‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue français de la fin du 15e siecle á la seconde moitié du 17eChapitre 14 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CONSONNANTISME.

Nous étudierons les consonnes dans Tordre qui est ordinairement suivi :

lo Les Gutturales C, G^, auxquelles se .rattachent X, Q, J.

2« Les Dentales T^ D, S, Z.

30 Les Labiales P, B, V, F.

40 Les Liquides R, L.

50 Les Nasales M, N.

Sur le traitement de Vh latine en gascon, il n'y a aucun phénomène particulier à signaler ; les mots où h est purement graphique et ceux où elle a une V aleur phonétique sont à peu près les mêmes qu'en français. La présence de H aspirée dans un grand nombre de termes gascons constitue à la vérité un des traits caractéristiques du gascon, mais alors e lie remplace unejTlatine; nous nous en occuperons à propos de F.

Gutturales .

§ L — C vélaire, devant a.

a) Initial, il persiste toujours en gascon :

campum, cam.

cantarC;, canta.

*capuin^ cap.

capram, craba^, après métathèse de r.

catenam, cadena.

capitulum^ capitol^ capito'.

*capannam^ cabana.

cacatarri; cagada.

carricare, carga.

capitellum^ capdet, cadet.

b) Médial, s'il est appuyé, il subsiste en gascon ;

furcam, hourca.

buccam, bouca.

vaccani;, baca.

peccatum^ peccat.

mercatum^ marcat. sauf dans un cas : quand Tappui a été créé par la chute d'une voyelle latine, et alors il devient g ou y :

carricare , carga (d'où le substantif carga, charge).

discarricare, descarga.

caballicare, cabawga^

manducare, menya.

• Cf. Lespy. Dictionnaire béarnais.

'^ On tvoMye dMSÛ caba^vca. Cf. Lespy, Dict .

CONSONNANTISME. 69

judicare, judya.

vindicarc, benyaV S'il est intervocalique^ il s'affaiblit en g (écrit gu devant la voyelle e), sans dégager de jod ; ce point constitue une différence très importante avec le traitement de c intervocalique en français :

pacare, P^ga.

vacare, baga.

decanum, déga*.

necare^ néga.

vicarium, béguer.

secare, séga.

plicare, pléga.

micam^ miga.

amicam, amiga.

nucarium, nouguè.

vessicam, béchiga

urticam, ourtiga.

focaciam, hougassa.

lactucam, laytuga.

verrucam^ bourruga^

' Dans ces trois derniers exemples, le y (au lieu du g) est dû sans doute à l'influence du d qui précède.

- Cf. Lespy. Dict. béarnais, a Degaa, Degan, chef d'un canton dans le pays de Soûle, k Et au mot Degaerie. « Las

gens de cascune degaerie debin eslegir degan lo primier

jorn de may en cascun an (Coutumes de Soûle). Les gens de chaque canton doivent choisir le a degan », chaque année, le premier jour de mai.

^ Le plus souvent, au lieu de « bourruga )) on emploie le mot « hic », du latin ticus.

§ IL — C vélaire devant o, u.

a) Médial intervocalique, il s'affaiblit en g:

*placutum, plagut.

acuculam^ agulha.

acutum^ agut.

securum, ségu.

*preco^ prégui.

necunum, negun.

b) Dans les mots en -acum, -tcum, -aticuin, c final devient/ (^ doux \

monacum, mounge, mounye.

canonicum^ canounye.

fromaticuni;, hroumadye.

silvaticum;, sawbadye\ porticuni;, porge.

§ IIL — C palatal (devant /, e).

a) Initial^ il subsiste en gascon comme en français et prend le son de s dure :

civitatem, ciwtat^ cieutat.

cicatam^, cigada^ cigala.

caelum^ cèw.

centum^ cent L'exception française « chercher » n'existe pas en gascon^ où Ton dit « cérca. »

' Le son adye se confond presque avec adge, et même avec atge.

CONSONNANTISME. 7 1

b) Médial intervocalique, il produit une s douce, mais sans dégager de jod :

vicinalem, bésiaw.

vicinatum, bésiat.

aucellum, awsèt.

licere, lésé', placere, plasé.

§ III. — C devant une consonne.

Dans le groupe et médial ou final, un jod se dégage, qui se combine avec la voyelle précédente. C'est là un phénomène assez remarquable, parce que généralement le c ne dégage pas de jod en gascon : *lactem, leyt.

noctem, neyt.

strictam, estreyta.

placitare, pleyda.

placitum, pleit*.

pictavinum, peitavin^

pectus, peis\

coctum, coeyt.

Cependant, après la voyelle u, il n'y a pas de jod :

fructum, hrut.

destructum, destrut^

' Lespy. Dict.

- Hemmann, p. 5i.

5 Id., p. I.

* Lespy. Dict.

^ Lespy. Dict,

Il en est de même si une nasale précède le groupe et :

sanctum^ san.

cinctam, cinta.

Le préfixe ex est devenu es :

extremum, estrém.

extraneum, estranyè.

exterius^ esteirs ^

explicita^ espleita-. excadere^ e?cazer^ excaldare^ escawta.

G initial: i» garde^ comme en français^ le son dur devant o, ii ; à la différence du français, il le garde aussi devant a :

gallinam, garia.

gabatam, gawta.

• Hemmann, p. 3o.

2 Id., ibid.

^ Id.,p. i5 — La forme « expolia » nous paraît être une forme savante On la trouve dans Monluc (voir plus bas, liv. m, Influence sur le vocabulaire). Lespy l'a admise dans son Dict. béarnais.

CONSONNANTISME. 7 3

2" se change en / devant e, i :

generum, yèndre.

gentem, yènt.

gelare, yéla.

*gingivam', yéniba, yéniwa

J a consonne).

a) Initial, le / latin a gardé le son y qu'il avait en latin ' :

jurare, yura.

jocare, youga.

juvenem, youén.

justum, yuste.

johannem, youan, yan.

jam magis, yamès Il s'est produit une dissimilation en gascon, comnne en italien, dans le mot jéjunum, deyun.

b) Intervocalique, le / latin est également devenuj^; et cetj^ a formé une diphtongue avec la voyelle précédente. En français, la diphtongue est

* M. A. Thomas me fait remarquer avec raison que la forme « gingivam » est probablement devenue *gindivam , par dissimilation. *Gindivam explique et la forme gasconne et la forme limousine, où se trouve un d.

- Dans toute la région béarnaise, il s'est transformé en y, de même qu'en français.

purement graphique; il n'en est pas de même en gascon^ où elle a conservé toute sa valeur :

raiam^ arraya.

maiam^ maya.

Dentales.

a) T médial :

I ^ Appuyé^ il persiste :

veritatem, bertad.

sanitatem^ santad.

securitatem, segurtad'.

tortum^ tort.

virtutem^ bértud.

De même qu'en français il se change en d après un b ou un c, ou un ^ :

cubitum^ coud^

placitare^ pleyda.

cogitaret, cuderet^

Remarque I. — Aiutare a donné en français (( aider » ; d'où Ton peut conclure que t après / se comporte comme après b, c, g. Il n'en est pas ainsi

* Hemmann. p. i5.

- Lespy. Dict.

■' Luchaire. Recueil de textes gasconn, Glossaire, p. i5i .

CONSONNANTISME. 76

en gascon, où Vu atone de aiutare n'est pas tombé ; cependant le t s'est affaibli en d, comme intervocalique :

*aiutare, ayudar'.

*aiutam, ayuda, encore employé de nos jours.

Remarque II. — Le / devient également d en gascon, après la labiale forte p :

capitellum, capdet.

computum, counde.

computare, counda.

2^ Intervocalique, t s'affaiblit en d, tandis qu'il disparaît en français :

catenam, cadéna-.

rotam, arroda.

rotundum, arrédoun.

natare, nada.

natalem, nadaw.

patellam, padèra.

maturum, madu.

vitalem, bidaw'.

* Luchaire. Recueil de textes gascons, p 41 ; texte de Bagnères,

- La forme u cadea » est plus régulière, et en effet on la trouve dans les anciens textes; mais déjà au xvic siècle, la forme cadéna n'est pas rare. (Cf. Dict., Lespy.)

^ « Bidau » est un nom patronymique assez répandu en Gascogne, correspondant au français Vital, au provençal Vidal, au dauphinois Vial.

sternutare^ esternuda.

peccatorem^ peccadou.

secatorem, sègadou^ C'est ainsi que tous les participes en -atam ont donné -ada, passé en français sous la forme -ade,

30 Devant une consonne.

Nous avons déjà vu, à propos du traitement des voyelles a, e, que dans le groupe ir précédé d'une voyelle, le t disparaît, dégageant un jod qui se combine avec la voyelle précédente pour former une diphtongue. Voici d'autres exemples :

aratrum, aray.

matrinam, mayria.

vitrum, béyre.

nutrire, nouyri^

o) T final.

Final ou devenu final, t persiste en gascon, même dans les cas où il est tombé en français; les participes passés en -atum auront donc en gascon la terminaison at :

armatum, armât.

' De gabatam vient gawta, au lieu de gawda ; le maintien de la forte t est dû au phonème aw.

- Nous ne pensons pas qu'on puisse expliquer ce traitement de tr en gascon par un changement de tr en cr : * pacrem, * macrem, auraient donné en gascon pagre, magre, puisque acrem et magrum donnent agre, magre. (Cf. Romania, IX, p. 174; et III, pp. 38i-382,)

CONSONNANTISMl-:. 77

vicinatum, bésiat.

virtutem, bértut.

à) D médial :

10 Appuyé, reste intact :

ardere, arde.

Remarque I. — Il devient / dans :

excaldarC;, escawta.

caldariam, cawtèra.

Cest là une influence curieuse du phénomène ajp, que Ton doit rapprocher de ce qui a été vu plus haut (p. 76^ note i). Galdarés est devenu Cauterets.

Remarque IL — Une exception remarquable est celle que présente le groupe 7îd ; appuyé sur n, d médial tombe :

vendere, béne.

prendere, préne.

findere, héne.

tondere, toune.

mandare, manar.

sponda, espona'. *spavanda, espauane'.

* Hemmann, p. 34.

2 Id., ibid.

Le mot français « Lande » est devenu régulièrement « Lane » en gascon; au nom patronymique français « Lalande » correspond le nom gascon (( Lalanne ».

20 Intervocalique^ reste intact :

predam, préda.

videre, bédé.

*fidat, hida.

laudare^ lawda ' .

incudinem, engludi-.

Remarque L — Codam a donné « coua ». On trouve aussi dans les textes « coude )> ^

Remarque IL — Souvent le ci se change en s douce ou en j' ;

videre, bede^ beze, beye*.

sudare^ suza praedicare^ présica.

cadere, cade^ caye.

* Lespy. Dict. Grâce au maintien de la consonne médiane, le gascon ne confond pas, comme le français, locare et laudare ; le mot français a louer » représente ces deux mots latins, tandis qu'en gascon, il y a deux termes : louga et lawda

"^ Incudinem devenu *incuminem a donné en français « enclume ». Le gascon a gardé le (i dans la forme « engludi » (Cf. Lespy, Dict.), qui existe en même temps que la forme « englumi ».

^ Lespy. Dict.

* Nous avons entendu les trois formes dans les mêmes localités.

CONSONNANTISME

excadere, escazer'.

viduvium, besouch.

ridere, arride, arrize.

* fidare^, hiza (à côté de hida^ cité plus haut).

laudare, lawza (à côté de lawda, cité plus haut).

fidelitatem, fizehad\ *medala, mezala^ Hemman voit dans ce fait une influence provençale*. Nous savons qu'en effet le provençal change dans certains cas d qtï s douce. « Un domaine dialectal du provençal, dit M. Suchier, laissait le d final tomber devant un mot commençant par une consonne ; ce d devenait :{ devant un mot commençant par une voyelle ; de là a:{ ela, à côté de a lieis ; que:{ eu à côté de que tu. On finit par considérer le l comme un moyen d'éviter Thiatus, et on le plaça dans le corps des mots quand deux voyelles se rencontraient : bonazurat, azondar = abundare ; rezina = reginam (qu'il ne faut pas confondre avec rezina des textes de haut italien), pazimen = pavimentum ; crezet = creavit; Provenza = Provinciam, Prozenzals ; glizeisa :::2 ecclesiam (avec un allongement remarquable) ^ »

* Hemmann, p. i5.

^ Id., ibid.

Md., ibid.

* Id.,ibid.

^ Suchier. Le français et le provençal, trad. Monet. Paris, 1891, p. 142.

Je ne crois pas que, pour expliquer ce phénomène gascon, il faille recourir à Tinfluence provençale. En gascon, le d final ne devient pas :{ devant un mot commençant par une voyelle : ad et (à lui), ad éra (à elle) ; par suite, il ne peut être question d'hiatus ni de i euphonique.

Remarque III. — Notons enfin le changement de d en l dans quelques mots : dans odorem qui donne awlou', et dans les dérivés :

awloura (exhaler une odeur).

awlourade (exhalaison).

awlerat (qui a de Todeur).

awloureja (exhaler une bonne odeur/ dans cicadam, cigala, et les dérivés :

cigalhère (grande quantité de cigales)

cigalhou (petit homme — maigrelet \

b) D final.

D final tombe en gascon, au moins dans la pro-

* Cf. Grammaire gasconne du xviiie siècle dans Revue des Langues Romanes, t. XXXI, p. 38, et Lespy, Dict. On dit souvent awdou, mais c'est là évidemment une forme due à l'influence du français. Peut-être faut-il voir dansawlou l'influence de olere.

2 Lespy. Dict.

^ Lespy. Dict.

* Dans les textes, il n'est pas rare de rencontrer Le d final devenu parfois même t ; noud; noot {nodum); berd {viridem) ; soubent {subinde) ; ce dernier mot est un mot savant, puisque dans la phonétique gasconne le b médial intervocalique se vocalise en ou, et que dans le groupe nd, le d tombe.

CONSONNANTISME. 8l

viridem, bér.

fàdem, hé.

pedem^ pè.

vadit^ ba.

nodum^ nou.

Cependant on prononce 7iud, mit de nudum ; la prononciation était la même qu'aujourd'hui au xvi*^ et au xvii^ siècle, puisque Malherbe voit dans cette prononciation un gasconisme qu'il condamne rigoureusement \ C'est là, je crois, un fait dû à l'analogie. Les mots en -iitutn, -utem, gardaient le / final; on disait bértud, bértut (virtutem) ; agut (acutum); * habutum, awut; *plavutum, plawut; scutum, éscut; *saputum, sabut; * debutum, déwut ; on a dit de même, nud, nut (nudum) et même madut (maturum).

a) S initiale.

S initiale reste intacte en gascon salvum, sawb.

salvare, sawba.

sapere, sabé.

saporem, sabou.

satullum, sadout.

securam, segura.

* Malherbe, t. IV, p. 416.

Remarque I. — Dans un certain nombre de mots^ s initiale est restée intacte ou est devenue ch ; les deux prononciations existent à la fois :

seX;, seys ou cheys.

sudorem^ sudou et chudou*.

*sinis, sens et chens.

salivam^ saliwa et chaliwa.

sanguinem, sang et chang ^ Remarque II. — Un e prosthétique s'ajoute^ comme en français et dans d'autres langues romanes^ aux groupes initiaux se, st, sp ; cette s s'est maintenue toujours dans la prononciation gasconne, tandis qu'en français elle est tombée d'abord dans la prononciation, puis dans l'écriture :

scalam^, éscala.

scribere, éscriwe.

scutum, éscut.

stare, esta.

stelam, éstéle.

spatam, éspada.

spicum^ éspic.

' Arnaudin. Contes de la Grande-Lande , p. iSy.

- Dans l'expression Cham-Diu pour Sang-Dieu. Cf. Lespy, Dict.

Cette substitution de c/z à 5 est très fréquente en béarnais, remarque M. Lespy. « S chuinte dans serment, sarment; sens, sans; seys. six; salibe, salive ; sixante, soixante; suc, suc; on dit cherment, chens, cheys, chalibe, chichante. chue. Les mots siula, siulet, siffler, sifflet ; sourd, sourd ; se prononcent dans beaucoup de localités chiula , chiulet , chourd ». (Gram. béarn., p. 89.)

CONSONNANTISME. 83

LV prosthétique s'étend^, en gascon^ à un bien plus grand nombre de mots quVn français (nous parlons de la langue française du xvi^ et du xviie siècle) :

scandalum^ éscandale.

statuam, éstatua.

specialem, éspéciaw.

stilum, éstil.

scapulam^ éscapule'.

scopam, éscouba.

Dans certains textes, Ve prosthétique n'apparaît pas ; il en est ainsi notamment dans la Paraphrase des psaumes de la Pénitence. « Vs impure, dit M. G. Ghabanneau, se présente sans e préposé dans spina, vers i ; sperit, vers 278, 278, 445 ; speransa, vers 200, 493 ; scriure, vers 385. Mais ce n'est là qu'un fait de graphie, comme en catalan, puisque la mesure exige, aux vers i, 200 et 493, Télision d'une voyelle ; dans les autres au contraire, le rétablissement de Ve, sauf pourtant peut-être au dernier cité, que j'ai laissé sans changement, mais que j'aurais pu corriger (E) scriures (e) deu^ )>

b) S médiale devant une consonne.

5 médiale subsiste et garde sa sonorité devant

* Lespy. Dict.

'^ Paraphrase des psaumes de la Pénitence, en vers gascons, publiée par M. C. Ghabanneau. Paris, Maisonneuve, 1886, Introduction, pp. v et vi.

une consonne, tandis qu'en français elle n'a persisté que dans les mots savants ^ :

praestare, présta.

vestire, bésti.

castellare, castéra.

castellum, casted.

istam^, ista.

vesperas, brespas,

poscat, pouske,

crescat, creske^ Dans les groupes sU, s'n, s se change en un jod qui, joint à la voyelle précédente, forme une véritable diphtongue :

vassallettum, baylét.

asinum, ayne.

elemosynam, awmouyna.

c) S finale.

5 (ou ss) finale est maintenue et prononcée en gascon :

tempus, temps, nasum, nas.

falsum, faws.

pensum, pés.

pressum, prés.

' M. W. Kœritz l'a prouvé. Cf. Das s vor consonant im Fran^œsichen. Strasbourg, 1886. (Voir dans Romania, XV, 614, un compte rendu de cet ouvrage.)

2 II est nécessaire dajouter que 5C "devient ch devant e : crescere, crèche; vascellam, bâchera (Cf. Hemmann, p. 3o).

CONSONNANTISME. 85

opus^ obs'.

fundus^ fons \ melius^ mcls\

Labiales.

a) P médial.

i« P médial intervocalique devient b :

adrepare^ arriba.

sapere, sabé.

sapare, saba.

crepare^ creba.

*saputum^ sabut.

recipere, arrécébe *.

2'^ P médial devant une consonne.

Il subsiste dans le groupe pt :

' Hemmann, p. 41.

^ Id., ibid.

s Id., ibid.

* M. Bourciez remarque que « \e p entre voyelles s'était affaibli en b dans le latin vulgaire, où ripa, crepare devenaient riba, crebare. C'est donc en réalité ce B (conservé par d'autres langues romanes, l'espagnol, le provençal) qui est en français descendu à V dès l'origine de la langue ». {Précis de phonétique, p. 97. Remarque i.) S'il en avait été ainsi, le b intervocalique aurait disparu en gascon et donné le son ou : fabam, hawa ; abante, awant ; hibernum, hiwèr.

capitellum, capdet\ ^

capitalem^ capdaw, captaw'. ]

h) P final.

P final se maintient^ mais il n^est pas prononcé après une consonne :

campum, camp, ^capum^, cap.

prope^ prop \

B médial.

10 B médial appuyé se maintient :

abbatem^ abad\

abbatia^ abadia^

carbonem^ carbou.

Si la consonne qui précède b est m, le b tombe :

cumbam^, coma^

gambam^ cama.

' Capdet est la forme primitive. Jean d'Antras signe : le Capdet sans reproche nommé Samazan. (Cf. Mémoires de Jean d'Antras de Samazan. Aux lecteurs, p. 2.)

Aujourd'hui encore, en Gascogne, on prononce c.ipdèt ou caddèt.

"■^ Lespy. Die t.

^ Hemmann, p 43.

* Hemmann, p. 21.

5 Id., ibid.

'' Lacome est un nom propre très répandu en Gascogne , il correspond au nom propre français Lacombe,

GONSONNANTISME. 87

palombam, palouma^ d'où le dérivé

paloumèra.

ambas, amas\ cambiare, camia'.

2" B médial intervocalique se vocalise en ou qui se joint à la voyelle précédente :

cibatam, ciwada, chiwada.

hibernum^ iwèr.

scribere^ escriwé.

scribanum, escriwa.

fabam, hawa.

laborare, lawra.

habere^ awé.

debere, dewé.

gabatam, gawta.

caballarium, ca\varer\

On peut affirmer d'une manière générale que les Gascons ne connaissent pas cette lettre ; ils ont toujours changé le v latin en h, phénomène qui n'était pas inconnu dans le latin populaire^ comme le prouvent les inscriptions et les mots français brebis (ver-

* Hemmann, p. 33.

2 ld.,ibid.

^ Id., p. 14. Dans la région béarnaise, le b médial intervocalique se maintient: çibada, iber, escribé, escriba, haba, habé, etc.

vicem), berger (vervecarium). Ce traitement du v latin est Tun des traits caractéristiques du parler gascon; on connaît le jeu de mots de Scaliger (très joli;, mais faux au point de vue philologique) : Felices Vascones^ quibus « vivere » est (c bibere^ ».

a) V initial.

V initial devient b en gascon :

vitam^ bita.

vitalem^ Bidau.

vivum, biw.

venire, bié.

vaccarium^ bakè.

vinum^ bi.

vicarium^ béguer.

b) P^médial.

10 V médial appuyé devient b :

silvam, séwba.

salvare^ sawba.

servi re, sérbi.

invidiam^ émbéia.

conventum, coumbén.

' La prononciation gasconne peut en effet confondre ces deux termes latins ; mais, en réalité, le peuple n'a jamais fait cette confusion, puisque, dans leur passage du latin au gascon, ces deux mots ont donné des formes différentes. Vivere (i long) devient en gascon bUvê, et biberç (i bref), béwé.

CONSÔNNANTISME. 89

2" P^médial intervocalique se vocalise en on : lavare, lawa. novellum, nawèt^ novellam^ nawèra.

avicellum^ awzèt.

viventem, biwén.

pavorem^ pôw.

juvenem, iouén*.

c) V final suivi d'un jod.

Ce groupe ne subit ni en gascon, ni en provençal le même traitement qu'en français, a En français, le groupe hjy vj, exige une voyelle d'appui : rouge, rubeum, vouge, viduvium, carouge (mais à l'ouest caroi), quadruvium ; cela n'arrive pas en provençal où l'on a roi (variante roch), cairoi, gascon bezouch (d'où le français emprunte besoche)^ »

Les Gascons ont-ils connu cette lettre ? A ne considérer que l'usage actuel, la réponse est facile. Les Gascons, sauf dans les mots importés de

* Il n'en est pas de môme dans la région béarnaise qui dit « nabèt, nabèra, bibén ».

- Le son ou (provenant de 11) et le son ou (provenant de b) se sont confondus.

^ A. Thomas, La loi de Darmesteter en provençal (Romania, janv. 1892, p -7, note 3).

go PHONETIQUE DU PARLER GASCON.

la langue française^, remplacent toujours par h Vf latine. Mais, dans des temps plus reculés, aux xi^, xii« et xiiie siècles, avaient-ils pour / cette même répugnance qu'il est aujourd'hui si facile de constater ?

Les textes de ces époques nous présentent, écrits avec une y, bien des mots actuellement prononcés avec une h : faut-il en conclure que ces mots étaient alors prononcés comme ils étaient écrits? F avaitelle dans ces mots le son que nous lui donnons en français ?

C'est l'opinion de Diez et de M. P. Meyer\ Au contraire, MM. L. Couture, Luchaire et Lespy sont portés à croire que dans ces termes gascons / sonnait h.

Je crois, dit M. L. Couture, qu'on peut établir en règle générale que les mots gascons primitifs ne renfermaient jamais d'/*... Que l'on ne m'oppose pas la présence de Vf dans de très vieux titres de notre pays. Plus les titres sont vieux, plus ils sont écrits, d'ordinaire, 4'après les habitudes normales de la langue d'oc officielle et classique. Cependant la prononciation ancienne était certainement à peu près la même qu'aujourd'hui et Vf écrite se prononçait h dans notre pays\

M. Luchaire oppose à l'opinion de Diez (sur la prononciation de Vf en espagnol), l'opinion de

* Romanîa, t. VII, p, 141.

2 Rev. de Gas., t. XII, p. 466.

CONSONNANTISME. 9!

Delius : « Delius préfère supposer que, dans Tancienne prononciation, f et h se rapprochaient bien plus Tun de Tautre que dans la langue actuelle. Cette dernière opinion, à laquelle nous nous rangeons, s'applique plus justement encore au gascon qu'à FespagnoP ».

De son côté, M. Lespy a constaté dans des documents du xii^ et du xive siècle que certains mots étaient écrits tantôt par h, tantôt par/ ;

Hatze, Fathse.

Hargoe, Fargoe.

Hontaas, Fontaas.

(( S'il y avait en pareil cas deux manières d'écrire, y avait-il deux manières de prononcer? Évidemment non : que l'on écrivît / ou /z, on prononçait h aspirée. Ce qui le prouve, c'est la prononciation qui a persisté. Pour ne citer que trois noms de communes ayant mêmes radicaux que les mots latins (( ficus, ferrum, fagus »,ils sont, à différentes époques, toujours écrits avec Vf initiale, et ils nous sont restés tels qu'une prononciation constante nous les a transmis : Higuères (arrondissement de Pau), Herrère ^arrondissement d'Oloron), Haget-Aubin (arrondissement d'Ortliez)- . »

Sans doute, ajouterons-nous, il est très difficile d'admettre que /ait pu servir à noter le son h. Et cependant, si on ne l'admet pas, comment expliquer

* Études sur les idiomes pyrénéens, p. 204. Cf. aussi R.deG,,x. XIX, p. i3i.

* Gram. béarn., pp. io2-io3.

que nous rencontrions, écrits avec/;, des mots où cette lettre n'est pas étymologique^ mais bien certainement représente une h ?

N'a-t-on pas dit toujours et partout « halle » ? Or, un texte gascon nous montre c( fala )> : en la fala de Riscle {Comptes consulaires de Riscle. 1474, publiés par MM. Parfouru et J. de Carsalade du Pont. Paris, 1886, p. 177.)

A-t-on jamais dit « faut )) pour « haut » ? Nous trouvons cependant dans le même ouvrage : u leban lors mas dextras faut entai cel. )> (p. 178). Et dans les Honneurs, d'Archambaud : a la tengo entroo fo temps de meter X^faut » c'est-à-dire « la tint (Pépée) jusqu'à ce qu'il fallut la suspendre \ »

Nous pourrions ajouter d'autres exemples ; ceuxci nous paraissent suffisants pour prouver que, dans certains cas, f a été mise pour l'aspirée. Si / a remplacé l'aspirée dans « fala » et « faut », pourquoi n'en aurait-il pas été de même dans bien d'autres mots ^ ?

* Cité par Lespy, Gram. béarn., p. 294, n» 412.

- M. W. Meyer-Lubke s'exprime ainsi, à propos de la transformation de/en/î, dans l'espagnol, a Les plus anciens monuments de la littérature espagnole écrivent encore presque sans exception/; ainsi le Cid, le Libro de la Cara, le Libro de Cetreria, la Visio de Filiberio , Calila, etc. Mais des métathèses orthographiques et des cas isolés où h apparaît prouvent que déjà à cette époque le signe / ne représentait pas une labio-dentale, mais tout au plus une spirante sourde, bilabiale et peut-être seulement la simple aspiration (t. I, 20 partie, pp. 353, 334).

CONSONN ANTISME . 9 3

§ I. — F initiale.

F initiale devient h ' :

furcam, hourca.

feminam^, henna.

fœnuni;, hé.

facere, ha, hè.

fabam, hawa.

filium, hilh.

ferrum, hèr.

f erratum, h errât.

Remarque I. — Dans le groupe initial fr, il n'est pas rare de voir disparaître à peu près complètement cette aspiration :

fratrem, hrai, rai.

frigidum, hréd, réd.

Dans quelques mots, Taspiration a disparu tout à fait, et IV, devenu initial, est précédé, selon la règle que nous verrons plus bas, du préfixe ar :

*fromaticum, hroumatye, roumatye, arroumatye.

fragam, hraga, raga, arraga.

Remarque II. — Le groupe initial^ présente une modification plus surprenante encore ; f tombe le plus souvent ; il n'y a pas d'aspiration ; mais VI, devenue initiale , est précédée du préfixe es :

* Cf. en latin fœdus, hœdus; — fostem, hostem ; — fostiam, hostiam. {Dict. étymologique latin, Bréal et BaiJly, p. 122.)

flagellum, layét, eslayet.

fiorem, eslou.

*florire, eslouri.

flammam^ eslam.

M. Luchaire considère ce préfixe es comme représentant un préfixe latin. Eslam viendrait en réalité non de flammam^ mais de ex-flammam ; cette explication semble naturelle^ en effet. Mais ces formes *ex-flammam ^ *ex-flagellum, *ex-florem^ ne sontelles pas bien étranges ? Le latin ne place guère -ex devant les substantifs^ sauf devant ceux qui viennent d'un verbe ayant déjà ce préfixe. Peut-être est-ce par analogie avec *ex-florire, *ex-flammare , que Ton a dit *ex-florem^ *ex-flammam. Il faudrait donc ici invoquer surtout le principe analogique.

Ne pourrait-on pas supposer aussi (qu'il nous soit permis de hasarder cette hypothèse) : i » que l'aspiration primitive a été représentée par une 5 ; 2" que cette s a pris un e prothétique ? Cette hypothèse sera, ce nous semble, parfaitement légitime, si nous prouvons qu'on rencontre, dans le parler gascon, des exemples de 5, substitut de h.

Or, nous pouvons affirmer que, à Bernac-Debat, village à quelques kilomètres de Tarbes, et dans les villages voisins, on prononce e//couba (balai), e/îcoupi (cracher), pour escouba, escoupi, qui est la prononciation la plus usuelle en gascon. Dans la vallée du Lavedan, l'aspiration de florem est remplacée par s ; on dit « sloure » '.

' a En cap, un couhet arribantat qué-u dabe et èr d'ue

CONSONN ANTI SME . Q 5

Ainsi, h et s peuvent prendre la place Tune de l'autre ; on a donc pu dire : Jlammam , hlam , slam, eslam ; florevî, hlou, si ou, eslou.

§11. — F médiale, qu'elle soit appuyée ou intervocalique, devient h :

infernum, ihèr.

infantem, enhan, ehan\

Liquides.

Le traitement de R en gascon offre un grand nonnbre de traits particuliers.

§ I. - R initiale.

R initiale est précédée en gascon du préfixe ar- :

sloure » (lui donnait l'air d'une fleur). Société Académique des Hautes-Pyrénées. Pièces couronnées au concours du félibrige, i3 août 1890.

' Aujourd'hui on se sert surtout du mot ft mainatyé » . Mais le mot « enhan, ehan » est le vieux mot gascon, celui qu'emploient les poètes du xvie siècle :

Etz no m'an pas leixat un esquindrolh, Per capera deus enhans las vergognas.

Ils ne m'ont pas laissé un chiffon, — Pour couvrir des enfants la nudité. (Pey de Garros, i» Egloga.)

- Sur le traitement de R initiale, Cf. Luchaire, Études

rationem^ arrasou.

ripam, arriwa.

Il arrive souvent qu^après le suffixe ar, la syllabe latine initiale tombe :

revendere, arrébéne ou arbéne.

recipere^ arrécébe ou arcébe.

rotundum^ arrédoun ou ardoun.

renegare, arnéga.

§ II. — R médiale.

a) Intervocalique ou devant une consonne ^^ elle subsiste comme en français.

b) Si elle est appuyée, il convient de distinguer deux cas :

lo R subsiste;, si la consonne d'appui tombe ou se vocalise :

libram^ liwra.

fabricam^, hawria".

sur les idiomes pyrénéens, pp. 208 et suiv. ; P. Meyer^ Romania, m, p. 437.

* Rs devient ss : versare, béssa ; bursam, housse, bossa (Cf. Dict. de Lespy.)

Dans les Comptes consulaires de la ville de Riscle, on trouve: assa = arsa (p. lxxiu) ; persouna (personam) et bersana *versanam (Cf. Hemmann, p. 37) sont deux mots savants, comme le prouve le maintien de n.

^ i? s'est maintenue après un c: acrem, agre; macrum, magre.

CONSONNANTISME. Q7

Remarque I. — Fratrem^ matrem, patrem ont donné hrai (ou rai)^ mai, pai, seules formes à peu près employées; mais on disait autrefois, et on trouve dans les textes du xii*^ et du xiii^ siècle les formes complètes : payre, mayre, frayre. (Luchaire, Recueil de textes gascons, Glossaire; P. Meyer, Romania, v, 369; m, 437.)

Remarque II. — Les Gascons disent libe (librum); mais ce mot doit être regardé comme un mot emprunté au français; le maintien du b l'indique suffisamment. Le mot français livre est devenu libre, /iZ>e;demême, marbre (qui a remplacé en gascon le vieux terme fnarme), est devenu marbe, ei cela n'a rien de surprenant, puisque, comme nous allons le dire, /' métatonique ne se maintient point après une consonne dans le parler gascon.

2^ R médiale appuyée tombe, si la consonne d'appui subsiste :

alt[e]rum, awte.

arb[o]rem, arbe'.

marm[o]rem, marme.

ventrem, bénte.

^ A l'oumbreto d'aquet arbe On s'estoufo lou peccat, Si lou co n'es pas de marbe,

D'amou se trobo toucat. {Revue de Gasc, t. XX, p 394.) A l'ombrette de cet arbre — Où meurt ^.s'étouffe) le péché, — Si le cœur n'est pas de marbre, - D'amour il se trouve touché.

98 t>HONÉTlQUE DU PARLER GASCON

pip[e]rem^ pébe magistrurri;, mèste'.

nostrum^ nouste.

§111. — La métathèse de R est très fréquente en gascon :

dormire^, droumi.

febrem^ hrèbe, errèbe'.

comparare, croumpa.

*cuperare^ cruba.

*pauperem^ prawbe.

capram^ craba.

§ I. - L médiale.

a) Le groupe médial // présente un phénomène des plus remarquables; il devient r en gascon^ :

' Plus anciennement mayeste. « Mayeste Johan de Checoey », acte de 1879, cité dansi?<?vî/erfe G^5C., t.XV, p. 224.

- Cette forme existe, quoi qu'elle ne se trouve ni dans le Dictionnaire béarnais de Lespy, ni dans le Recueil d'anciens textes gascons, de Luchaire ; nous l'avons entendu très souvent, dans les nombreux villages qui avoisinent Tarbes.

^ Luchaire, Études sur les idiomes pyrénéens, pp. 211 et suiv. — Revue de Gasc.^ t. XII, p. 463.

CONSONNANTISME. gg

gallinam^ garia.

illani;, éra.

bellam^ bèra.

novellairi;, nawèra.

pagellam, payera, capellam^ capèra.

bullire, bouri.

viteliam, bédèra. appellare, apéra.

pullinum, pouri.

maxillam, mâchera, devallare^ débara.

Ce trait de phonétique explique une forme gasconne, antérieure il est vrai à la période qui nous occupe, mais bien étrange (si elle est tout à fait sûre), chez un trouvère qui vivait un peu après le milieu du xm^ siècle : c'est la forme barade pour ballade ^

b) L médiale persiste, si elle est déjà précédée d'une consonne ; mais c'est le cas le plus rare : amplum, ample, exemplum, eissemple'.

Le plus souvent, / est précédée d'une voyelle, et alors elle se vocalise en ou, qui se joint à la voyelle précédente :

albam, awba.

talpam, tawpa.

» Cf P. Meyer, Romania, t. XIX, p. 3o.

- Hemmann, p. 32.

cal[i]dum^ cawt.

excaldare^ escawta.

silvam^ sewba.

*alcunum;, awcu^ awgu'.

§ II. - L finale \

Ci) L finale se résout en ou, qui se joint à la voyelle précédente :

filum, hiw.

aprilem, abriw.

malum, maw.

casalem, casaw.

natalem, nadaw.

portale, pourtaw.

calet, caw.

ad-talem^ ataw.

Cependant, après o, l tombe sans vocalisation : *volit, bo.

solum, so.

solidum, so.

*folem, ho.

b Le groupe // devenu final donne / ; pelle m, pèt.

pullum, pout.

satullum, sadout.

* Dans les textes du xiiie siècle, algun. (Hemmann, p. Sy.) - Cf. Luchaire, Études sur les idiomes pyrénéens, p. 21 3.

GONSONNANTISME . I O I

vallem^ bat.

illum, et.

coUum^ cot.

bellum, bèt.

castellum, castèt.

vitellum, bédèt.

capitellum^ capdèt.

(( Ce t, remarque M. Luchaire {Études sur les idiomes pyrénéens, p. 21 3), se prononce suivant les pays, soit comme t simple, soit comme un tch, soit comme un /' ou même comme un k\ » Sur ce point particulier, on lira avec intérêt les articles de M. P. Meyer {Romania, v. 869) et de M. Ascoli {Arch. Glott., III, 78), et ce qu^en a dit M. W. Meyer-Lûbke (Gram. des langues romanes, t. I, 2^ partie, pp. 485, 487).

Le traitement de m n'est pas tout à fait le même en français et en gascon ; ainsi, pour ne toucher qu'à quelques points, dans le groupe mb, nous avons déjà vu que b tombe ' ; le groupe mn devient mt ; ainsi de scamnum vient escaun ^, de dom[i]nam, dawna ; de somniare, sawnia; Tancien gascon n'intercalait

' Cf. plus haut, p. 87.

* Cf. Annales du Midi, n» 12, p. 562.

pas un b euphonique entre les deux éléments des groupes ml, m'r ; les textes réunis par M. Luchaire n'offrent que a semlar^ samlar^, semlanceS) ; marm[o]r a donné marme^ par suite de la chute de r ; mais aucun de ces traits phonétiques particuliers au gascon ne nous semble avoir eu d'influence sur la langue française ; nous n'avons donc pas à en parler plus longuement.

A^ initiale persiste comme en français ; mais sur le traitement de n médiale^ nous devons présenter certaines observations :

1 0 A^ médiale appuyée reste intacte ; n intervocalique tombe :

lunam^ lua.

unam, ua.

venam, bea.

gallinam^ garia.

plenam, plea.

*avellanettum^ aweraet.

caminatam, camiada.

sonare^ soua.

seminare^ semia.

*minatiare^ miassa.

carbonarium^ carboè.

• Textes relatifs à la région de Bagnères de-Bigorre, I2D0. Le groupe ni l n'est pas mentionné par Hemmann.

CONSONNANTISME . 1 0 3

D'après les exemples qui précèdent, on voit que n tombe, soit qu'elle suive, soit qu'elle précède la voyelle tonique. Les mots où elle a persisté paraissent dus à l'influence française : persouna, pour nat; awnou, a\\noura, pour hondre, hondrar, que présentent les textes anciens'.

2^ A^ médiale devant une consonne.

a) Dans le groupe nd, n persiste, d tombe : Landam, Lana.

brandam, brana^ mandare, mana.

fundum, houn.

Par suite, tous les verbes en -ndere ont leur infinitif en -7ie (Cf. p. 77, Rem. II).

h) Ujî se change en m, devant v devenu b : invidiam, émbeia.

conventum, coumbén.

convenire, coumbié.

Convenicum, d'après quelques-uns, aurait donné comminge; M. A. Thomas a prouvé que comminge vient de commenicum, formé de commence ; comment serait une forme basque de convenu. (Annales de la Faculté de Bordeaux, 3, pp. 3i3 et suiv.).

^ Cf. Romania, III, dans VÉtude sur une charte landaise, les remarques que fait M. P. Meyer à propos des formes thiey, thié (tenet) ; biey (venit) ; thier (tenere) ; tient (tenentem) ; dier (donarium) ; miar (* minare).

* Desgrouais signale comme un gasconisme (p. 66) brane pour brande.

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