ARNOLPHE
Mon pauvre petit bec, tu le peux si lu veux.
Écoute seulement ce soupir amoureux,
Vois ce regard mourant, contemple ma personne.
Et quitte ce morveux et l'amour qu'il te donne.
rj'\ 4? l'A C'est quelque sort qu'il faut qu'il ait jeté sur toi,
ht tu seras cent fois plus heureuse avec moi.
Ta forte passion est d'être brave et leste :
Tu le seras toujours, va, je te le proteste;
Sans cesse nuit et jour je te caresserai,
Je te bouchonuerai, baiserai, mangerai;
Tout comme lu voudras tu pourras te conduire :
Je ne m'explique pas, et cela, c'est tout dire.
Puis, comme honteux d'une si lâche condescendance, il dit à part :
Jusqu'où la passion peut-elle faire aller!
Si une semblable exclamation ne sort pas de la bouche du Misanthrope après avoir dit à Céli mène :
Efforcez- vous ici de paraître tidèle,
Et je m'efforcerai, moi, de vous croire telle ,
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on peut supposer qu'il la fait mentalement; et l'humiliant aveu de notre propre faiblesse, < n
SUR LE MISANTHROPE. m
attestant la violence de nos sentiments, indique assez le degré d'énergie qui doit les exprimer.
Au lieu donc, sous prétexte de rendre Alceste plus intéressant, d'affaiblir, par une diction déclamatoire ou sentimentale, la première partie, si passionnée, de cette admirable scène, que votre âme, au contraire, avec ses élans les plus impétueux, que votre voix, avec ses accents les plus mâles et les plus terribles, y fassent à la fois explosion; la nature du personnage et la situation où l'auteur l'a placé l'exigent également; c'est même le seul moyen d'arriver au grand effet comique de cette scène, effet que Fleury savait si bien produire lorsque, par une transition habilement préparée, il disait d'un ton radouci et presque en tremblant :
Non, non, sans s'emporter, prenez uu peu souci De me justifier le billet que voici.
J'ai dit qu'une sorte d'orgueil me paraissait être la base du caractère d'Alceste et la source
de ses travers : le portrait qu'en fait Célimène autoriserait cetle opinion. Elle lui trouve, en
effet, l'esprit négatif de ces orgueilleux qui, pour toujours avoir raison et plutôt que de se ranger à l'avis d'autrui, changent tout à coup de sentiments et combattent à outrance ceux qu'ils avaient précédemment défendus avec vigueur.
Mais, dira-t-on, Célimène est de sa nature mordante et satirique, et la malice, dans ses jugements, a peut-être plus de part que la raison et la justice. Non; elle excelle sans doute à saisir le côté ridicule des gens, mais avec cela l'on doit reconnaître que son esprit est plein de pénétral ion et de justesse, et lorsque la brillante coquette dessine avec des traits si caractéristiques tant d'originaux divers, depuis l'orgueilleux Adraste, « tout gonflé de l'amour de lui-même, » jusqu'au grand flandrin de vicomte, qui «passe trois « quarts d'heure durant à cracher dans un puits « pour faire des ronds, » ses portraits ont un tel air de vériié, que la ressemblance n'en paraît pas douteuse; et Ton voudrait pouvoir lui dire
avec Glitandre, mais en toute sincérité et non par galanterie :
Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.
Or, Yoici le portrait qu'elle fait du Misanthrope. « Pourquoi , dit Philinte à son ami , pourquoi « montrez- vous pour les gens qu'on vient dat- « taquer,
Un intérêt si grand?
Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend.