CHAPITRE PREMIER
LES DIALECTES PROVINCIAUX ET LA LANGUE FRANÇAISE AU XVie SIÈCLE
Les dialectes provinciaux sont tombés aujourd'hui au rang de patois ; dépourvus^ sauf de rares exceptions, de tout caractère littéraire, traqués d'ailleurs par les grammairiens, ils n'ont plus d'intérêt que pour le philologue. L'abbé Grégoire provoqua, en lyqo, une vaste enquête sur les différents parlers de France * ; il semble qu'à partir de ce moment on
' La circulaire de l'abbé Grégoire est du i3 août 1790 ; la Convention avait résolu de détruire les patois ; c'était là une mesure politique qui, dans la pensée de ses auteurs, devait contribuer à assurer l'unité française. Mais, tout en demandant leur destruction par nécessiié politique, l'abbé Grégoire s'intéressait aux patois comme philologue, et se préoccupait des moyens de les faire mieux connaître. Com-
se soit montré de plus en plus sévère pour les patois. On les proscrivit alors au nom du patriotisme ; on les proscrit aujourd'hui au nom de la langue française dont ils menacent;, dit-on^, d'altérer la pureté.
Le xvi^ siècle ne les jugea point avec cette rigueur; et pour soutenir leur cause^, ce fut;, — coïncidence étrange ! — le sentiment même de la patrie et l'intérêt de la langue française qu'invoquèrent les grammairiens et les critiques de cette époque. Eh quoi;, disait-on au xvi® siècle, les dialectes ne sont-ils pas
ment expliquer autrement certaines questions qu'il adressait à ses contemporains :
Question no 2 : « Ce patois a-t-il une origine ancienne et connue ? »
Question n" 3 : « A-t-il beaucoup de termes radicaux, beaucoup de termes composés ? »
Question n" 4 : « A-t-il une affinité marquée avec le français, avec le dialecte des contrées voisines avec celui de certains lieux éloignés où des émigrants, des colons de votre contrée sont allés anciennement s'établir, etc. ? »
Question n' 2 r : « A-t-on des grammaires et des dictionnaires de ce dialecte ? d
Question no 22 : « Trouve-t-on des inscriptions patoises dans les églises, les cimetières, les places publiques, etc ? »
Question n» 23 : « Avez-vous des ouvrages en patois, imprimés ou manuscrits, anciens ou modernes, etc. ? »
Question n» 24 : « Quel est le mérite de ces divers ouvrages ? »
Question n» 25 : « Serait-il facile de se les procurer fidèlement? »
(Lettres à Grégoire, sur les patois de France, publiées par M. Gazier. Paris, 1880.)
nés^ ne se sont-ils pas développés en pays de France ? Ne sont -ils pas une part de la langue française et de la patrie elle-même? « Le Poète pourra aporter, de mon conseilh, moz picars, normans^ et autres qui sont souz la Couronne : tout et Francoes puisqu'il sont du pais du Roe \ »
D'un autre côté, ajoutait-on, la langue française ne peut-elle pas trouver des trésors nombreux dans ces vocabulaires provinciaux ? a Je trouverè ancores bon que les moz païsans, c'ét a dire particuliers aus nacions, se metet au Poème : comme arroche?^ mot Manseau, qui sinifie viser a quelque chose d'une pierre ou d'un bâton : comme arrocher des noes ou des pommes; — itam ancrucher, qui sinifie angager quelque chose antre les branches d'un arbre : termes tous deux pastoraus, dont iz ont bon nôbre en nostre pays du Meine e an Anjou ; — itam aviei^ pour alumer; z/ce^ pour sourciz, moz Poetevins; vifplant pour aubepin, Lionnoes ; e ceus des autres pays Francoes. Mêmes prandrons les moz prouvançaus e gascons e leur donnerons notre merque. Comme je seroé cotant que nous prinsions estrugueî" qui sinifie ce que les Latins diset gratuler ; pour lequel nous n'avons point de mot. Itam, cloque, qui et propre a cause même du son : qui sinifie une poule qui a des poussins. Itam, companage, mot bien composé, qui sinifie ce que les Latins diset opsonium; c'èt a dire tout ce qu'on met sur la table, fors le pein et le
' .1. Peletier du Mans. F'' livre de VArt poétique, p. 39.
vin. E certes Bonaventure Dépericrs n'a pas u mauvese grâce an ses Vandanges, d'avoèr amassé force moz Prouvançaus : voere de leur avoèr Icssè leur caractère naturel . . Cet un des plus insines moyens d'acroêtre nôtre lâgue : e c'èt celui par lequel les Grèz se sont fèt si plantureux* ».
Ronsard exprime les mêmes idées dans la préface de la Franciade. Après avoir déclaré qu'il est fort difficile « d'escrire bien en nostre langue^ si elle n'est enrichie autrement qu'elle n'est pour le présent de mots et de diverses manières de parler ^), il conseille de et remettre en usage », non des mots grecs ou latins, mais « les antiques vocables » et de a choisir les mots les plus pregnants et significatifs . . . de toutes les provinces de France, pour servir à la poésie . . . Je te conseille d'user ht différemment de tous dialectes, . . . car toutes provinces, tant soient-elles maigres, servent aux plus fertiles de quelque chose, comme les plus faibles membres et les plus petits de l'homme servent aux plus nobles du corps, et le dialecte courtisan ne peut être parfait sans l'aide des autres, car chacun jardin a sa particulière fleur^ » .
* J. Peletier, /. c. — N'oublions pas, pour mieux expliquer les larges concessions faites aux dialectes, que plusieurs de ces dialectes furent de véritables langues administratives jusqu'à l'cdit de Villers Cotterets (iSSgi : le gascon conserva même plus longtemps son caractère officiel daos le Bcarn, où il ne cessa qu'en 1621 d'être employé par les avocats et les magistrats du Parlement.
- Ronsard. Préface de /.t Franciade, pp. 32 et suiv.
Lui-même donne Texempb : c. Les commentateurs de
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C'est ainsi que pensent également les amis et les disciples de Ronsard. Voici^ par exemple^ comment s'exprime Baïf :
Là quatre ans je passay façonnant mon ramage De grec et de latin : et de divers langage (Picard, parisien, touranjau, poitevin, Normand et champenois) mellay mon angevin
(T. I. VI Au Roy.)
Vauquelin de la Fresnaye recommande à son tour rétude des dialectes :
L'idiome norman, l'angevin, le manceau, Le françois, le picard, le joli tourangeau, Aprens, comme les mots de tous arts mécaniques, Pour en orner après tes phrases poétiques.
{Art poétique, L, vers 36i-364.)
Les dialectes de la langue d'oc ne lui paraissent pas, il est vrai, dignes de la même faveur que les idiomes normand, angevin, manceau, français, picard ou tourangeau, sans doute parce qu'il regardait comme un danger l'influence gasconne, alors dominante ; dans un autre passage il défend de
. . . recevoir plus la jeunesse hardie A faire ainsi des mots nouveaux à Testourdie, Amenant de Gascongne ou de Languedouy * V>' Albigeois , de Provence, un langage inouy.
{Art poétique, II, 907-910.)
Ronsard, Belleau, Muret signalent entr'autres astelles, criailler, bers, dougé, comme termes dialectaux » (Hatzfeld et Darmesteter. Le sei:{ième siècle en France^ l'c partie, p. 9.)
' Comment expliquer ici ce mot « Languedouy » , mis
Mais, à cette réserve près, il engage les poètes à puiser largement dans les dialectes provinciaux.
Ronsard, Peletier, Vauquelin de la Fresnaye songent surtout au poète ; ils veulent mettre entre ses mains un instrument aux sons plus variés et plus riches; pour H. Estienne, le prosateur, encore plus que le poète, doit recourir aux divers parlers de France. Son Traité sur les Dialectes est malheureusement perdu ; mais nous connaissons assez ses idées sur ce sujet par ce qu^il en dit dans ses autres ouvrages.
(( Tout ainsi qu'un homme fort riche nUia pas seulement une belle maison et bien meublée en la ville, mais en ha aussi es champs, en divers endroits, . . . ainsi nostre langue ha son principal siège au lieu
évidemment pour Guyenne ou Languedoc ? Les uns y ont vu une faute d'impression ; — mais la rime ne permet pas d'admettre cette explication ; — les autres, une méprise de la part du poète (Cf. P. Paris, Journal des Savants, 1S74, p. 421); cela nous paraît aussi bien difficile à admettre. — A notre tour nous risquons une hypothèse ;
Si l'on songe i" que Languedouy, dans ce passage, désigne la Guyenne ; 2'* que n Guyenne » et « Languedoil » sont deux termes souvent rapprochés et accolés l'un à l'autre dans les pièces officielles — la Guyenne et la Languedoil formaient au xv^ siècle l'une des quatre généralités entre lesquelles la taille était répartie; (Cf., étude de M. Spont dans les Annales du Midi, n" 12, p. 489), — peut-être n'est-il pas trop téméraire de supposer que ces deux mots : « Guyenne, Languedoil » ont quelquefois été pris l'un pour l'autre.
principal de son pays; mais en quelques endroits dMceluy il en ha d'autres qu'on peut appeler ses dialectes ; et comme ceci luy est commun avec la langue grecque^ aussi en reçoit-il une même commodité. Car ainsi que les poètes Grecs s'aidaient au besoin de mots péculiers à certains pays de la Grèce, ainsi nos poètes françois peuvent faire leur proufit de plusieurs vocables qui toutefois ne sont en usage qu'en certains endroits de la France. Et ceux mesmement qui écrivent en prose peuvent quelquefois prendre cette liberté * . »
Et ailleurs :
« Quant aux dialectes. . . ils en font leur proufit en deux sortes : car quelquefois ils prennent le mot qui est péculier à un dialecte^ comme negun (qui est pareillement des Espagnols) a été pris et mis en besongne;... quelquefois ils usent d'un vocable qui ne peut être dit péculier à un dialecte, sinon alors qu'on lui donne une certaine signification autre qu'il n'ha au parler commun. Ce qui se voit pareillement au langage des Rommans^ »
* H, Estienne. Pricellence du langage français, p. lyS.
- Id., Ibid.^ p. 260. — Dans la préface des Hypomneses, H. Estienne développe la même idée avec les mêmes images : « Quemadmodum graeca in lingua prœcipue quidem sermo atticus laudatur, sed ita ut peculiarem quamdam laudem alicubi unaquasque dialectus mereatur, sic profecto, quamvis gallica lingua in ea potissimum quam dixi Galliœ parte (Lutetiae), sedem habeat, non parvum tamen illi decus atque incrementum sunt dialecti ; atque ibi quidem commo-
Voilà pourquoi il admet un grand nombre de termes empruntés aux divers dialectes, et en propose d'autres encore, par exemple « Arer » pris au parler de Savoie \
Si Ton allègue a qu'il n'y auroit ordre d'user d'un langage bigarré de divers dialectes (que nous avons difl'erens ne plus ne moins que les Grecs) », la réponse est aisée : « il y a bon remède à cela : c'est que nous en facions tout ainsi que d'aucunes viandes apportées d'ailleurs, que nous cuisinons à nostre mode (pour y trouver goust) et non à celle du pays dont elles viennent. Et Lucian en sa langue nous monstre mieux que nul autre la practique de ceci : car il s'aide de mots et locutions ioniques et doriques, les habillant toutesfois d'un mesme manteau que les autres\.. ■»
H. Estienne avait été frappé des nombreux rapports qu'offrent avec le vieux français nos différents dialectes ; il en concluait à tort que ces dialectes pouvaient a avoir été du vieil français » . Mais il semble bien qu'il en possédait parfaitement le vocabulaire, qu'il en saisissait même toutes les finesses ; sans cette connaissance directe, aurait-il été sensible à la simplicité, mêlée de spirituelle malice, dont les parlers provinciaux paraissent avoir gardé le secret ?
ratur, sed tamen ita ut per has tanquam colonias longe illi sit jucundissimum aliquando exspatiari, ac nonnuUa quse illis propria sunt vocabula domuni referre. »
' Id. Ibid., p. 189.
- Id, Traicté de la conformité du langage françois avec le grec. 1^ réface.
Dans son Apologie pour Hérodote, il raconte Thistoire du curé de Pierrebuffière^ « au haut Limosin » ; puis, comme s'il éprouvait quelque regret de voir sa traduction si pâle et si éloignée de la narration originale, il ajoute : « Vray est que cecy ne peut avoir telle grâce ainsi traduit, qu'il a en sa propre langue, a scavoir estant couché en nayfs atticismes limosins : et pourtant je me suis faict bailler par un du lieu l'original qui est tel :
a Quan se vendro lou jordeu jugamen, Diou me demandero que you li rendo comte de vou autre ; et me apelaro, Chapelo de Peyrebufieyro, en quai eytat son ta olia? Et you ny mot. Et eu m'apelaro enquero, et diro, Chapelo de Peyrebufieyro, en quai eytat son ta olia? Et you ny mot. Et enquero eu me diro, Chapelo de Peyrebufieyro, en quai eytat son ta olia ? Jusque a tre viage Et you li respondray, Seigne, beytia la m'a beylada, et beytia la te rendi'. )>
Sans doute tous n'étaient pas aussi hardis que J. Peletier, Ronsard ou H. Estienne ; mais ceux-là même qui faisaient la guerre aux provincialismes reconnaissaient aux dialectes, dans une mesure plus ou moins restreinte, le droit de fournir certains termes à la langue française.
Pasquier, par exemple, reproche longuement à Montaigne de ne pas oublier assez « le ramage gascon')) ; cela ne l'empêche pas d'écrire ailleurs :
* Id. Apologie pour Hérodote, t. Il, pp. 166, 167.
* E. Pasquier. Lettres, liv. XVI II, lettre i; t. II, p. 3 17.
(c Je suis d'advis que ccste pureté (de la langue française) n'est restrainte en un certain lieu ou païs, ains esparse par toute la France. Non que je vueille dire qu'au langage picard, normand, gascon, provençal, poitevin, angevin ou tels autres, séjourne la pureté dont nous discourons. Mais tout ainsi que Tabeille volette sur unes et autres fleurs, dont elle forme son miel, aussi veux-je que ceux qui auront quelque asseurance de leur esprit, se donnent loy de fureter par toutes les autres langues de nostre France et rapportent à nostre vulgaire tout ce qu'ils trouveront digne d'y estre approprié. Car mesmes en un besoin, voulant représenter un esprit, tel qu'est celuy du Gascon, je ne doubterois d'emprunter de luy le mot d'Escarbillat, qui est né au milieu de l'air du païs, pour désigner ce qu'il est\ »
On sait que Montaigne refusa de corriger ces prétendues fautes que lui signalait Pasquier. Était-ce uniquement par scrupule de bonne foi, comme il le fait entendre dans un passage célèbre des Essais ? « Pour ce mien desseing, il me vient aussi à propos d'escrire chez moy, en païs sauvage, où personne ne m'ayde ni me relève; où je ne hante communément homme qui entende le latin de son patenostre et de françois un peu moins. Je l'eusse faict meilleur ailleurs, mais l'ouvrage eust esté moins mien ; et sa fm principale et perfection, c'est d'estre exactement mien. Je corrigerois bien une erreur accidentale, de
1 E. Pasquier. Lettres, liv. II, lettre xii; t. II, p. 4S.
quoy je suis plain, ainsi que je cours inadvertemment; mais les imperfections qui sont en moy ordinaires et constantes, ce seroit trahison de les oster. Quand on m'a dict ou que moy mesme me suis dici : Tu es trop espes en figures : Voylà un mot du creu de Gascoigne ; voylà une phrase dangereuse (je n'en refuis aucune de celles qui s'usent emmy les rues françoises; ceux qui veulent combatre l'usage par la grammaire se mocquent) : Voylà un discours ignorant. . . . Ouy^ fais-je, mais je corrige les fautes d'inadvertence^ non celles de coustume. Est-ce pas ainsi que je parle partqut ? me représenté-je pas vivement ? suffit. J'ay faict ce que j'ay voulu : tout le monde me reconnoit en mon livre et mon livre en moy*. »
Pour expliquer comment Montaigne a maintenu dans les Essais des gasconismes si nombreux, nous pouvons, ce semble, admettre encore un autre motif.
Aux yeux de ce Gascon, le dialecte gascon était égal, sinon supérieur à la langue française. Le français lui paraît manquer d'énergie :
(( En nostre langage (le langage français) se trouve assez d'estoff'e, mais un peu faute de façon... Je le treuve suffisamment abondant, mais non pas maniant et vigoreux suffisamment. Il succombe ordinairement à une puissante conception : Si vous allez tendu, vous sentez souvent qu'il languit soubs vous et fleschit * . ))
' Montaigne, livre III, ch. v.
'' Id.,ibid.
Opposez à ce tableau peu flatteur et en somme peu juste^ ce qu'il dit du gascon :
« Il y a bien au dessus de nous^ vers les montagneS;, un gascon que je treuve singulièrement beau, seC;, bref^ signifiant^ et à la vérité un langage maslc et militaire^ plus qu^aucun autre que j'entende : autant nerveux et puissant et pertinent comme le français est gracieux^ délicat et abondant \ » Aussi, <( où le français ne peut aller, que le gascon y arrive ! «
Voilà bien des témoignages formels de l'importance que gardaient, au xvi^ siècle, les parlers provinciaux ; il en est d'autres qui, pour être moins explicites, n'en sont pas moins remarquables. De nombreux écrivains, en efî'et, n'ont jamais développé leurs théories sur le rôle des dialectes ; ils ont cependant exprimé leur sentiment d'une façon assez claire en faisant aux vocabulaires de ces dialectes de fréquents emprunts. Nous ne voulons citer ni Monluc, ni Brantôme, ces soldats chez qui un repos involontaire éveilla le désir d'écrire, ni cet autre soldat-écrivain, Agrippa d'Aubigné, qui prêta au baron de Fœneste
Id., liv. II, ch. XVII.
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un langage si conforme à la phonétique et à la syntaxe gasconnes; il est naturel que ceux-là, qui ne furent pas des écrivains de profession, aient gardé de leur terroir une saveur bien prononcée ; mais, parmi les auteurs voués, pour ainsi dire, à Fart d^écrire, la plupart se servent volontiers de termes dialectaux.
Sylvius, si Ton en croit R. Estienne, « souvent a meslé des mots de Picardie, dont il estoit ^ » .
Rabelais s'est particulièrement souvenu de trois dialectes : celui de la Touraine, son pays natal ; celui du Poitou et celui du Languedoc. On a relevé les mots que les deux premiers ont fournis à Tauteur de Gargantua et de Pantagruel ; bien qu'incomplète, la liste en est longue ^ Les expressions tirées du gascon, du languedocien ou du provençal sont presque aussi nombreuses ; en voici quelques-unes :
Mais escoutez, vïet^da:{es, que le maulubec vous trousque, vous soubvienne de boyre à my pour la pareille, et je vous plegeray tout ares met y s {Gargantua, t. I, p, 7).
— Esdos (t. II, p. 87).
— Boussin (t. II, p. 268).
— Et sabeti quey, hillots ? Que mau de pipe vous byre. . . . harry bourriquet (t. I, p. 46).
• R. Estienne. Traité de la fram franc. Avis au lecteur (1557).
— A. Loiseau. Rapports de la langue de Rabelais avec les patois de la Touraine et de l'Anjou. Angers, 1867.
Poey d'Avant. De l'influence du langage poitevin sur le style de Rabelais . Paris, Techener, i855.
— Mais quand ils eurent long chemin parfaict^ et estoient ja las commes pauvre diables, et n'y avoit plusd'o/zY en ly caleil (t. I, p. 33 1).
— Canonge {t. II, p. 462).
— Campane (t. II, p. 476).
Parfois des phrases entières sont citées en gascon : (( Il me souvient que on camp de Stokolm, un Guascon nommé Gratianauld, natif de Sainsever, ayant perdu au jeu tout son argent et de ce grandement fasclié. . . à rissue du berland davant tous ses compaignons disoit à haulte voix : « Pao cap de bious, hillotz, que mau de pippe bous tresbyre ; ares que pergudes sont les mies bingt et quouatte baguettes ^ ta pla donnerien pics, trucs et patacts. Sey degun de bous aulx, qui baille truquar ambe iou àbelz embis?. . . Gap de Sainct Arnault, quau seys tu, qui me rebeillez ? Que mau de taouerne te gyre. Ho sainct Siobe cap de Guascoigne, ta pla dormie iou, quand aquoest
taquain me bingut estée Hé paouret, iou te
esquinerie ares que son pla reposât. Vayne un pauc qui te posar com iou, puesse truquerem. » (t. II, p. 201 .)
Les autres provinces ont fourni un contingent bien moindre ; cependant elles sont représentées dans Tœuvre de Rabelais. La Bresse, dit M. Loiseau, lui a suggéré son taille-bacon ou coupeur de jambon
' N'est-ce pas « baquettes » qu'il faut lire ? La baquette était une ancienne monnaie béarnaise très répandue dans toute la Gascogne.
pour dire un fanfaron. . . Feulx (fils) est Picard. A la Champagne il doit la tournure a tant seulement », son affirmation ma fi et le verbe je m'affie dont il fait un si fréquent usage. Les Lorrains lui ont inspiré le serment a Pé le quau Dé' ».
Dans la « Briebve déclaration d'aucunes dictions plus obscures contenues on quatriesme livre» Rabelais a expliqué lui-même plusieurs locutions tirées de la Touraine, de la Lorraine et du Poitou (t. 1 1 1 , pp. i g5,
Nous n'irons pourtant pas jusqu'à voir en Rabelais un réformateur de la langue française ; nous ne pensons pas, comme M. Loiscau, qu'il ait essayé de u faire pour le français ce que Dante avait fait pour l'italien, employer tous les dialectes, ressusciter tous les vieux termes et donner accès dans notre langue à tous les héologismes imaginables*)). Non, nous ne pensons pas que Rabelais ait jamais eu la pensée de tenter une réforme longuement méditée à l'avance, et de se poser en chef d'école, comme Ronsard, par exemple ; du moins ne saurait-on nier qu'il n'ait eu l'intention d'enrichir la langue, et de l'enrichir par les dialectes provinciaux.
Bonaventures des Périers n'a pas montré moins de hardiesse dans ses emprunts. Peletier du Mans le félicitait (( d'avoer amassé force moz prouvençaus » dans ses Vendanges ; et en effet les mots provençaux
' Cf. A. l. oiseau, op. cit.
- Cf. A. Loiseau, op. cit.
y abondent ; qu'il nous suffise de citer la première strophe :
Ça, trincaires,
Sommadaires, Trulaires et banastons
Carragaires
Et prainssaires, Approchez-vous et chantons ^
Les Nouvelles récréations et joyeux devis renferment aussi nombre de termes gascons et languedociens^ ce qui n'a rien de surprenant sous la plume d'un secrétaire de Marguerite d'Angoulême.
— Viet d'a^e (t. 11^ p, i 20).
— Oulle (t. II, p. 148).
— Escarabilhat (t. II, p. 195).
— Pai (t. II, p. 195).
— Cap de bien (t. II, p. 195).
— Ardit (t. II, p. 206).
— Esclops (t. II, p. 272).
— Hillot (t. II, p. 273).
— (Besiat t. II, p. 288)'.
Nous pourrions passer ainsi en revue presque tous les écrivains du xvi*^ siècle ; il nous serait facile de montrer que les termes manceaux ne sont pas rares
* Bonaventure des Périers, t. I, p. 91.
— On trouve également dans Bonaventure des Périers des mots normands, poitevins, bourguignons, angevins, etc. Cf. Le Lexique àe la langue de B. des Périers, par F. Frank et Adolphe Ghennevière. Paris, 1888.
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dans Jacques Tahureau*, ni les termes gascons et languedociens dans Marot ; que Tabourot fait grand usage de mots dijonnais^, et Bouchet de mots poitevins ; et qu^enfin les lexicographes (qu'on parcoure seulement les Dictionnaires français -latin, de R. Estienne et de Thierry, les Dictionnaires des rimes, de Tabourot des Accords et de La Noue , le Trésor de Nicot '^ le Dictionnaire de Cotgrave), ont tous donné une large place aux parlers de province; mais nous croyons avoir suffisamment prouvé qu'au xvi'^ siècle, les dialectes étaient tenus en grande
' En voici un exemple, tiré dQS Dialogues {p, 32, cdit. Lemerre) : v( Vous les verrez plus couards et plus craintifs que n'est un canard voyant le faucon, tellement qu'une simple femmelette le pourroit batre aisément avecques sa quenouille, ou bien comme fist l'autre qui en rangea une demie douzaine avecques la naïe du four. »
La naïe, c'est la gaule avec laquelle on tisonne le feu allumé dans un four.
- En ce qui concerne Nicot, il convient de faire quelques restrictions. Certes il a connu et goûté le charme des dialectes méridionaux; nous en avons la preuve dans les vers des poètes provençaux qu'il aime à citer, et dans ce nombre si considérable de mots languedociens qu'il a introduits dans le Trésor. Mais, comme nous le faisons remarquer ailleurs (,Cf. notre thèse latine De Nicotio, philologCy lib. IV, cap. Il), quand il place ainsi en regard le mot français et le mot languedocien correspondant, il se propose uniquement de mieux faire comprendre le sens ou l'étymologie du mot français, et c'est ce dernier seul qu il recommande d'employer.
^ Nous ne connaissons guère qu un seul écrivain qui, à
Cependant, déjà au commencement du xvn« siècle^ des protestations s'élèvent. Deimier' est loin d'approuver les conseils que Ronsard a donnés aux poètes sur les moyens propres à enrichir notre langue^; d'ailleurs il connaît les pages que Peletier a consacrées à cette question des Dialectes^ et voici sa réponse^ : « J'estime aus^i que l'opinion de Peletier ne doit pas estre rejectee avec moins de réfutation
cette époque, repousse franchement les influences dialectales, c'est l'auteur inconnu qui a écrit dans les Discours non plus mélancoliques que divers : « Je voudrois que nos François l'enseignassent (la grammaire) un peu plus sagement et de meilheure grâce et manière plus aisée qu'ils ne font ; qu'ils s'accordassent de quel langage de nostre Gaule ils veulent faire Grammaire et que tous Tentendissent bien, n'i meslassent rien de leur terroer^ se curassent fort bien les oreilhes pour côgnoistre la prononciation et accent... ne cherchassent cinq pieds en un mouton qui n'en a que
quatre. » (Discours non plus mélancoliques que divers à
Poitiers, de l'imprimerie d'Enguilbert de Marnef, p. 20,
' Sur Deimier, voir la savante étude de M. Brunot : La doctrine de Malherbe^ d'après son commentaire sur Desportes. Paris, 1891, pp. 576 et suiv.
- Deimier. L'Académie de l'art poétique, p. 472.
' Id., ibid., pp. 475 477.
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que celle de Ronsard, car il dit : «. Que de son conseil le poète peut apporter des mots picards, normans et autres qui sont sous la couronne : et que tout est françois, puisqu'ils sont du païs du Roy ». Ce qui est une raison très impertinente : car suivant son dire, si une partie de Tltallie estoit a présent au Roy, comme elle estoit au temps du Roy François premier, il seroit bon d'êployer le langage italien avec le françois, ritallianisant ainsi pour Tenrichir, et que pour ceste raison, on pourroit se servir indifferemêt de tous les verbes que practiquent les Gascons, les Provençaux et les bas Bretons, puis que ces nations sont subjectes au Roy. Ledit Peletier dit aussi qu'il seroit content que les François usassent de ce verbe « estruguer » qui signifie ce que les Latins disent ce gratulare », pour lequel il dit que n'avons point de miots suffisans. Mais je treuve qu'il n'est pas ainsi : car je voy que l'on dit à Paris « saluer l'Espousée », qui signifie « estruga la novio », comme on dit en Avignon et autres villes de Provence. Ce n'est' pas que Deimier défende absolumenttous emprunts aux parlers provinciaux ; mais il ne faut emprunter que a lors que tu en auras besoing' )) et ces emprunts, on les (! habillera dextrement à la mode de son païs. Bonavanture du Perier (sic) pratiqua cela bien à propos : car descrivant un Traicté des vendanges et voyant que la langue françoise n'abondoit point en termes qui fussent capables de dire tout ce qui
Deimier. L'Académie de l'art poétique, p. 472.
estoit requis là-dessus, il eut recours aux estrangcrs et emprunta plusieurs mots provençaux pour spécifier et enrichir les subjects de son Poëme, dans lequel il les introduisit comme naturels françois'.»
Plus sévère et plus intraitable encore, Malherbe faisait aux dialectes, et au gascon en particulier, la guerre que Ton sait. Et pourtant, si puissante alors était la vie de ces dialectes que lui-même, l'ennemi juré de tout gasconisme, ne savait pas se garder absolument des locutions provinciales. Ses rimes étaient parfois normandes, et il ne serait pas difficile de trouver dans ses œuvres en prose plus d^un terme apporté d'Aix. Voici, je crois, un provençalisme qui a échappé à tous les éditeurs, a Aussi celui qui est fol n'a pas tous les vices en son extrémité \ »
Nous ne voulons pas poursuivre cette enquête à travers tout le xvn^ siècle; on sait que, sur ce point, la doctrine de Malherbe ne triompha qu'en partie. M"'<^ de Sévigné n'a pas craint d'employer dans une de ses lettres (i6 mars 1676)^ le joli
* Id., ibid., p. 470.
- Malherbe, t. II, p. 118. Cf ce que nous disons plus bas (livre III, chap. iv. Adjectifs pjssessifs). 5 T. IV, p. 38o, Ed. Monmerqué.
ET LA LANGUE FRANÇAISE AU XYI^ SIÈCLE. 3Cj
mot de (( pichon»^ bien plus tendre et plus gentil que notre mol français « petiot ». Molière fait parler à ses paysans le langage qu'ils parlent réellement, sans modifier leurs locutions vicieuses: c'est, pour ses comédies, un élément nouveau de gaieté et de vérité, et par suite de succès. La Fontaine surtout, dont la sympathie va le plus largement aux parlers provinciaux , n*aimait pas moins les termes dialectaux que les termes du vieux français : n'était-il pas intimement lié avec Pierre Gallaup de Chasteuil, ce poète d'Aix qui rimait en provençal ? N'a-t-il pas osé transporter dans une de ses fables le dicton picard, grâce à lui connu de tous :
Biaux chires Leups, n'écoutez mie Mère tanchent chen fieux qui crie * .
Et Fénelon pensait comme La Fontaine : « Prenons de tous côtés, dit Fauteur de la Lettre à V Académie française ^, tout ce qu'il nous faut pour rendre notre langue plus claire, plus précise, plus courte et plus harmonieuse. » De tous côtés, qu'est-ce à dire? Des nations voisines, sans doute, mais combien plus heureusement encore des parlers provinciaux. Fénelon songeait certainement aux dialectes, en écrivant cette phrase, puisqu'il ajoute : « Les Grecs rassemblaient sans scrupule plusieurs dialectes dans le même poème. »
' La Fontaine. Livre IV, fable xvi.
- Fénelon. Lettre sur les occupations de l Ac.fr., % 3
Mais qui donc avait raison^ de ceux qui ne reculaient pas devant de larges emprunts aux dialectes^, ou de ceux qui^ comme Deimier et Malherbe^ soucieux avant tout de la pureté de la langue^ voulaient exclure du langage toute trace de provincialisme ?
Nous n'avons cité^ des grammairiens du xyi^ siècle, que quelques passages choisis entre les plus clairs et les plus significatifs ; ces passages suffisent pour nous faire connaître quelles raisons on invoquait en faveur des dialectes.
On les aimait — d'abord^ et surtout^ -- en souvenir des dialectes grecs. Personne n'ignore avec quel enthousiasme les savants du xvi*^ siècle se portèrent vers Tétude du grec; la langue grecque était placée au-dessus de toutes les autres; pour faire du français le plus bel éloge et le plus complet^ on essayait d'établir que nulle langue ne présentait avec le grec de plus frappantes analogies. Or^ donner aux dialectes français l'importance qu'avaient- les dialectes grecs, n'était-ce pas créer une analogie de plus entre le grec et le français ? Malheureusement, une telle conformité n'est qu'apparente ; les dialectes ionien, dorien ou éolien, — tels que nous les trouvons dans les ouvrages grecs, — sont littéraires, artificiels, coinme on l'a dit ; leur emploi est parfaitement
déterminé et consacré par des chefs-d'œuvre : quelle différence avec nos dialectes provinciaux, qui forment la langue même du peuple et n'ont jamais été mêlés intimement à la langue nationale, dans les, ouvrages des poètes français. Cette harmonie entre le grec et le français, qui plaisait tant à H Estienne, est donc tout à fait factice; heureusement, pour défendre les dialectes français, on ne se bornait pas à invoquer l'exemple et la fortune des dialectes grecs.
On les aimait encore par goût du pittoresque (le mot n'existait pas encore, mais le sentiment qu'il exprime était bien connu). Ces termes empruntés au langage populaire ou bien étaient charmants de naïveté, ou bien offraient à l'esprit de vives et piquantes images ; et toujours ils avaient je ne sais quelle saveur étrangère qui relevait, et, pour ainsi dire, assaisonnait le récit. Si Pasquier, par exemple, est séduit par le mot d^escarbïllat, si Rabelais, si Bonaventure des Périers sèment leurs œuvres de tant de mots dialectaux, il nous semble qu'il n'en faut point chercher ailleurs les raisons.
De nos jours, n'est-ce pas, en partie du moins ',
* Cette sorte de renaissance des parlers populaires (dans les ouvrages écrits en français) est due encore à d'autres causes. Un large courant pousse vers le réalisme les lettres et les arts; nous éprouvons plus que nos devanciers le besoin de « faire vrai ». Ce souci de la vérité peut expliquer pourquoi, dans les nouvelles et les romans modernes , les locutions provinciales apparaissent si nombreuses; il semble
ce même goûl du pittoresque qui entraîne quelques-uns de nos romanciers les plus célèbres^ nous ne dirons pas à étudier scientifiquement les parlers populaires^ mais à en connaître et goûter et trans- "porter dans leurs romans le vocabulaire si riche en images ? George Sand^ Tun des premiers^ frappé de la beauté de certains mots berrichons^ les a fait passer dans quelques-uns de ses chefs-d'œuvre. Depuis^ chaque province a été exploitée par un ou plusieurs écrivains; pour ne citer que quelques noms^ la Provence n'appartient- elle pas à A. Daudet, la Normandie à G. de Maupassant, le Languedoc à F. Fabre ' ?
Mais voici l'argument le plus sérieux qui ait été apporté en faveur des dialectes : puisque la langue française^ a-t-on dit;, manque souvent, pour expri-
que l'étude sera plus vraie, si, à la vérité des caractères, de toutes la plus précieuse, s'ajoute l'exactitude du détail extérieur.
' Nous pourrions en citer bien d'autres J. Richepin a « picardisé » dans le Cadet, « C'est avec une ivresse de faune philologue qu'il se roule dans l'herbe grasse et les fleurs sauvages du parler picard. Il s'en donne à cœur joie. C'est une orgie. Il n'est affaire que de ramoter, pousseîer, triicher, remugler, eshroucher ei surquer. Et que de noms d'une gueuserie pittoresque, tels que ginglette, jacasse, niquedaule , hurlubier, etc. Tout cela est savoureux. » (A. France, Temps, 2 fév. 1890.) Dans les romans d'E. Pouvillon, c'est le languedocien qui triomphe ; le comtois dans les chansons de village de Ch. Grandmougin, le lorrain dans quelques récits de Theuriet, etc., etc.
mer certaines idées, de termes précis qui se rencontrent dans tel ou tel dialecte^ adopter ces ternies, c'est enrichir la langue française. L'argument nous paraît parfaitement juste. On n'hésite pas à faire aux langues étrangères des emprunts plus ou moins nécessaires : pourquoi hésiterait-on, « en un besoin », comme dit Pasquier, à emprunter à nos dialectes des mots qui, plus que les mots étrangers, se rapprocheraient des mots français par leur aspect extérieur, leur air et leur physionomie ? Peletier nous cite plusieurs exemples de l'indigence de la langue française; nous n'en rappelons qu'un, parce que celui-là intéresse directement le dialecte gascon. Il recommande l'usage du mot « cloque, qui et propre a cause même du son : qui sinifie une poule qui a des poussins ^> . Ne pourrait-on pas emprunter « cloque » au gascon : cela ne vaudrait-il pas mieux que d'obliger l'écrivain français à parler d'une «poule devenue mère?* »
« Toute circonlocution affaiblit le discours », dit Fénelon .
Pourquoi ne pas demander aux dialectes « tout terme qui nous manque et qui a un son doux, sans
• L'expression ne nous choque nullement — est-il besoin de le dire? — dans l'Oraison funèbre de la princesse de Gonzague? Ici, Bossuet parle précisément de ce que peut l'amour maternel dans un humble et chétif animal ; la périphrase est juste et heureuse. Mais^ en dehors de ce cas particulier, le simple mot « cloque 0, nest-il pas préférable a « poule devenue mère » ?
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danger d'équivoque. On en trouve un grand nombre qui ne peuvent désigner suffisamment un objet à moins qu'on n'y ajoute un second mot ; il faudrait abréger en donnant un terme simple et propre pour exprimer chaque objet \ )>
Avec les écrivains du xvi^ siècle^ n'hésitons pas à recommander l'étude des parlers populaires ; que nos auteurs puisent à ces sources pures et fraîches pour rajeunir ou enrichir la langue française ; l'emploi d'un terme dialectal est légitime^ si ce terme manque à notre langue^ et que l'on pratique cette discrétion dont parle Corinne « la gentile poetrice » dans une phrase rappelée par H. Estienne à propos des mots composés :
Tv5 yjù 5ct ansipsiv, àX/À p/j ô),w zm Gu/âzw ^. « Il faUt jeter
la semence avec la main, et non la verser à plein sac. »
^ Fénelon. Lettre sur les occup. de V Acad.fr., § 3.
- De la précellence du lang. fr., p. i68. Montaigne rappelle aussi ce précepte et l'applique à la libéralité des rois. « Je luy apprendrois plustot (au prince) ce verset du laboureur ancien ; r-^ yj'-p^ ^^^ (TTTsipstVj àlli. f/.v] tm QuÀàxw qu il fault, à qui en veut retirer fruict, semer de la main, non pas verser du sac » ; il fault espandre le grain, non pas le respandre.. (liv. III, chap VI).