M. Niebubr, t. I, p
4. DIajestas ^-'irorum était la locution consacrée (Valère Maxime, liv. II, c. i, n*^ 6. Tite-Live, XXXIV, 2), et ces mots contrastent avec ceux-ci : Imbecillitas mulierum et tentas animi, Gains, Instit., I, 144. Ulp. Fragm.^ XI, 1.
Outre les invectives cle Gaton contre les femmes, il
Il est donc vrai que cette éducation, faite à l'aide de tant d'entraves et de méfiances, n'amena qu'une réaction de licence et de corruption ! Je sais cependant tout ce qu'il y a à admirer dans la mère des Gracques et dans
faut voir ce qu'en dit, sous Tibère, Sévérus Cécina, qui proposait cle revenir à Tancienne discipline. Il appelle le sexe imbecïllïs, împar laboribus, sœvus, amb'itiosus. Il dit que toutes les fois qu'il y a eu des accusations de péculat, les femmes ont été plus coupables que leurs maris : plura uioribus objectari; que c'est à elles qu'on s'adresse pour corrompre; qu'il faut en revenir à la loi Oppia: quse Oppi'is quondam aU'isque le gibus constnctx; nunc, v'incUs exsolutis, domos, fora, jam et exercitus re gèrent, (Tacite, Jnnal.^ III, 33.)
Il est vrai que ces discours furent trouvés sans opportunité. Mais on ne niait pas, comme l'ont fait quelques érudits modernes, qui n'ont vu qu'un côté de la question, les sévérités des anciennes mœurs contre les femmes ; leur défenseur, Valérius Messalinus, disait : Multa duritïœ \>eterum nielius et lœtius mulata. (Tacite, Amud.^ III, 33, 34.)
Au reste, s'il est un point constant, c'est l'infériorité dans laquelle les femmes étaient placées par la religion et les constitutions politiques de toutes les nations antiques. M. de Maistre a écrit là-dessus de belles pages, et cite de frappantes autorités. [Eclaircissements sur les sacrifices, cbap. ii, p. 362 et suivantes. — Édition de 1836.) Jnnge novel. XXI de Justinien.
Porcie. Mais gardons-nous de prendre ces belles et nobles figures pour le type des femmes romaines. La conjuration des Bacchanales, les sourds complots contre la pudeur et la paix publique % les divorces indécents, les adultères audacieux^^ tout ce débordement de mauvaises mœurs dépeint par les philosophes, les historiens, les satiriques, et qui obligea Auguste à aller chercher dans des lois politiques un remède que ne donnaient plus les lois de la famille, ne sont-ce pas là des preuves plus véridiques de l'état général de la société^?
1. Voy. encore Yalère Maxime sur les empoisonnements des maris, liv. II, c. v, n° 3 (an k22). Cent soixante-dix femmes furent condamnées à mort pour ce crime. L'historien Appien nous apprend que, pendant les guerres civiles, plusieurs maris furent trahis et dénoncés par leurs épouses. (De bellis civ'dib., IV, 23.) Je doute que l'on puisse trouver de pareilles ahominations dans le cours de notre révolution.
2. Sous Tihère, un défenseur des femmes était obligé d'avouer qu'il y avait peu de mariages sans atteinte : v'ix prxsenti custodla manere illxsa conjugia. (Tacit., Annal. ^ III, 34.)
3. Pline raconte avoir vu LoUia portant à un souper près de quarante millions de sesterces de perles (lih. IX,
Mais revenons à la tutelle des femmes, et suivons la marche de ses dégradations.
Les personnes qui avaient sur la femme la puissance paternelle ou maritale pouvaient écarter la tutelle légale de l'agnat le plus proche, en donnant à la femme un tuteur testamentaire ^ On alla plus loin : des testaments permirent aux femmes de choisir
c. Lviii). Mais qu'est-ce que cela en comparaison des excès rappelés par Tacite? de ces spectacles de gladiateurs, où des femmes illustres venaient se donner en représentation : feminarum illustrium senatorunique plures per arenam fœdati sunt {Annal. ^ XV, 32); de ces fêtes infâmes, où des femmes illustres imitaient la débauche des prostituées dans des lupanaria dressés pour la circonstance : cre~ pidinibus stagni lupanaria adstabant, ilhistribus fennnis compléta {Annal., XV, 37); de ces raffinements d'immoralité, que l'historien ne veut raconter qu'une fois pour ne pas se répéter, ne sœpius, dit- il,, eadein prodigentia narranda s'int [Ann.y XV, 37) ; de ces femmes, qui se livraient aux esclaves avec une si grande fureur, qu'il fut nécessaire de proposer au sénat des châtiments contre elles (sous Claude, Tacit., Annal., XII, 53); de ces débordements qui éclataient avec tant de scandale, qu'il fallait des règlements pour les réprimer : Senatus decnetis libido feminarum coercita {id.^ II, 85) ? répression toujours vaine ! efforts toujours ipipuissants ! 1. Caius, I, l'iS et U9.
elles-mêmes le tuteur qu'elles voudraient ^ Quelquefois aussi une loi d'exception, voulant récompenser les services d'une Romaine, lui accordait ce privilège envié ^ Mais malheur à ce tuteur optif^\ Malheur aussi au tuteur testamentaire pris dans des rangs étrangers! Ce n'est pas lui qui exerçait l'autorité sur la femme, c'est la femme qui avait l'autorité sur lui ; ce n'est pas lui qui était le tuteur, c'était elle qui avait la tutelle, Cicéron nous a fait connaître cet empire de la, séduction, cette adresse féminine à échapper au frein des lois*. Ces tuteurs devinrent donc presque inutiles^ Leur com])laisance aurait dû les faire supprimer; c'est elle au contraire qui les sauva. Les femmes, qui les subjuguaient, s'en accommodèrent. Tous leurs ar-