QUATRIÈME PÉRIODE
La période comprenant la fin du règne de Louis XVI et la République ne nous laissera que peu de choses à dire sur la comédie. Au milieu des graves événements et des péripéties sanglantes de ces temps funestes, aurait-elle pu conserver aucuns traits de sa physionomie? Le théâtre ne semblait être alors qu'une sorte d'arène politique ouverte aux auteurs pour combattre les adversaires de la révolution et propager les principes républicains. Malheureusement l'amour de la patrie et la haine du despotisme n'étaient pas toujours les seuls sentimenls que Ton y exaltait; ou du moins, dans certains ouvrages,
io INFLUENCE DES MOEURS
ces sentiments mal compris et mal interprétés, loin d'exercer sur l'esprit du peuple une influence salutaire, tendaient plutôt à le corrompre. C'est ainsi que, dans une abominable pièce, la modération était tournée en ridicule, vilipendée, présentée même comme criminelle; et l'on insinuait que pour se montrer bon patriote, et faire acte de civisme, il fallait dénoncer au terrible tribunal tous ceux dont les opinions pouvaient être suspectées de tiédeur. Par une bizarrerie des plus étranges, à côté de ces monstruosités, on voyait représenter des comédies gracieuses et galantes: le Conciliateur, les Femmes, la Belle Fermière, etc. ; et d'autres beaucoup plus dignes d'intérêt, parmi lesquelles il faut surtout distinguer : le Pkilinte de Molière et le Vieux Célibataire. Ces ouvrages, on doit le supposer, avaient été conçus, sinon exécutés, antérieurement à la révolution. Dans tous les cas, comme les personnages et les mœurs qu'ils reproduisent appartiennent à un autre temps, nous ne croyons pas, malgré leur mérite, qu'il soit nécessaire de nous y arrêter*