‹ De l'influence du Christianisme sur le droit civil des romains, augmentée d'une table analytiqueChapitre 222 sur 226 · L. pénult., C. De leg'it. Jiœred. Junge iiovel, XXI · texte numérisé non relu

L. pénult., C. De leg'it. Jiœred. Junge iiovel, XXI

5. Dans sa dissertation De Justin. secuU moribus (Meermanii, t, III, p. 701, c. xxxii, p. 708).

35G DE l'influence du christianisme

faisait qu'exprimer une opinion individuelle. Malheureusement elle se rattache à un système fort en crédit dans une école qui s'est dite exclusivement classique, parce-qu'elle a pris à tâche de dénigrer un prince du Bas- Empire aux dépens des jurisconsultes du siècle des Antonins \ Cette école , qui a rendu, je le reconnais, de grands services à la littérature du droit, en a rendu de fort mauvais à sa philosophie; elle a fait de la jurisprudence de ce siècle (privilégié du reste par le grand nombre de ses hommes éminents) un type en dehors duquel il n'y a que décadence ; en sorte que, s'il fallait l'en croire, on mettrait volontiers le Code civil au-dessous

1. Le grand Cujas n'est pas tombé dans ces systématiques écarts; il a fait l'éloge de Tribonien sur la loi 1, C. Comm. de légat, et fîdei., etl. ult., C. de Jure dotium : (j Continet, dit-il en parlant de cette dernière loi, multa nova et perutilia. Tj'lbonianus sa/ie fuit majimus jurisconsultus, Hœc laus ci eripi non potest, idque monstrant leges quse ab eo editae sunt siib nomine Justiniani. Nam plenissimse sunt eruditionis et prudentise légitimée ! Quamobrem sum omnibus auctor, ut omnes Justiniani constitutiones perlegant , diligenlerque perscrutentur. »

sua LE DROIT CIVIL DES ROMAINS. 3 57

des Instilules de Caius. Quand cette école, empruntant à François Hotman quelques-unes de ses diatribes^, s'est adressée à la forme

1. Voyez son Anti-Tribonien ou Discours sur l'étude des lois. « C'est la rogiieure (dit-il en parlant des Pandectes), descoupure, et ramas de ces pièces bigarrées, prises et extraites des livres et escrits de ces derniers jurisconsultes gréco-latins... Or, dans tout ce ramas il ne nous a laissé aucuns traités ou discours entiers, ains seulement des propos rompus, mutilés, et recueillis par-ci, par-là..., sans aucune liaison et fil continuel de dispute... Ses propos s'entretiennent si mal et sont si tronçonnés et interrompus , qu'ils ressemblent plutôt à des coqs-a-Vasne^ etc., etc.. » (Chap. xii.)

Au surplus, je dois remarquer qu'Hotman a été beaucoup plus loin que l'école classique. Car si celle-ci dénigre Justinien et Tribonien, elle admire du moins les jurisconsultes du siècle des Antonins. Mais Hotman , dans son humeur chagrine , n'épargne personne. Son Jnti-Tribonien est une satire virulente qu'il composa en 1567 par le conseil du chancelier de l'Hôpital, pour détourner les esprits de l'étude du droit romain et les diriger vers les lois et les coutumes françaises. Hotman y déclare la guerre au droit romain tout entier ; il est le père des anti-romanistes. Africain, Javolenus, Modestin, Ulpien, ces noms vénérés de l'école classique, ne sont pour lui qu'un amas d'étrangers, Grecs, Syriens, Africains, « qui s^estant fourrés en la Jurisprudence ^ se sont principalement estudiés à pincer, mordre et reprendre les escarts des anciens... ^ et sont bien souvent si empêchés à déclarer

3j8 de l'influence du christianisme

que des Grecs malhabiles ont donnée au droit, son triomphe a été complet. Mais quand elle a passé de la forme au fond, et qu'elle a comparé, avec le même esprit de critique, les idées prises dans leur essence, ses aberrations ont été déplorables ^ Je le xlis avec conviction , cette école a été idolâtre

en bon latin ce qiiils veulent dire, qu'il faut souvent en suppléer la moitié^ » etc., etc. (Ch. xii.)

L'Anti-Tribonien a été écrit en français. La liaine d'Hotman pour Cujas l'a inspiré tout autant qne le d'ésir d'être agréable à l'Hôpital. C'est un livre curieux, que Gibbon regrettait, a'sec raison, de n'avoir pu se procurer (t. YIII, p. 181). Mais la verve piquante qui s'y fait remarquer ne peut servir d'excuse au défaut d'impartialité et d'intelligence historique de son auteur. Hctman , en tant qu'anti-tribonianiste, a eu cependant de nombreux partisans en Allemagne (Heinec, De secta Tr'ibon.^ t. III, p. 176).

1. Lorsque le président Favre, cet adversaire ardent de Tribonien, croit avoir surpris le conseiller de Justinien en flagrant délit d'interpolation, il s'écrie avec indignation ; ISovum Tr 'ibonîanl faclnus ! ! Entendons-nons cej^endant! Altérer les ouvrages des grands écrivains y tels que Papinien, Paul, Ulpien, est sans doute un attentat littéraire, et l'histoire du droit peut s'en trouver gênée. Mais puisqu'une méthode déploiable condamnait Tribonien à se servir de leurs fragments, ne fallait-il pas les mettre d'accord avec

de la forme ; elle a reculé de toute la distance qui sépare le christianisme du paganisme; elle a été coupable envers la philosophie qu'elle a sacrifiée à l'art, envers la science qu'elle a accusée d'avoir rétrogradé. J'en montre, je crois, un exemple frappant dans les écrits de Paganini. Quelle entreprise plus malheureuse que de s'engager à défendre théoriquement le privilège contre le droit commun ! Quelle thèse plus fausse que celle qui vient nous signaler <!omme en déclin, par rapport aux législations aristocratiques, une législation qui proclame l'égalité de tous! Quelle petitesse dans l'aperçu d'un écrivain qui s'évertue à expliquer, par la faiblesse d'un prince pour son épouse, non pas une loi capricieuse et passagère, mais la consécration d'un droit mûri depuis longtemps par les mœurs, et accepté désormais par les peuples les plus avancés en civilisa-

mie jurisprudence nouvelle, supérieure à celle dont ils avaient été les interprètes? Et ne vaut-il pas mieux, à ce point de vue, que les textes aient été moins purs et le droit plus équitable ?

îion ! Enfin, que dire de la fascination du savant qui épuise toutes les ressources de son érudition pour mettre Justinien en opposition avec la loi divine et chrétienne, alors même que Justinien n'a fait que réaliser les grandes vues du christianisme ?

Â. quoi tient cette étrange méprise? 4 un mal déjà ancien et signalé par notre savant confrère, M. Cousin, dans ses leçons de philosophie : c'est que le christianisme est trop peu étudié et trop peu compris^. C'est que la philosophie chrétienne, si claire, si simple, si entraînante, est cependant moins connue des lettrés et des gens du monde que celle de beaucoup de rêveurs de l'antiquité. Elle est toutefois la base de notre existence sociale ; elle alimente la racine de notre droit, et nous vivons plus encore par elle que par les idées échappées à la ruine du monde grec et du monde romain.

Si ce Mémoire , dont l'Académie a bien

Page 1