‹ De l'influence du Christianisme sur le droit civil des romains, augmentée d'une table analytiqueChapitre 26 sur 226 · Cic, 0^.,III, 16. — 2. Oyf.,III · texte numérisé non relu

Cic, 0^.,III, 16. — 2. Oyf.,III

animé. Bientôt les barques s'approchent, les pêcheurs descendent à terre et viennent en foule offrir à Pythius des poissons délicieux. Canius s'étonne, il admire : « Faut-il, dit son hôte, que cela vous surprenne ? tout le poisson de Syracuse vient de ce lieu; on ne pêche qu'ici, et ces braves gens ne peuvent se passer de cette maison. » Alors, Canius s'enflamme; il presse, il supplie le banquier de la lui vendre. Pythius résiste d'abord; il cède enfin. Canius paye tout ce qu'il lui demande et le marché est conclu.

Le lendemain^, le chevalier romain, voulant montrer à ses amis cette charmante retraite, les invite à y passer la journée. Dès le matin, il a les yeux fixés sur la mer pour voir arriver la joyeuse escadre ; mais le rivage est désert ; pas le plus petit esquif. « D'oii vient, demande-t-il à un voisin, que je n'aperçois pas de pêcheurs ? Célèbrent-ils aujourd'hui quelque fête ? — Non, que je sache ; mais jamais on ne pêche ici, et j'étais fort étonné du spectacle d'hier. » Voilà Canius furieux ; mais

que faire ? la vente était parfaite, et le droit civil, emprisonné dans le matérialisme de la lettre , ne connaissait pas encore de moyen de revenir contre une convention surprise par la plus insigne friponnerie \

M. de Maistre, toujours enclin à voir de la profondeur dans ce qui humilie la raison, ne nous permet pas de rire de cette étrange morale ; il veut même que nous l'admirions M Quant à moi, je ne me sens pas capable de ce

1. Noodt, dans son savant ouvrage de Form. emend. doll malif c. 5, soutient que, dans cette anecdote, Cicéron ne fait allusion qu'à un contrat stricti juris ; mais que, dans les contrats de bonne foi, le contrat était nul de plein droit pour cause de dol, même avant qu'Aquilius Gallus eût introduit la formule de dolo.

Cette interprétation ne me paraît pas admissible. Noodt a voulu plier le droit ancien des Romains au droit de l'époque classique. Vico a bien mieux compris que lui la différence des deux époques, Liv. II et IV, p. 208, 338, 339 (édition de 18^4). Il montre très-bien que, dans l'origine, la vente n'était pas ce qu'on a appelé depuis un contrat de bonne foi. Les comédies de Plante le prouvent par les faits.

2. Des délais de la justice d'mne^ note 4, p. 78. (Édit. de 1833.)

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sentiment pour un droit si esclave de la lettre et si rebelle à l'esprit ; droit orgueilleux en même temps, qui avait la prétention de pourvoir à tout, et n'avait pas l'intelligence des plus simples garanties dues à la bonne foi.

Les jurisconsultes comprirent cependant qu'il était impossible de rester plus longtemps captif dans ce cercle tout matériel, et leur génie philosophique s'éleva à l'idée d'une justice abstraite, supérieure aux mots. Aquilius, collègue et ami de Cicéron , publia ses formules contre le àoW Dès lors, la bonne foi commença à être comptée dans l'interprétation des conventions. Ici donc, comme dans la famille, comme dans la propriété, l'équité se posa à côté du droit civil.

J'arrête ici ces exemples d'une dualité naissante, qui vient tempérer tardivement la toutepuissance jalouse de l'institution aristocratique. Je pourrais les multiplier, mais ce serait me jeter dans des détails qui n'ajouteraient aucune force à ces traits significatifs.

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