Elève d'Ulpien; il fleurit sous Alexandre
quoi qu'en dise Modestin, n'a été un lien de toute la vie que dès le jour où Jésus-Christ a apporté sa doctrine. Le jurisconsulte a beau parer sa définition d'une parole admirable, consortium omnis vitœl cette parole est menteuse. Nous avons vu le divorce la contredire à chaque instant. Chez les chrétiens, au contraire, le divorce est effacé de la loi. Dieu, dit TertuUien, a pu le permettre dans les anciens jours pour la multiplication de l'espèce ; mais désormais il est interdit L'humanité est appelée à de plus hautes destinées. Elle va entrer dans les voies d'une civilisation nouvelle, et elle doit laisser der-
1. c Repudium, quocl permissum aliquando, yam /?ro/«'het.:. Tum quia qiios Deus conjunxit, homo non separabit. Scilicet, ne contra Deum faclat. Solus enim ille separabit qui et conjunxit. Separabit autem non per duriûam repudii quam reprobat et compescit, sed per debitum mortis. » (Z)e Monogamia^ C. ix.) Il ajoute que celui qui épouse l'époux divorcé commet un adultère tout aussi bien que s'il avait avec lui un commerce illégitime, « In totum enim, s'we per nuptias, sive vulgo, alterius viri admissio adulterium pronuntietur. » Voy. aussi saint Jérôme, epist. ad Amandum,
rière elle les duretés de l'ancienne loi. Voilà ce que TertuUien répétait d'après l'Evangile, quelques années avant Modestin, et ce que les chrétiens pratiquaient avec ferveur malgré les licences de la loi civile. Ainsi s'organisait au sein de leur société un droit contre le droit.
On pourrait croire que lorsque le christianisme fut armé de la puissance séculière, il n'eut plus qu'un mot à prononcer pour promulguer dans les codes de l'empire les maximes de l'Evangile sur l'indissolubilité du mariage. Cependant ce mot ne fut pas dit : c'est que le monde temporel ne saurait être gouverné par les mêmes moyens qu'une société de spiritualistes dévoués. Les grandes révolutions morales ne s'opèrent pas par un coup de main. Un pouvoir sage ne les brusque pas ; il les prépare par des essais et des tentatives partielles. Je l'ai déjà dit plusieurs fois : nous assistons à une époque de transition plutôt qu'à une époque de révolution radicale. Le christianisme n'a pris pleine possession de
la société civile que dans le moyen âge, lorsque les vieilles races ont été rajeunies par le mélange d'hommes nouveaux. Avant ce temps, il a plutôt négocié et transigé avec elle qu'il ne l'a complètement dominée.
La politique de Constantin sur la répudiation en est une preuve éclatante. Quel qu'ait été son dévouement à la foi chrétienne, jamais il n'osa imposer à ses peuples, si divers d'origine, de religion, d'habitudes, la prohibition absolue du divorce. Il sentit qu'il y avait des âmes faibles , des esprits douteux qu'il ne fallait pas décourager ou éloigner par des principes trop sévères. Quand un pouvoir veut agir par voie de fusion, il doit s'adresser à toutes les consciences, et les ménager toutes par des tempéraments. L'Eglise, du reste, ne paraît pas avoir désapprouvé sa conduite. Contente, pour le moment, de maintenir dans l'ordre spirituel la pureté de ses doctrines, elle ne s'opposa pas à ce que le pouvoir temporel entrât dans un régime mixte, dans un système de concessions. Elle semble même
avoir été frappée des difficultés que rencontrait le pouvoir temporel ; car le concile d'Arles, tenu en 314, sous Constantin, incline lui-même à l'indulgence en faveur du mari jeune et pieux qui aura surpris sa femme en adultère. « De his qui conjuges suas in adulterio deprehendunt, et iidem sunt adolescentes fidèles et prohibe ntur nuhere^ plaçait^ UT, m QUANTUM POssiT, coiisiUuni eis detuPy ne i^içentibus uxoribus suis, licet adulteris^ alias accipiant^ . « Enfin, n'est-ce pas à ces difficultés qu'il faut attribuer et les hésitations de saint Augustin sur la peine à infliger à l'époux qui se remarie après avoir répudié sa femme pour adultère^, et la tolérance plus