidenhain ont soutenu que ces expériences ne sont pas probantes et qu'en particulier les températures prises dans le rectum varient beaucoup suivant les quantités de matières fécales qu'il renferme. Pour éviter cette cause d'erreur, Heidenhain (3) a pris une voie difficile et qui n'est pas non plus exempte de causes d'erreur. Il a opéré sur des chiens attachés, immobilisés, curarisés, trachée lomisés, soumis à la respiration artificielle et dont il avait coupé les nerfs vago-sympathiques pour empêcher les excitations qu'il produirait de retentir directement sur Je cœur par l'intermédiaire de ces nerfs; Enfin il prend la température du sang dans le ventricule gauche, dans l'aorte ou dans la veine cave. Alors il électrise ou excite mécaniquement un nerf sensible et observe concurremment à une augmentation de la pression sanguine un abaissement rapide de la température allant
(1) Mantegazza. Délia azione del dolore suUa calorificazione et sui moti del cuore, 1866.
(2) Kôrner. Beitrâge zur Temperaturtopographie des Thierkôrpers. Breslau, 1871.
(3) Heidenhain. Ueber bisher unbeachtete Einwirkungen des Nervensystems auf die Kôrpertemperatur und den Kreislauf.Pûuger^sArchiv, 1870, p. 504-565.
IfEiDENHAiN UND L. Landau. Emeute Beobachtungen ûber den Einûuss des Tasomotorischen Nervensystems auf deu Kreislauf und die Kôrpertemperatur. Pfluger's Archiv, 1871-72, p. 77-114.
de 0,5 à 1°C. Ce résultat serait constant, et il est d'ailleurs conforme à ce qu'avait dit Mantegazza, Mais si le fait est constant, il ne paraît pas à rexpérimentateur plus facile à expliquer, d'autant plus, fait-il remarquer, qu'il se produit à la périphérie un resserrement des vaisseaux de la peau, ce qui diminue considérablement les pertes de chaleur et par conséquent devrait produire un effet entièrement opposé. La seule remarque faite par Heidenhain, c'est qu'en même temps que l'abaissement de la température il observait une élévation de la pression. Aussi pense-t-il qu'il y a corrélation entre ces deux phénomènes.
La preuve de cette corrélation se trouverait facilement chez l'animal en expérience. On sait qu'il suffit en pareilles circonstances de suspendre la respiration pour produire une élévation de la pression, et en le faisant Heidenhain notait encore un abaissement de la température.
C'est alors que Riegel est intervenu dans le débat. Il a répété les expériences d'Heidenhain, en opérant d'après les indications de cet auteur. Non- seulement les résultats n'ont pas été constants, mais souvent ils ont été contradictoires. Il fait ressortir avec beaucoup de raison ce point important que dans les conditions préalables de l'expérience, il y a de nombreuses causes qui à elles seules peuvent modifier la température. Et en dernier lieu, à propos de l'élévation de pression qui se pro* duirait en même temps que l'abaissement de tempéra-
(1) Fr. Riegel. Ueber den Einfluss der Nenren Systems auf den Kreislauf und die Korpertemperatur. Pfluger's Archiv, 1871, p. 350-
Ueber die Beziehung des Gefâssnerven zur Korpertemperatur. Pfluger's Archiv, 1871-72, p. 401-454.
tare et qui pourrait jouer à l'égard de cette dernière le rôle de cause, il dit l'avoir souvent observée, sans aucune augmentation de la chaleur du sang. Heidenhain, dans sa réplique, critique le travail de vérification fait par Riegely raille son insuccès et maintient ses con-clusions.
Les critiques de Riegel sont fondées, mais il ne s'ensuit pas que les résultats annoncés par Heidenhain soient erronés ; en tout cas elles ne s'appliquent pas à l'expérience première de Mantegazza qui est faite beaucoup plus simplement.
Les recherches de Rôhrig l'ont du reste conduit aux mêmes conclusions, et en opérant comme nous l'avons dit à propos des modifications qui surviennent dans les battements du cœur, il a observé qu'avec une excitation peu intense, en même temps qu'une augmentation du nombre des pulsations il y avait une augmentation de la température. Si au contraire l'excitation était très-vive et déterminait de suite une diminution du pouls, la température s'abaissait immédiatement et diminuait proportionnellement au pouls. Enfin, avec les excitations moins énergiques déterminant d'abord une plus grande rapidité puis un ralentissement des pulsations, la température s'élevait au début pour descendre avec le pouls.
Ajoutons que les expériences de Breuer et Ghrobak(l) sont également confirmatives de celles d' Heidenhain. De sorte que nous pouvons regarder comme probable ment exacte la proposition suivante, que la température centrale s'abaisse sous l'influence d'une douleur violente; et cette autre, d'après Rôhrig, que la température
(1) Breueb et Chrobak. Zur Lehre vom Wundûeber.
s'élève sous Finfluence d'une excitation modérée de la peau.
Mais pourquoi la température s'abaisse-t-elle? C'est ici que la question devient fort difficile. Gomme on l'a déjà vu, Heidenhain ne l'explique pas. Rieçel, dominé par son idée que quand sous l'influence d'une excitation douloureuse les vaisseaux se resserrent, il se produit une anémie de la peau et des viscères, et en même temps un afflux considérable du sang dans les muscles, pense que le refroidissement n'est pas général. Il y a refroidissement dans les viscères anémiés par suite d'une moindre production de calorique ; par contre il y aurait production exagérée dans les muscles qui conserveraient leur température, et la masse du sang serait échaufifée ou refroidie selon la manière dont l'équilibre s'établirait. Peut-être convient-il de voir les choses plus simplement. Heidenhain a justement remarqué qu'au moment de l'excitation douloureuse, la peau s'anémiait et que la pression augmentait par suite du resserrement des vaisseaux et du reflux du sang de la périphérie vers le centre. Peut-être faut-il voir là une des causes de l'abaissement de la température centrale. Faisant remarquer que cet abaissement se produit très-rapidement, Vulpian (1) émet l'opinion qu'il s' agit tout simplement de l'afflux rapide dans les grosses veines du sang de la périphérie plus ou moins refroidi. Le retour brusque de ce sang froid dans la masse sanguine y produit naturellement une diminution de la température qui peut durer plus ou moins longtemps. Les résultats que l'on obtient en opérant sur un animal fiévreux viennent confirmer
(1) Vulpian. Loc.cit., p. 259.
ceftte interprétation. On observe alors, et Cl. Bernard insis^ tait sur ce fait, une paralysie des vaso-moteurs ; les vaisseaux sont dilatés et les excitations qui les font d'habitude seresserrerrestent plus ou moins inefficaces. Aussi, si Ton répète l'expérience précédente chez un chien fiévreux, n'dbserve-t-on plus une constriction aussi prononcée des vaisseaux. Le sang de la peau qui est refoulé vers le centre est moins abondant, d'autre part il est moins refroidi, et par conséquent ne devra pas diminuer la température de la masse du sang. C'est bien là en effet le résultat auquel est arrivé Hei Jenhain qui dit n'avoir observé chez les animaux souffrant de fièvre ni élévation marquée de la pression ni abaissement notable de la température à la suite des excitations violentes des nerfs sensibles.
Jusqu'ici le problème est déjà compliqué, mais il devient encore plus complexe et du même coup plus intéressant quand au lieu d'une excitation mécanique ou chimique qui ne met en jeu que la douleur, on a recours aux excitants thermiques agissant sur une grande surface. Les nerfs sensibles sont alors impressionnés comme par une excitation mécanique et en même temps se trouvent changées les conditions d'équilibre de la température du corps. La conductibilité de l'agent froid ou chaud qui sera en contact a^'ec la peau, son renouvellement ou son maintien, l'état de l'air inspiré et surtout son degré de saturation par la vapeur d'eau, seront aussi des éléments importants du problème. C'est ici surtout qu'apparaît cette remarquable disposition de notre organisme en vertu de laquelle se maintient, ou à peu près, l'équilibre de la température, dans les conditions les plus diverses. C'est ce qui permet à l'homme de vivre dans les climats les plus différents avec la même
température intérieure. Toutefois, s'il passe brusquement d'un milieu à température très -chaude dans un autre à température très-froide, ou inversement, on observe des changements peu durables dans la température du corps jusqu'à ce qu'il se soit établi une sorte d'accommo* dation aux conditions nouvelles. Les chirurgiens de la marine et plusieurs savants ont été à même de faire souvent des observations de ce genre.
Davy (1) aurait observé une élévation deplusde 2* c. à l'arrivée à Ceylan, chez les hommes d'un équipage parti de Londres.
Les quatre mille observations d'Eydoux et de Souleyet(2)^ les expériences personnelles deBrown-Séquard, constatent une modification moins marquée mais encore assez considérable. Eydoux et Souleyet ont trouvé une différence de 1** c. dans le rectum pour une différence de 40^ c. dans la température atmosphérique. Brown- Sequard(3) a observé une élévation de 1,26 en passant d'un climat froid dans un climat chaud, la différence entre les deux climats étant de 21,5 c. En passant d'un climat chaud dans un climat tempéré (différence 13,5 c.) il y a eu un abaissement de 0,67 dans le chiffre de sa température. Toutes ces observations montrent qu'en passant d'un climat chaud dans un climat froid, l'abaissement de la température se fait moins vite que dans le cas où Ton passe d'un climat froid dans un climat chaud. Il est juste toutefois de remarquer que l'air
(1) Davy. Transact. oî the royal Society of London, 1814, t. CIV.
(2) Eydoux et Souleyet. Comptes rendus de rAcadémie des sciences de Paris, t. VI, p. 456.
(3) Brow^-Sequard. Recherches sur l'inûuence des changements de climat sur la chaleur animale. Journal de physiol. de Thomme et des animaux, t. II, 1859. p. 549.
chaud ou froid se met surtout en rapport avec la muqueuse des voies respiratoires et que son action ne s'exerce que sur une faible partie de la surface cutanée, le reste étant préservé par les vêtements ; sans eux, l'homme ne pourrait pas supporter des changements si étendus, surtout pour le froid. Nous sommes ainsi conduits à rechercher quelles sont les limites de la température que peuvent supporter l'homme et les anî* maux supérieurs.
Les recherches de Delaroche et Berger (1) faites sur des animaux variés ou sur eux-mêmes ont ouvert la série des expériences scientifiques. Les chats, les lapins restèrent plus d'une heure dans une étuve à 34 ou 36** c. sans éprouver autre chose que du malaise. En deux heures, dans une étuve dont la température était de 45 à 52" c, ces animaux meurent avec les convulsions.
Delaroche et Berger observèrent sur eux-mêmes un malaise insupportable lorsque l'étuve arriva u 58^ c. et Delaroche fut même malade après cette expérience. Blagden supporta onze minutes une température extérieure de 83° c. et Berger sept minutes celle de 87* (2).
Dans ces conditions, la température s'élève, mais la sécrétion de la sueur lutte contre cette élévation. Delaroche le prouva par deux séries d'expériences fort ingénieuses : Un alcarazas placé dans une étuve séché à 45"* se refroidit de 35 à 31® et resta à cette température. Une éponge imbibée d'eau dans une étuve à 36,5 arriva et resta à la température de 28®. En outre, il constata que les animaux supportaient moins facilement la cha-
(1) Delaroche. Expériences sur les efifets qu'une forte chaleur pro- <1 ait dans Téconomie animale. Th. de Paris, 1806.
(2) LORAIN» Loc. cit., p. 368.
leur humide que la chaleur sèche. Par exemple, la température rectale d'un lapin étant de 39,7, il a fallu un séjour d'une heure quarante minutes dans une étuve à 45^ c. pour lui faire atteindre 43,8, tandis que dans une étuve humide à 40" c, la température rectale d'un autre lapin est montée en cinquante-cinq minutes), de 38,4 à 44,2. Mais il ne faudrait cependant pas croire que Delaroche a commis la faute de comparer les animaux à des éponges ; il fait dépendre cette exhalation cutanée des causes vitales qui règlent U chaleur.Les expériences de Cl. Bernard (1) confirment de tous points celles de Delaroche, Un lapin meurt en vingt minutes dans une étuve sèche à 65% après avoir présenté une accélération de la respiration et des battements cardiaques et généralement des convulsions dans les derniers moments. La température centrale s'est élevée de 5 à 6** et le sang est noir dans les artères comme dans les veines. Cette élévation de la température peut, et c'est là un fait dont l'importance n'échappera à personne, dépasser le chiffre de la température ambiante. C'est ainsi que Rosenthal(2), enmettant des chiens el des lapins en liberté dans une atmosphère de 32 à 36** c, vit chez ces animaux la température centrale s'élever à 41 et même 42*. Dans une atmosphère à 40*^ c. la température rectale d'animaux de la même espèce s'éleva jusqu'à 45® c. Ils manifestaient alors un affaiblissement musculaire extrême, les pupilles étaient dilatées, les mouvements du cœur présentaient une accélération excessive ainsi que ceux de la respiration et la mort survenait rapidement.
(1). Cl. Bernard. La chaleur animale. Influence sur Tanimal de Texagêration de la température extérieure, p. 344. (2) RoSBNTHAL. Revue scientifique , 1873, p. Cil.
L'attention de Cl. Bernard a été attirée sur le rapport qui existe entre les battements du cœur et le degré de la température centrale. En thèse générale, le nombre et l'énergie des contractions cardiaques diminue en même temps que la température. Si celle-ci s'élève, les battements du cœur augmentent de fréquence et s'affaiblissent, puis tout d'un coup le cœur s'arrête rapidement. Nous ajouterons, pour ne pas envisager cette question à un poinidevue trop étroit, que d'après Vallin(l),Obernier (2) etWaltherdeKiew(3),le diaphragme devient alors complètement paralysé et inexcitable, et que cette lésion joue un rôle marqué dans la cessation de la vie.
Dans toutes ces expériences, c'est la haute température qui tue ; on pourrait, pour rappeler la cause de la mort, accepter la dénomination adoptée par Lorain, et dire que ces animaux succombent au coup de chaleur. On peut entrevoir dès maintenant le rapport qui existe entre ces faits expérimentaux et le coup de soleil. Nous y reviendrons plus loin.
M. Krishaber (4) a répété sur lui-même des expériences analogues à celles de Delaroche et Berger, et il est arrivé à des résultats assez intéressants, mais trop personnels pour qu'on puisse en tirer une règle générale et dont voici ce résumé :
c( J'avais acquis une telle habitude de ces températures élevées (60 à 70^ G dans l'étuve sèche, 40 à 45-C
(1) Vallin. Du mécanisme de la mort par la chaleur extérieure. Aj-ch. gén. de msdecine, 6« série, 1871, t. XVIU, p. 729 et 1872, t, XIX, p. 75.
(2) Obernier. Der Hitzchlag, Bonn, 4867.
(3) Walther (de Kiew). Bull, de TAcad. de Saint-Pétersbourg, XI, 17-22.
(4) Krishaber. Soc. de Biol., 6 nov. 1877.
dansTétuve humide), que je ressentais à peine un léger malaise au moment du maximum, et au bout de 4 à 5 minutes, après être sorti de l'étuve et alors même que je ne prenais pas de douche, ce malaise se dissipait complètement. J-e me sentais donc dans un état de véritable bien-être, alors que ma température était encore à 41*^, le pouls entre 135 et un nombre au-dessus que je ne pouvais compter, et la respiration au-dessus de 35.
« Voilà donc toutes les conditions apparentes d*un état pathologique provoqué artificiellement, température, circulation, respiration presque au summum de celle d'une fièvre ardente, en même temps sécrétion tellement abondante que mes pas, dans l'étuve sèche, laissaient derrière eux une marque humide.
«Malgré cet ensemble de phénomènes, je n'éprouvais nuellement la sensation de la fièvre. Une fois Thabitude acquise, je ne ressentais plus le moindre trouble céphalique et aucun malaise. J'avais même plusieurs fois pu prendre mes repas immédiatement en sortant de l'étuve.
a II est un autre point qui mérite d'être signalé, c'est la lenteur avec laquelle la température descend lorsqu'elle a été portée à un certain degré. Elle se maintient même plusieurs heures à un degré au-dessus de la normale ; et il n'en est nullement de même du pouls et de la respiration, qui reprennent très-rapidement leur équilibre, le pouls descendant même au-dessous de la normale alors que la température est encore à environ 2'' audessus de l'état physiologique.
« Il s'ensuit que, dans ces expériences, la corrélation entre la température d'une part, le pouls et la respiration de l'autre, est loin d'être constante. »
Joffroy. 4
On vient de voir que les animaux supérieurs et rhomme, peuvent résister à des températures bien supérieures à celle de leur sang. Au moyen de modifications dans la circulation périphérique et pulmonaire^ et surtout par suite de l'évaporation de la siîeur, sans doute aussi par une diminution dans la production du calorique, ils se défendent jusqu'à une certaine limite contre l'élévation centrale de la température. Mais si ces moyens de défense deviennent insuffisants, leur chaleur s'accumule, leur température s'élève, et lorsqu'elle arrive à 44® ou 45* c, la mort survient quand bien même on retirerait de Fétuve les animaux en expérience pour les soumettre à une température extérieure modérée. Rosenthal, dans une conférence très- intéressante sur le refroidissement, insiste sur ce fait que dans ce dernier cas la température s'abaisse et que ces animaux qui, tout à l'heure étaient surchaufifés, meurent de froid. Leur température centrale diminue rapidement, cependant si elle ne descend pas au-dessous de 36®, la vie peut persister. L'explication de ce fait paradoxal est donnée par Rosenthal, et s'accorde entièrement avec ce que nous savons déjà : sous l'influence de Texcitation périphérique exercée par la chaleur vive à laquelle ces animaux ont été soumis, il s'est produit une dilatation excessive, paralytique, des vaisseaux cutanés qui persiste après la sortie de Fétuve. De là, une cause de déperdition considérable de calorique d'autant plus dangereuse que les portions centrales étant plus anémiées, produisent sans doute moins de chaleur. La recotte étant diminuée, la dépense augmentée, le déficit prend bien vite de grandes proportions.
Il convient toutefois, et nous insistons sur ce point,
de ne pas regarderie problème comme trop simple. En même temps que des changements dans la déperdition de chaleur par la peau, la respiration est modifiée ainsi que l'activité cardiaque et la production de calorique : il serait bien difficile de faire la part même approximative de chacun de ces facteurs.
De même que la chaleur, le froid peut être cause de mort. Le corps a ses moyens pour se défendre contre la chaleur, mais ils sont limités. Il a aussi ses moyens pour se défendre contre le froid , mais k une certaine limite plus éloignée, ils deviennent insuffisants. Pour certains animaux, cette limite est excessive et Ton me pardonnera de rappeler les expériences de Gaymard (1). Ayant placé dans une boîte pleine de terre des crapauds vivants, il les exposa à la gelée. La congélation s'opéra lentement et alors on pouvait casser les membres roidis de ces animaux sans provoquer aucune hémorrhagie au niveau des solutions de continuité. Cependant, si on réchauffait graduellement ces animaux congelés^ on les voyait au bout de dix minutes recouvrer leur souplesse et revenir complètement à la vie. On cite des faits plus merveilleux encore. M. A. Pouchet(2) en a montré Texagération ; on n'a que des apparences de congélation. Ce sont là, quand même, des résultats singuliers applicables seulement à cette espèce de vertébrés et qu'on répéterait sans succès dans les espèces les plus voisines, par exemple chez les grenouilles. Les recherches d'Horwath (3) ont
(1) Gaymard. Résistance des animaux à la congélation. Bibliot. universeUe de Genève, t. XXVI, p. 208, 1840.
(2) PoucHET. Recherches eTpérimentales sur la congélation des animaux. In Journal de Tanatomie, 1866.
(3) HoRWATH. L'inanition et ses températures. Wien. und Wochenschr,, t. XX, p. 32, 1870,
aiiâsi démontré que chez les animaux hibernants, la température peut être abçiissée à 6**, et même à 1 ,8 sans que mort s'en suive. Leur cœur se contractait quoique le sang qu'il renfermait ne maj:»quât au thermomètre que 4"* c. Mais ce sont là pour ainsi dire des exceptions dans l'échelle animale et pour prouver que les animaux supérieurs etrhomme peuvent vivre au milieu d'un air excessivement froide il vaut mieux rappeler les faits bien connus du capitaine Back et du capitaine Parry, qui ont pu observer dans leurs voyages au Pôle nord une température de — 70® c. Sur un renard le capitaine Parry constata une température de 41** alors que celle de l'atmosphère était de — 35,6,1a différence était donc de 76, 7. Chez un lagopède des saules, Back constata une différence de 79,1. La résistance à de semblables températures tient à des causes très- multiples et montre la puissance des moyens employés par la nature ou par l'artifice des hommes, mais il ne faudrait pas en conclure que la résistance des animaux supérieurs au refroidissement est toujours aussi grande, et en particulier les expériences de Walther prouvent le contraire. Lorsqu'on place des animaux, des lapins par exemple, dans des appareils réfrigérants leur température s'abaisse rapidement si Ton a soin de les empêcher de se mouvoir. Lorsqu' alors la température de l'animal est descendue à 18"* ou au-dessous, il a sou* vent perdu la faculté de se réchauffer quand bien même on le placerait dans une atmosphère de 39% chiffre de sa chaleur normale. L'animal meurt et continue même à se refroidir d'après Cl. Bernard.
Quand on retire ces animaux de l'appareil où ils se
sont refroidis, les battements cardiaques sont très-faibles
^Î^Çrtsflfcfi^^S^^ à 20 par minute, la respiration est très-