Instit. de Just., de Uhertinis
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avaient pris d'autres directions. Le titre de citoyen romain, dépouillé de son éclat et prodigué à tous les sujets de l'empire, n'avait plus d'intérêt à se défendre derrière des barrières et des exclusions. La population décroissait; il fallait combler les vides des cités, et recruter des hommes libres partout où on le pouvait. D'ailleurs le christianisme parlait vivement à la conscience en faveur de la liberté*, et les facilités données par Constantin pour les manumissions favorisaient cet élan^ Toutefois, les restrictions sur le droit d'affranchir par testament subsistèrent jusqu'à Justinien. Mais leur valeur était plus nominale que réelle. L'idée qui les avait dictées sous
1. On peut voir un exemple qui, quoique postérieur à Constantin, ne laisse pas que de montrer l'esprit du christianisme. (Vie de saint Bavon, ermite, § 10. Act. SS. ord. S. Bened., t. II, p. 400).
2. Godefroy fait très-bien remarquer que les consititutions de Constantin eurent spécialement pour but de rendre plus facile l'obtention de la liberté pleine et entière et des droits de cité. (T. l, p. 397, 398, sur le Code Theod., de manumiss. in Eccles.)
Auguste avait sans doute atteint son but, lani que l'intérêt prive lui avait servi d'auxiliaire, tant que l'esprit de conservation et l'amour de la puissance dominicale demeuraient des garants suffisants que le maître se dépouillerait pendant sa vie avec beaucoup plus de difficultés qu'après sa mort. Mais cette conception était sapée dans sa base, dès l'instant que les convictions religieuses, dominant la question d'intérêt particulier, poussaient les propriétaires à accomplir entre- vifs le vœu d'humanité qui n'éprouvait d'obstacle que dans les testaments. Aussi Justinien n'eut-il qu'à faire passer dans les lois ce qui déjà était fort avancé dans les mœurs^ en ouvrant aux testaments la même carrière de liberté qu'aux affranchissements entre-vifs*. Ce fut aussi ce prince qui abrogea, dans le corps des lois romaines, les distinctions entre les véritables affranchis, les Latins juniens et les déditices, distinctions effacées de fait dans les
1. De lege Fiisia Canbiia tollenda^ au C. Voyez aussi les Institutes, même titre.
habitudes de la vie sociale \ La liberté pleine et entière fut la conséquence nécessaire de toutes les manumissions, et Juslinien rendit les moyens d'affranchissement encore plus faciles et plus nombreux^.
Au surplus, le temps n'était pas encore venu où l'affranchissement général des esclaves devait faire disparaître la dure propriété de l'homme sur l'homme. Souvent l'on voyait la liberté malheureuse renoncer à elle-même, et courir spontanément au-devant de la servitude^! C'est l'époque féodale qui, bien plus tard, a eu l'éternel honneur d'avoir rendu à la liberté les classes inférieures courbées sous le joug de l'esclavage. Pour arriver à ce grand résultat, il a fallu que le christianisme,
1. Il dit de la liberté déditice : qido nec în usii esse reperimus... vanum uomen ; L. unie, C. de dédit, libert. îoUenda. Et des Latins : Latinorum vero nomen non frequentatur ; Inst., de libertinis^ g 3. Voy. aussi le tit. du C. de latîna llh. toll,