‹ De l'influence du Christianisme sur le droit civil des romains, augmentée d'une table analytiqueChapitre 28 sur 226 · Tantum relligio potult suadere malorum · texte numérisé non relu

Tantum relligio potult suadere malorum

(LUCRKCE, liv. I, V. 102.)

les ancêtres. C'est en vain que le stoïcisme* opposait à l'indifférence voluptueuse des sceptiques ses maximes austères, ses principes élevés, dernier rempart de la république qui s'écroulait, dernier refuge des grandes âmes découragées. Mais le stoïcisme n'était luimême qu'un instrument d'opposition ajouté à l'opposition qui était partout. En luttant contre la tyrannie politique qui se substituait à l'ancienne constitution romaine, il exaltait la liberté de l'homme^ et le poussait dans les voies de la résistance jusqu'à l'extrémité fatale du suicide; il lui apprenait à se dégager des liens terrestres pour franchir les limites du fini, La philosophie stoïcienne inclinait d'ailleurs vers le spiritualisme, doctrine si consolante et si nécessaire, surtout dans les grands revers politiques; mais doctrine aussi qui tranchait si fortement avec la superstition

1. Le stoïcisme eut pour premier représentant à Rome Pansetius, ami de Polybe et de Seipion l'Africain. (Voy Mém. de V Acad. des inscript. ^ 1736, t. X, p. 75-88 ; méai. de M. l'abbé Sevin).

des formes matérielles sur lesquelles reposait tout rédifice religieux et politique de la république. Quand le stoïcien niait la douleur sur son lit de souffrance, quelle plus ardente négation du sensualisme , quelle plus fière protestation de l'esprit contre la matière! Et lorsqu'il s'excitait à la mort volontaire par la contemplation de l'immortalité de l'âme * , quelle révolte plus terrible contre le matérialisme que celle qui ne supporte pas même les chaînes de la vie !

Entre ces deux sectes se plaçait une classe nombreuse de penseurs, que j'appellerais éclectiques, si je ne craignais de commettre un anachronisme dans rexpression, et dont Cicéron fut le représentant le plus éloquent et le plus illustre. Une sympathie qui éclate partout l'attachait à la philosophie de Platon ; il aimait à s'élever avec lui, sur les ailes de l'intelligence, vers les régions sublimes de Tidéalismc et de la pensée abstraite. Mais il tempé-

1. Caton d'Utique se donna la mort après avoir lu le dialogue de Platon sur l'immortalité de l'àme.

rait ses rêves brillants tantôt par la méthode plus expérimentale d'Aristote, tantôt par les doctrines plus positives et plus austères du Portique. C'est dans cet esprit qu'il composa et son admirable traité des Deçoirs^ livre si sage et si beau qu'il ne pouvait être dépassé que par TEvangile, et ses traités de la Divination et de la Nature des dieux^ chefs-d'œuvre d'une philosophie si pure qu'ils méritèrent l'honneur d'être brûlés^ .par les ordres de Dioclétien, avec les livres de la piété chrétienne*. Cicéron était, par sa position politique, ce que nous appellerions aujourd'hui un conservateur. Mais sa préférence pour l'ordre existant n'était pas aveugle ; elle s'alliait quelquefois à de grandes hardiesses de critique. Lui qui avait été augure (et peut-être même parce qu'il l'avait été), il fît une satire ingénieuse de la science étrusque de la divination ^ Magistrat, jurisconsulte, il tourna en ridicule, avec cette grâce enjouée et pi-

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