HÉRÉDITÉ DES FONCTIONS
Certaines familles ont Tapanage des fonctions. — D’un autre côté, hérédité
de misère.
En même temps, nous l’avons vu, que la Constitution (le 1791 abolissait la vénalité des charges, elle abolissait pareillement Tbéréclité des fonctions.
Légalement , l’hérédité des fonctions est supprimée; en lait, elle continue. On n’a qu’à regarder autour de soi pour s’en convaincre. Prenez les listes des invités aux fêtes et banquets officiels , depuis le commencement de ce siècle, et vous y trouverez toujours les mêmes noms; les
fils ont succédé aux pères, et les neveux ont remplacé les oncles.
« Dès que le paupérisme, dit M. Victor Modeste dans son « excellent Traité du paupérisme (1), s’est posé sur un pays, « qu’il a pénétré au cœur des populations, des familles, qu’il « y a bien et profondément établi son domaine, peu importe « que le fils succède au père, que les familles se renouvellent « jusqu’au dernier de leurs membres ; l’homme qui vient « succède à l’homme qui tombe, mais il succède aussi aux « conditions économiques de son travail et de sa vie , à « ses fatigues, à sa pauvreté. Les hommes passent, lami- « sère demeure. Autant il en naîtra dans ces malheu- « reuses familles, autant à peu près il en faudra compter « qui vivront, souffriront et mourront dans son atmo-
(t) 1 vol. in-8°, Paris, Guillaumin et C‘®.
« sphère et sous la loi. La statistique du paupérisme , on le « sait, a retrouvé sur les listes d’indigents, en 1854 , ceux « dont les pères y avaient paru en 1830, à la suite d’une « première génération inscrite en 1802. A le prendre donc « dans son ensemble et indépendamment des rédemptions, « toujours trop rares, qui sont le miracle des circon- « stances heureuses, la récompense des bonnes institu- « lions et des bienfaiteurs éclairés , ou le prix des efforts « extraordinaires, on peut dire que le paupérisme est via- « ger, viager et béréditairc. Là est encore un de sescarac- « tères les ])lus dignes d’attention et qui inspirent le plus « de souci. »
Gbangeant seulement quelques expressions de cet exposé, nous sommes en droit de dire : Dès que le fonctionnaire s’est posé sur un pays, qu’il a pénétré au cœur des populations, des familles, qu’il y a bien et profondément établi son domaine, peu importe que le fils succède au père, que les familles se renouvellent jusqu’au dernier de leurs membres, l’homme qui vient succède à rbomme qui tombe, il succède aussi aux conditions sociales de sa position et de sa vie, à ses privilèges, à ses immunités. Les hommes passent , la fonction demeure. Autant il en naîtra dans ces heureuses familles, autant à peu près il en faudra compter qui vivront, jouiront et mourront dans son atmosphère et sous sa loi. La statistique du fonctionnarisme retrouverait sur les listes budgétaires, aujourd’hui comme en 1854, ceux dont les pères y avaient paru en 1830, à la suite d’une première génération inscrite en
A le prendre donc dans son ensemble, le fonctionnarisme, jaloux et exclusif de sa nature, à l’exception de . quelques rares admissions d’intrus, admissions qui sont le miracle de circonstances heureuses, la récompense de bonnes institutions et de quelques administrateurs éclai-
rés, ou bien encore le prix d’efforls extraordinaires, on peut dire que le fonctionnarisme est viager, viager et hérédilaire. Là est un de ses caractères les plus dignes d’attention et qui doivent inspirer le plus de souci.
Le fonctionnarisme héréditaire, c’est la création à nouveau d’une caste privilégiée et d’une armée dont les chefs n’auront plus rien de commun avec la nation.
Dès aujourd’hui na voyez-vous pas tous les fds de généraux entrer à Saint-Cyr, tous les fds et neveux de magistrats suivre les cours de l’École de droit? Il se forme, en France, il est temps d’y penser, il se forme en France des corps de mandarins, comme l’a très-bien dit M. Gourcelle-Seneuil : mandarins administratifs, mandarins lettrés, mandarins militaires, et mandarins religieux, et mandarins enseignants.
Rien ne contribue autant au succès de la médiocrité comme le mandarinat; rien ne contribue autant à abaisser le niveau des connaissances, à paralyser les tentatives généreuses, les efforts isolés comme le mandarinat. Fonctionnaire, on se croit supérieur aux autres citoyens, on oublie que l’on est au service de l’État, c’est-à-dire au service de tous, on se croit le maître absolu de la situation que l’on a obtenue, c’est une sorte de propriété inviolable, et l’on regarde les places supérieures auxquelles on espère parvenir, comme autant d’héritages que l’on ne peut manquer d’avoir quelque jour.
« Les classes dirigeantes , a dit M. Courcelle-Se- « neuil (1), obéissant en ceci à l’instinct naturel à tous les « hommes , se sont efforcées d’assurer la durée des jouis- « sances qui résultaient pour elles de leur supériorité « par la propagation de croyances et par l’établissement
(t) Journal des Economistes, décembre i872.
« des lois positives, qui consacraient, définissaient leur « situation et créaient en leur faveur des inégalités so- « ciales artificielles. »
Eh bien! tout cela est contraire aux idées qui inspiraient nos pères en 1789, tout cela nous reporte inévitablement vers un régime à peu près semblable à celui qu’ils ont su renverser.
« Dans le cercle du droit public, dit M. Rossi, sous la « garantie du droit public, de cette partie si essentielle du « droit positif de chaque nation bien réglée , bien consti- « tuée , l’activité humaine sé développe au moyen de cer- « tains faits, par l’exercice de certains droits, tels que la « liberté de la personne, la liberté des cultes, la liberté de « renseignement, la liberté de l’industrie, etc... Eh bien!
« lorsque, sous le rapport des faits et des droits, garantis « par le droit privé et sous le rapport des droits et des « actes garantis p.ar le droit public, lorsque dans ce double a cercle, dans ce double ordre de faits qui révèlent factice vité humaine, la loi sociale est la même pour tous,
« qu’elle reconnaît à tous le même droit, qu’elle leur acte corde la même protection, les mêmes garanties, les ee mêmes possibilités , le principe de l’égalité civile est «r consacré.
ee Le privilège, continue M. Rossi, tenait un tout autre ee langage aux hommes réunis en société. Il leur disait ee dans le droit public , par exemple : « Toi, par cela seul ee que tu professes une autre religion que celle que proee fesse une partie de la nation , tu ne pourras pas te mouee voir avec la même liberté. »
Combien d’ingénieuses considérations tirées , a-t-on dit, de la nécessité d’assurer Tordre public et de rétablir Tordre moral, n’a-ton pas fait valoir pour ressusciter et mettre en pratique ces prétentions du privilège ?
ee Dans le cercle du droit privé, continue M. Rossi, il lui.
a disait: « Par cela seul que tu appartiens à une famille, « à une race, à une classe autre que celle d’une i)artie de « la nation, tu ne pourras pas user de tell.; ou telle fa- « culté. » Dès lors, l’égalité civile est détruite.
« Mais lorsque la loi n’a plus ce langage , lorsqu’elle dit « à tous indistinctement :
«Si tu es membre d’une société civile, quelles que « soient ton origine , ta demeure, ta croyance, ta fortune « voilà le droit, voilà le droit pour tous; dans le cercle « du droit privé et dans le cercle du droit public, les « mêmes possibilités existent pour tous, chacun peut se «mouvoir selon l’énergie de ses moyens, lorsque la loi « parle ainsi, le principe de l’égalité civile est établi. »
Ce principe d’égalité civile est encore écrit dans nos lois, mais, en fait, il n’existe plus. Aussi un général que nous poumons nommer, pouvait-il dire dernièrement avec toute l’autorité d’une conviction que rien n’était de nature à ébranler, et avec toute chance de voir sa prophétie se vérifier : « J’ai cinq fils, l’aîné est déjà à Saint-Cyr et sera « général coipme son père; le second, sous les auspices de « son oncle, président de cour, fait son droit et deviendra « président; le troisième, entrera comme aspirant à bord « du \ aisseau que commande mon beau-frère, et se fera « nommer amiral; le quatrième, par la protection d’un de « mes cousins, attaché d’ambassade, entrera dans la diplo- «matie, et y fera son chemin; le cinquième deviendra « archevêque; on peut bien avoir un archevêque dans sa « famille , quand on compte quatorze quartiers ! »
Avec de tels principes, les fonctions de l’État deviennent un patrimoine dont disposent à leur gré les titulaires; il n’y a plus place pour les talents, pour les aptitudes, pour le droit commun, et tout s’abaisse sous l’action énervante de positions acquises sans travail, sans mérite reconnu, de par l’mUueiice du privilège et du népotisme.
Un homme illustre, que la France honorera à toujours pour les services inappréciables qu’il lui a rendus, dans les jours les plus difficiles et les plus malheureux de notre histoire, s’est enorgueilli de pouvoir dire : «La France est représentée à l’étranger par les plus grands noms de France !
Combien n’aurions-nous pas été plus heureux de lui entendre dire : « La France est représentée à l’étranger par les plus grands diplomates du pays! »
Il y a des règlements, nous le savons, il y a des stages et des épreuves; mais combien souvent ces règlements ne sont-ils pas violés, combien souvent ces stages et ces épreuves ne sont-ils pas mis à l’écart par le despotisme ministériel ?
On a parlé de chinoiseries, elles sont la conséquence naturelle de nos mandarinats.
«En Chine, dit M. Cnurcelle-Sencuil , la .hiérarchie « sociale s’établit par des épreuves littéraires qui consta- « tent, chez celui qui les subit avec honneur, une connais- « sance approfondie des livres anciens et de la tradition « conservée par un corps de lettrés : c’est le mandarinat. « Dans l’Inde, comme dans l’ancienne Égypte, les indivi- « dus sont classés par la naissance; c’est la naissance qui « confère les fonctions et surtout qui gradue l’estime due « à chacun. Jamais celui qui est issu des pieds de Bralima « ne saurait être l’égal de ceux qui sont sortis de sa tête « ou de sa poitrine : Voilà la caste ! »
Nous n’avons pas en France de fils’de Brahma, mais nous avons les fils des Croisés, et les descendants des Francs vainqueurs , dominant encore les descendants des Gaulois vaincus.
« Je l’ai déjà dit, répète M. Rossi, l’égalité civile con- « sîste à accorder à tous le libre exercice , l’exercice légi- « time de leurs facultés, la jouissance des résultats ohte-
« nus, quelle que soit d’ailleurs la diversité des forces et
« 1 énergie de chacun. Égaliser, au contraire, arbitrairement
« les résultats des diverses activités individuelles , ce ne « serait pas fonder ni sanctionner l’égalité civile, ce serait « précisément le contraire, ce serait détruire l’égalité, ce « serait fonder le privilège en faveur de ceux qui se trou- « veraient moins richement dotés sous le rapport de l’é- « nergie de leurs forces individuelles, ce serait attribuer « arbitrairement aux uns une portion de ce qui aurait été « le résultat de l’activité individuelle des autres. Et on l’a « dit mille fois, qu’arriverait-il dans cette hypothèse, si « elle était possible à réaliser? C’est que le ressort de l’ac- « tivité individuelle se trouverait brisé, par cela même « que les résultats ne seraient pas garantis à celui qui les « aurait obtenus. Et alors, privée ainsi de son principe « d énergie, privée de toute sécurité, l’espèce humaine, au « lieu d’avancer dans la carrière de son développement et « de son perfectionnement, tomberait dans l’apathie, dans « la misère la plus profonde ; elle perdrait jusqu’au sou- « venir de sa dignité morale. Encore une fois, ce ne serait « pas là l’égalité civile, ce serait l’inégalité au profit des « moins actifs, des moins énergiques; ce serait, non l’é- « galité des hommes libres, mais l’égalité des esclaves qui « vivent des mêmes aliments, sont rangés à peu près dans « les mêmes cabanes, couverts à peu près des mêmes hail- « Ions, chargés à peu près des mêmes chaînes, quelle que « puisse être, d’ailleurs, la diversité de leurs facultés intel- « tuelles et physiques. Ce n’est pas là le but de l’organisa- « tion sociale. Le pouvoir social a mission d’ouvrir une « large carrière d’activité à l’homme, de protéger les efforts « de chacun ; mais il n’a pas, il ne peut pas avoir le droit « de distribuer d’une manière arbitraire ce qui ne lui ap- « partient pas, d’enlever aux uns le résultat de leurs « efforts pour l’attribuer arbitrairement à celui qui n’en « aurait pas fait dans la même mesure. »
Pour rehausser les situations de quelques-uns, les entourer d’un prestige hors ligne, les mettre en quelque sorte hors du droit ordinaire, fasciner la foule et permettre de surélever outre mesure leurs divers traitements, on a emprunté à l’organisme militaire certaines de ses dénominations les plus populaires et les plus recherchées. Nous avons donc des directeurs généraux, des inspecteurs généraux, des avocats généraux , des procureurs généraux, des receveurs généraux, des intendants généraux, des vicaires généraux, des gardes généraux, etc., etc.
Ce ne sont que des chinoiseries; mais cela montre combien nous tombons rapidement dans cet état de civilisation où les rubans, les épaulettes, les titres ronflants, semblent être le but de la vie, et le seul mobile qui doive absorber toutes nos pensées et accaparer tous nos efforts.
« Les économistes, dit encore M. Courcelle-Seneuil, dont « les doctrines inspirèrent les lois de la Révolution, avaient a admirablement compris la nature malfaisante des insli- « tions de l’ancien régime. Ces lois effacèrent, autant « qu’il était possible , la caste et les mandarinats de toute « sorte; mais, dès cette époque, l’esprit mandarin s’était « tellement infiltré dans la nation, que l’on ne comprit « pas ces lois ; on ne vit dans l’état social créé par elles « qu’une horrible confusion, une sorte de chaos; on s’é- « cria que la Révolution détruisait tout et ne fondait pas. « On comptait pour rien la définition législative la plus « large et la plus précise qui eût jusqu’alors été donnée de « la liberté humaine ! Mais , hélas ! la liberté n’est pas « visible à l’œil comme un intendant , un conseil de l’or- « dre, un maître-juré ou un inspecteur des manufactures, « et il y a tant de gens qui comprennent seulement ce qu’ils « voient de leurs yeux et touchent de leurs mains !
« La conspiration du 18 brumaire vint reconstituer le « mandarinat sous la forme que nous connaissons... »
On nous dira peut-être que ces questions ne sont pas du lessortde 1 économie politique, que nous nous égarons sur un terrain qui n est pas le nôtre, et on nous renverra à 1 étude des questions purement économiques , comme
celles de la valeur, de la concurrence, du capital ou du crédit.
Nous répondrons comme Bastiat : « C’est une noble et « vaste science , en tant qu’exposition, que l’économie po- « litique. Elle scrute les ressorts du mécanisme social et les « fonctions de chacun des organes qui constituent ces corps via vants et merveilleux qu on nomme des sociétés humaines. Elle
étudie les lois générales selon lesquelles le genre humain « est appelé à croître en nombre, en richesse, en intelli- « gence, en moralité. Et néanmoins, reconnaissant un « libre arbitre social comme un libre arbitre personnel, « elle dit comment les lois providentielles peuvent être « méconnues ou violées, quelle responsabilité terrible naît a de ces expérimentations fatales, et comment la civilisa- « tion peut se trouver ainsi arrêtée, retardée, refoulée et « pour longtemps étouffée. »
Nous avons montré jusqu’ici comment les hautes fonctions se pei'pétuent dans les mêmes familles, passent de générationen génération, et maintiennent à un certain degré de 1 échelle sociale ceux que la naissance ou la richesse ont favorisés. A l’autre bout de cette échelle et tout en bas, nous trouvons d’autres familles dont les fonctions se transmettent de génération en génération et y perpétuent la
misère.
Le privilège coudoie sur le sable de nos grèves des malheureux voués de père en ,fils aux travaux les plus rudes, aux dangers les plus terribles. Demandez au marin , aux mains goudronnées, au teint hâlé , aux haillons rapiécés, aux cabines enfumées , ce que faisait son père ? Il était marin. Et ton grand-père ? Il était marin comme mon
père. Et avant lui? Tous marins : nous sommes tous marins dans notre famille, nous l’avons toujours été ! C’est qu’il y a une institution terrible qui, en dépit de l’égalité civile proclamée en 1789, inscrite dans nos constitutions et si bien glorifiée lîar Rossi, maintient, par des dispositions habiles et presque invisibles, tous ces malheureux dans le triste état dans lequel ont vécu les familles d’autrefois.
Il y avait en Angleterre une institution encore plus déplorable qui s’appliquait aussi aux marins, c’était la Presse : nous répéterons ici ce qu’en disait M. Stuart Mill ;
« On la jugeait absolument nécessaire pour la défense « du pays. « Il arrive souvent, disait-on, qu’ils ne veulent « pas s’enrôler volontairement, donc il faut que nous ayons « le pouvoir de les contraindre. » Que de fois n’a-t-on pas « raisonné de la sorte! S’il n’y avait eu un certain vice et dans ce raisonnement, il eût triomphé jusqu’à présent « Mais on pouvait répliquer : « Commencez par payer aux « matelots la valeur de leur travail; quand vous l’aurez « rendu aussi lucratif chez vous qu’au service des autres « employeurs , vous n’aurez pas plus de difficulU^s qu’eux « à obtenir ce que vous désirez. A cela pas d’autre réponse « logique que« nous ne voulons pas », et comme aujour- « d’hui on rougit de voler au travailleur son salaire et « qu’on a môme cessé de le vouloir, la presse n’a plus de <! défenseurs. »
Encore plus bas dans l’échelle des fonctions héréditaires, il y a les inscrits sur le registre du paupérisme, les grands-pères en 1802, les pères en 1830, les fils en 1854.
Il est, cependant, encore une autre classe d’hommes que nous trouvons plus malheureux que tous céux dont nous venons de parler, ce sont ces infortunés soldats que les règlements ou les lois, nous ne savons lesquels, mettent à la disposition des officiers, sous le nom de brosseurs, pour eh faire leurs domestiques.
Nous ne comprendrons jamais que l’on puisse relever l’état moral de l’armée, lui inspirer le sentiment de sa dignité , en prenant un certain nombre d’hommes dans ses rangs pour les réduire à l’état de domesticité.
La France ne confie pas ses enfants au ministre de la guerre pour leur apprendre cet état.
Il nous semble que cette coutume, qu’il serait facile d’abolir, doit avoir les résultats les plus funestes pour la discipline. Le soldat brosseur connaît souvent les défauts et toujoui s les vices de son officier.
Croyez-vous que ces défauts ou ces vices puissent être un secret pour le reste du régiment? Entre camarades, on se raconte beaucoup de choses, et quel respect les hommes peuvent-ils avoir pour l’officier aux dépens duquel ou s’est égayé le verre en main? Toute peccadille est grossie , commentée et court de bouche en bouche ; les infortunes des uns et les succès des autres, en fait de galanteries, deviennent matière à quolibets, à surnoms, à racontars qui ravalent la position de l’officier et lui enlèvent une grande partie de son autorité morale , de son prestige de supérieur.
Dans l’intérêt du pays, des familles et de l’avenir, il vaudrait intînimeut mieux élever quelque peu la paye des officiers, de manière qu’en se cotisant, ils pussent à trois ou quatre payer un domestique civil, dont les rapports avec les soldats ne pourraient être aussi journaliers ni aussi intimes que ceux des hommes sous le drapeau.
Faites que la dignité du plus humble des soldats qui se conduit bien ne soit jamais froissée, et voüs aurez des hommes qui comprendront leurs droits et leurs devoirs.
Au reste, les mères, dont les enfants se présentent pour le volontariat d’un an , n’ont pas à craindre qu’ils fassent jamais un service d’intérieur.