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Nous avons injecté également, à un cobaye, de la taurine en solution étendue, à la dose totale de 0.48 centigr. Fait curieux : animal ne succomba pas à ces injections. Il dut être sacrifié, et cependant c’est peut-être chez lui que nous avons observé les lésions rénales les plus avancées. Sur un grand nombre de tubes contournés et de branches ascendantes, l’épithélium était en état de vacuolisation. Le protoplasma avait presque complètement disparu, et, sur certaines cellules, les noyaux eux-mêmes étaient devenus clairs. Enfin, quelques tubes collecteurs contenaient des cylindres granu-
leux.
5° Injections de sels ammomiacaux., — De toutes les théories qui ont été proposées pour expliquer le mode de formation de l’urée, celle qui s'appuie sur les faits les plus probants est, peut-être, celle de Schmiedeberg, qui fait dériver l’urée de l'albumine par l'intermédiaire du carbonate d’ammoniaque. On a montré que les sels ammoniacaux, après ingestion (Coranda) ou introduction dans la veine porte (von Schrôüder, Salomon), se transformaient en urée. Dans les affections hépatiques, l’'ammoniaque urinaire augmente proportionnellement à la diminution de l’urée. C’est ce qui a été noté dans la cirrhose (Stadelmann, Hallervorden, Fawitzky) et dans le cancer (Stadelmann, Hallervorden). La quantité d'ammoniaque, qui est normalement d'environ 0. 70 par vingt-quatre heures (Neubauer), a été trouvée doublée par Stadelmann. Weintraud l’a vue considérablement augmentée dans un cas d’acholie. Elle était quintuplée dans un cas d’atrophie aiguë du foie, observé par A. Fränkel. De même, après l’extirpation du foie, elle augmente dans l'urine de la grenouille (Nebelthau), et elle apparaît dans celle des oiseaux, qui, normalement, n'en contient pas. S'appuyant sur ces faits, Münzer est allé jusqu'à prétendre que c’est l'accumulation des sels ammoniacaux dans le sang qui produit les accidents de l'ictère grave (Frerichs avait déjà attribué la même origine à l’urémie).
Quelle est la toxicité des sels ammoniacaux ? Rosenstein, ayant injecté 4 grammes de carbonate d’ammoniaque dans les veines d’un chien néphrectomisé, n'observa que des manifestations toxiques (convulsions) fugitives, Mais M. Cuffer, ayant répété la même injection à la dose de 8 grammes, observa la respiration de Cheyne- Stokes, et trouva les globules rouges très altérés. M. Bouchard
admet que « l'azote, combiné sous la forme d'ammoniaque, est, pour la même dose, quarante fois plus toxique que combiné à l’état durée ». L’ammoniaque produit des convulsions et une hypothermie énorme. La mort survient à la dose de 45-gr--8 par kilogr. Les récentes expériences de Marfori ont confirmé cette toxicité.
Afin d'expérimenter la toxicité des sels ammoniacaux sur le rein,
nons avons pratiqué, chez le lapin, l'injection intra-veineuse de trois
de ces sels : le carbamate, le lactate, et le sulfophénaté. Nous les avons choisis pour les raisons suivantes :
D'après Drechsel, ce ne serait pasle carbonate, mais le carbamate d’ammoniaque, qui donnerait naissance à l’urée (1). Nous avons vu, en outre, qu'après l'opération d'Eck, Hahn ét Nencki ont attribué
‘les accidents d'insuffisance hépatique qui se produisent à l’accumu-
lation du carbamate d'ammoniaque dans le sang. Il était done parti-
: Bts . Ë # . L .
culièrement intéressant d'étudier l'action de ce sel sur les reins.
On a sïgnalé, comme nous le verrons, l'apparition d'acide lactique dans le sang et dans l'urine, au cours de certaines maladies du foie. Même, d’après Walter, l'ammoniaque excrétée dans l'urine servirait à la neutralisation des acides formés dans l'organisme: Une partie de l’ammoniaque éliminée par l'urine dans les maladies du foie se trouve done combinée à l'acide lactique. ke
Enfin l'augmentation des acides sulfoconjugués a été également signalée au cours des affections hépatiques. Mais, comme nous devons y revenir ultérieurement, nous réserverons pour l'instant la question de l’action du sulfophénate d’ammoniaque, et nous ne nous occuperons ici que des deux autres sels.
Nous nous sommes d’abord servi d'une solution de anale d'ammoniaque à 0,40 p. 10. Un lapin reçut, en quatre séances, 8 centim. cubes de cette solution (donc 32 centigr!) dans les veines de l'oreille. Il succomba après avoir présenté quelques convulsions. En revanche, injecté sous la peau, ce sel, quoique assez irritant localement, se montra beaucoup moins toxique. Un cobaye reçut
(1) Les acides amidés (glycocolle, leucine, tyrosine, etc.), en s’oxydant dans l’organisme, se transformeraient en acide carbamique. Celui-ci sé combinerait à l’ammoniaque. Le carbamate d’ammoniaque, en perdant de l’eau, se transformerait en urée. En effet, le carbamate d’ammoniaque, chauffé à 130-140°, donne de l’urée
(Bassarow).
ET
ainsi, en trente-cinq séances, 70 centim. cubes d'une solution à 6,20 p. 10 (donc 1 gr. 40) sans succomber.
L'autopsie ne nous montra aucune lésion rénale chez le cobaye. Chez le lapin, tout se bornait à une sorte de dégénérescence vésiculeuse du protoplasma et des noyaux, dans l’épithélium de quelques tubes contournés.
Un autre lapin reçut, en cinq doses, 6 gr. 50 de lactate d'ammoniaque par la veine de l'oreille. Il ne présenta aucun phénomène pathologique, et fut sacrifié le lendemain de la dernière injection. A part une congestion intense, les reins étaient à peu près sains. C’est à peine si, çà et là, quelques cellules des tubes contournés se montraient en voie d’éclaircissement.
La toxité du lactate et du carbamate d'’ammoniaque pour le rein paraît donc, ensomme, assez peu accusée.
6° Injections d'acide lactique. — Au cours de la cirrhose et du cancer du foie, von Jaksch et Rokitansky ont signalé l'augmentation, dans l'urine, des acides gras volatils (acides formique, butyrique, valérianique, propionique, acétique). Normalement, ils n’y existent qu'à l’état de traces. De mûme, chez des malades atteints d'atrophie aiguë du foie, Schultzen et Riess, Nencki et Sieber, A. Fränkel, Poore, Wirsing, von Noorden, ont noté l'apparition, dans l'urine, de l'acide lactique, qui y fait défaut normalement. Enfin Weintraud a trouvé uneassez grande quantité d'acide sarcolactique dans un cas de cirrhose avancée. Stadelmann, von Noorden ont observé des faits semblables. Minkowski et Marcuse ont vu également apparaître cet acide dans les urines, à la suite de l'extirpation du foie chez l'oiseau et la grenouille, et Zillessen après la ligature de l'artère hépatique.
Normalement, en effet, l'acide lactique, produit du travail musculaire, paraît être retenu et détruit par le foie (Minkowski). Quand le fonctionnement de cet organe est entravé, l'acide lactique s'accumule dans le sang. C’est pourquoi l’alcalinité de ce milieu a été trouvée un peu inférieure à la normale, dans certains cas de cirrhose avancée. D'autre part, Walter attribue à cette diminution de l'alealinité du sang l'augmentation de l'ammoniaque urinaire. Du moins, chez le chien, l'injection de petites doses d'un acide fort fait apparaître l’ammoniaque dans les urines en grande quantité.