‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue français de la fin du 15e siecle á la seconde moitié du 17eChapitre 27 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nous n'avons relevé dans ce chapitre que les mots présentant ce triple caractère :

1 0 D'appartenir au parler gascon ;

2'» De ne pas appartenir, au moins par l'acception particulière qu'ils ont en gascon, à la langue française du xvi<^ et du xvii^ siècle* ;

3*^ D'avoir été, soit employés par un écrivain gascon ou un écrivain ayant habité la Gascogne, soit signalés comme gasconismes par les grammairiens et les lexicographes de cette époque.

Acaser, s'acaser (s'établir, se fixer').

' Nous entendons parler de la langue courante. Elle nous est suffisamnîent connue (pour ne parler que des lexicographes), par le Dictionnaire français-latin de Rob. Estienne (1539) et ses différentes éditions ; les Dictionnaires de rimes de Tabourot (iSSy) et de La Noue (1596;; le Thrésor de Nicot (1606); le Dictionnaire de Cotgrave (161 1) ; le Trésor de recherches et antiquité^... de Borel (i655); les Dictionnaires de Furetière (i665), de Richelet (1680), de l'Acad. fr. (1694) et bien d'autres moins importants (Melléma,C.Oudin, Monet, Ménage, Duez, etc., etc.).

2 Cf. Lespy, Dict. Acasar ; — Luchaire, Recueil de textes gascons, Glossaire, Acazat.

« O que ces pauvres Anglois qui s'estoinct acasés depuis trois cens ans dans la ville de Calais doibvent maudire la lascheté et poltronnerie de celuy qui si laschement laissa perdre une si bonne place ! » (Monluc^)

« La verdure éternelle,

La prodigue moisson et Ponde qui ruisselle

Troublent ton jugement, et te font misérable Acaser au milieu d'un peuple abbominable. ^)

(Du Bartas.)^

« Tel le Goth

S'acase après en Gaule : et chassé de Gascongne S'arreste en Portugal, Castille et Catalongne. »

{Id.) 5

Ce mot n'apparaît dans la langue française qu'au seizième siècle ; Godefroy en cite cinq exemples, tous du xvi^ siècle. Nicot ne le donne pas, ce qui prouve qu'il n'était pas d'un usage bien fréquent; il se trouve dans le Dictionnaire de Furetière et dans celui de Richelet, mais ces deux auteurs n'indiquent^ pour ce mot^ qu'un seul exemple, tiré de la Coutume de Bordeaux. C'est l'un de ces nombreux termes qui nous vinrent d'Italie, et qui, communs à l'italien et au gascon, durent leur fortune principalement aux Gascons.

1 T. II, p. ii3.

- La Seconde Sepmaine, troisième jour, La Vocation,

■' Ibid-, deuxième jour, Les Colonies, p. 23o.

influencl: sur le vocabulaire. 279

Adieu. — Signalons le sens particulier de « bonjour )); que les Gascons donnent souvent à ce mot. (( Adieu doit se dire quand on prend congé; bonjour^ quand on se rencontre ; en certaines provinces, on emploie mal le mot adieu ; ainsi Ton dit : adieu, comment vous portez-vous ? Dites : bonjour, comment vous portez- vous ^ ? »

Cet exemple fautif de Adieu est très fréquent chez les Gascons d'aujourd'hui; il ne Tétait pas moins chez les Gascons du xvi^ et du xvii*^ siècle. Tallemant des Réaux raconte que son père, qui avait longtemps habité Bordeaux, avant de se fixer à Paris, « au lieu de bonjour disoit toujours : Adieu, Monsieur, comment vous portez-vous^? »

Affréré (associé, uni').

(( Il (l'esprit) s est si estroittement affréré au corps qu'il m'abandonne à tous coups pour le suyvre en sa nécessité. » (Montaigne\)

Ce mot appartient au vieux français, au moins sous la forme afrerir, afrarir, donnée par Godefroy ; mais il n'était plus, depuis longtemps, en usage au xvi^ siècle : il ne se trouve dans aucun Dictionnaire. Montaigne, croyons-nous — nous nous sommes déjà expliqué sur ce point ^, — a emprunté ce mot, et

* Littré, au mot Adieu.

- Historiettes, t. VI, p. 304.

^ Cf. Lespy, O/7. c/f, AfFrayra.

■ ^ Essais, liv. III, chap. v (édit. i588). ^ Voir plus haut, pp. 218 et suiv.

28o LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

d'autres semblables, non à la vieille langue française, mais au parler gascon. En ce qui concerne Affréré, il faut remarquer que, dans Tédition de iSgS, ce terme a disparu et a été remplacé par Affretté, dont la signification semble être sensiblement la même, au moins dans ce passage \ Ce détail suffirait presque à nous prouver que Affréré était regardé comme un gasconisme ; nous verrons, en effet, que, parmi les gasconismes que présente le texte paru en i588, beaucoup ont été corrigés dans le texte de \b(^b^.

Allivrer (Taxer les propriétés selon le revenu^).

Les auteurs du Dictionnaire général de la Langue française regardent cette expression comme étant d'origine méridionale ; il semble qu'on soit en droit de préciser davantage et d'attribuer à ce terme une origine gasconne, puisque le premier exemple où il apparaît est tiré d'un texte de Mont-de-Marsan *, et que nous trouvons le substantif verbal Allivrement dans un texte gascon antérieur, dans le Dénombrement des maisons de la vicomte de Béarn, sous Gaston Phébus^

* Cotgrave donne à « affretté » le sens de « lié, attaché « . - Cf., au chapitre suivant, ce que nous disons sur les

verbes transitifs suivis de la préposition à.

'" Cf. Lespy, Op. cit., Aliurement, AUivrement.

* « Choses allivrées et cottisées. Nouv. Coût, génér., IV, 908, Mont-de-Marsan. « {Dîct. génér. de la langue franc.)

■' « L'ordonance feite per Moss. sus los aliurementz a

Amasse (Ensemble').

Cet adverbe gascon était sans doute familier aux Gascons de la Cour ; d'Aubigné fait dire au baron de Faeneste : « Et le boyage de la guerre a empesché que nous n'ayons parlé amasse. » (Aventures du baron de Fœneste, p . 1 5 8 . )

Apaqueter (Mettre en paquet).

Ce verbe n'est^ croyons-nous, cité dans aucun Dictionnaire. Du mot Paquet, le français tire Empaqueter, mais chez Monluc, nous lisons Apaqueter

— « Et me dirent que les marchands qui avaient

apacquetê leurs marchandises avoient tous

deschargé. » (Monluc^)

En créant ce mot, Monluc se montre fidèle aux habitudes du parler gascon : le gascon, comme l'ancien français, aime à dériver d'un substantif un verbe composé avec le préfixe a (ad) ; c'est ainsi qu'il a formé Acaser^ Api 1er, A cantonner, Avituailler.

Apiler (Empiler, tasser^).

Ce mot n'apparaît guère dans la langue qu'au

pagar las talhes communes ; — l'ordonnance faite par Mgr sur la quote part à payer pour les tailles communales. » (D'après Lespy, Dict., au mot Aliurement.)

• Cf. Lespy, Op. c/f., Amasse; Cénac-Moncaut, D/cf. , Amasso.

-- T. III, p. 356.

'' Cf. Lespy, Op. cit., Apiala, Apiela.

XVI® siècle^ et sous la plume d'auteurs gascons. Godefroy cite Belleforest : « Masses apilées de foingS) ; et Montaigne: « En quelque assiette qu'on les couche, ils s'appilent et se rengent, en se remuant et s'entassant". w — « Que je m'appile et me recueille en ma coque, comme les to^tues^» — « Appile^vous, soutenez-vous, on vous trahit, on vous dissipe*. » Belleforest et Montaigne connaissaient, sans aucun doute, le mot gascon : A pi al a, Apiela. Monluc, lui aussi, s'est servi de ce terme, mais en lui donnant un sens différent.

— c( Nature luy (à son fils) avoict faict un peu de tort, car il estoit demeuré petit, mais fort et apilé. » (Monluc'.)

Est-ce (c trapu » que veut dire Monluc ? L'idée de « trapu » me semble se rapprocher beaucoup de celle de « pétri » et de « empilé )) ; cependant, une traduction italienne fort ancienne, que nous avons eue entre les mains (Crémone, 1628), rend ce mot par (c destro », adroit.

Ni J. Nicot, ni Furetière, ni Richelet n'ont admis ce mot qui n'obtint jamais grande faveur.

Aquantonner, acantonner (Cantonner).

— c( Que si ledict seigneur de Guyse n'eust faict ce

* Secr. de l'Agriculture, p. 8, édit iSyi. 2 Essais, liv. III, chap. ix.

5 Ibid.

* Ibid.

^ T. II, p. 192

qu'il fîst^ Tempereur se feust aqiiantonné dans le cœur de la France. » (Monluc*.)

Omis par Nicot^ Furetière^ Richelet, ce terme, que Godefroy ne cite pas, nous paraît avoir été formé par Monluc^ sur le patron des verbes formés d'un substantif avec le préfixe .1, d'après un procédé de composition qui était, nous l'avons dit, familier au dialecte gascon. (Voir plus haut Apaqueter,)

Arbeilhes (Graine fourragère qui ressemble aux lentilles^).

On rencontre fréquemment ce mot dans les pièces officielles, écrites par des Gascons ; en voici quelques exemples que nous tirons des procès-verbaux d'une enquête faite en \b^6^.

— « (Les fabriciens ont recueilli)... 14 sacs de millet, I quart de bailhar (orge), i autre quart de milloc (maïs), et 3 sesterons d'arbeilhes\ »)

— ((..,. 1 3 quarts mesture, 1 7 quarts de mil, I sesteron d' arbeilhes^ . )>

Les procès-verbaux de cette époque sont très intéressants à étudier ; comme l'usage du français est

2 Cf. Lespy, Op. cit., Arbelha, fave ; — Revue de Gascogne, t: XXXI, p. 124, note 2.

3 Ces procès-verbaux ont été publiés dans la Revue de Gascogne, t. XXX et t. XXXI.

* Cf. Revue de Gasc, t. XXXI, p. 124.

* Jbid., p. 127.

alors nouveau en Gascogne^ ils nous permettent de prendre, pour ainsi dire, sur le fait les inexpériences et les tentatives maladroites des Gascons qui^ malgré leur application évidente ;, ne parviennent jamais^ on le voit^ à oublier complètement les expressions et les tournures gasconnes.

Ardit, Hardit, Hardy (Petite monnaie^ dont on se servait surtout en Guyenne et en Gascogne^).

— « Il se mit en dispute avec un pauvre forçat qui lui demandait un hardit. » (D'Aubigné^)

— «... Ne donnait pas un hardit à Thoste. »

(id/)

— (c Je fais collation de cela, dit-elle, et quand j'ay mangé cela et beu une jaste de vin (qui vault loyaulment la pinte de Paris) avec un pain d'un hardf » (Bonaventure des Périers*.)

— (( Et prendra aussi deux hardits. » (Procèsverbal des écoles de Montaut^)

Ce mot était usité au xv^ siècle; Godefroy en cite plusieurs exemples, mais qui se rapportent presque tous à la Guyenne et à la Gascogne. C'est d'abord une ordonnance de 1467. « En nos pays et duché de Guienne est grand faute de menue monnaie,

• Cf. Lespy, Op. cit. Ardit; — Cénac-Moncaut, Dict., Ardit.

- Aventures du baron de Fœneste, p. 145. . ^ Ibid., p 247.

* T. II, p. 206.

^ Cf. Revue de Gasc. , t. XIX, p. 425.

mesmement de hardi^, dont de toute ancienneté nos subjets dudit pays ont accoustumé de user. » — Autre ordonnance de 1476, qui regarde également la Guyenne : « (les marchands^ entrant dans la Gironde) payent pour chascun tonneau quati^e hardis hourdelois. » Enfin deux textes^ tirés des Archives de la Gironde, l'un de 1496, Tautre de i562, achèvent de prouver que Hardit ou Ardit (h n'est point aspirée) n'était guère^ au xv^ siècle^ usité qu'en Gascogne. La langue du xvi^ siècle délaissa ce terme ; il n'est cité ni par Nicot, ni par Furetière, ni par Richelet ; Cotgrave l'enregistre et en indique l'origine gasconne; Ménage {Dict. étymologique), dit simplement : « Hardi, monnoye de Guyenne. »

Arenvoyer (Renvoyer).

— « J'y arenvoie CQile nuit. » (Montaigne; Lettre à Matignon, citée par M. Voizard ; Cf. Thèse sur la Langue de Montaigne, p. 25 i .)

M. Voizard regarde ce mot comme « un motpopu^ laire (?; qui n'est que dans Montaigne w. En réalité, c'est la forme gasconne du mot Renvoyer ; nous avons vu que les Gascons placent le préfixe A r devant tous les mots commençant par R\

Asture (A cette heure).

Ge mot est généralement regardé comme un mot gascon. Déjà, au xvi® siècle, Et. Pasquier le cite

' Cf. plus haut, Phonétique du parler gascon, p. 96 .

parmi ceux auxquels Montaigne « malaisément baillera vogue S). Tel est aussi le sentiment des auteurs du Seizième siècle en France. « Monluc, Montaigne, Marot recourent au gascon : escarbillat, billot, stropiat, asture^, etc.^ » Mais il n^y a rien de gascon dans A sture, sauf peut-être la prononciation u pour eu^. La contraction, justement signalée par MM. Hatzfeld et Darmesteter, dans ce passage : « Montaigne, Monluc, Brantôme et d'autres écrivains méridionaux emploient volontiers le composé astur, c'est-à-dire asteiir, contraction de : à cette heure* » n'a rien qui soit particulièrement gascon. « De très bonne heure, IV de cet, cette, celui, a été syncopé, ce qui autorise à penser qu'il était surtout féminin. Péletier critique « ceus qui se sont avizés d'écrire ste femme, ste cause » . On disait, en général, et même on écrivait au xvi^ siècle : « ast heure ^ » Mais lors même qu'on écrivait «à ceste heure », on prononçait souvent Asteure ou A sture. Je n'en veux pour preuve que la remarque suivante de Tabourot

• Lettres, liv. XVIII, let. i ; t. II, p. 5i6.

^ Hatzfeld et Darmesteter, Le Seizième siècle en France, Ke partie, p. 194, note 2.

^ Cf. plus haut, pp. 246 et suiv.

* Op. cit., p. 281.

^ Thurot, Histoire de la Prononciation fr . , t. I, p. 210. Nicot avait déjà reconnu cette contraction. & Si que le mot entier est A ceste heure et par syncope des lettres C E, Astheure • laquelle syncope est aphérèse, quand hastant et couppant le parler, on dit sthomme, pour cest homme. » Ni Furetière, ni Richelet ne citent ce mot.

des Accords, remarque tirée de cette préface si curieuse du Dictionnaire des y^imes, où quelques poètes modernes semblent avoir puisé leur poétique nouvelle. « lime semble désiaque j^en voy un (poetastre) qui fait un vers de treize et quatorze syllabes au lieu de douze, et le prononce si bien à la fantasie qu^il retienne la mesure parfaite, comme celuy qui me monstra un sonnet où estoient ces vers :

A ceste heure ma douce amie ie prens de vous congé, Vous penserez s'il vous plaist au mal que pour vous ié.

Et prononçoit :

Astheur' ma douce amy' ie prens de vous congé, Vous pensrez s'il vous plaist au mal que pour vousié. »

Terminons par une observation qui a son importance^ : dans l'édition des Essais, publiée en 1695, (c Asture » a été plus d'une fois corrigé en « A cette heure ». On lit dans le texte de i588 (liv. III, chap. vi) : « Puisque les daemons, les sybilles et nous, avons ignoré cettuy-cy jusqu'asture )> ; tandis que le texte de i^gb porte « jusqu'à cette heure »

A talban iser (Fortifier) .

— « Je ne suys bougé de ce lieu d'Aire, encores qu'il soit ouvert, et fai:{ atalbaniser estant à cheval jour et nuyt. » (Monluc^) Ce verbe, que l'éditeur

* Cf. ce que nous disons plus haut, à propos du mot Affréré.

de Biaise de Monluc explique par « Fortifier » est-il gascon ? Nous l'ignorons ; nous ne Tavons rencontré nulle part.

Attestatoire (Attestation^).

C'est le mot gascon a Attestatory )), auquel Monluc a donné une terminaison française. Nicot, Furetière^ Richelet ne connaissent que Attestation ; Godefroy n'a pas relevé cette forme dialectale.

— « Après avoir faict faire une attestatoyre à la noblesse. » (Monluc ^)

Avituailler, Avictuailler (Avitailler).

Les Gascons ont dérivé du substantif Victuaille, venu peut-être d'Italie^ mais qu'ils possédaient eux aussi (Cf. Lespy, Dict.; Bitualhe), le verbe Avictuailler, Avituailler, de même qu'en français on avait fait de Vitaille, Avitailler. Victuaille a triomphé du vieux mot français Vitaille; mais Avitailler s'est maintenu.

— « Guillet, recepveur pour le roy en ces quartiers-là, print grand pof ne d' avituailler et préparer les navires. » (Monluc ^)

— (( Et les fys pourter (les grains) vers Eause et autres lieux voisins, afin que les ennemis nepeussent avituailler leurs villes tn Béarn. » (Id.*)

* Cf. Lespy, Op. cit., Attestatory. ^ ' T. V, p. 297.

5 T. III, p. i56.

^ T. III, p. 342. »

— « Et les aultres (galères) estoient venues icy à Savonne pour eulx avictuailler. » (Bernard d'Ornesan^ baron de Saint-Blancard\)

Nous trouvons dans César Oudin les deux formes (( Avitailler, Avituailler ».

A^e, Ase. (Ane^.

— tt Un vat d'a^e lié sur sa teste. » (D'Aubigné*.) Ce mot, que Tabourot des Accords signale comme

gascon (p. 82, verso) : « Aze^ mot gascon pour Asne », eut un certain succès. Scarron, Adrien de Monluc et bien d'autres l'employèrent ; Richelet l'enregistre et cite à l'appui un exemple de l'Académicien Saint- Amant ; avec quelque réserve, il est vrai, puisqu'il le fait précéder d'une croix*.

Bagans (Oisifs^).

Aujourd'hui, en gascon, le sens de « oisif >> est le

' Lettre du 11 sept. i534, publiée par M. Ph. Tamizey de Larroque. Revue de Gascogne, t. XII, p. 523.

— Cf. Lespy, op. cit., Ase; — Cénac-Moncaut, Dict , Azou. Il est surprenant que Mistral ait oublié de signaler cette forme dans son Trésor dufélibrige. En Gascogne, on se sert aussi de la forme « Aine » (prononcez la diphtongue ai comme dans aïe).

^ Aventures du baron de Fœneste, p. 284.

'* La f indique que « le mot ou la façon de parler n'ont proprement leur usage que dans le style simple, dans le comique, le burlesque ou le satirique ».

^ Cf. Lespy, Op. cit., Bagant; — Cénac-Moncaut, Dict., Baga

seul qui soit attaché à ce mot^ dont Torigine évidente est a vacantes^ ». Mais^ d'après Ménage, « Bagans » a pris en français le sens de « pâtre » ; le rapport de ces deux significations « pâtres » et « oisifs » est très facile à saisir : les pâtres, on le sait^, se livrent rarement à une occupation sérieuse, et ce n'est pas sans raison que les poètes nous les représentent jouant du chalumeau à Tombre des hêtres touffus. Quoi qu'il en soit, il est certain que ce terme fut admis, à un moment donné, dans la langue française, puisque Ménage le cite dans son Dictionnaire étymologique, et le signale comme venu de Gascogne. « C'est un mot gascon, dit-il, qui signifie pastresoupayisans(5/c) qui gardent le bétail dans les Landes de Bordeaux, avec une charrette sur laquelle ils portent ce qui leur est nécessaire pour vivre, ne se retirant dans leur maison que rarement. » Et Borel : « Bagans, c. bergers en gascon. » [Trésor des Recherches , p. 32.)

Bandai ier, bandoulier^ .

— « Ces gens, comme poltrons, se jectoient dans les tailhis et dans les fossés, le vantre à terre ; les bandoliers les chargeaient par les boys et leur tiroient comme quand on tire au gibier. » (Monluc'\)

— (( (Fontrailles) se fye qu'il a son chasteau dans

' Cf. plus haut, sur v initial, p. 88; sur c intervocalique devant a, p. 69.

^ Cf Lespy, Op. cit., Bandoulè, Bandoulère. 3 T. II, p. 425.

la montagne, qu'on n'y pouvoit mettre artillerie, et s'est accointé des bmtdoliers menant ceste vie. » (Id. *)

— « Monsieur de Rambouillet m^a escrit du jour de devant hier qu'on luy avoit promis de faire desloger hier les bandoliers, qui sont plus fortz que les habitans. y> (Jean de Monluc, évêque de Valence^)

— « Mais ung soir, estant les deux gentilz hommes mariez et leurs femmes arrivez en une maison d'un homme plus bandoidlier que païsan, » (Marguerite d'Angoulême^)

— (c Car, comme un pauvre passant, échappé en chemise des mains de quelques bandoliers, prend çà et là, où il se rencontre, pour se couvrir, quelque pièce d'habit. » (Florimond de Raymond*.)

Littré donne d'autres exemples tirés des Œuvres de La Noue, de d'Aubigné, de Bonaventure des Périers, ce qui prouve que ce mot était très répandu au xvi^ siècle. Pour Littré, de même que pour les auteurs du Dictionnaire général de la Langue française, notre « Bandoulier » vient de l'espagnol « Bandolero » factieux . « Bandolero » est espagnol ;

- Lettre du 20 juillet i566, à Catherine de Médicis, publiée par M. Ph Tamizey de Larroque, Revue de Gasc, t. IX, p. 280.

^ Heptaméron. Prologue. La scène se passe en Gascogne, et les « bandoulUers » sont des voleurs et des assassins indigènes.

^ Erreur populaire de la papesse Jeanne; passage cité dans la Revue de Gascogne, t. IX, p. 267.

mais ce sont, d'après nous, les Gascons qui ont introduit (( Bandoulier )) dans la langue française. Ce mot, en effet, leur était très familier, comme on vient de le voir ; bien plus, « dans les vallées d'Aspe et d'Ossau, dit Lespy [Dict.), on traitait de bandoulès les gens de Lavedan » . Et il cite ce passage de Ghéruel : « On appelait primitivement bandouliers les vagabonds espagnols qui occupaient les ports et passages des Pyrénées et dévalisaient les voyageurs. On a, par extension, appliqué ce nom à tous les soldats mercenaires qui, aux xvi^ et xvii^ siècles, servaient dans les vieilles bandes. » {Dict. des institutions.) La phrase de Marguerite d'Angoulême, que nous avons transcrite plus haut, montre que ce terme s'appliquait également aux assassins et aux voleurs gascons.

Ainsi donc, si Ton songe que le mot de « Bandoulier » a été de tout temps usité en Gascogne, comme sobriquet donné aux habitants de certaines vallées pyrénéennes ; - qu'en outre, il n'entre dans la langue française qu'au xvi® siècle, et que les premiers exemples où on le rencontre nous sont fournis par des auteurs Gascons, —- on n'hésitera pas à attribuer à l'influence gasconne l'introduction de ce terme dans la langue française.

Nicot ne cite pas « Bandoulier » ; mais César Oudin, Borel, Furetière et Richelet l'admettent ; et les trois derniers remarquent que ce nom a d'abord été donné « aux voleurs qui se tiennent dans les monts Pirénées » .

Baqiiette, Vaquette (Ancienne monnaie béarnaise, divisionnaire du sou, sur laquelle de petites vaches — en gascon Raquettes — étaient représentées à Tavers').

Rabelais a employé ce mot dans une phrase, il est vrai, de tout point gasconne'; nous le trouvons aussi dans un édit royal du 29 nov. i538, relatif à la suppression des « baquettes » dans tout le royaume ; et dans les A veutiires du baron de Fœneste: « Et n ayant plus une vaquette, car nous nous en estions faict pour nostre argent \ »

Ban^ique^,

— « Les assiégés se couvroient de barriques le mieulx qu'ils pouvoient. » (,D'Antras'\)

Robert Estienne, et, après lui, tous les auteurs de Dictionnaires disent que ce terme est venu des Aquitains. « Barrique, Aquitanis, muy à mettre le vin. »

Bastine (Petit bât').

— (( Quelcun de nostre temps escrit avoir veu en

' Cf. Lespy, Op, cit., Baquete, - Voir plus haut, p. 33.

* Cf. Lespy, Op. cit., Barrique, Barrica. ^ P. 12.

*^ Cf. Lespy, Op. cit., Bastine. Sur la présence de 5 sonore. Cf. plus haut. Phonétique du parler gascon, pp. 83-84.

ce climat là des païs où on chevauche les bœufs apec bastines. » (Montaigne \)

M. Voizard {Op. cit., p. 267) place à tort ce mot parmi les mots de formation savante, introduits dans notre langue par Montaigne. Montaigne Ta emprunté au parler gascon. On le trouve dans César Oudin : « Bastine, alvardilla » ; G. Sand, de nos jours, a essayé de le remettre en honneur. « Ils dorment à la franche étoile sur la bâtine de leurs mulets, et la neige leur sert de linge blanc. » [Les Maîtres so?ineurs^.)

Bavasser (augmentatif de Bavarder^).

— « 11 semble que la coustume concède à cet aage plus de liberté de bavasser et d'indiscrétion à parler de soy. » (Montaigne*.)

Ce mot n'a été employé que par Montaigne, dit M. Voizard, qui ajoute : (( Ce verbe augmentatif de bavarder est un mot de TAngoumois et de la Saintonge; l'ancienne langue employait baver. » \0p. cit., p. 243]. Babasser, comme Bastine, a été pris au gascon, et non aux dialectes de l'Angoumois et de la Saintonge, que Montaigne ignorait probablement, comme il ignorait le périgourdin.

^ Essais, liv I, chap. xlviii.

'^ Cité par M. DelbouUe. Cf. Matériaux pour servir à l'historique en fr. (Champion, Paris, 1880.)

^ Cf. Lespy, Op. cit , Babassa, Babasse, Babassous. ^ Essais, liv. III chap. 11.

Beguer (Viguier*).

Comme le français Viguier, ce mot vient de vicariiim^ ; il est entré au xvi^ siècle dans la langue française^ si nous en croyons Cotgrave^, qui le cite et lui donne une origine béarnaise. Borel l'enregistre aussi : a Begué ou Vegué, c. Sergent, selon Ragueau. » {Trésor des recherches, p. 44.)

Beilet (Valet').

Telle est la forme gasconne qui correspond au français Valet, comme Aine correspond à Ane*; ce terme se rencontre fréquemment dans les Aventures du baron de Fœneste.

Besiat (participe passé du verbe gascon Besia, gâter, cajoler').

— « G^estoit une pie qui conduisoit ses petits piaux par les champs, pour leur apprendre à vivre ; mais ils faisoyent les besiat^ et vouloyent tousjours retourner au nie. » (Bonaventure des Périers^)

* Cf. Lespy, Op. cit., Beguer; — Luchaire. Recueil de textes gascons, Glossaire. Beger, Beguer, Beguier.

- Voir plus haut : Sur v initial, p. 88 ; sur le traitement de I atone, pp. 67, 5i; de c devant a, p. 68; du suffixe arius, a, um, p. 59.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Baylet, Beylet.

* Voir plus haut : Sur v initial, p. 88; sur le traitement de 5'/, p. 86.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Besia. Ce mot ne doit pas être confondu avec le substantif Besiat, qui signifie Voisinage, Communauté.

6 T. II, p. 288.

Borel rappelle, à propos de ce mot, usité aussi dans le Languedoc, un vers de Goudouli, poète Toulousain, et il ajoute : « L'excellence de cette expression gasconne est si notable et si délicate qu'on ne la sçauroit bien exprimer. » ( Trésor de recherches,

Besoche (sorte de Pioche*).

Ce terme nous vient du gascon, comme le montre M. A. Thomas dans son Mémoire sur la Loi de Darmesteter, en provençal- . Cotgrave Ta admis; du Gange cite plusieurs exemples qui présentent la forme gasconne : Besog, Besoch, Besouch.

Biedaseries, Vieda^eries (Sottises, futilités).

C'est un terme comique, forgé probablement par d'Aubigné, d'après le juron gascon Bietdasou^; il appartient à la langue du baron de Faeneste.

— <{ Mais je fus irritai jt;<2r d'autres biedaieries'* . »

— « Mettez-y donc un escriteau, et non pas toutes ces vieda^eries. » iTallemant des Réaux^) Aucun dictionnaire, croyons-nous, ne donne ce mot ; mais Visdaze se trouve dans Borel. {Op. cit., p. 464.)

Bikore (Exclamation gasconne dont le sens est : Au secours ! ^).

* Cf. Luchaire. Recueil de textes gascons. Glossaire. Bozoi. 2 Voir plus haut, p. 89 : v final suivi d'un jod.

5 Cf. Lespy, Op. cit., Bietdasou.

^ Histor., t. I, p. 284.

6 Cf Lespy, Op. cit., Biahore, Biaffore.

— « Nous avons beau crier bihore, c'est bien pour nous enrouer, mais non pour Tacivancer. » (Montaigne'.) Cotgrave cite ce mot.

Bonnet ade (Coup de bonnet; salut^i.

— (( Quand il sera en jalousie et en caprice, tios bonnetades le remettront-elles } » (Montaigne \)

— (( Je suis diSSQZ prodigue de bonnetades. » (Id. ^)

— (( C'est un grand despit que vous nVyez que le reste de la bonnetade qu'on fait à vostre barbier ou à vostre secrétaire. » (Id.*)

— « J'aymeroy aussi cher que celuy-là se gratifiast des bonnetades qu'on luy faict. » (Id/)

— (( Je ne puis leur apprendre à distinguer les bonnetades qui les regardent de celles qui regardent leur commission ou leur suite ou leur mule. » (Id.**) — K Scipion, ennuyé des feintes bonnetades. » (Du Bartas \)

Ce mot, ditM. Voizard, doit être un terme familier dans la langue d'oc, laquelle a fait une forme de substantif participe avec le suffixe -ade, et qui a vieilli. (Op. cit., p. 243.) Nous ne croyons pas que cela soit tout à fait exact ; a bonnetade » vient de

' Essais, liv. II, chap. xxxvn

^ Essais, liv. I, chap. xlii.

^ Essais, liv. II, chap. xvii.

* Essais, liv. II, chap. xvii.

^ Essais, liv. III, chap. v.

* Essais, liv. III, chap. x

■ La première Sepm., nie jour, p, i52.

2g8 LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

Tespagnol « bonetada », et non d'un dialecte de la langue d'oc ; mais les Gascons, les Languedociens, les Provençaux, déjà familiers avec les mots en -ade, ont dû, à la vérité, être des premiers à répandre ce mot espagnol. Cette catégorie de mots en -ade, introduits dans la langue française au xyi^ siècle, est nombreuse et intéressante à étudier. Ces mots proviennent de trois sources : de l'italien, de l'espagnol ou des parlers de la langue d'oc (nous ne parlons pas de ceux qui ont pu être formés par analogie). L'origine en est parfois facile à déterminer. Bonnetade est espagnol, Estrapade italien, Boutade gascon ; le plus souvent, le mot se rencontrant à la fois en italien, en espagnol, en gascon, il est difficile de préciser à laquelle de ces trois langues on doit le rapporter ; mais, dans tous les cas, il est permis de supposer, à côté de l'influence italienne ou espagnole, l'influence gasconne qui a propagé, quand elle ne les a pas introduits, les mots de cette nature.

Boussin (Morceau^).

Cotgrave enregistre ce mot et lui donne une origine gasconne ; est-ce au parler gascon que Rabelais l'a emprunté ? « Et au diable le boussin de pain pour s'escurer les dents' .>;

Boutade^.

(c L'ancienne forme, dit Littré, était boutée, qui

* Cf. Lespy, Op. cit., Boucii.

- T. II, p. 268. Prologue pour le ive livre de Pantagruel.

5 Cf Lespy, Op. cit., Boutade, Botade.

fut longtemps usité seul; Boutade fut fait dans le xvi^ siècle, d'après les formes espagnole et italienne. » C'est une erreur ; ce mot n'existe pas en italien ; il existe en espagnol, mais avec un sens bien différent. Ce terme est gascon. M. Lespy, dans son Dictionnaire béarnais, cite un texte du xvi<^ siècle :

M'habes dat grana botada, Per me ha prene trabucada.

(Tu m'avais donné grande poussée, — pour me faire tomber (pour me faire prendre chute).

Littré apporte, comme premier exemple de l'emploi de ce mot, un exemple tiré de Montaigne, ce qui ajoute aux probabilités d'une origine gasconne.

— (c Je hasarde souvent des boutades de mon esprit, desquelles je me méfie ^ .-»

Montaigne a dit ailleurs : « Mais je me laisse pourtant, à boutades, surprendre des morsures de ces malplaisantes pensées'. » — « Il (nostre monde) fut aussi toujours un et pareil, et se monta non par boutades, mais par complexion. » {Ibid.) — « Si la santé mesme si succrée vient à me retrouver par boutades, c'est pour me donner regret ^ »

Breveter (Dépouiller un dossier, parcourir un livre*).

— « Je prends plaisir de voir Brutus . . . desrobber

' Essais, liv. III, chap. viii.

— Essais, liv. III. chap. xii. ^ Essais, liv, lïl, chap. x.

* Cf Lespy, Op. cit., Brebetar.

a ses rondes quelque heure de nuict pour lire et breveter Pol/be en toute sécurité. » (Montaigne ^)

On explique « Breveter » par « Composer un abrégé^ un sommaire » (Cf. Voizard; op. cit., p. 252), et c'est là en effet le sens habituel de ce mot au xvi^ et au xvn^ siècle ; César Oudin traduit (( Breveter » par (( Abreviar». Mais Brutus a-t-il jamais eu la pensée de composer un abrégé^ un sommaire de Polybe ? Il faut voir dans « Breveter » le mot gascon (( Brebetar », terme de procédure, doublement familier à Montaigne, gascon et magistrat. Or, Brebetar signifie a dépouiller un dossier ». « Lo conselhée sera tengut de brebetar lo procez e en far rapport fentz lo termi de oeyt jorns », dit un texte du xvi^ siècle. (Le conseiller sera tenu de dépouiller le procès et d'en faire rapport dans huit jours. Cf. Lespy, Dici. béarnais, au mot Brebetar.) Dans la phrase de Montaigne, « Breveter » a donc le sens de « Parcourir » . De même « Brevet » a le sens de a Registre » dans la phrase suivante : « Si quelque estonnement me menace, feuilletant ces petits brevets descousus comme des feuilles sybillines, je ne faux plus de trouver où me consoler de quelque prognostique favorable en mon expérience passée. » (xMontaigne^)

Cabane^.

Ce mot, d'après les auteurs du Dict. général de

' Essais, liv. III, chap. xui.

- Essais, liv. III, chap. xiii.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Cabane

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. 3o I

la Langue française, a été emprunté au provençal Cabana. Ne serait-ce pas plutôt le gascon qui Ta introduit dans notre langue? La phonétique gasconne explique cette forme aussi bien que la phonétique provençale \ et de plus, le premier texte où elle se rencontre se rapporte précisément à la Gascogne, à TAstarac. « Estable de chevaux appelée par le langage du pays cabanne. » (Cf. Dict. général.) On disait en effet « cabane » dans la Gascogne pour « étable de chevaux », comme le montrent les Coutumes de Soûle: « Tout gremi de bestiar. . . qui fey cabane de societat y>, ainsi traduit par J. de Bêla : « Tout troupeau de bestail de la terre de Soûle qu'on assemble, selon le droit de société et compagnie, en une cabane. » (Cf. Lespy, Dict.) On dit aussi (( cabane de abelhes )^ pour « ruche ».

Cachalot.

Littré s'exprime ainsi sur Tétymologie de ce terme : (( D'après Anderson . . , ce mot serait d'origine basque, cachau signifiant, dit-on, dans cette langue une dent. Mais RouUin fait remarquer que le mot est non pas basque, mais catalan, et que quichal en catalan signifie dent; en espagnol quixal ou quixar, dent mâchelière ; de sorte que, dans cette étymologie, le cachalot est l'animal armé de dents, nom qui lui convient très bien. » Cette étymologie n'a pas

' Voir plus haut • Sur Ca initial, pp. 67, 68 ; sur P médial intervocalique, p. 85. D'après Fureiière, ce mot viendrait de l'italien Capanna.

satisfait les auteurs du Dictionnaire général de la Langue fr., puisqu'ils disent: Origine inconnue. Nous n'avons nullement la prétention de résoudre un problème aussi difficile ; qu'il nous soit simplement permis de présenter deux remarques: 1° Le gascon se sert du mot Cachau (cachaw\ Cachai^ pour signifier une dent molaire, d'où les dérivés Cachalade, coup de grosse dent, et Gachilas, dent d'un animal. Or, Cachai expliquerait mieux que Quichal la forme Cachalot; — 2^ Les Gascons du littoral, les Rayonnais surtout, ont été de tout temps de hardis et intrépides marins ; et cette considération est de nature à appuyer, ce nous semble, une hypothèse qui chercherait dans le parler gascon la racine du mot Cachalot.

Cadédis (Juron gascon, cité par Littré comme exemple de gasconisme ; Cf. Gasconisme).

La véritable forme gasconne de ce mot, qui correspond au français Tête-Dieu, est Cadédiw (Cap de Diw). Les auteurs comiques ne manquent jamais de placer ce juron sur les lèvres des Gascons ; Corneille, Molière, Regnard l'ont employé.

— « Cadediou ! ses valets feraient quelque insolence. »

(Corneille.) *

— t. Eh 1 Cadédis, Monseu, boyez qui l'on pût estre :

Un libret, je bous prie, au varon d'Asbarat. »

(Molière.) ^

* Illusion comique, III, IV.

^ Bourgeois Gentilhomme, Ballet des nations ; voir encore Fourberies de Scapin, III, II.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. 3o3

Cadene (Chaîne^).

Nicot, après J. Thierry, a enregistré ce mot qui était pourtant bien suspect. H. Estienne ne se moquet-il pas des courtisans qui l'emploient ? « Ces messieurs les courtisans . . trouvent plus beau Attaquer que Attacher, et Attacher à la cadene que Attacher à la chaîne ^ » Ni Furetière, niRichelet ne le citent ; Godefroy Ta omis; mais, récemment, les auteurs du Dictionnaire général Tont admis.

Venu de l'italien, ce terme est en même temps gascon, et c'est le souvenir du gascon qui explique sa présence dans les œuvres de Monluc et de du Bartas.

— « Ils estoinct sur le point d'estre réduictz à ce malheur de se veoir attachés à la cadene. )> (Monluc ^)

— « Non que par ce discours stoyque, je me pêne D'attacher T Eternel à la dure cadene De la nécessité. » (Du Bartas.) ♦

Cadet, Capdet, Cabdet\

M. P. Meyer a signalé le premier* l'ofigine fran-

1 Cf. Lespy, Op. cit., Cadene; — Luchaire. Recueil de textes gascons, Glossaire. Cadene.

2 Deux Dialogues du nouv. lang. fr. italianizé, i^i- Dialogue, p. 82.

5 T. II, p. 128.

* Première Sepmaine, iv^ jour, p. 197.

5 Cf. Lespy, Op, cit., Capdet, Capdeg. Sur l'origine de ce mot, voir plus haut, pp. 49, 5o.

^ Romania, t. lïl, p. 3 16.

chement gasconne de ce mot dont la fortune a été si rapide. En voici quelques exemples^ tirés d'auteurs gascons du xvi^ siècle :

Jean d'Antras s'adresse aux lecteurs^ dans la première page de ses Mémoires, et termine ainsi sa lettre : (( Votre plus obeyssant serviteur : le capdet sans reproche nommé Samazan^ seigneur de Cornac \))

— « Et j'excuse plustost un cabdet de mettre sa légitime au vent que celuy à qui l'honneur de la maison est en charge. » (Montaigne ^')

— (( J'aymois à me parer quand f est ois cabdet, à faute d'autre parure, et me seoit bien : il en est sur qui les belles robes pleurent. )) [Id.^)

— « Nous estions allez, le cabdet de Polastron et moy. . . » (d'Aubigné*.)

C4ap, cape^.

Les lexicographes du xvi^ et du xvii^ siècle ont bien vu que Cap était un terme méridional. Tabourot des Accords le cite comme gascon. « Cap, mot gascon, pourlateste^ » — « N'est pas naïf François, dit Nicot, car le François dit Chef ce que le gascon dit Cap et l'espagnol Cabo et l'italien Capo, tous

' Mémoires de Jean d'Antras ; Aux Lecteurs, p. i . '^ Essais, liv. II, chap. xvii.

^ Ibid., liv. III, chap. vi.

* Aventures du baron de Fceneste, p. 63. s Cf. Lespy, Op. cit., Cap, Cape; — Luchaire, Recueil de textes gascons. Glossaire. Cap.

^ P. 117, recto.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. 3o5

quatre issus du latin caput.» Antoine Oudin explique ainsi la locution Cap à Gap : « Cap à Cap, i. teste à teste, en présence Tun de l'autre : mot Prouvençal ou Gascon*. » Et Furetière enfin, pour ne pas allonger indéfiniment cette revue des lexicographes : « Cap (au sens de tête de Thomme) n'est en usage que dans cette phrase : de pied en cap. Les Gascons disent aussi : cap de bious*, quand ils veulent jurer. » Au xiii« siècle, on rencontre pour la première fois ce terme, dans des paroles prêtées à Eléonore d'Aquitaine^; mais ce n'est guère qu'au xvi^ siècle qu'il entra définitivement dans la langue française.

Pour expliquer l'origine de cape et de capon, on n'invoque plus l'origine picarde ou normande*; on admet qu'ils viennent de l'italien Cappa et Cappone ; mais il importe de remarquer qu'ici encore Tinfluence italienne et l'influence gasconne se confondirent et s'exercèrent dans le même sens^ Il est certain que

* P. 71 (édit. 1640).

* N'y a-t-il pas une faute d'impression pour Dious ? S'il faut lire réellement cap de bious, on aurait là un équivalent du français Tête-bleu pour Tête-Dieu.

^ Cf. Dict. Général de la langue fr.

* « On est étonné, dit M. G. Paris, que M. Bourciez croie encore à l'origine picarde ou normande des mots camp, campagne, cape, sûrement italiens et espagnols. » {Romania, t. XVIII, p. 587.)

^ Ce terme se rencontre en français bien avant le xvie siècle. M. Delboulle l'a trouvé dans un texte du xiiie siècle.

3o6 LÉ GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

le mot Cape était familier aux Gascons; la cape était chez eux un vêtement national^ et Ton sait que les capes de Béarn et de Gascogne avaient quelque célébrité, a Cape de Bearn^ dit Nicot^ est un habit de gros drap tissu. . . que les viles personnes, gens de village/ portent communément en Bearn dont laditte appellation est prinse^ et en Gascogne V » Nous avons relevé ce mot chez du Bartas et surtout chez Montaigne.

— « Le larron apprentif.

la riche bourse attrape,

Craintivement hardi la cache sous sa cape. »

(Du Bartas.) -

— « Un simple garçonnet de Lacédémone, ayant

« S'avoient une cape estendue sor l'erbe. » (Auc et Nicol , 274). Cf. Matériaux pour servir à l'hist., p. 61.

On le trouve encore dans ce vers de la Chanson de Roland, cité par Littré (Cf. mot Chape) :

« N'a tel vassal sous la cape du Ciel »

Mais ce vieux mot semble avoir disparu de la langue pour ne reparaître qu'au xv^ et au xvie siècle.

* Cf. César Oudin : a Capa de Bearn, Gascona. » — Ménage {Dict. étym.) : « Cappe de Bearn, à cause que les Bearnois ont introduit l'usage de cette sorte d'habillement. » Le diminutif de Cape, Capette, désigne en Gascogne une sorte de manteau porté par les femmes de la campagne. On sait que les écoliers du collège de Montaigu étaient appelés Capettes, « à cause de leurs petites capes », dit M^e de Gournay. {Ombre, p. 5o3 ; édit. 1626.)

^ La seconde Sepmaine, premier jour (l'Imposture), p. 64.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. 3o7

desrobé un renard et Payant mis sous sa cape, » (Montaigne \)

— (( Un manteau en escharpe^ !a cape sur une espaule... » ild.')

— (( Quant à moy, j'ai cette autre pire coustume que, si j'ai un escarpin de travers, je laisse encore de travers et ma chemise et ma cappe; je desdaigne de m'amender à demy. » (Id.^j

Capiscos,

Ce mot est-il gascon ? Nous l'ignorons ; nous le citons pourtant, parce que Cotgrave le signale comme un gasconisme au sens de maître d'école*.

Capulef^,

Le Dictionnaire général de la Langue française dit que ce terme a été « emprunté du gascon Capulet ». Les Gascons, en effet, appellent ainsi un capuchon de femme, une petite cape.

Care\

— « Il est aisé de veoir à la care si ung homme est espouvanté. » (Monluc\)

* Essais, liv. I, chap. xiv.

— Ibid., liY. I, chap. XXVI, édit. i588; chap. xxv, édit.

s Essais, liv. III, chap. vui.

* Cf. Dict. Général de la langue fr.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Capulet.

6 Cf. Lespy, Op. cit., Care.

3o8 LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

C'est un vieux mot de la langue française, que ne connaissait plus la langue du xvi® siècle; Monluc Ta pris au gascon qui dit Cara dans le sens de visage.

C argue (Charge, en langage militaire \) C'est « un terme de marine » dit Littré, qui semble n'avoir pas connu le sens de charge, terme militaire, qui se rencontre fréquemment chez Monluc.

— « Monsieur de Candalle qui avoict veu ma cargue et voyoict que tout se descouvroict. » (Monluc ^)

— (( Je trouvay une grand trouppe de gens à cheval des ennemis, que le seigneur dom Fernandou conduizoict, car c'estoict luy qui fist la cargue. -» (Id.^)

« Bailler la cargue » se trouve avec ce sens dans Tabourot des Accords (p. 44, verso). Mais Monluc a dit aussi « Prendre la cargue » pour « Fuir » .

— « Doncques, cappitaines, despuis que Tœuil vous accompaigne à voir la force de vostre ennemy et le lieu là où il est et que vous Tavés tasté et trouvé aisé à prendre la cargue, chargés-le*. »

* Cf. Lespy, Op. cit., Cargue. Il est vrai que ce mot n'a pas tout d'abord désigné une charge militaire; mais on peut admettre que lorsque le mot français Charge eut pris le sens figuré d'attaque impétueuse (et ce sens est fréquent au xvie siècle), le gascon Cargue, correspondant au français Charge, prit lui aussi ce même sens figuré, dans le langage des soldats gascons.

^ Ibid., p. 256.

* Ibid., p. 32 1.

— « Et en cecy les cappitaines pourroint estre instruictz de ne prendre jamais la cargiie\ »

L'italien, qui a fourni tant de termes militaires à la langue du xvi^ siècle, ne peut pas revendiquer celui-ci; il vient, soit de l'espagnol, soit du gascon.

Chaffre (Sobriquet*).

Monluc pleure la mort de ses enfants, tués au service du roi. « Dieu me les avoit donnés, dit-il; et ilz (les rois) me les ont prins : j'en ay perdu trois à leur service; Marc-Antoine, mon aisné, Bertrand auquel par chaffre je donnay le nom de Peyrot qui est un mot de nostre Gascoigne, parce que ce nomlà de Bertrand me déplaisoit. . . ^ »

Nous n'avons trouvé dans aucun Dictionnaire ce mot qui, en gascon, signifie sobriquet.

Cir couder (Entourer*).

— a Et comme je passois à Aiguillon, faisois faire altou (halte) devant ladite ville, pour ce qu'ilz estoient trois ou quatre mil hommes... et les voulois aller circonder^, »

Ce terme, omis dans tous les Dictionnaires que nous avons consultés, est italien et espagnol ; si on le

— Cf. Lespy, Op. cit., Chaffre.

'^ T. III, p. 5oi. M. de Ruble, le consciencieux éditeur de Biaise de Monluc, a oublié d'expliquer ce mot.

* Cf. Lespy, Op. cit., Circumdat.

s T. II, p. 45o.

trouvait ailleurs que chez Monluc^ on serait tenté de le prendre pour un mot savant^ mais, sous la plume de Fauteur des Commentaires, c'est évidemment un souvenir du gascon.

Cloque (Poule qui a des poussins').

Nous avons vu (p. 2 1 ) que Peletier du Mans aurait voulu faire passer ce mot dans la langue française ; du Bartas, lui, a dérivé un verbe de ce substantif :

— « Tout ainsi le milan dans son ongle crochue Le pépiant poulet emporte par la nuë ; Cependant que là-bas la clou-clouquante voix En vain son ravy fils r'appelle maintes fois. » ^

Coronade^.

Encore un de ces mots terminés en -ade, qui plaisaient tant aux Gascons (voir plus haut, au mot Bonnetade). Celui-ci, pourtant, n'a pas eu une brillante fortune, sans doute parce qu'il était peu convenable. César Oudin le note, il est vrai: « Coyonnade, f. Galloferia, cobardia. » Mais Nicot Ta omis; Furetière et Richelieu ne citent que Coïon, Coyon ;

* Cf. Lespy, Op. cit., Clouque.

2 Judith, 26 llv , p. 368. L'édition de 161 1 porte « cloucouquante voix )i , mais il est certain qu'on doit lire « clou-clouquante » ; du Bartas aimait, lui-même le déclare (Advertissement sur la i^e et la 1'^ Sepm.), a pour augmenter la signification et représenter plus au vif la chose

à répéter la première syllabe du mot • comme pe-petiller, ba-battre ».

5 En italien, Coglioneria.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. 3 i I

Coïonner, Coyonner ; CoYonneriC;, Coyonnerie^ qui semble être le mot italien. La forme Coyonade est seule usitée en gascon^ et c'est elle qu'on trouve dans Monluc.

— « Le Piémont où on parloict de vous, Dieu le sçait, fort honnorablement, après qu'on eust entendu la coyonade, qu'autrement ne se peult appeler ' . »

— « Et là je luf ramonstray la coyonnade que nous avions faicte^ »

Cuillère,

Cette forme méridionale semble n'apparaître dans la langue française qu'au xvi^ siècle (Cf. Littré, au mot Cuiller, Hist.), ce qui nous autorise à penser que les Gascons l'apportèrent sans doute au Louvre. Nous avons déjà rappelé la discussion qui s'éleva un jour à la Cour d'Henri IV, au sujet de la terminaison de ce mot^ Les Gascons, parmi lesquels « le Roi et M. de Bellegarde, tous deux du pays d'A- Diou-Sias estoient pour Cuillère, et disoient que ce mot estant féminin, devoit avoir une terminaison féminine* ». Les autres (ceux du pays de Dieu vous conduise) prétendaient qu'il fallait dire une Cuiller. Malherbe condamna les Gascons et les renvoya, selon son habitude, aux « crochetteurs du Port-au-

-' T. III, p. lo.

^ Voir plus haut, p. 211.

* Cf. Tallemant des Réaux, t. I, p. 278,

Foin » . Malgré Malherbe, la forme Cuillère a persisté, et il nous paraît même qu'elle est d'un usage plus fréquent ^

Deçà que delà (D'une façon ou d'une autre).

Chapelain condamnait celte expression comme étant gasconne. « Il dit que les Gascons disent deçà que delà pour d'une façon ou d'autre, et appelle cette manière de parler barbare ^ »

Desconsoler (Affliger^).

Desconsoler, c'est le contraire de Consoler, comme Desconfort, usité au xvi^ siècle, était le contraire de Confort*. Montaigne a employé ce terme gascon.

— « Les larmes d'un laquais . . . , une consolation commune, me desconsole et m'attendrit*, w

Désengager (Dégager).

— (( Monsieur le mareschal qui se vist désengaigé sort dehors la ville. » (Monluc^)

— « Le seigneur Cornelio et moy feusmes contrainctz d'emprunter quatre cens escuzjc>owr désen-

1 Sur le genre de ce mot, voir plus bas, chap. iv, § 2.

2 Remarques de Vaugelas, t. I, p. 385 . 5 Cf. Lespy, Op. cit., Descounsoulè.

4 « Desconfort. C'est proprement tristesse, qui n'est point soulagée, ni allégée par conseil et remonstrance d'autruy : car Confort est ayde et accostement de secours... » (Nicot.)

5 Essais, liv. III, chap. iv.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. 3l3

gaiger son grand ordre, qu'il avait engaigé chez ung Juif. » (Id.*)

— « Et ne me semble guère moins de coust desen gager celuy qui me doibt, usant de luy, que m'engager envers celuy qui ne me doibt rien . )> (Montaigne ^)

— « Quoy? qu'il plaignoit l'argent de ses amis à desengager sa vie et qu'il refusa de sortir de prison par l'entremise d'autruy. » (Id.')

Littré ne donne pas d'exemples de ce mot, qui soient antérieurs au xvi^ siècle ; Vaugelas, au contraire (il n'accepte d'ailleurs que la forme « Desgager ») suppose avec raison que la forme « Désengager » a été la première en usage. « Car ces verbes, dit-il, composez d'un verbe simple qui commence par em ou en, laissent d'ordinaire cette première syllabe dans leur composition, comme à'^engager simple se forme le composé desgager, à'' envelopper se fait desvelopper , et à'' embarrasser, débarrasser , quoiqu'il y ait apparence qu'au commencement on a dit désengager, désenvelopper et désembarrasser\ » Quoi qu'il en soit, ce sont les Gascons qui, au xvic siècle, ont mis en honneur le mot Désengager ; aux exemples de Monluc et de Montaigne que nous venons de citer, nous pourrions en ajouter d'autres de Montaigne encore, de d'Aubigné, de Brantôme, recueillis par Littré. Que les Gascons aient fait usage

* T. II, p. 107.

— Essais, liv. III, chap. ix.

3 Ibid.

* Remarques, t. II, p. 198

de « Désengager h au lieu de a Dégager » , cela ne saurait nous surprendre ; le parler gascon, en effet, comme Tancien français, possède un très grand nombre de verbes avec le double préfixe dés, en; presque tous les verbes qui, en français moderne, ont le préfixe dé, présentent en gascon les préfixes Désen. Ainsi, de Four, le français a tiré Enfourner, Défourner ; le gascon, Enhourna, Désenhourna ; — de Terre, de Gaine, on a formé en français Enterrer, Déterrer, Engaîner, Dégainer; et en gascon Enterra, Désenterra, Engayna, Désengayna, etc/ Les Gascons disent de même Désencuse pour excuse ; Désendemouna pour chasser le démon, exorciser; dans Montaigne, nous trouvons Désenforger. (( Accuse t- il pas (Socrate) une pareille douceur et joye en son ame pour estre désenforgée des incommodités passées ^ » Nous avons en français bon nombre de mots dans la composition desquels entre ce double préfixe ; si Ton étudie Thistoire de ces mots, on s'aperçoit qu'ils sont en général récents ; presque tous apparaissent ou après un long oubli réapparaissent au xvi^ siècle : ne pouvonsnous pas en conclure, non seulement pour le verbe Désengager, mais pour tous les mots de même nature, que Tinfluence gasconne aida puissamment à les introduire et à les propager dans la langue française ?

^ Cf. Lespy, Op. cit., Désenhourna, Désenterra, Désengayna.

'^ Essais, liv. Il, chap. xi.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. 3l5

Deslouer (Disloquer).

C'est le verbe gascon Desloùga' francisé. On trouve Deslouer dans le vieux français-, mais ce terme était bien oublié aux xvi^ et xvii^ siècles, puisque les lexicographes ne le notent pas. Nicol donne, il est vrai, Deslouer, mais uniquement dans le sens de « blâmer » , tandis que Monluc l'emploie au sens de « disloquer » .

— (c Je me deslouis la hanche' .»

A ce verbe se rattache le substantif Desloueure, qui en dérive.

— « Comme les médecins m'avoient ordonné (d'aller aux eaux) pour une desloueuj^e de cuysse que j'ay. ^) (Monluc *.^

Montaigne préférait Desloueure à Dislocation; si l'on en croit Naigeon, un de ses éditeurs, « en marge de l'exemplaire corrigé par Montaigne, on lit écrit de sa main Desloueure, à la place de Dislocation que donnent les autres éditions^ ».

Despouderat .

C'est le participe passé du verbe gascon « Despoudera » ôter le pouvoir" ; ce terme a été employé par

• Je ne trouve pas ce mot dans le Dictionnaire de Lespy ; cependant il est d'un usage général, au moins dans toute la Bigorre.

— Voir Godefroy.

* T. III, p. 94.

^ Cf. Voizard, Thèse sur la langue de Montaigne, p. 243 . " Cf. Lespy, Op. cit., Despoudera ; - Luchaire, Rec. de textes gasc , Glossaire, Despoudera.

d'Aubigné dans les Aventures du baron de Fœneste,

— a Que fit lou despouderat V »

Desséparer (Séparer^).

— « Et que la trahison est unye en la desloyaulté, lesquelz ne se peuvent desséparer. » (Monluc'.)

— « Gomme cela seroict faict, on copperoit les longues pièces de boys.... et cela se desséparant, les piliers du mesmes s'acheveroinct de rompre. » (Id.*)

— « Tirant aux escluzes qui deséparent le païs d'Artois et la terre d'Oye. » (Id/)

— (( Il me semble que si le roy fait ledict édit, // desséparera ceulx qui ne suivent les malicieulx que par peur d'avecques eulx. » (Id/)

Godefroy cite quelques exemples de ce mot au XV® siècle; mais il était si peu usité au xvi® et au xvii®; que Nicot^ Furetière^ Richelet Pont omis. Monluc Ta certainement pris au parler gascon.

Donner (dans le sens de Aller),

Ge sens est resté dans la langue militaire ; les écrivains gascons du xvi® siècle ont été, ce semble, les premiers à donner à ce terme cette signification particulière,

* P. 110. Lou n'est autre chose, on le sait, que l'article Le, en gascon « et » ou « lou ».

^ Cf. Lespy, Op. cit., Dessepara.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. Siy

— c( Il fallait donner tous par ung aultre lieu. » (Monluc\)

— « Si d'adventure vous estes à Boulogne, donnés jusqiies à Paris pour cest effect. » (Henri IV *^) C^est la traduction exacte de la tournure gasconne : Dat enta Paris.

— (( Borgne, prenez quarante ou cinquante maistres et alle:{ donner jusque dans les fauxbourgs de Paris. » (Id.')

— c( Si nous ne la pouvons joindre (la mort), nous la pouvons approcher... et si nous ne donnons jusques à son fort, au moins verrons-nous et en prattiquerons les advenues. » (Montaigne*.)

Les Gascons emploient d'ailleurs ce verbe dans une foule d'autres expressions qui leur sont propres ; c'est ainsi qu'ils disent « Donner un tour » pour « Faire un tour de promenade » ; — « S^en donner, ne pas s'en donner » pour « Avoir souci de, ne pas avoir souci de » ; — « Donner gagné » pour « Abandonner la partie. » Cette dernière tournure se rencontre chez Palissy : « Et quant au premier point, je te donne gaigné^ .»

Encause (Cause ^).

Les Gascons emploient encore aujourd'hui « En-

' T. III, p. 319.

* Lettres missives, t. ly^ p. y 4g.

^ Ibid. (Lettre à d'Harambure, un Gascon lui aussi.)

* Essais, liv. Il, chap. vl

' Œuvres de Palissy y p. 23 (édit. A France). ^ Cf. Lespy, Op. cit., Encause, Encausadou.

3l8 LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

cause» pour «Cause», et ont coutume de dire « C'est lui qui est en encause » pour a C'est lui qui en est cause. » C'est ainsi que parle Monluc.

— « Or, que je scaiche qui feust en cause que Monsieur le Dauphin ne marcha*. »

— (c Je ne sais à qui mauldire de ceulx qui sont en cause qu'elle (la guerre) s'est recommencée^ .»

Ces exemples de Monluc nous montrent qu'on a d'abord dit « en cause », « être en cause que » ; mais bientôt la préposition « en » s'est unie au substantif pour ne former qu'un seul mot, comme le montre le dérivé gascon « Encausadou », c'est-à dire « celui qui est la cause » .

Encore (pris dans le sens étymologique de à V heure actuelle).

Cet emploi de « encore » est un gasconisme ; en voici un exemple remarquable emprunté aux Aventures du baron de Fœneste :

— « FUNESTE : Et là faut cercher quelqu'un qui aille encore disner.

« Enay : Comment, encore ? Et disne-t-on deux fois, à la cour ?

« FUNESTE : Ha ! pourquoy demandez-vous cela ?

« Enay : Pource que dites encore. Mais je voi bien, c'est un dialecte du pays, comme le seulement des Angevins ^ »

2 T. III, p. 2i5.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. SlQ

Cet emploi de Tadverbe encore est relevé dans les Nouveaux Gasconismes corrigés.

— « Cet enfant a-t-il encore déjeuné?' »

Enfant (Garçon opposé à fille).

— (( Monsieur de Nevers, père de ces en fans qui sont mortz et de ces trois filles qui sont en vie. » (Monluc^) Dans ce passage, il s'agit des fils de François de Clèves, duc de Nevers.

Ce gasconisme avait frappé Scaliger. « Un Gascon disoit d'une damoiselle : elle a trois enfans et deux filles. y> (Scaligeriana, au mot Enfant.)

Faute de comprendre ce sens particulier du mot enfant, M. Valléry-Radot a commis une légère erreur dans son Etude sur Madame de Sévigné. « Je n'ai pas d'enfants, je n'ai que des filles, répondait autrefois tel paysan qu'on interrogeait sur sa famille. La comtesse de Grignan avait si peu d'entrailles pour Marie-Blanche qu'elle eût été capable, dans un langage plus aristocratique, de répondre quelque chose de semblable'. » La réponse du paysan n'a pas été comprise par M. Valléry-Radot; ce paysan est frère de celui que cite Scaliger ; ils parlent le même langage. Il ne veut nullement dire que ses filles ne lui sont rien, qu'elles sont indifférentes à son cœur de père; il déclare tout simplement qu'il n'a pas de garçon.

* T. II, p. 278.

^ Madame de Sévigné f p. 134. (Lecène et Oudin, 1889.)

Au xviiie siècle, Desgrouais souligne cette acception gasconne du mot enfant : — De quoi Madame *** est-elle accouchée ? — D'un enfant (c'est-à-dire d'un garçon^). Combien de fois n'avons-nous pas entendu, dans nos villages, les mères recommander à leurs fillettes de ne pas jouer avec les enfants}^

En hors (Au dehors).

— « Il envoya de Castelnau en hors une compaignie. » (D'Antras^)

— « Et les assiégés tiraient de là en hors sans cesse. » (Id.*)

— « Combien que Darmaignac (d'Armaignac) en hors certains pycoriens entreprindrent de venir prendre quelque bestaille. » (Id.^)

— « De Romme en hors, je tiens et régente ma maison et les commoditez que j'y ay laissé. » (Montaigne ^)

En lieu (Nulle part').

C'est avec le sens bien gascon de « nulle part » qu'Henri IV emploie cette locution.

* Gascon, corrigés, p. i8i.

2 Nicot fait sans doute allusion à ce gasconisme, quand il fait observer que le français « dit tant de son fils que de sa fille, cest mon enfant ». De même Richelet définit Enfant: e Jeune garçon ou jeune fille qui est dans l'enfance. »

6 Essais, liv. III, chap. ix.

' Cf. Lespy, Op. cit., Enloc.

~ (( Vraiment ma venue estoit nécessaire en ce pays^ si elle le fut jamais en lienK,»

Sans doute^, dans Tancien français, on trouve quelques exemples où « en lieu » signifie « quelque part )) conformément à rétymologie; mais, en gascon, ces mots ont toujours le sens de « nulle part », même quand la phrase ne présente nullement le sens négatif. Ainsi, à cette question: <s Ou-n-bas? (Où vas-tu?) la réponse « En loc » (En lieu) signifie « Nulle part ».

Escarbilhat, E scarabil hat (EvQÏWé, vif, enjoué^;.

Pasquier aimait ce mot gascon; il n'aurait pas hésité, dit-il, à l'admettre dans la langue française, (( car mesme en un besoin, voulant représenter un esprit tel qu'est celui du Gascon, je ne douterois d'emprunter de lui le mot (Tescarbillat qui est né au milieu de Pair du pays, pour désigner ce qu'il est^». De fait, il lui est arrivé de l'employer : « Ainsi voyez-vous, entre vous autres François, le Normand assez avisé en ses affaires, traîner quelque peu sa parole ; au contraire le Gascon, escarbillat par dessus tout, parler d'une promptitude de langue non com-

• Lettres missiveSy t. III, p. 756.

- Cf. Lespy, Supplément du Dict., Escarrabelhat. Les Gascons ont dit plus tard, croyant sans doute parler français, « un escarabillé » et « s'escarabiller » . (Cf. Nouveaux Gasc. corrigés, p. 3oj.)

^ Lettres, liv. II, let. xii ; t. II, p. 45.

mune à TAngevin et au Manceau/ )•) Nous rencontrons encore ce mot dans Bonaventure des Périers et dans Montaigne.

— « Un Gascon^ après avoir esté à la guerre, s'estoit retiré chez son père...; mais son fils estoit escarbilhat. » (Bonav. des Périers.^)

— « Je ne scais qui demandoit à un de nos gueux, qu'il voyoit en chemise en plein hyver, aussi escarbillat que tel qui se tient emmittonné dans les martes. » (Montaigne.^)

On le trouverait encore dans Brantôme*, et même dans des auteurs qui n'ont rien de gascon, Chapuis (dans les Facétieuses Journées), du Fail (dans les Propos rustiques), Scarron (dans le Virgile travesti^). Ainsi ce mot fit rapidement fortune; Nicot récarte, il est vrai, mais César Oudin, Furetière, Richelet l'admettent parmi les termes français.

Esclop (Sabot*).

Ce mot, dit Furetière, « est un vieux mot qui

* Recherches de la France, liv. VIII, chap. i ; 1. 1, p. 756.

2 T. II, p. (95.

^ Essais, liv. I, chap. xxxvi (édit. i588), chap. xxxv (édit. 1595).

^ Cf. DelbouUe, Matériaux pour servir à Vhist. enfr., p. i32. — Scarron {Virgile travesti, 184) promet aux plus cf escarbillards », c'est-à-dire aux plus légers à la course, de leur donner pour prix

« Ce qfue les rats n'ont pas mangé »

^ Cf, Lespy, Op» cit., Esclop

signifie des sabots; il est encore en usage dans quelques provinces » . Rabelais ' et Bonaventure des Périers remploient, et tous deux font remarquer que ce n'est pas un terme français. Pour Bonaventure des Périers, du moins, nous sommes certain qu'il Ta emprunté au gascon.

— « . . . . Des souliers de bûche, alias des sabots qu'on appelle en ce pays-là (Toulouse) des esclops^.))

— (( L'un d'eux . . . vint pousser avec le pied l'un de ses esclops^. »

Esconjurer (Conjurer*).

Las Gascons disent «Esconjurer» pour «Conjurer», et Montaigne s'en est souvenu dans ses Essais^: (i Mes tentations sont si cassées et si mortifiées qu'elles ne valent pas qu'elle (ma raison) s'y oppose ; tendant seulement les mains au devant, je les esconjure. » Il est vrai que, dans l'édition de ib^b, ce gasconisme a disparu ; « conjure » remplace « esconjure».

Espagnole lEspagnolisé^).

— c( Pour faire un corps bien espaignolé, quelle

• A Je veidz qu'elle deschaussa un de ses esclos (nous les nommons Sabotz) ». Le tiers livre des/aicts et dicts héroïques du bon Pantagruel, chap. xvii, t. II, p. 87.

- T. II, p. 272.

5 Ibid.

-» Cf. Lespy, Op. cit., Escounjura, Escounjurayre.

" Livre III, chap. 11, édit. i588,

^ Cf. Lespy, Op. cit., Espanhoulada, Espanhoulerie.

geine ne souffrent- elles pas? s (Montaigne'.) C'est le verbe gascon francisé ; du verbe «- espanhoula » le gascon a tiré le mot courant « espanhoulada )), c'est-à-dire (( habitude, façon d'être des Espagnols » .

Esparaigner (Epargner^) .

— (( Au diable ses escriptures : il semble qu'il veuille esparaigner ses secrétaires. » (Monluc\)

Ce verbe peut venir de l'italien Sparagnare ; mais il nous paraît plus naturel, puisque nous le trouvons dans Monluc, de le rapprocher du gascon « Esparanh » , qui signifie « Epargne )) , d'où e Esparanha, Esparaigner ».

Espaurir (Effrayer*).

— (( Sur quoy je leur dis qu'ils disoient la vérité ; toutesfois que nous voyons la noblesse de la Guyenne toute espaurie. » (Monluc^)

Esplingiie (Epingle^ .

Montaigne use volontiers, au lieu de la forme

* Essais, liv. I, chap. xiv.

— Cf. Lespy, Op. cit., Esparanh.

^ T. TI, p. 259.

* Cf. Lespy, Op. cit., Espauri, Espaurir. La diphtongue au, en gascon, est une véritable diphtongue et sonne aiv ; de pavorem est venu /?ô]p, pàw, et de ce substantif, le verbe pawrir, espawrir. (Sur le traitement de v intervocalique . Cf. plus haut, p. 89 )

2 T. II, p. 434.

^ Cf. Lespy, Op. cit , Esplingue.

française Epingle^, de la forme gasconne Esplingue^ qui s'explique par la métathèse de L. Littré en cite un exemple « La moindre picqueure d'esplingue et passion de Tâme. » En voici deux autres : « Ces jours passez, une femme pensant avoir avalé une esplingue avec son pain. . . jetta à la desrobée dans ce qu'elle rendit tme esplingue tordue \ »

Esquiver,

L'ancien français disait « esquiver » ; on sait que « Esquiver » fut ensuite remplacé par « eschever », et qu'au xvi^ siècle, l'influence italienne^ ramena l'ancienne forme « esquiver » . Mais «esquiver » appartient aussi au parler gascon^; donc, ici encore, l'influence italienne et l'influence gasconne se sont confondues.

Este (,Ce, celui-ci*).

Monluc se sert à tout instant de cet adjectif :

* Essais, liv. I, chap. xxi.

- « Esquiver vient directement de l'italien Schivare », dit Fœrster, « comme le prouve le maintien de Vs ». (Cf. Romania, 1880, p. 167.) Cette preuve n'est pas suffisante ; le maintien de Vs n'indique pas nécessairement pour ce mot une origine italienne ; nous avons vu que Vs persiste aussi dans le parler gascon. (Voir plus haut, pp. 83, 84.)

^ Cf. Lespy, Op. cit., Esquiba, Esquibar.

'^ C'est Tadjectif démonstratif gascon, venu de istiim, istam. (Voir plus haut sur le traitement de é tonique, p. 54 ; sur le maintien de s, pp. S3, 84). Cf. Lespy, Op. cit., Este,

— (( Sa Majesté récompensera Monseigneur le cardinal de Guyze d'esté pension. » (Monluc*.)

— «Je veux dire, et à la vérité, que j'ay donné despuis le commensement d'esté dernière guerre, unze chevaulx d'Espaigne. i> (Id.^)

— c( Il fault doncques que vous croyez que j'ay retenu quelque chose d'esté estat-là . ^ »

— (( D'esté sorte, destornasmes nostre chemin. » (Id/) etc., etc.

Mais c'est surtout dans leur conversation que les Gascons devaient prodiguer cette forme « este », à en juger par quelques anecdotes que raconte T. des Réaux : « Feu Saintot-Lardenay, maistre des Cérémonies, pour faire Thomme d'importance, un jour à rhostel de Bourgogne,, crioit d'une loge à Roquelaure qui estoit vis-à-vis: «Roquelaure! Roquelaure! » L'autre (le Gascon Roquelaure) luy respondit : « Saintot, estes familiarités nse font.^» Ce même Roquelaure, accusé de je ne sais quelle indélicatesse, (( s'excusa en disant qu'il estoit son amy et dit à Ruvigny en sortant: Este femme est folle. S) Un autre Gascon, Lesfargues, « avec une insolence de Gascon, quoique l'autre n'y songeast pas, luy dit un

s Histor., V, 353.

'> Histor., VII, 79.

jour : Eh bien, Monsur, este chambre que bous me boulez donner chez bous est-elle preste?^ »

Estérile, Estomachal, Escandale (Stérile, Stomachal, Scandale').

Nous réunissons ces trois mots' qui appellent une même remarque : les Gascons (comme les Languedociens, les Provençaux et en général tous les Méridionaux) ont rhabitude de faire précéder d'un e prosthéiique Vs initiale d'un grand nombre de mots. Les exemples suivants sont empruntés à des auteurs franchement gascons.

— « De quoy nous avions bon besoing comme estant en un temps fort estérile. :» (D'Antras/)

— « Est à remarquer que Tannée 1669 a ^^^ ^^^^ esterille tant en grains que vins. » (Dudrot de Capdebosc.^)

Ménage reproche aux Gascons dédire Estomachal.

• Histor., VI, 297.

' Cf. Lespy, Op. cit., Estoumaga, Estoumaquè ; Escandale, Escandal; et dans le Siippl, du Dictionnaire, Estérile, Estérilitat.

3 Ce ne sont pas les seuls que nous pourrions citer; Ménage parle encore du mot Estatuts, « Les Gascons disent Estatuts. » Voir Observations sur la langue fr., aux Additions et Changemens, p. 483 (édit.^DCLxxii). Voir plus bas, Estrette ou strette.

^ Livre de raison de la famille Dudrot de Capdebosc, publié par M. Ph. Tamizey de Larroque. Cf. Revue de Gfl5C., t. XXXII,p. 337.

(( Quoiqu'on dise estomac, il faut dire Stomacal et non pas Estomacal, comme disent les Gascons.^ » Mais cette faute des Gascons était surtout sensible au mot Scandale, qu'ils prononçaient et écrivaient presque toujours Escandalle.

— « Car il n'y a rien qui porte si grand escandalle aux bons que quand le Roy faict des biens à ceulx qui le servent mal. » (Monluc.^)

-- c( Et me porte la résolution... que, pour crainte de V escandalle, ils doivent estre deffaictz secrètement en prison. » (Id.^)

— « Ce porteur vous dira pourquoi je Tenvoie en diligence et l'escandale qui a cuidé arriver icy. » (Henri IV.*)

— « A cause de quoy, pour éviter escandalle,..^ » Le Gascon que Molière introduit dans le Bourgeois

Gentilhomme^ , ne parle pas autrement :

Aho ! l'homme aux libres, qu'on m'en vaille !

J'ai déjà le poumon usé.

Bous boyez que chacun mé raille,

Et je suis escandalisé De hoir es mains de la canaille

Ce qui m'est par bous refusé.

• Observations sur la langue française, chap. cclvii. 2 T. I, p. 10.

^T. II, p. 374.

* Recueil de Lettres missives, t. VI, p. 553.

^ Enquête de 1546. Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 257.

c Dans le Ballet des nations. Cf. édit. Despois et Mesnard, t. VIII, p. 212.

Estrem (Côté ; le sens étymologique est sans aucun doute Extrémité, mais le sens le plus usuel est Côté').

— « F.ENESTE : Il estoit delà Teau. — Beaujeu : Et vous, où estiez-vous? F^eneste : A Tautre estrem du pont. » (D'Aubigné. ^)

~ a De cet es/rem là, j'en ai plus que bous. » (Id.^)

Estreite, Estreyte, Strette (Attaque impétueuse*).

— (( Le sieur Chiapin Vitel est venu à Montepulsan.... je doubte fort qu'il nous baillera une estrette ung de ces jours. » (Monluc/)

— « Nous avons résolu de partir demain matin et nous trouver au rendez-vous. . . et là, avec les arquebusiers à cheval, essayer de donner quelque estrette aux ennemis. » (Henri IV/)

— « A la moindre strette que lui donne la goutte, il a beau estre Sire et Majesté... » (Montaigne."')

Ce mot est italien ; mais il nous paraît naturel de

» Cf. Lespy, Op. cit , Estrem; — Luchaire, Recueil de textes gascons. Glossaire, Estrem» (De extremum ; sur ex devenu es, voir plus haut, p. 72).

— Aventures du baron de Fœneste, p. 286. ^ Ibid., p. 287.

* Cf. Lespy, Op. cit., Estreyte. (Estreyte est le mot vraiment gascon, venu de strïctam ; sur é tonique, voir plus haut, p. 55 ; sur le groupe médial cJ, p. 71.)

5 T. IV, p. 71.

^ Recueil de Lettres missives, t. III, p. 3oS.

■^ EssaiSj liv. I, chap. xlii; dans l'é lit. de i595, on lit : « à la première strette ».

33o LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

supposer que Monluc, Henri IV et Montaigne Tont emprunté au gascon qui dit^ lui aussi^ « Da estreyte » pour (( Donner une estrette ». Nicot, Furetière, Richelet Tont omis ; César Oudin le cite et l'explique ainsi : « Estrette, apretamiento . »

Estrieu (Etrier*).

Estrieu est une des formes les plus anciennes de Etrier, mais, au xvi^ siècle, elle ne se rencontre guère que chez les auteurs gascons^

— « Despuis qu'une femme parlemente et vous escoute, à Dieu vous comment, vous avés desjà le pied en V estrieu. » (Monluc.^)

— « Je te prie que je te trouve prest et accommodé, qu'il ne faille que mettre le pied en Vestrieu. » (Henri IV/)

— . « J'ay retenu Nicolo pour vous asseurer qu'il m'aura veu le pied à Vestrieu. » (Id.)^

— c( Mon cœur, je pars et ay commandé à ce porteur de me voir le pied à l'estrieu pour vous en assurer. » (Id.)^

* Cf Lespy, Op cit., Estriu.

- Littré en cite un exemple, tiré des Mémoires de Carloix ; Nicot ne connaît que Estrif ; Furetière, Estrier ; Richelet, Etrier.

* Recueil de Lettres missives, t. I, p. 253. » Ibid., t. VI, p. 556.

« Ibid., t. VI, p. 557.

— « Au moins met-il le pied à Vestrieu d'un visage morne et contristé. » (Montaigne.^)

Il est vrai que « estrieu » a disparu en \b^b pour faire place à o Pétrie ».

— « Mais aussy il fit bien du fat ox perdit Vestrieu de son bon esprit. » (Brantôme.*)

Estufer (Cacher^).

— « Les faibles corrompent la dignité de la philosophie en la maniant ; elle paroist et inutile et vicieuse, quand elle est mal estiifée. » (Montaigne.*)

On trouve encore ce verbe au moins dans un autre passage {Essais, I, xxiv) ; nous n'osons pourtant pas affirmer que Montaigne Tait emprunté au gascon.

Et donc (Donc).

— « Et donc, vostre beau Dieu

Ne sçait rien faire plus? » (Du Bartas.)^

Les Gascons, d'après Vaugelas, avaient introduit cette locution qui finit par être'adoptée. « Plusieurs croient^que de commencer une période par Et donc

• Essais, liv. I, chap. xxxviii (édit. i588). 2 D'aucuns duels, 2^ discours.

^ Cf. Lespy, Op» cit., Estuya, Estuyar. Une « cachette » se dit « Estuyou », et un « receleur » est un i estuyayre ».

* Essais, liv. III, chap. viii.

^ La seconde Sepmaine, me jour (La Loy), p. 328.

ne soit pas parler françois^ mais gascon, comme en effet les Gascons ont souvent ce terme à la bouche. Mais M. Coëffeteau et M. de Malherbe en ont usé, et je l'entends dire tous les jours à la cour à ceux qui parlent le mieux. Il se pourroit bien faire que les Gascons ryauroient apportée avec beaucoup d'autres façons de parler qu'ils ont introduites du temps qu'ils estoient en règne ; et ce qui m'en feroit douter, c'est qu'il ne me souvient pas de l'avoir lu dans Amyot, où j'ay trouvé beaucoup de phrases que nous croyons nouvelles; quoi qu'il en soit, l'usage l'a établi.'» Chapelain était plus sévère ; il condamnait formellement cette locution qu'il appelle, lui aussi, un gasconisme; c'est Th. Corneille qui nous l'apprend. (( M. Chapelain est de ceux qui croient que ce ne soit pas parler françois que de commencer une période par Et donc, et il avoue qu'il ne sauroit souffrir qu'on mette le gasconisme de cette phrase en déUbération. Il permet de commencer par Donc, ce qui se fait aujourd'hui assez rarement, si ce n'est pour tirer une conséquence de ce qui a été dit auparavant. S)

Expolier (Spolier, d'oià Chasser, Renvoyer').

— « (Le roy). . . en fera couper tant de testes qu'il réglera son royaume à la vérité et en expolier a toute ceste méchanceté. » (Monluc.*)

* Remarques, t. Il, p. 225.

- Vaugelas, Remarques, t. II, pp. 225, 226.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Expolia, Espoulia. De même en espagnol, Expoliar, et en provençal, Espoliar.

* T. II, p 33i.

Fadeger (Badiner, Plaisanter).

D'Aubigné a ainsi francisé le verbe gascon Fadeya, Fadeja, dont le sens est, d'après Lespy, « montrer de la fatuité, faire le fat ^ » .

— (c ... Qui ont fadégé comme cela.- »

— « Il ne faut pas toujours /cz^e^er.^ »

Faire.

Les Gascons donnent à ce verbe quelques acceptions étrangères à la langue française du xvi^ siècle.

a), Vaugelas condamne la locution suivante : Je m en suis fait pour cent pistoles, pour dire, J'ay perdu cent pistoles au jeu.* C'est un barbarisme, dit-il, (on sait que Vaugelas distinguées barbarismes de mot et les barbarismes de phrase ; ceci est un barbarisme de mot ; en revanche « J'ay sentu » pour c< J'ay senti )> lui paraît être un solécisme^). Barbarisme ou solécisme, la locution « s'en faire » pour « dépenser, perdre de l'argent » est des plus usitées en gascon. « Que s'en ha heyt tout lou sou hee » signifie « Il a dépensé tout son bien » (littéralement

* Cf. Of cit., Fadeya.

^ Aventures du baron de Fœneste, p. 83.

5 Ibid., p. i65.

* Remarques , t. II, p. 352. Littré cite cette locution, comme étant populaire : « Je m'en suis fait quinze francs. »

^ « Tout cela sont des fautes contre la pureté du langage ; quelques-uns disputent s'il les faut appeler solécismes ou barbarismes; mais n'estant question que de nom, il importe peu. » Id,, ibid., p. 357.

Que il s'en est fait tout son bien^). Ainsi parle le baron de Faeneste :

— « Et n'ayant plus une vaquette^ car nous nous en estions f ai et pour notre argent." »

— (( Il est brai qu'il faut que cela soit de la charpenterie ; aussi elle s'en faict tous les ans pour mille pistoles.^ »

b) M. Pellissier, dans sa Thèse sur du Bartas, a relevé avec raison comme un gasconisme « l'emploi du verbe Faire suivi d'un infinitif pour exprimer une action que le sujet subit et ne fait point* ». Un Gascon, en effet, dira encore aujourd'hui, comme autrefois du Bartas, « Faire craquer ses dents » pour « Ses dents craquent ».

Nostre ayeul se fait moindre, il frémit, il frissonne, Il fait craquer ses dents » ^

c). Citons enfin cette locution très usitée en Gascogne « Faire à qui » pour « Lutter à qui » : nous la trouvons chez plusieurs écrivains gascons.

— (( Ils faisoient entr'eux à qui plus loin les jetteroit. )) (Dominique de Gourgues/)

— ce Fêtes le donc, mon cœur, et fesons comme

* Cf. Lespy, Gram., p. 366, 2e édit.

2 Aventures du baron de Fœneste, p. 2 5. 5 Ibid., p. 55.

^ La seconde Sepmaine, i^r jour (Les Artifices), p. i36. ^ Reprise de la Floride, p. 27 (édit. Ph. Tamizey de Larroque. Aubry, 1867).

par guajure, à quf randra plus de temoygnage d'une vraye et fidelle amitié. » (Henri IV.*)

— « Icy deux bergerots sur l'émaillé rivage

Font à qui mieux courra pour le prix d'une cage. »

(Du Bartas.) *

Foîssade (Coup d'estoc, coup d'aiguillon).

— (( Je lui eusse donai cinquante foissades. » (D'Aubigné.^) L'annotateur, L. Duchat, explique ainsi ce mot : Coup d'estoc ; du gascon « Fouissa », Piquer, Aiguillonner.

— «... Quauques foissades d'espingles. » (Id.*)

Garder (dans le sens de regarder).

Ce sens est assez fréquent dans l'ancien français ; mais nul doute qu'il ne faille voir un gasconisme, (en gascon, on dit « Garda, Guerda w pour Regarder^) dans la phrase suivante de Monluc :

— « Et nous dit le soldat que ledit espion luy avoit donné toute faculté de veoir et nombrer tout le camp ... là où ilz s'estoient mis tous en bataille . . . et les garda. ^»

* Lettres inédites recueillies par Galitzin, p. 6i.

— La Première Sepmaine, vii^ jour, p. 3 14.

Sur les locutions « Faire du, Faire de la » et « Faire de moins ». Cf. chapitre suivant Influence sur la syntaxe, § 7. Préposition de .

^ Aventures du baron de Fceneste, p. 39.

* Ibid. , p. 104.

^ Cf. Lespy, Op. cit , Garda r, Guoardar, Goardar. « T. III, p 194.

Ga:{aille (Ce mot sert à désigner, dans le parler gascon, Tensemble des bêtes que Ton tient à chepter).

— (( Et ont aussy quelque petite gaiaille de brebis, de laquelle ne tirent pas grand esmolument.^»

Goujat, Goujate, Gouge\

Ces mots ne sont d^un usage fréquent dans la langue française qu'à partir du xvi^ siècle ; leur étymologie doit être cherchée, non dans Phébreu, comme Ta fait Diez, après Huet, mais dans les langues du Midi, et principalement dans le gascon. Telle est du moins l'opinion, qui nous paraît fort probable, de M. L. Couture. « Je crois, dit-il, ce mot (Goujat) et ses congénères, — que je ne trouve ni en espagnol, ni en portugais, ni en italien, ni dans la langue des troubadours, — propre à notre terroir (la Gascogne), d'où ils ont passé avec des circonstances péjoratives aux peuples de la langue d'oil : gouya, gouje, goujo (gascon et languedocien) ; — gougio (Auger Gaillard) servante ; — gouge, en français, courtisane; — goujotte (gascon du Bas- Armagnac et des Landes) ; — goujat (béarnais et gascon), jeune homme ; — goujat (français), valet d'armes. Gouge a reçu dans le français un sens plus ignoble, mais

• Cf. Lespy, Op. cit., Gasalhè, Gasalhant.

- Enquête de 1546. Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 180.

^ En gascon, Jeune homme. Jeune fille, Servante. Cf. Lespy, Op. cit., Goujat, Gouyat ; Gouge, Gouye*

je ne puis douter que le français ne nous ait pris ce mot ; car : i^ je n'ai pas rencontré ce terme dans les auteurs les plus anciens ; il a même toujours gardé une saveur d'argot, et, à ce titre, il est affectionné par Coquillard*, Rabelais, Scarron ; 2° ce mot était familier aux soldats, et de leur langage usuel ; or, on sait que Tinfanterie des grandes guerres qui ouvrent l'histoire moderne était recrutée principalement en Gascogne.*)) Goujat se trouve dans Tabourot des Accords (p. 179, v<') et dans Nicot ; nous n'en citerons qu'un exemple emprunté à Montaigne :

— « Combien avons-nous de goujats compagnons de notre gloire ?^))

« Gouyate », féminin gascon de Gouyat, a été employé par Marguerite d'Angoulême qui vécut longtemps et mourut en Gascogne :

— « Gouyatte, combien veux-tu par mois de ton labeur ?^ » Ici, « Gouyatte » a le sens de (c Servante ^); il a le sens du mot français « Gouge )) dans cette phrase de d'Aubigné :

— c( Je scay bien que tu as été goujate et que tu as couru le régiment de Picardie/ ))

Tabourot des Accords indique un autre féminin de (( Goujat », formé avec le suffixe féminin asse

* Cf. Borel {Trésor de recherches et antiquité^) . Borel donne un exemple de Coquillard.

— Revue de Gascogne, t. V, pp. 2 5-33. ^ Essais, liv. II, chap. xvi.

* Nouvelles, lxix.

^ Confession de Sancy, II, i.

« Le Languedoc fait des mots en asse, quand il parle par indignation^ comme Femmasse^ Pillasse^ Hommasse, Homenasse, Gougeatasse et autres semblables^ pour signifier un grand homme, une grand (sic) femme, une grande (sic] fille, une grande servante mal bastie. * i>

Harpade (Coup de griffe-).

— « Les violentes harpades de la drogue et du mal sont tousjours a nostre perte. » (Montaigne.^)

Hillot (diminutif du mot gascon « Hilh » qui signifie Fils*).

Littré et Godefroy citent le mot « Filhot » ; ils ont oublié la forme gasconne « Hilhot », assez connue cependant, ne fût-ce que par les vers de Cl. Marot :

« Ce vénérable hillot fut adverty De quelque argent que m'aviez departy. » ^

(( Hillot», dit maître Clément, c^est-à-dire Gars, Garçon, et non « valet, esclave ou serf» comme on

1 P. 24, recto. Ajoutons que l'auteur des Nouveaux Gasconismes corrigés signale (p. Sgô) Goujat (pour jeune garçon, jeune homme) ; — Goujate (pour fille, servante) ; — Gouje (pour servante).

"' Cf. Lespy, Op. cit., Arpade.

^ Essais, liv. II, chap. xxxvii (éd. iSgS).

* Cf. Lespy, Op. cit., Hilh, Hilhot. Sur h remplaçant Vf initiale, voir plus haut, p. gS.

^ Epistre au Roy pour avoir esté dérobé (édit. 1544, p. 173).

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. SSq

Fa cru longtemps \ Ménage avait reconnu la véritable origine de ce mot. « C'est un mot gascon qui veut dire Fils . . Vascones hilium pro Filio dicunt^ dit Gosselin, à la page 52 de son Histoire des vieux Gaulois.^ ^^ On voit, par les vers de Cl. Marot, que « Hillot » était pris en mauvaise part, sans doute en raison de la triste réputation qu'avaient les Gascons de ce temps-là; le sens primitif était oublié; un « hillot», terme de tendresse en Gascogne, ne servait plus à Paris que pour désigner un voleur. Cette même signification se retrouve dans un passage de Bonaventure des Périers :

— (( Mais il n'eust pas plustost lasché la gibecière que cet habile hillot ne la luy eust enlevé, ^w

Jacques de Tahureau reprend l'expression même de Marot : « Donques pour donner fin à tels vénérables hillot s." »

Rabelais s'était servi, aussi lui, de ce terme, mais en lui donnant un sens plus rapproché du sens gascon : « Hillot\, que mau de pippevoustresbyre. S)

* Cf. l'édition des Œuvres de C Marot, par Ch. d'Héricault, p. 75; et Poètes français, Crépet, t. I, p. b^b. On faisait venir ce mot de gîXwTV/ç, ilote, esclave.

- Dict. étym., 1694.

* T. II, p. 273.

'* Les Dialogues, édit. Lemerre, p. 82.

^ T. II, p. 201 {Le tiers livre de Pantagruel, chap. xui). Cf. Saint- Liens. « Castille... fille, hillot... haec omnia mollius efferenda veniunt. » De pronuntiatione linguœ gallicœ (Londini, i58o), p. 61.

Hors.

De très anciens monuments de la langue française présentent « hors » au lieu de fors ; ces deux formes existent simultanément^ mais hors triomphe peu à peu. Au xvi^ siècle^ il semble déjà que ce soit une singularité d^employer fors. « Les Bourguignons de la Comté et du Duché disent fors pour hors »^ remarque Sylvius\ Au siècle suivant, Richelet dit, en parlant de fors: <-< préposition hors d'usage ». Nous croyons que le gascon, si attentif à remplacer par h Vf initiale, a dû être pour beaucoup dans ce triomphe de la forme -^ hors » qui chasse au xvi^ et au xviT^ siècle la forme « fors » . On peut aller plus loin et se demander si ce n'est pas au gascon qu'est due cette forme. Littré s'exprime ainsi : « Hors. . . autre forme de fors, par une transformation très rare en français, régulière en espagnol, de 1'/ latine en h. y> Sans le déclarer formellement, Littré ne semble donc pas éloigné de supposer que l'espagnol peut expliquer hors. Cette explication est inadmissible ; si fréquent que soit en espagnol le changement de Z' en h. il se trouve précisément que pour ce mot, 1'/ s'est maintenue : fuera. Impossible d'ailleurs de songer soit au provençal, soit à l'italien qui ont également gardé Vf: nous ne voyons que le gascon, dont l'influence puisse être invoquée, le gascon qui a toujours dit « hore » avec h aspirée.

In linguam gallicam Isagfjuge (1 53i), p. 141

Jamais (dsius le sens de certainement, assurément).

Les Gascons emploient cet adverbe pour fortifier la négation, sans aucune idée accessoire de temps. Si, par exemple, un Gascon veut exprimer avec beaucoup de force que, dans tel endroit déterminé, il n'y avait pas dix hommes, il dira : il n'y avait jamais dix hommes. Ce gasconisme se trouve dans le passage suivant de Monluc :

— «... mesmement parmy les AUemandz, que je pense qu'il n'en vctovnai Jamais mil en leur pays. S)

Jurade, Jiirat^.

Ces termes sont bien certainement venus du Midi, où ils étaient d'un usage constant. Ils ne se trouvent ni dans Nicot, ni dans Richelet, mais Furetière enregistre « Jurât ^) et il en signale l'origine gasconne. « Est le nom qu'on donne aux consuls et eschevins de Burdeaux et d'autres villes de Gascogne, comme à ceux de Toulouse celuy de Capitouls. »

Lane (Lande^).

— (f Or, le roy se hastant de traverser les Lanes. » (Le Poulchre.*)

• T. I, p. 12 5. Littré cite une phrase de J. Marot où « Jamais » a ce même sens : « ains que l'artillerie tirast jamais dix coups. » {Dict. au mot Jamais, Hist.)

— Cf. Lespy, Op. cit., Jurade, Juradie, Jurât. Sur la persistance de a tonique, voir plus haut, p. 58.

^ Cf Lespy, Op,cit., Lane. - Luchaire, Rcc. de textes gasc, Glossaire, Lane. Sur la chute de d dans le groupe nd, voir plus haut pp. 77, 78.

* Honnestes loisirs, p. 14.

Les notaires gascons écrivent souvent « Lana » dans les actes latins ; « Lana Morina » (c'est-à-dire Lande des Maures^ aujourd'hui encore Lanne Mourine) dans V Enquête sur la Bigorre de Vannée 1 3oo ' .

Légat (Legs).

«Legs» est le sens gascon du mot Légat^; nous rencontrons ce terme, avec cette signification, sous la plume d'un notaire gascon. Marie Baiole, seconde femme de Thistorien Scipion du Pleix, reçut pour dot 4600 livres a comprins en lad, constitution le légat faict à lad. damoiselle...^ »

Maint et Maint.

Le mot « Maint » était d'un usage très fréquent au xvi^ siècle, et s'il est condamné par Malherbe*, ce ne peut être comme mot gascon. Mais c'est bien un gasconisme qu'il poursuit dans « Maint et Maint » ; il le déclare en propres termes « Cette expression est gasconne », dit-il dans son Comjnentaire^, à propos de ces vers de Desportes :

Je sais qu'eU'ont des yeux, les autres damoiselles Pour rendre en regardant maint et maint amoureux.

La même critique se trouve dans Bouhours; ces

' Publiée dans le Souvenir de Bigorre ^Tarbes), t. I.

- Cf. Lespy, Op. cit., Légat.

^ Cf. Revue de Gascogne, t. XKKIII, p. 242.

* T. IV, p. 336.

^' T. IV, p. 275.

mots, dit-il, ne sont guère employés, sauf par les Gascons \ Quoi qu'il en soit de ce prétendu discrédit, moins général peut-être que ne Taflirment Vaugelas, Patru et Bouhours', ces mots ont été remis en honneur, et paraissent décidément entrés dans la langue française.

Maneschaii, Maneschal (Maréchal de France).

C'est bien là une forme gasconne : « Denunciar a Mossenhor o a soos manescaux.'» Aussi ne sommes-nous pas surpris de la rencontrer dans les Aventures du baron de Fœneste,

— « Il n'y auroit chebalier du Sent-Esprit ni maneschau de France qui n'ut estai sur lou prai bingt ou trente fois.* »

— « Monsur lou maneschal de Roquelaure...**» Ce qui prouve bien que « manescau » et ccmanescal»

étaient un gasconisme, c'est que, dans ces mêmes pages où le baron de Faeneste emploie ces termes, Enay dit, conformément à l'usage français, « mareschal, mareschaux ». « Y a-t-il un seul gouverneur de province ou mareschal de France qui doive son avancement à un duel ?» — « Il y a fort peu de nos

' Cf. Remarques de Vaugelas, t. I, p. 2 52, et la note de Patru.

— Cf. ce vers de La Fontaine, cité par Littré : « Jetaient maint pleur, poussaient maint et maint cri. »

5 Cf. Lespy, Op, cit., Manescaux, au mot Marescal. * Avent. du baron de Fœneste, p. 45.

^ Ibid., p. 44.

mareschaux qui ne soient parvenus à leurs grades par telles épreuves/ »

Milloc, Milhoque (Maïs-).

— c( La milloque la plus en usage produit ses fueilles et gousses jaunastres. » (Belleforest. ^ )

Nous avons bien souvent rencontré ce mot dans les procès-verbaux d'enquête et dans les actes notariés. « Ont recueilli... un quart de bailhar (orge), un autre quart de milloc. )^ (Enquête de 1 546.*) Cotgrave l'a cité. <i Milloque: fr. Furmentie^, or pottage, made of millet. »

Mineux^.

Ce terme^ qui tantôt a le sens de Minaudier et tantôt désigne une apparence trompeuse^ appartient à l'ancienne langue française^ mais non à la langue du xvi<^ siècle. Nicot ne le cite pas; pour rendre cette idée;, il a recours à une périphrase : qui fait beaucoup de mines^ gestuosus. César Oudin Ta enregistré, mais en même temps il le note comme

* Aventures du baron de Fœneste^ p. 45 . "^ Cf. Lespy, Op. cit., Milhoc, Milhoque.

^ Secr. de l'Agricult., p. 47 (édit. iSgy), cité par Godefroy.

* Cf. Revue de Gascogne, t. XXXI, p. 124. Voir encore, t. XXXII, pp. 82, etc.

■' Cf. Lespy, Op. cit., Minous, et les diminutifs Minousot, Minouset.

^ Voir DelbouUe {Matériaux...)^ p. 2o5.

hors d'usage. C'est à son gascon que Montaigne Ta emprunté :

— « Dieu veuille que cet excès de ma licence attire nos hommes jusques à la liberté^ par dessus ces vertus couardes et mineuses. ' »

— 4 L'amour des Espagnols et des Italiens^ plus respectueuse et craintifve, plus mineuse et couverte, me plaît. ^ »

Mordioux (forme gasconne du juron Mord i eu).

— « Un conseiller ! mordioux ! reprit-il (le maréchal de Roquelaure, un Gascon), des bâtons î des bâtons ! » iTallemant des Réaux.^)

Mulcter (Condamner à une amende, en gascon).

— (( Agesilaus fut mulcté par les éphores pour avoir attiré à soy le cœur et la volonté de ses citoyens. » (Montaigne/)

Il est possible que ce mot soit un mot savant, tiré du latin ; rien n'empêche cependant d'admettre que Montaigne l'ait emprunté au gascon ce Multar w . M. Lespy cite un texte gascon du xvi^ siècle où ce verbe se trouve a Multat per lo judge a une livre de Morlaas. )) (Condamné par le juge à l'amende d'une livre de Morlaas.^)

* Essais, liv. III, chap. v.

— Essais, liv. III, ibid.

"- Histor., t. V, p. 353.

* Essais, liv. II, chap. xxxii.

s Cf. Dict., Muictar, Multar.

' Na:{ (Nez').

— « Et là dessus me hausse lou nas du pung. » (D'Aubigné.*)

Au siège de La Rochelle, un Gascon demande des nouvelles de Biaise de Monluc, qui avait été blessé au nez devant le château-fort de Rabastens. « Et lou nazdeRabastain, dit-il, comme va ? »> (Brantôme.^)

Negun (Aucun*).

H. Estienne a employé ce terme :

« Qui sert commun Il ne sert negun. » ^

Pour H. Estienne, c'était un terme dialectal. (( Quant aux dialectes, ils (les auteurs) en font leur proufit en deux sortes ; car quelquefois ils prennent le mot qui est peculier à un dialecte, comme negun (qui est pareillement des Espagnols)/ » Negun est gascon ; on le trouve dans les plus anciens textes gascons (Cf. Luchaire, Recueil de textes de V ancien dialecte gascon) et dans de très vieux proverbes :

• Cf. Lespy, Op. cit., Naz. Sur la persistance de a tonique, voir plus haut, p. 58.

^ Aventures du baron de Fœneste, p. i58.

3 T. VII, p. 24.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Negu, Negun. — Luchaire, Rec.de textes gascons, G\oss3\ve^ Negun (De nec unum; sur le traitement de é prot. init. ; voir plus haut, p. b-j.) ... ^ Précel. du lang. fr., p. 260.

^ Ibid., p. 173.

Amie de cadu, Amie de negu, c'est-à-dire Ami de chacun, Ami de personne, ou, comme on disait en français, Amy de plusieurs, Amy de nulluy.

Noguier (forme francisée du gascon Noguer, Noyer*).

— « Ils me menarent les deux Begolles et deux autres de Lectore de bonne maison, que je fys pendre à un noguier, » (Monluc.^)

Nore (Bru^).

— € Il avoua aussi d'avoir joui de la nore du vieillard et mère du petit garçon occis. » {Chronique bourdeloise, II, 1 5 1 , Delpit ; — texte cité par Godefroy.)

Ce mot, qui existe également dans d'autres parlers, ceux de TAunis et du Poitou, par exemple, eut une certaine vogue au xvi^ siècle. Brantôme l'emploie fréquemment. «... les plus belles et plus grosses perles qu'on ait veu. . . que despuis elle donna a la reyne d'Escosse, sa nore. '* » Nicot le cite dans son Thrésor ; mais en 1 660, il n'est guère plus employé, puisque César Oadin le note comme terme suranné.

* Cf. Lespy, Op. cit., Noguer. — Luchaire, Rec. de textes gascons, Glossaire, Noger.

2 T. III, p. 24.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Nore.

^ T. VII, p. 339. Voir encore t. IX, p. 52i.

ont (Huile V.

— (( Et n'y avoit plus d'olit en ly caleil. » (Rabelais. ') Est-ce au gascon ou à un autre dialecte de la langue d'oc que Rabelais a emprunté ce mot ? Toujours est-il que cette phrase^ avec ces deux mots « olit » et « caleit » a une saveur franchement gasconne.

Oulle ( Marmite -^j.

— Cl Et les mit toutes cuire dedans une grande oulle. » (Bonaventure des Périers.*)

(Quoique ce terme se trouve dans Amyot, il était d'un usage bien restreint au xvi^ et au xvii^ siècle. Cité par César Oudin et par Ménage qui dit en propres termes : « Oule^ mot gascon qui signifie marmite )) , il est omis par Nicot^ par Furetière et par Richelet. On peut donc supposer que^ sous la plume de Bonaventure des Périers, l'emploi de ce mot est un souvenir du gascon.^

* Cf. Lespy, Op. cit., Olii. — Luchaire, Op. cit., Holi. - T. I, p. 33 1 {PantJgr., I, chap. xxiii).

^ Cf. Lespy, Op. cit., Ole. — Luchaire, Op. cit., 01a.

* T. II, p 148.

^ « Oulle est un mot de Languedoc qui répond au latin Olla, duquel Guy use familièrement pour signifier le crâne ou tais de la teste. Le François dit pot, comme je l'ai traduit. » (L. Joubert. Interpr. dtt Dict. anat., cité par Godefroy.)

Pai (PèreM.

— « Un vendredy, il disoit à son père : « Pat, dit-il, nous avons assez de pinte pour vous et pour moy. « (Bonaventure des Périers\)

Palot (Petite pelle' \

— c( Si je leur pouvoy tenir palot, je serois honneste homme. » (Montaigne.*)

Substantif de la Saintonge, a-t-on dit^; à quoi bon faire intervenir la Saintonge, quand le mot est gascon ? Il appartient d'ailleurs à l'ancienne langue, mais, comme tant d'autres mots du vieux français, il était oublié au xvi^ siècle. Ce n'était plus qu'un terme dialectal; Nicot, Furetière, Richelet l'ont omis.

Panadour (Voleur).

Ce substantif, dont nous n'avons trouvé aucun exemple^ est cité par César Oudin comme mot gascon. f( Panadour, m. mot gascon, Ladron. » Le gascon dit en effet ce Pana » pour voler'', et a Panadour » pour voleur.

* Cf. Lespy, Op, cit., Pay. Sur a tonique, suivi de tr. Ct. plus haut, p. 59.

« T. II, p. 195.

^ Cf. Lespy, Op, cit,, Palot.

* Essais, liv, I, chap. xxv.

* Cf. la thèse de M, Voizard, p. 245.

6 Cf. Lespy, Op. cit., Pana, Panar (voler).

35o LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

Pardioux (Pardieu).

Roquelaure^ ce même Gascon qui^ dans Tallemant des Réaux jure si bien en Mordioux*^ jure aussi en Pardioux.

— « Pardioux, qu'auriez- vous dit d'un Gascon qui n'eust rien entrepris en si belle occasion ? » (Tallemant des Réaux ^)

Parentelle (Parenté^).

— (L Si Taffection maritale s'y trouve entière et parfaite comme elle doit et qu'on la surcharge encore de celle qu'on doibt à Isl parentelle. » (Montaigne*.)

— « De nos voisins^ nous ne nous contentons pas d'en sçavoir la race^ \ts parent elles et les alliances. » (Id.^)

— (( Leur (aux dieux) avoir attribué le désir,

la cholere, les vengeances, les mariages, les générations et les parentelles, » (Id.^)

Ce mot, sous la forme « Parentel », existait dans l'ancienne langue ; « parentelle » n'apparaît pas avant le xv^ siècle. 11 est probable qu'il nous est venu de l'italien, mais que les Gascons, possédant eux aussi ce même terme, ont contribué à le propager.

♦ Voir plus haut, au mot Mordioux.

2 Histor.,x. V, p. 370.

'" Cf. Lespy, Op. cit., Parentèle.

^ Essais, liv. I, chap. xxx, édit. i588; chap. xxix, édit. 1595.

^ Essais, liv. II, chap. xvii.

° Essais, liv. II, chap. xii.

Passade {suhsX3intiî formé du verbe Passer^). On trouve ce terme en gascon ;, mais Titalien, l'espagnol, le provençal le connaissent également.

— « Je ne sçay quel maniement ce pouvoit estre, si ce n'est celuy de nos passades, » (Montaigne.*)

— a D'autant que son Phœbus, sa Lune, sa Pléiade

Ne jouissent jamais que comme de passade. » ^

(Du Bartas.)

L'expression « à passades » signifie en gascon « par intermittences y> ; c'est dans ce sens que du Bartas

— « La mer a ses accez et manie à passades

Des rades à la terre et de la terre aux rades. ^) ^

César Oudin ne l'a pas omis ; il indique même un emploi peu connu de ce mot : « la passade, i. limosna. »

Patac (Coup^).

Nous avons cité la fière parole de Biaise de Monluc à ses compagnons : « Hares y harem aux pics et patacs\ » Rabelais s'est aussi servi de ce mot: « Ares que pergudes sont les mies bingt et quouatte

* Cf. Lespy, Op. cit., Passade.

* Essais, liv. I, chap. xlviii.

' Première Sepmaine, ii^ jour, p. Sy.

* Première Sepmaine, lue jour, p. 109.

* Cf. Lespy, Op. cit., Patac.

^ Cf. Avant-Propos, p. 5.

baguettes^ ta pla donnerien picz, tructz et patactzJ » Mais ce sont là des phrases absolument gasconnes ; le mot i( patac » est-il réellement entré dans la langue française, au xvi^ siècle? Cotgrave, en l'enregistrant, nous permet d'affirmer qu'il a du moins obtenu une certaine vogue. « Patact, m. A tacke^ clap. Knocke. Stampe, Gascon. )>

Pêne (Clocher^).

— « { Esglise bien bastie et voultée de pierre avec son clocher 5zVe pêne. » (Enquête de 1546^)

— <( Un clocher^ sive pêne garnie de ses cloches. » (Ibid.*)

— « Et y a aussi un clocher^ en forme de penne, lequel n'est pas encore achevé. » (Ibid.^j

Ce mot ne désignait pas toute espèce de clochers, mais seulement le clocher pointu, en forme de flèche, opposé au clocher qui affectait la forme d'une tour et qu'on appelait « tour )>. Nous surprenons ici Fun des moyens par lesquels la langue française se répandait peu à peu dans le peuple : les Gascons lettrés, ou les Français appelés par leurs fonctions à résider en Gascogne, accolaient, pour mieux se faire comprendre, le terme français au terme gascon. Clocher, voilà le terme français; Pêne, voilà le terme gascon ;

* T. II, p. 201. Le tiers livre de Pantagruel^ chap. xlii. '^ Cf. Lespy, Dict. Op. cit., Pêne.

5 Cf. Revue de Gasc, t. XXXII, p. 81.

* Ibid.^p.Sj.

'' Ibid», p. 266.

ils diront donc : Clocher, sive Pêne. Ailleurs nous trouvons : « Quartaux sive sacs^ » ; — « porge, sive promenoir^- 1» ; — « antiporge, sive proumenoir^ » ; et dans un livre de raison, récemment publié : « le lundi (an i534) le susdit enfant morust de la berole sive de la picoite qui regnoyt merveilleusement en ce pays.* -^ — a L^année. . . feust fort bonne en blés et le gerbier sive loubat tiroit deux cartals et nœuf cantons de dix gerbesle loubat. '» M. Devaux a fait une remarque analogue, pour ce qui concerne la langue vulgaire du Dauphiné, au moyen âge : « Dans les documents qui intéressent le peuple, le terme vulgaire est présenté à côté du terme classique qu usité comme tel ; le scribe sent le besoin de traduire mot pour mot. Par exemple, on rencontre des expressions comme celles-ci : deytraux seu securibus ; — acerrum seu calibem ; — cortex sive ruchia ; ^ — ligna seu brondam; - platea seu peda/ »

' Cf. Revue de Gasc, t. XXXII, p. 82. ^ Ibid., p. 167.

5 Ibid,, p. 182.

* Livre de raison de la famille Dudrot de Capdebosc, publié par M. Ph. Tamizey de Larroque. Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 23 1.

^ Voir Revue de Gascogne, ibid., p. 336. Le loubat, en gascon, c'est une petite meule de foin, et tel est aussi, au xvie siècle, le sens du mot Gerbier.

6 Voir thèse : Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné septentrional, au moyen âge (Grenoble, 1892), p. 26.

Peyrade^ .

Ce substantif est formé du substantif Peyre (pierre), et du suffixe -ade ; il correspond donc, pour la forme, au mot français « pierrée », mais le sens en est bien différent. Une «peyrade » c'est un « coup de pierre », comme une « pugnade » (mot que nous allons rencontrer), c'est un ((Coup de poing». Le baron de Faeneste emploie ce terme, mUis au sens figuré :

— « Je faillis à la quitter pour quauques (quelques) peyrades. » (D'Aubigné.*)

— « A velles i^tVi^s) pejrades. » (Id.^)

Pic (Coup*).

— (( J'éstois en coulere d'ailleurs pour quelque jt?/c qu'un ezent des gardes m'aboit donné. »(D'Aubigné.^)

— (( Je mis Tespée à la men, pensant lui donner Mn pic, y> (Id.^)

Pipot (Petite pipe, bariF).

— « Un pipot de vin. » (Enquête de 1546/)

— « hQ pipot est)e quart de la barrique ou le hui-

* Cf, Lespy, Op. cit., Peyrade.

2 Aventures du baron de Fœneste, p. 92. ^ Ibid., p. III.

* Cf. Lespy, Op. cit., Pic.

^ Aventures du baron de Fœneste, p. 12. ^ Ibid., p. III. Nous avons déjà vu dans Monluc (voir plus haut, au mot Patac) l'expression « pics et patacs )^ . " Cf. Lespy, Op. cit., Pipot.

s Voir Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 82.

tième de la pipe. » {Manuscrit Larcher a.ux archives de Condom.)

Pomade (Boisson faite avec des pommes) ^

— « Et à sa main droicte, le long du grand chemin, il y avoict deux petites bordes, où je trouvay de la pomade et quelque peu de pain de millet. » (Monluc.^)

Pomade se trouve avec ce sens dans les anciens textes français; nul doute cependant que Monluc, qui n'était pas grand clerc, n'ait pris au gascon ce mot qui était à peu près hors d'usage au xvi^ siècle^

Porge (Porche*).

— « Une maison au devant pour le curé, un porge sive promenoir tout neuf. ». (Enquête de 1546.^) On trouve aussi Antiporge^.

Pourpre (employé comme adjectif).

D'après Ménage, « il n'y a que les Gascons qui fassent pourpre adjectif' ». Malherbe avait déjà condamné chez Desportes l'adjectif Pourprette, parce

* Cf. Lespy, Op. cit., Poumade, Pomade. *T. I,p. 59.

^ On le trouve pourtant dans le Dict. des rimes, de Tabourot des Accords (p. 29, v») ; mais Nicot ne le cite pas, ni Furetière, ni Richelet.

* Cf. Lespy, Op. cit., Porge. Sur c vélaire devant 0, u, voir plus haut, p. 70.

^ Voir Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 167.

6 Ibid., p. 182.

' Observations sur la lang. fr., chap. lxxiii.

que « il est impossible de faire du substantif ^omv'çtq, un adjectif diminutif pourprette ». « J'ai bien lu rougette, dit-il encore, mais il vient d'un adjectif* » ; d'où l'on peut conclure qu'il ne connaissait pas, ou du moins ne reconnaissait pas l'usage de « pourpre » adjectif. Du reste, tous les critiques, Vaugelas, Chapelain, Th. Corneille se montrèrent hostiles à cet usage qui a triomphé cependant et persiste encore de nos jours^

Prauve (Pauvre^).

La métathèse de R est un phénomène bien commun dans la phonétique gasconne*; il n'est donc pas surprenant que le baron de Fasneste dise toujours « prauve » pour « pauvre » .

— (( Il faut vien (bien) de ces ménages à un prauve cdboXiQX . » (D'Aubigné. ^)

— « Prauhe mout.^ »

Prède (Proie'').

— « Les soldats . . . faisoient tousjours quelque prede sur les ennemys. » (Monluc.^)

» T. IV, p. 387.

^ Voir Littré, Dict., au mot Pourpre, n» 10.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Praube.

* Voir plus haut, p. 98.

s Aventures du baron de Fœneste, p. 10.

6 Ibid., pp. 34, 39 et passim.

' Cf. Lespy, Op. cit., Preda; — Luchaire, Recueil de textes gascons. Glossaire, Preda. Sur le maintien de d intervocalique, voir plus haut, p- 78.

8 T. III, p. 368.

Ce mot existe aussi en italien et en provençal; nous ne Pavons rencontré que dans les Commentaires de Monluc.

Prou (Profit*).

Tabourot des Accords nous apprend que c'est là un mot gascon^ et que ce mot se retrouve dans l'expression aProuface » fort en usage au xvi^ siècle, a 11 y a un mot dont on use encore en Gascogne, qui est Prou pour Profit, qui semble estre en la composition de cestuy-ci (Prouface). On en use spécialement au sortir de table, et se dit Bon prou vous face, qui est comme un souhait que ce que nous avons mangé nous profite. Si ce n'en est là l'origine, il faut que nous le tenions de l'italien.^» Nous croyons à l'origine gasconne de cette expression ; en gascon, « Far son prou de » (faire son profit de) est une locution des plus usitées*. Nicot a omis le mot (c Prou », mais il enregistre, après Robert Estienne, « Bon prou leur face, illi sua persuasione fruantur. »

Pugnade (Coup de poing*).

— (( Les boilà tous à rire et moi offensé des pugnades que firent ces maraux. » (D'Aubigné*).

* Cf. Lespy, Op. cit.. Prou, Proo.

2 P. 23, yo.

^ Voir Lespy, Op. cit., Prou.

* Cf. Lespy, Op. cit., Pugnada, Punhada. 5 Aventures du baron de Fœneste, p. 104.

Qauque (Quelque*).

— « Sur le bord de la ribière, il se troube une grande paillarde qui laboit quauques hardes. » (D'Aubigné^)

On a vu plus haut (au mot Pey rades) « quauques peyrades ». On peut voir d'ailleurs, dans Tallemant des Réaux% combien « quauque » était une forme familière aux Gascons.

Ramelet (Ballet).

C'est sans doute un vieux mot gascon, dont d'Antras nous a conservé le souvenir dans cette phrase :

— « Et mesmes y fut entreprins un ramelet qui dura quelque temps.* »

M. L. Couture a expliqué les différentes significations qui ont été attachées à ce terme en gascon. Ramelet, après avoir désigné, conformément à Tétymologie « un petit rameau » a pris le sens de « bouquet » : « C'est assurément dans ce sens, avec un détournement métaphorique, que Pierre Goudelin a intitulé son célèbre recueil qui parut pour la première fois en 1617, le Ramelet moundi (le Bouquet toulousain). Plusieurs des pièces liminaires du Ramelet parlent à Goudelin des « fleurs » de son « bouquet » . Un poète latin, nommé Malard, comme plus tard le

* Cf. Lespy, Op. cit., Quauque. Voir, sur la vocalisation deL, p. 99.

2 Aventures du baron de Fœneste, p. 12. ^ Hist., t. V, p. 177; t. VI, p. 385.

P. Vanière, traduit Ramelet moundi par sertum tolosanum. » Dans la suite, on donna le nom de Ramelet « à des réunions joyeuses, où concouraient plusieurs quartiers et où les jeunes gens prenaient des uniformes ou des déguisements caractéristiques... Ainsi le Ramelet était, en même temps qu'une fête populaire, un ballet paré. Il n'est donc pas surprenant que d'Antras ait donné le même nom à un vrai ballet aristocratique.^ »

Religionnaire.

Si Ton en croit Balzac, ce terme fut introduit dans la langue française par les Gascons, en même temps que celui de Doctrinaire ; mais nous avouons n'avoir rien trouvé qui soit de nature à confirmer l'opinion de Balzac. « Le mot de religionnaire n'est pas françois; il vient du même pays que celui de Doctrinaire, et ce fut sans doute un prédicateur gascon qui le débita le premier dans les chaires de Paris. ^ »

Retirer à (Ressembler à').

— « Les enfans retirent au père. » (Monluc*.)

• Cf. Notes des Mémoires, a la suite des Mémoires de Jean d'Antras, p. i58. Godefroy donne aussi ce mot, mais avec la signification de « sorte de poème ».

2 Socrate Chrétien, dise. lo (cité par Littré, au mot Doctrinaire).

'" Nous ne trouvons pas ce sens dans le Dict. béarnais de M. Lespy ; cependant il est bien connu, au moins dans le pays de Bigorre.

* T. II, p. 114.

36o LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

— {( Nostre vie, disoit Pythagoras, retire à la grande et populeuse assemblée des jeux olympiens. » (Montaigne/)

— « Leur langage, au demeurant, c'est le plus doux langage du monde... // retire fort aux terminaisons grecques. » (Id.^)

— c( Ce Pline nullement retirant, à mon advis, aux humeurs de son oncle. » (Id/)

— « Car chacun sçait du cheval d^Alexandre Bucefal, qu'il avoit la teste retirant à celle d'un toreau. » (Id.*)

— « Voilà une description qui retire bien fort à Vequippage d'un homme d'armes. » (Id.'')

— (( Il (Tacite) ne retire pas mal à Vescrire de Séneque ; il me semble plus charnu, Sénèque plus aigu. » (Id.^)

— « Cette forme retire trop à V article. » (Id."^)

— (c Ces babouyns capettes s'en fussent moquez, si peu retire V innocence spartaine à lafrançoise. »

(id/)

* Essais, liv. I, chap. xxv.

— Essais, liv. I, chap. xxxi (édit. i588), chap. xxx (édit. i595).

^ Essais, liv. I, chap. xl (édit. i588), chap. xxxix (édit. iSgS).

* Essais, liv. I, chap. xlviii.

5 Essais, liv. II, chap. ix.

6 Essais, liv. III, chap. viii.

' Essais, liv. III, chap. ix.

^ Essais, ibid.

— « O Dieu ! que ces gaillardes escapades, que cette variation a de beauté, et plus lors que plus elle retire au nonchalant et fortuit. » (Id.')

Cette acception du mot Retirer est assez ordinaire, non seulement dans les dialectes de la langue d'oc, mais encore dans les dialectes de TEst ; nous nous souvenons avoir entendu à Saint- Dié « Retirer à quelqu'un » pour « Ressembler à quelqu'un ». Mais, dans ces nombreux exemples de Montaigne, il est bien évident que nous sommes en présence d'un gasconisme.

Revirade^.

— « J'ay autrefois employé à la nécessité et presse du combat, les revirades qui ont faict faulsée oultre mon desseing. » (Montaigne.^)

Se (Si*).

C'est un gasconisme, non un archaïsme, que cet emploi de « Se » pour « Si » , dans ces phrases de Monluc et de Montaigne :

— (c Et se aulcune aultre chose surviendra, je vous tyendray adverti. » (Monluc.^)

— « Je m'aprocheray mercredi le plus près de

* Essais, liv. III, chap. ix.

* Cf. Lespy, Op. cit., Rebira.

' Essais, liv. III, chap. viii.

* Cf. Lespy, Op. cit., Se.

VOUS que je pourray, est à Feuilles^ se le mal ny est arrivé. » (Montaigne/)

Seringade,

Voici encore un de ces mots en -ade, si chers aux Gascons ; il ne se trouve que dans d'Aubigné, qui fait ainsi parler le baron de Funeste :

— ce Lui et sa femme me tirèrent tout d'un temps, lui, une pistoiilade sans valle, et sa femme une seringade.^ y)

Serre (Colline, Hauteur').

— « Je montis à cheval et men allant le long de la serre pour voir le chemin. » (D'Antras.*)

Stropiat, Estropiât (Estropié).

Ce mot, placé par M. Voizard parmi les mots gascons qui se trouvent dans Montaigne % doit être plutôt regardé comme italien. Au xvi^ siècle, il est d'un usage courant; Littré cite des exemples de

* Lettre aux jurats de Bordeaux, 3o juillet iSgS.

2 Aventures du baron de Fœneste, p. i lo. On remarque, dans cette même phrase, le terme « pistoulade » que le baron emploie encore dans un autre endroit : « sa troupe oyant les pistoUades » (cité par Littré). Les Gascons ont forgé, avec le mot Pistolet, le mot Pistouletade, ainsi défini dans le Dict. béarnais : & Décharge de pistolets, en signe de réjouissance, aux noces de village.

5 Cf. Lespy, Op. cit., Serre.

^ Op, cit., p. 23o.

tf estropiât » dans Rabelais et dans Garloix ; Tabourot des Accords (p. 179, v») et Nicot l'admettent; Furetière indique le sens restreint qu'il avait souvent à cette époque : soldat qui a perdu quelque membre à la guerre et qui se sert de ce prétexte pour mendier. » Mais il est juste de rappeler qu'à côté de la forme italienne « stroppiato » il existe une forme gasconne semblable.

— « Me voyant str optai presque de tous mes membres. » (Monluc.*)

— « Et puis les voyla stropiats et borgnes et estourdisde coups. » (Montaigne.*)

Surpoids,

— (( Mon livre est toujours un; (ce que j'y ajoute), ce ne sont que siirpoids qui ne condamnent pas la première forme, mais donnent quelque prix particulier à chascune des suivantes. » (Montaigne/)

Ce mot semble n'avoir été employé que par Montaigne ; peut-être l'a-t-il formé à l'imitatior» des mots français « Surcharge, Surabondance, etc. »; mais, puisque ce composé existait déjà en gascon*, il est plus naturel de supposer qu'il l'a créé sur le patron du mot gascon. Ce terme a été relevé par César Oudin. «Surpoids, m. sobrepeso, sobrecargo »

2 Essais, liv. II, chap. xxxi. Dans l'édition de iSgS € stropiats » a été remplacé par « estropiez » . ' Essais, liv. III, chap. ix.

* Cf. Lespy, Op. cit., Suberpes.

Taulade (Tablée 0-

— « Toute la taulade se prit à rire. » (D'Aubigné. ')

Tocsin^.

H. Estienne a signalé ce mot comme gascon, et il en recommande l'emploi. « Il vaut mieux, ajoutet-il, escrire toquesing... en adjoustant un g, on approchera plus près de Tétymologie, car c'est un mot gascon, composé de « toquer, au lieu de ce que nous disons toucher ou frapper, et de sing qui signifie cloche, et principalement une grosse cloche comme volontiers en efîroy on sonne la plus grosse*. » Au lieu de « Tocsin », les Gascons disaient aussi « Batsin » . « Alors pour la troysiesme fois ils firent sonner le batsain à toutes deux les cloches.'^ »

Tourner,

Ce verbe, quand il est suivi d'un infinitif, indique en gascon la répétition d'une action ; c'est ainsi que Monluc l'emploie très souvent.

— c( M. de Saint-Pol tome parler eiU roi. S)

* Cf. Lespy, Op. cit., Taulade ; (de Tabulatam ; sur B médial intervoc, Voir plus haut, p. 87,)

^ Aventures du baron de Fœneste, p. 5o. ^ Cf. Lespy, Op. cit., Toquessenh.

* Précellence du lang.fr., p. i8ô.

^ Lettre de George de Bourg, seigneur de Clermont (Gers) Cf. Revue de Gascogne, t. XV, p. 82. M. Ph. Tamizey de Larroque, qui publie cette lettre, ajoute en note : Nous appelons encore aujourd'hui, en patois, le tocsin lou batsin.

— «J'avertis le capitaine. . . du lieu auquel ils Tavoinct tournée copper.'^ »

— (( Et je tourna/ mander audit Bassompierre de renvoyer à la poudre. S)

— c( Nous nous tornâmes r embrasser. ' »

— « Il me tourna demandera »

Dans Tancien français, on trouve « tourner » pour « retourner » ; mais l'expression gasconne a un sens particulier un peu différent, car elle n'implique pas nécessairement l'idée d'un mouvement d'un lieu à un autre lieu.

Tuile (Brique^).

Cette confusion de tuile et de brique est fréquente en Gascogne et en Languedoc.

— <c L'esglise est bien. . . . pavée de t huit le. » (Enquête de 1546.^)

« Il y a quelques années, dit Desgrouais dans ses Gasconismes corrigés (p. 19), qu'on donna à traduire dans un collège de cette ville (Toulouse), ces paroles de Suétone : Gloriabatur Augustus marmoream se relinquere Romam, quam lateritiam acceperat. Later, lateris, signifie brique, et lateritius,

2 T. II, p. 26.

^ T, II, p. io5.

* T. IIÏ, p. 304.

^ Cf. Lespy, Op. cit , Teule (tuile, brique). 6 Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, pp. lyS, 177 et passim.

adjectif formé de later^, signifie de brique. La plupart des jeunes gens traduisirent ainsi : Auguste se glorifiait d'avoir trouvé Rome bâtie de tuiles, et de la laisser toute de marbre. Une ville bâtie de tuiles, au lieu de briques, aurait fait rire à Paris ; mais cela ne fit pas de sensation à Toulouse; personne ne releva ce gasconisme. »

Tuppin (Pot de terre*).

Deux cordeliers avec deux jaccopins {sic) Semblant deux sacs entre deux gros tuppins.

(Bonav. des Périers.) ^

Ce mot se trouve aussi dans Rabelais^; Nicot, Furetière, Richelet Pont omis; mais César Oudin Ta recueilli. « Tupin : m. oUa. »

Tuquet (Petite élévation*)

— (( Je m'arrestai sur un petit tuquet plus haut pour boir au loin. » (D'Aubigné^)

— ce Le fourrier de la compeignie et moi montasmes sur un petit tuquet, seulement par curiositai. » (Id.«)

1 Cf Lespy, Op. cît,, Toupi.

s Voir édit. Jannet, Glossaire.

^ Cf. Lespy, Op. cit., Tuque, qui signifie Hauteur, d'où Tuquet, petite hauteur.

s Avent. du baron de Fœneste, p. 109.

6 Ibid., p. 309.

César Oudin cite ce mot: a Tuquet: m. Relexe. Terron. »

Veguade, Begade (Fois').

Bonaventure des Périers etd'Aubignéont emprunté au gascon ce terme, qui d'ailleurs avait déjà été employé par Rabelais. César Oudin signale l'origine gasconne de Vegada. « Vegada, f. , mot gascon, una vez, una vegada. »

— « Les nymphes

. . . Prennent ja soing De venir faire d'eigade, Si tu dors une veiguade. »

(Bon. des Périers.) *

— « Je n'usse point esté las sans ces bilaines vottes, qui à toutes vegades s'embrouilloient dans ces genêts. » (D'Aubigné^)

— « Aide-enseigne est un honneste home qui aide par begades à pourter lou drapeau. » (Id.*)

Viet d'a^e (Juron gascon').

— (c Mais escoutez, viet^ da^es, que le maulubec vous trousque. » (Rabelais.'')

* Cf. Lespy, Op. cif., Vegade ; — Luchaire, Recueil de textes gascons, Glossaire, Begada.

^ Avent. du baron de Fceneste, p. 225.

* Ibid., p. 3o8.

5 Cf. Lespy, Op. cit,, Bietdazou.

® T. I, p. 7 (Prologue de Gargantua)»

— « Gambaire^ ayant ouï ce dicton^ répondit incontinent en son gascon : Cap de Diou, be vous douni lou reste (je vous donne le reste) pour un viet d'aze. » (Bonav. desPériers/)

Vouloir.

Ce verbe a souvent en gascon le sens de « être sur le point de )) . Les Gascons disent, par exemple : « Il veut pleuvoir» pour « Il va pleuvoir» ; « Peau veut bouillir » pour « va bouillir » .

-— « Et comme j^euz attendu une heure là... et voyois que le jour se voulloit approcher, » (Monluc. ^)

— (c Nous y atandismes jusques à ce qu^il feust si tard que le soleil se voulait coucher. » (Id.^)

Il faut entendre de même cette phrase de Brantôme : « Lorsqu'il voulut mourir » c'est-à-dire « lorsqu'il fut sur le point de mourir. * »

Yens (Gens).

Henri IV avait l'habitude d'écrire « yens » pour gens, comme le remarque E. Jung^; cette forme n'est autre chose qu'un gasconisme^

* T. II, p. 280.

2 T. III, p. 212.

5 T. III, p. 190.

* T. I, p. no.

^ Thèse, p. 61.

^ Voir plus haut, p. 73.

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