EXPURGATION DE LA LITTÉRATURE PROFANE
Paganisme littéraire , hostilité contre le clergé, immoralité des auteurs profanes. Mesures prises par l’Eglise : les Index ; comment la préoccupation de rétablir l’honneur du corps ecclésiastique fit négliger , dans l’expurgation des textes , les intérêts de la décence. Editions censément épurées de Bandello , de Merlin Coccaïe , de Boccace , de Boni, de Straparola. Editions spiritualisées de Pétrarque et d’Anoste.
L’éloquence était d’autant plus nécessaire au clergé italien pour ramener les âmes à la ferveur, que la littérature profane, si brillante et si populaire, le lui disputait. Le protestantisme comptait, il est vrai, trop peu d’adhérents dans la Péninsule pour que les poèmes ou les romans fussent imbus de son esprit. La littérature d’un peuple ressemble
aux assemblées politiques où les minorités trop in» fîmes ne peuvent se faire représenter. Mais la Renaissance , qui, en Allemagne, avait produit la Réforme 5 c’est-à-dire la prétention de ramener le christianisme primitif, avait failli, en Italie, restaurer le paganisme. Sans descendre aux Catacombes avec Pomponio Leti pour y offrir des sacrifices à Jupiter Très-Bon et Très-Grand, les écrivains se détachaient de la tradition chrétienne. Leur Dieu n’était plus le sombre vengeur invoqué par Dante, le consolateur de Pétrarque qui réunit les âmes après les avoir épurées dans la souffrance et séparées par la mort : c’était l’Art. Indifférence pour les idées morales, culte de la perfection littéraire, en ces deux points se résumait la religion de l’Arioste (I). D’autre part la littérature de l’Italie, comme celles de toutes les nations modernes, avait contracté dès sa naissance, et à une époque où la foi régnait sans partage, l’habitude d’une licence que les esprits supérieurs s’appliquaient plutôt à affiner qu’à corriger. Enfin de funestes doctrines dominaient la littérature sérieuse elle-même : le malheur de l’Italie avait voulu que son premier penseur profond, le premier qui, depuis Polybe, eût fortement médité sur l’histoire et la politique,
(1) V. M. Franc. De Sanctis , Storia délia letteratura italiana, 2e édition. Naples, 1873. 2e vol., ch. 13.
s’appelât Machiavel; Futilité de l’hypocrisie et de la mauvaise foi n’avait jamais été présentée avec tant de génie et de sang-froid. Aussi Machiavel faisait-il école.
Comment la cour de Rome essaya- t-elle, à la fin du seizième siècle, de redresser ces dérèglements de pensée qui allaient à la destruction, non point du dogme catholique, mais de l’esprit chrétien et de la morale privée ou publique? Certes, elle ne s’enflamma point contre ces abus de la généreuse colère qui avait inspiré dans Florence la triomphante, mais éphémère prédication de Savonarole. Son zèle était de trop fraîche date, ses habitudes de prudence, de procédure administrative trop invétérées. Elle attaqua plutôt les effets que les causes; elle flétrit les mauvais livres plutôt quelle ne réfuta les doctrines immorales. On ne voit point, en effet, le clergé italien provoquer pour la réforme de la littérature générale des écrits analogues à ceux qu’il encourageait pour la réforme de l’éloquence religieuse. Je ne trouve guère, dans cet ordre d’idées, qu’une dissertation latine que Possevino a insérée dans sa Bibliotheca selecta( Rome, 1 593) sous ce titre : Tractatus depoesi et pictura ethnica , humana et fabulosa , collata cum vera , honesta et sacra, et un traité, en latin également, de Lorenzo Gambara (1),
(1) Je ne connais ce traité que par Baillet ( Jugements des savants ),
sur les moyens de rendre la poésie parfaite , où Fauteur exige que les poètes s’interdisent les vers lascifs et tout ce qui sent la Fable ou le culte des fausses divinités (1). Sur ce dernier point, de l’emploi courant de la mythologie, Rome montra même moins de décision que quelques-uns de ses amis ne paraissaient en attendre. On comprit au Vatican que, si le style mythologique était le signe le plus apparent du retour de l’esprit païen, c’en était aussi le symptôme le plus inoffensif. Les censeurs officiels ou officieux le notèrent donc comme malséant (2). Mais Rome eut le bon sens de ne pas s’alarmer outre mesure d’une phraséologie que l’usage autorisait ; elle sut distinguer entre les croyances païennes qui se rattachaient à des systèmes philosophiques contraires à ses dogmes et de simples formules poétiques; aussi, tandis que, par crainte du fatalisme, elle défendit assez rigoureusement d’appeler la Providence du nom païen
cité par la Nouv, Biog. gén. au mot Gambara , qui dit qu'il parut à Rome. 1586, in-8.
(1) Malheureusement, avant le précepte, Gambara avait voulu donner l'exemple; de là son insipide essai de poésies chrétiennes, Rerum sacrarum liber , qui suggéra à Muret le distique énergique retrouvé par Sirmond.
(2) Une des règles de l’Index librorum prohibitorum de Clément VIII porte : Ea quoque aboleantur quæ paganismum redolent. Voir aussi les observations sur des ouvrages de Sigone dans le ms. 3455 Vat., parte seconda, et une lettre du ms. 6192 Vat., II, 640. V. aussi notre thèse sür Muret, p. 246.
de Fortune, elle passa aux versificateurs la ressource d’invoquer les Muses, et au clergé, comme aux simples fidèles, la consolation de jurer per Bacco! Elle se garda surtout de l’excès des réformateurs catholiques de notre siècle qui rêvèrent un instant de proscrire des collèges l’étude des auteurs anciens. Silvio Antoniani, qui mourut cardinal, approuve, comme saint Basile, l’emploi de la littérature païenne dans l’éducation de la jeunesse (1).
Quant aux doctrines véritablement dangereuses, si Rome s’attacha peu à y opposer, dans des traités en règle, les principes qui doivent inspirer la littérature chrétienne, elle prit à partie les ouvrages qui professaient des principes corrupteurs. Machiavel fut inscrit un des premiers parmi les auteurs dont elle défend absolument la lecture : dès 1559, il figure dans ses Index, et cette condamnation suscite aussitôt des réfutations plus ou moins intelligentes des théories du Prince (%). Point d’auteur dont Rome prohibe plus rigoureusement le commerce : le baron de Fucariis, ambassadeur impérial à Venise, demande inutilement une
(1) Dell1 2 Educazione cristiana e politiça. Cet ouvrage estimable a été réimprimé de nos jours (Florence, 1852). Nous l'analyserons à l’appendice B.
(2) V. Macchiaveüi e i suoi tempi , par M. Pasquale Villari. 3 vol. publiés de 1877 à 1882.
exception en sa faveur , et un certain César de Pisè, qui a gardé par-devers lui des ouvrages de Machiavel et de Bodin, subit la torture (1). Un instant, on put croire qu’elle allait en autoriser une édition corrigée, mais elle exigeait non seulement qu’on supprimât le nom de l’auteur, mais qu’on le remplaçât par quelque autre, condition que les parents de Machiavel, chargés par elle de la reviser, ne voulurent pas accepter (2). Dans la seconde moitié du dix-septième siècle, le P. Segneri anathématisait encore, du haut de la chaire, la théorie de la raison d’Etat. On a dit , à la vérité, que, si les jésuites combattaient Machiavel , c’était par jalousie de métier; mais ce jugement me paraît plus spirituel qu’équitable; en admettant d’ailleurs que les dénonciateurs de Machiavel aient fait parfois leur profit de ses conseils, leurs réfutations enhardissaient la conscience des honnêtes gens ; car ils ne condamnaient pas seulement chez lui, comme on l’a dit à tort, la tentation d’émanciper l’Etat de la tutelle de l’Eglise, mais aussi les principes d’une politique sans foi ; on trouve, en effet,
(1) V. une décision du pape du 5 août 1610 et un procès de la même année dans le manuscrit 2532 du fonds Ottoboni à la Va ticane , p. 88 recto et verso. V. aussi une lettre de Cl. Estiennot, procureur général de la Congrégation de Saint-Maur à Rome, du 23 décembre 1684, p. 46 du Ier vol. de la Corresp. inéd. de Mabillon et Mont faucon avec V Italie, publiée par M. Rathery.
(2) V. M. Pasquale Villari, op. cit., p. 412, note l.
ces deux griefs nettement distingués dans Possevino (1). Ce n’était pas non plus l’émancipation de l’autorité séculière que l’évêque Bandello, qui, par malheur, accordait probablement à la Mandragore l’indulgence qu’il refusait au Prince , reprochait à Machiavel, quand il le blâmait fortement d’avoir soutenu qu’un homme qui fait le mal peut obtenir du monde le titre des vertus qu’il n’a pas, et quand il s’écriait qu’on pourrait bien appeler un scélérat roi de toute scélératesse , mais non honorablement scélérat (2). De nos jours , on a de plus reproché en Italie, à ces censeurs, de ne point avoir rendu justice au patriotisme de Machiavel, de ne point avoir compris qu’il proposait la seule politique qui pût alors conduire la nation à l’indépendance. Mais la pureté des intentions de Machiavel n’ôtait pas à l’Eglise le droit de condamner les criminels moyens qu’il proposait; et quant à l’efficacité de sa politique, nous sommes de ceux qui croient que la fin misérable de César Borgia et les règnes sans gloire
(1) De apparatu ad omnium gentium historiam ordine legendam , inteMigendam, interpretandam, scribendam, et ad usum adhibendam. Sectio IV*, cap. V. Ce traité fait partie de la Bibliotheca selecta de Possevino. Des termes dans lesquels Possevino renvoie quelque part au Prince ; on a conclu qu’il ne l’avait pas lu; il eût peut-être fallu se borner à dire qu’il citait de mémoire ;'en tout cas, il connaît l’esprit du livre.
(2) Novelle , parte terza , nov. 55e. Nous reviendrons un peu plus bas sur ces Nouvelles.
des souverains italiens qui l’adoptèrent à l’envi permettent d’en douter. Oui, l’habileté est indispensable au politique; mais s’il n’a pas l’âme noble, si ceux qui l’approchent n’ont point foi en lui, comment excitera-t-il l’enthousiasme qui dispose aux sacrifices et fortifie contre les revers? Or, le machiavélisme tue l’enthousiasme. L’histoire prouve, au contraire, que la régénération de l’Italie n’a commencé que le jour où ses meilleurs esprits, sous la conduite de Beccaria et de Filangieri , ont quitté l’école de Machiavel pour une école plus généreuse, plus soucieuse du droit et de la justice; et sinotre siècle a vu enfin l’affranchissement de l’Italie, elle le doit à l’estime qu’inspirèrent au monde le gouvernement du roi galant homme et une génération nourrie dans les principes loyaux d’un Silvio Pellico et d’un Manzoni.
Mais c’est surtout la conduite de Rome à l’égard des écrits licencieux que nous voulons examiner. Grossière ou spirituelle, l’inimaginable indécence des conteurs menaçait la morale d’un péril encore plus grand que les doctrines de Machiavel ou le retour au culte de Jupiter. L’attrait corrupteur des poésies lascives, des Nouvelles effrontées s’adressait, en effet, à toutes les conditions, à tous les âges; il développait chez les jeunes gens, entretenait chez les hommes faits, réveillait chez les
vieillards l’instinct de la débauche. f Nul devoir ne s’imposait donc plus impérieusement à l’Eglise que celui de combattre les auteurs qui prostituaient leur talent; elle ne pouvait rendre à l’humanité un service plus précieux que celui de ramener la pudeur parmi les écrivains qui, en amusant la foule, s’ouvrent le chemin de son cœur et y font pénétrer à leur gré le goût du vice ou le respect de la vertu.
Préparons-nous pourtant à quelque surprise.
En principe, l’Eglise romaine se prononça nettement ; dans la dix-huitième session du concile de Trente, où l’on décida la rédaction d’un Index des livres défendus, il fut entendu qu’on y mettrait les livres immoraux comme les traités hérétiques (1), et dans les Règles arrêtées par le Concile et promulguées par Pie IV, touchant les devoirs des censeurs (2), on lit : « Libri qui res lascivas sive obscœnas ex professo tractant , narrant aut docent , quum non solum fidei sed et morum qui hujusmodi librorum lectione facile corrumpi soient , ratio habenda sit , omnino prohibentur , et qui eos habuerint severe ab episcopis puniantur . a En conséquence, elle résolut de combattre la lecture des livres immoraux en les inscrivant dans ses Index au même titre que les ouvrages des hérétiques ou de ne les permettre
(1) Collection des Conciles des PP. Phil. Labbe et Gab. Cossart , 14e vol. Paris, 1672, colonne 841.
(2) Ibid., colonnes 952-956.
qu’après que des corrections surveillées par elle en auraient effacé les passages dangereux pour les mœurs.
Ne déclamons pas ici contre son intolérance. Un théologien qui propose d’interpréter l’Evangile autrement que Rome ne l’entend , un philosophe qui explique à sa manière l’origine des choses peuvent invoquer la liberté de la pensée : l’écrivain qui fait profession d’effronterie n’en a pas le droit. Invoquera-t-il le privilège du talent? Mais parce qu’il possède l’art de vaincre les dégoûts des lecteurs délicats pour le grossier appât des peintures obscènes, faut-il désarmer la morale publique et lui permettre d’énerver, par de malsaines émotions, des milliers de compatriotes! Qui calculera le mal qu’un livre comme le Décameron a fait à l’Italie? On peut en croire le premier qui ait dénoncé l’ouvrage et qui n’esl autre que Boccace lui-même. Dans une lettre latine, Boccace déclare l’avoir écrit dans sa jeunesse et pour obéir à un ordre ; il y conjure les pères de famille de ne pas le laisser lire, par respect pour son honneur , par pitié pour ses larmes , et, probablement, il en détruisit tous les exemplaires qu’il put retrouver (1). L’Eglise avait donc le droit, puisque les gouvernements se reposaient
(t) V., au 3e vol. des Opéré de Ugo Foscolo, le Discorso storico sul testo del Decameron.
alors sur elle de tout ce qui touchait aux mœurs publiques, de supprimer ou d’expurger les ouvrages dont les auteurs, s’ils les composaient de nos jours, comparaîtraient certainement devant les tribunaux.
On pourrait craindre seulement qu’elle n’ait exercé son office de censure dans un esprit trop pudibond ; mais qu’on se rassure! Les personnes trop promptes à s’alarmer en pareille matière ne prévalurent point alors dans l’Eglise. On a plaint le Tasse pour les obsessions que lui firent subir les pieux prélats qu’il consulta sur sa Jérusalem délivrée (1); mais, en somme, ces correcteurs entendirent raison, et le Tasse les contenta en supprimant quelques expressions un peu vives dans l’épisode d’Armide et en retouchant celui d’Olinde et de Sofronie, de telle manière que, selon son expression, il plût davantage auxThéatins sans perdre de ses grâces (%). Si, plus tard, il conçut le malheureux projet de refaire son poème, s’il supprima tout à fait l’épisode d’Olinde et de Sofronie, on a eu raison de dire qu’il céda bien plutôt à des con-
(1) V. Torquato Tasso e la vita italiana nel secolo XVI , par M. Pier Leop. Cecchi. Florence, 1877, p. 152-160.
(2) Vita di Torq. Tasso, par Serassi, édition de M. Guasti, Ier vol., p. 268-272. La légende des persécutions du Tasse et l’exagération du langage de ses admirateurs ont fini par impatienter la critique italienne. V. un intéressant article de M. Francesco d’Ovidio dans le Fanfulla délia Domenica du 19 février 1882.
sidérations littéraires qu’à des scrupules religieux, puisque, dans sa Jérusalem conquise , dédiée pourtant non plus à la maison d’Este, mais à un prince de l’Eglise, le cardinal Cintio Aldovrandini, neveu de Clément VIII, il conserva textuellement les descriptions les plus passionnées (1). Une autre preuve de la modération que l’Eglise comptait apporter dans la guerre à la littérature licencieuse , c’est qu’elle excepta formellement de la proscription les classiques anciens qui avaient l’excuse du paganisme ; elle n’en voulut pas priver les érudits, à condition que nul professeur ne commenterait en chaire les passages malhonnêtes (2).
Ce fut, au contraire, par excès d’indulgence qu’on pécha : une préoccupation, d’ailleurs légitime, fit négliger le noble projet du Concile au point que certains se sont demandé si l’annonce de ce dessein n’avait point servi à masquer une intention différente. Les auteurs licencieux, à qui l’on en voulait, esprits libres et caustiques pour la plupart,
(1) V. la description des beautés visibles et secrètes d’Armide { Gerusalemme liberata , 4e ch., 31e octave, et Gerusalemme conquistata , 5e ch., 33e octave); le récit de la naissance de son amour ( Gerus . lib 14e ch., et Gerus. conq., 12e ch.); celui des plaisirs qu'elle goûte avec son amant (Gerus. lib., 16e ch., et Gerus. conq., 13e ch.).
(2) Les Pères du Concile de Trente, après avoir proscrit les ouvrages licencieux, avaient fait cette réserve : « Antiqui vero ab Ethnicis conscripti, propter sermonis elegantiam et proprietatem permittuntur ; nulla tamen ratione pueris prælegendi erunt. » Sur ces règles, v. ci-dessus.
s’étaient égayés aussi aux dépens de maintes croyances, de maintes cérémonies pieuses; surtout, ils avaient trouvé piquant de venger, à leurs heures, la morale en publiant les fraudes de ses défenseurs naturels : rien ne mettait mieux en verve leur malice que les désordres du clergé. Rappelons seulement l’ironie sanglante de la nouvelle deBoccace, où un juif, qui hésitait à se convertir, abjure enfin après un voyage à Rome, déclarant qu’il faut bien tenir pour divine une religion qui subsiste malgré l’impudente corruption de ses prêtres. L’Eglise en souffrait d’autant plus que les scandales trop avérés de beaucoup de ses membres avaient provoqué l’anathème de la littérature sérieuse en même temps que les brocards de la littérature légère : encore si, parmi les hommes dont le caractère accréditait la parole, des théologiens seuls eussent flétri ces désordres , un peu de patience aurait suffi ; l’emploi du latin tenait la foule à distance des écrits des d’Ailly,desClémengis, et le style scolastique commençait à en dégoûter les savants; mais le Dante, mais Pétrarque avaient stigmatisé Y impie Babylone dans des vers immortels que l’Italie répétait par cœur. L’Eglise résolut donc de poursuivre simultanément les outrages envers la morale et les atteintes à sa propre considération. Cette résolution, que l’on comprend d’autant mieux qu’elle voulait sérieusement se réformer, ce dessein dont l’exécu-
tion paraît si aisée, entraîna en fait de singulières conséquences : rédacteurs d’index, correcteurs officiels ou officieux de la littérature profane, presque tous oublièrent les intérêts de la morale pour ne songer qu’à rétablir l’honneur du corps ecclésiastique.
Exposons d’abord les faits : nous les expliquerons ensuite.
On est frappé, quand on parcourt les listes d’ouvrages défendus publiées au seizième siècle par la congrégation de l’Index, de l’inégalité des traitements appliqués aux auteurs licencieux. Le Deçà méron y figure, et aussi, disons-le hautement, des livres dont la morale et non l’intérêt particulier de l’Eglise demandait la condamnation : les Priapées , faussement attribuées à Virgile, les romans d’Ogier, les vers de l’Arétin ; en frappant ces derniers ouvrages, l’Eglise prouvait qu’elle voulait sincèrement punir l’obscénité. Mais en même temps, que d’incompréhensibles omissions! On y chercherait en vain, je ne dis pas seulement le Roland Furieux, poème fort peu moral, mais où peu de passages sont franchement licencieux (1), mais les écrivains
(t) Le gouvernement pontifical avait fait détruire la plus grande partie des exemplaires de l'édition publiée à Rome en 1543 (M. Giuseppe Jacopo Ferrazzi, Bibliografia ariostesca , Bassano, typog. Santé Pozzato, 1881) ; mais qu'importe, puisqu’il laissait réimprimer partout le poème? En 1667, Arioste fut inscrit dans l’Index, mais seulement pour ses satires.
les plus effrontés du temps, Straparola (1), Parabosco, Bandello, Firenzuola. Il est vrai que les deux derniers appartenaient à l’Eglise ; c’étaient des moines, et Bandello porta même la mitre : il mourut évêque d’Agen ; mais il semble que la congrégation de l’Index n’en devait frapper que plus sévèrement ces religieux, dont l’un ne paraissait pouvoir être vaincu en obscénité que par l’autre, comme le dit Settembrini dans son style énergique : « Bandello vous montre du doigt l’obscénité, rit et passe; Firenzuola s’y enfonce, s’y met à l’aise. Dans le premier, il y a un homme corrompu, mais un homme ; dans le deuxième, il y a un eunuque (2). )) Enfin, Berni, qu’on avait mis dans l’Index de 1559 et qui avait tous les titres pour y rester (3), en fut retiré presque aussitôt.
On nous dira qu’on publia des éditions expurgées de plusieurs des ouvrages auxquels l’Index faisait la faveur de les oublier. Cela est vrai ; de plus, de sages instructions essayèrent d’empêcher qu’on ne pût
(1) Straparola finit par y être mis, mais seulement en vertu d’un décret du 16 décembre 1605.
(2) Lezioni di letteratura italiana (1875), II, p. 132. Pourtant, Settembrini a tort d’appeler Bandello un homme corrompu. Nous reviendrons sur ce point.
(3) M. Ant. Virgili, dans son livre sur Berni (Firenze, successori Le Monnier, 1881), dit qu’en refaisant V Orlando inamorato de Bojardo, Berni a diminué et non pas, comme l’affirmait Settembrini, augmenté l’obscénité de son modèle ; mais il ne conteste pas que Berni ait composé des poésies obscènes.
taxer les hommes chargés de ce travail d’ignorance ou d’arbitraire (1), si l’on en juge par les Règles qu’on lit dans 1 Index de Clément VIII, qui ordonnent que les reviseurs soient toujours pris parmi les hommes distingués par leur science et leur piété , qu’en général l’expurgation d’un livre soit confiée à trois personnes (nombre qu’on accroîtra ou réduira d’ailleurs suivant la nature de l'ouvrage), et qui commandent formellement de supprimer les passages lascifs qui peuvent corrompre les bonnes mœurs. Mais, ici encore, comment exécuta-t-on un si honorable projet?
Je ne m’arrêterai point sur certaines éditions qui peuvent avoir été tronquées, mais que les éditeurs n’avaient peut-être pas l’intention d’expurger. On a dit, par exemple, que Girolamo Ruscelli avait, dans son édition du Roland furieux (1556), retranché quelques strophes déshonnêtes; que, si dans l’édition du même poème, qui parut à Venise en 1584, la planche du trente-troisième chant est reproduite en tête du trente-quatrième, c’est parce que l’Inquisition n’avait pas voulu permettre qu’on représentât le voyage dans la lune de saint Jean- Baptiste en compagnie d’Astolphe (2): je n’ai point confronté vers par vers le texte de Ruscelli avec
(1) Sur les plaintes qu'avait provoque'es l'insuffisante capacité de certains reviseurs, v. ci-dessus, chap. 1, § 2.
(2) V. la Bibliografia ariostesca de M. Gius. Jac. Ferrazzi.
celui des éditions antérieures, mais comme je vois qu’il conserve le récit des entreprises de Termite au chant VIII, octave 48 et suivantes, et les railleries contre les couvents au chant XIV, octave 79 et suivantes, je doute de l’intention qu’on lui prête; pour l’édition de 1584, où nous verrons plus loin qu’en outre on n’a point, dans une certaine planche, imité la licence de l’édition précitée, l’Inquisition n’en a probablement pas surveillé le texte, car on y lit les impuretés et les malices conservées par Ruscelli (1).
Passons donc aux éditions qui promettent formellement un texte expurgé.
En 1560 , un certain Âscanio Centorio degli Ortensi, qui avait fait la guerre et composé des Rime amorose , des écrits sur l’art militaire et l’histoire, publia à Milan une recension expurgée des Nouvelles de Bandello, dont il dédia le premier volume à Giovanni Antonio Serbelloni, cardinal de Saint- Georges. Voilà certes un patronage propre à donner confiance au chaste lecteur ! On éprouve pourtant quelque inquiétude en lisant, dans la dédicace au cardinal, un éloge sans réserve de Boccace, qui a emporté le prix et conserve V honneur de bien conter ; „
(1) On verra, dans la préface de M. Anat. de Montaiglon, pour la réimpression d’une vieille traduction des Facéties du Pogge (Paris, 1878, p. iv, etc.), une des causes pour lesquelles des éditions non expurgées sont incomplètes.
mais on entend l’éditeur affirmer qu’il a choisi dans Bandello les Nouvelles qui lui 'paraissaient dignes et laissé les indignes de côté; on se rassure, mais pour peu de temps; car à peine s’est-on aventuré au milieu de récits quelquefois amusants, toujours verbeux, que l’on tombe sur des peintures où la licence s’étale avec moins de complaisance peut-être que chez Firenzuola, mais certainement avec plus d’insistance que chez Boccace; en effet, le narrateur traite si consciencieusement les sujets graveleux, qu’il n’oublie aucun trait dans ses descriptions, et tire de chaque quiproquo toutes les équivoques obscènes qu’il peut amener. Bref, le lecteur se demande si Centorio degli Ortensi n’aurait pas aggravé, dans une amplification effrontée, la licence de Bandello, sous prétexte de la corriger. Mais non : vérification faite, cette obscénité prolixe appartient bien au prélat; Centorio se borne à la reproduire textuellement. Sur quoi donc porte sa révision ? D’abord il supprime des préambules, par exemple celui de la quinzième Nouvelle de son troisième volume ; il supprime les lettres d’envoi dont chacun des récits de Bandello était précédé et qui contenaient souvent des détails fort intéressants pour l’histoire. Mais nous verrions presque là une concession à l’impatience des amateurs de pornographie . Aussi , Centorio ne s’en tient-il pas à ces suppressions. S’il conserve intégralement les narrations de Ban-
dello (1), il efface quelques hasardeuses déclarations de principes : ainsi, il ne laisse plus Bandello affirmer que la jeune femme qui a certains griefs contre un vieux mari fait mal, sans doute, si elle le trompe, mais que son péché est digne, ce semble , de compassion et de pardon, et que les plus coupables sont les parents, le vieux mari surtout, qui mérite* rait d'être mis en prison et presque en croix (%) ; dans la même Nouvelle, pour atténuer la responsabilité du conteur mitré, qui avait dit : « Certes, il me semble que c’est grande sottise, à ceux qui ont une femme, de la laisser dormir seule, » Centorio remplace les mots : il me semble , par une tournure impersonnelle : « C’est grande sottise... » Par contre, dans la phrase qui suit celle-là, sa vigilance est en défaut; il laisse passer cette indulgente maxime : « Si la femme cherche nourriture hors de chez elle, je ne saurais la reprendre. »
En somme, la morale a bien peu d’obligations à Centorio. En revanche, le corps ecclésiastique lui en a beaucoup; car, grâce à lui, il [cesse d’occuper une place d’honneur parmi les héros d’ignorance , de cupidité, d’impudicité que célébrait Bandello. Tous les contes qui roulaient sur des scandales
(1) Les rares suppressions qu'il s’y permet ne portent pas sur les endroits particulièrement licencieux.
(2) 33e Nouvelle du IIIe vol. de l’édition expurgée.
donnés par des membres du clergé ont en effet disparu dans l’expurgation de Centorio ; et une simple remarque permettra d’apprécier le caractère primitif de ces Nouvelles et l’étendue des sacrifices de Centorio : nous citions, un peu plus haut, un conte qui, dans son troisième volume, porte le numéro trente-trois : dans Bandello, ce même récit porte le numéro cinquante-sept du troisième volume; ainsi, parmi les cinquante-six Nouvelles qui le précédaient à l’origine, vingt-quatre ont été immolées à la convenance de l’Eglise! Quel dommage que le même motif n’ait pas exigé quelque respect pour la pudeur ! On répondra peut-être qu’entre un censeur qui eût supprimé les traits qui offensent le clergé et un autre qui eût supprimé ce qui blesse les mœurs, Bandello eût ressemblé à l’homme entre deux âges et entre deux maîtresses; en ce cas, il valait mieux appliquer le conseil d’Horace sur les matières qu’on ne peut espérer de pdir.
Mais Centorio et le cardinal de Saint-Georges avaient pu s’abuser, et l’opinion publique allait sans doute avertir qu’on avait fait fausse route. L’année suivante , en 1561 , il parut à Venise une nouvelle édition de YOpus macaronicum , épopée burlesque composée par Girolamo Folengo sous le nom de Merlin Coccaïo, au temps où il avait jeté le froc aux orties : Folengo était mort, en 1544, dans
un repentir sincère; et l’éditeur annonçait qu’il publiait un texte soigneusement revu par l’auteur luimême; il est vrai que, trois ans après, un certain Aquaviva, qui rééditait YOpus macaronicum , accusait l’éditeur de 1561 d’avoir gâté l’ouvrage en y introduisant des parties apocryphes; mais tout ce qui importe ici, c’est que la préface de 1561 annonçait un texte beaucoup plus honnête que la rédaction primitive, di gran lunga più onesta délia prima, puisque nous nous proposons seulement de montrer comment on concevait alors l’expurgation d’un ouvrage, Or, si nous comparons l’édition de 1561 à celle de 1521 (1), nous reconnaissons que les satires contre les moines ont été supprimées, mais que la licence, sans jamais atteindre le degré où l’avaient portée la plupart des conteurs, est plus grande dans l’expurgation que dans le texte primitif : ainsi, d’un côté, ce ne sont plus deux moines, c’est un laïque, qui dupe le pauvre lourdaud Zambellus (2) ; mais, d’un autre côté, l’édition expurgée raconte en termes plus libres et plus rebutants comment une magicienne essaie de séduire un jeune homme, et comment les deux héros du poème tirent ven-
(1) Celle-ci est la meilleure des éditions données du vivant de l’auteur.
(2) Cf. le 8e chant de l’édition de 1561 et le 7e de l’édition de 1521, Toute cette partie du livre est très notablement changée dans l’édition expurgée.
gçance d’un magistrat (1). Tout ce que la morale gagne, c’est, comme dans l’expurgation de Bandello, la suppression de passages qui concluaient à l’admission de circonstances atténuantes en faveur des fautes féminines : la diatribe du début du cinquième chant, contre les vieillards qui épousent de fraîches jeunes femmes, manque au passage correspondant de 1561, c’est-à-dire au septième chant.
Patience 1 En 1566, un Espagnol, connu surtout pour avoir traduit en italien des ouvrages de son pays, Alonso Ulloa, publia à son tour, chez un éditeur vénitien, une édition expurgée de Bandeilo. Sans doute, il voulait reviser l’expurgation de Centorio? — Non : son édition, pour la forme comme pour le fond, reproduit celle du premier correcteur (2).
Mais Ulloa et Centorio, ayant porté les armes avant de se mêler de littérature, l’habitude des camps pouvait avoir émoussé chez eux l’habitude de la pudeur; et Fauteur, quel qu’il soit, de l’expurgation de VOpus macaronicum , travaillait sans aucune mission officielle Voici qui est plus significatif :
(1) Cf. les ch. 17 et 11 de l'édit, de 1561 et les ch. 16 et 10 de l’édit, de 1521.
(2) N'ayant point eu entre les mains l’édition d'Ulloa, qui parut à Venise chez Camillo Franceschini, 3 vol. in-4°, j'en parle d'après l’ouvrage bibliographique de Bartol. Gamba : Delle novelle italiane in prôna, 2e édit.
Cosme Ier, de cette maison des Médicis dont Set» tembrini dit qu’elle aimait le opre sozze e l’Inquisizione, ayant demandé à Pie Y que Rome voulût bien expurger le Décaméron pour que les catholiques ne fussent pas plus longtemps privés de cet ouvrage inscrit, dès le premier jour, dans l’Index, le pape en confia le soin à plusieurs théologiens , dont frère Thomas Maurique, maître du Sacré Palais, à qui Grégoire XIII continua cette mission (1). La révision achevée, l’impression du texte épuré fut confiée aux Giunti de Florence, après qu’une copie conforme eut été déposée au Saint Office. L’édition parut en 1573, précédée d’un motu proprio de Grégoire XIII, d’une autorisation du tribunal suprême de l’Inquisition signée de Thomas Manrique, d’une autre autorisation signée de frère Francesco de Pise, inquisiteur général de Florence, et de privi-
(1) Un des collaborateurs de Manrique, Eustachio Locatelli, est indiqué par M. Marcus Landau , qui a étudié cette édition dans son livre : Giov. Boccaccio , sein Leb en und seine Werke. Stuttgard , 1877, p. 152, 153. M. Landau a employé un précieux document qui m'a manqué : la correspondance manuscrite avec Rome des savants de Florence qu’on chargea de la partie philologique du travail (Bibl. Laurentienne de Florence, pl. 90, sup. m, 1°). Il a fort bien indiqué les principes qui réglèrent Manrique et Locatelli ; on trouvera ici , outre des observations analogues, quelques remarques dans le détail desquelles il n’avait pas à entrer. — Un religieux , nommé aussi Locatelli, mais dont les prénoms diffèrent de ceux du précédent, fut mêlé à une expurgation postérieure du Décaméron (v. Luigi Groto, Lettere famigliari , p. 108).
lèges accordés aux Giunti par le roi Très Chrétien, le roi Catholique, le grand duc de Toscane, le duc de Ferrare et d’autres seigneurs et républiques (1). Pour donner plus d’attrait à cette édition , seule permise aux fidèles, on avait chargé le savant bénédictin de Florence, Vincenzo Borghini, d’y joindre un commentaire philologique, auquel collaborèrent plusieurs érudits et dont l’autorité dure encore. Toutefois, les amateurs de Boccace, qui faisaient pénitence depuis plusieurs années, étaient si pressés, qu’on commença l’impression avant l’achèvement de ce commentaire, comme on peut le voir par un avis au lecteur inséré dans l’exemplaire de la bibliothèque Angelica et dans celui de la bibliothèque Corsiniana, toutes deux à Rome, où les Annotazioni ne figurent pas.
Ce n’était pourtant point la peine d’imposer à de chastes prêtres l’obligation de lire, plume en main, de la première à la dernière ligne, un livre tel que le Décaméron, pour publier un texte épuré dans un esprit aussi peu sévère que celui des précédentes recensions d’ouvrages licencieux. Que fit-on en effet? On effaça les passages qui sentaient l’hérésie : au commencement de la première Nouvelle
(1) Elle porte ce titre : IL Decameron di Messer Giovanni Boccacci cittadino fiorentino , ricorretto in Rom a ed emendato secondo V or dîne del sacro consilio di Trenta , et riscontrata in Firenze con testi antichi e alla sua vera lezione ridotto da’ deputati di loro Alt. Ser.
de la première journée , Boccace avançait que la grâce descend en nous, non pas en vertu d’aucun mérite qui nous soit propre , mais par l’effet de la bonté de Dieu : pour empêcher les protestants de s’appuyer sur une autorité si grave , on biffa les mots où Boccace niait l’efficacité des oeuvres (1). On effaça les insinuations contre l’institution mo nastique, par exemple le passage où Boccace disait qu’un caprice , et non pas une volonté réfléchie , poussait la jeune Abilech à se faire ermite (2); on supprima les brocards lancés contre le clergé. Mais quand c’était la Nouvelle tout entière qui portait atteinte à la considération de l’Eglise, les correcteurs n’employèrent pas le procédé sommaire de Ceotorio; une seule fois, ils recoururent à ce moyen désespéré (3). Partout ailleurs , ils préférèrent la méthode dont on a vu plus haut comme un premier essai dans l’expurgation d’un épisode de YOpus macaronicum\ en effet, chaque fois qu’ils rencontrent un membre du clergé dans une intrigue compromettante, ils le changent, d’un trait de plume, en
(1) Voici le passage de Boccace : « La quale (la grâce) a noi ecl in noi non è da credere che per alcuno nostro merito discenda, mà dalla sua propria benignità mossa...-» Manrique écrit : « La quale a noi ed in noi è da credere che discenda da sua propria benignità mossa. »
(2) 10e Nouvelle de la 3e journée.
(3) Ils n'ont, en effet, supprimé que la 6e Nouvelle de la lre journée :> Confonde un valent’ huomo con un beldetto la malvagia ipocrisia de’ Religiosi. »
un étudiant, en un professeur; ils transforment les abbesses en bourgeoises ; en un mot , iis sécularisent les moines séducteurs et les nonnes galantes (1). Rien de plus simple, en bien des cas, qu’une telle opération ; mais quelquefois il faut procéder à une retouche assez délicate : ils s’en tirent comme ils peuvent. Quant à l’obscénité pure et simple, il semble qu’elle ne les effarouche pas plus que s’ils avaient, comme Centorio et Uiloa, aguerri leurs oreilles aux récits de bivouac; une fois que, grâce aux changements de qualifications, le clergé a tiré son épingle du jeu, ils ferment les yeux sur les impuretés les plus hardies : sur le récit où un personnage convaincu de luxure convainc celui qui le blâme de ne pas valoir mieux que lui , sur celui où Ton enseigne à un mari le moyen de devenir un saint, sur celui même où un voisin trop obligeant travaille à transformer en belle jument la femme de son ami (2). Ils ne mettent qu’une réserve à leur complaisance : ils ne veulent pas que les termes consacrés par la foi se trouvent mêlés dans les narrations de ce genre ; ainsi , ils suppriment le passage où un débauché abuse de la simplicité d’Abilech , parce que les mots de diable et d'enfer y fournissent l’artifice sur lequel roule tout
(1) V., par ex., la 4e Nouvelle de la lre journée, la 2e et la 10e de
la 9e.