‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue français de la fin du 15e siecle á la seconde moitié du 17eChapitre 28 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nous allons examiner dans ce chapitre les traces de l'influence gasconne sur la syntaxe française. La syntaxe française n'est pas une au xvi^ siècle, ni dans la première moitié du xvri'^ ; elle varie, on le sait, d'un auteur à l'autre, et l'histoire de ces variations est bien connue \ Il y a pourtant, même à cette époque, une syntaxe française, fondée sur l'usage le plus généralement suivi par les meilleurs écrivains. Cette syntaxe générale qu'on a très soigneusement étudiée^, nous nous proposons de montrer ici quelles modifications elle a subies sous l'influence des Gascons.

Nous suivrons l'ordre des parties du discours ; en outre, avant d'indiquer, pour chacune de ces parties, les modifications qu'a subies la syntaxe française, nous rappellerons quelles sont les habitudes de la

• Cf. A. Benoist, De la syntaxe française entre Palsgrave et Vaugelas (Paris, 1887), et Ch. L. Livet, La Grammaire française et les Grammairiens au XF/es/èc/e (Paris, iSSg).

- Voir, dans l'ouvrage de MM. Hatzfeld et Darmesteter {Le Sei:{ième siècle en France), le « Tableau de la langue fr. au xvie siècle », chap. iv, Syntaxe.

SyO LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

syntaxe gasconne ; grâce à ce rapprochement, Tinfluence gasconne, établie d'une manière sûre, sera facilement reconnue, même de ceux qui ignorent le gascon.

§ I. — Article.

1 0 L'article, en gascon, peut remplacer le pronom démonstratif. Nous lisons dans les Récits d'histoire sainte : « La mayzoo de Annas, la de Gayphas »> (la maison d'Anne, celle de Cayphe^).

Ainsi parlaient les écoliers gascons, d'après Desgrouais ; ils parlent encore ainsi trop souvent :

^ Quelle leçon me dites-vous? — C'est la de ce soir^ »

« A qui est cette fourchette ? — C'est la de Monsieur ^ »

Cet emploi de l'article n'était pas tout à fait étranger au français. « Henri Estienne, dit M. Benoist, remarque un emploi particulier de l'article, emploi qu'on pourrait appeler patronymique. Les papetiers qui fournissaient la famille Estienne s'appelaient les d'Hanri. C'est comme si l'on disait les fils d'Hanri. '* )>

* Cf. Lespy, Gram. béarnaise, p. i65, n» 202.

^ Gascon, corrigés, p. 265.

^ Ibid.

^ De la syntaxe fr . entre Palsgrave et Vaugelas, p. 17.

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. Sy 1

2° Devant un mot, pris dans un sens partitif, l'ariicle, en gascon, est supprimé dans la plupart des cas où le français emploie l'article partitif du, de la, des. Ainsi on dira : Bouy de bi, de pa, c'est-à-dire : Je veux de pain, de vin.

— « Abe companhoos qui obraben de pienti. » — Il avait des compagnons qui fabriquaient de peignes \

On sait que Temploi de l'article partitif, peu fréquent dans le vieux français, s'étendit beaucoup au xYi^ siècle, a Au xvi*^ siècle, H. Estienne constate les trois locutions françaises correspondant à des locutions grecques analogues; manger le pain, manger du pain, manger pain ... La langue actuelle n'use que dans des locutions consacrées du substantif sans article. . . Au xvi*^ siècle, la langue penche sensiblement vers le nouvel usage. S) Dès le commencement du xvii^ siècle, Maupas écrit: « Le langage serait baaillant, disant: Bailley moy vin. J'ai acheté bois.'» La syntaxe reste encore hésitante jusqu'à ce que Vaugelas formule ainsi la règle : « Au nominatif et à l'accusatif, de se met devant l'adjectif et des devant le substantif; par exemple on dit : il y a d'excellens hommes, et il y a des hommes excellens.S) Et

* Cf. Lespy, Dict., au mot Pienti.

- Le Seizième siècle en France, p. 255 ^i^'^ partie). 5 Gram. fr., p. ii.

* Remarques, t. II, p. 6. Ailleurs, p. 128, il ajoute : C'est une faute ordinaire à ceux de delà Loire de dire : il n'a point

Malherbe, dans son Commentaire sur Desportes (IV, 3o2) : « Devant les substantifs précédés d'un adjectif, il faut employer de et non des, et dire : de hauts discours. » Or, voici comment parlent les Gascons :

— « Je m'étais mis sur ung petit hault, où il y avait <ie pierres d'une ruinée de maison. » (Monluc. ^)

— « Les ungs avoinct de falatutz de blanc et roige, les aultres de j aulne et noir. » (Id.-)

— <i Tout avoit été vendu . . . pour achepter de pierre, pour l'edifiice et réparation de leur dite esglise.» (Enquête de 1546.^)

— " et pour le sortir, il falut avoir de cordes et licols tous ensemble.* »

— « Donnez-moi <i'argent.S)

— (( Apportez de lumière.^ »

de l'argent avec l'article défini, au lieu de dire : il n'a point d'argent, comme ils disent aussi J'ay d'argent pour dire J'ay de l'argent.

1 T. II, p 181

^ T. I, p. 297. Ce mot « falatutz » ne se trouve ni dans Littré, ni dans Godefroy ; mais le sens, au moins pour cette phrase, en est indiqué par une variante que donnent les éditions antérieures à celle de M. Ruble : « les uns avoient des accoustrements » .

'" Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 176.

^ Récit d'un témoin de l'arrivée des religieux de Saint- Maur à Saint-Savin de Lavedan (1621). Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 22.

^ Gasc. corrigés, p. 3i.

° Ibid.

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. SyS

On sait^ d'ailleurs, combien cette faute est fréquente dans tout le Midi. En revanche, les Gascons expriment l'article qui régulièrement doit être supprimé « après de, signe du sens partitif, lorsque le complément de la préposition est précédé d'un adjectif qualificatif. ' »

— « Car dans les bourgz il y avoict des plus beaux palais, des plus belles esgli^es et monastaires qu'il n'y avoict dens la ville. » (Monluc.*)

— « J'ai des pelles mémoires (j'ai de beaux mémoires). » (D'Aubigné.")

— « Et moins vous allegueray ce que j'ai leu en des anciens mémoires de la maison de Benac en Bigorre. » (Belleforest.*)

— « Quoi ! des lèvres l'ouvrier et l'artisan des langues Ne pourra point dicter des facondes harangues »

(Du Bartas. ^)

Mais c'est surtout Montaigne qui tombe fréquemment dans cette faute ; nous pourrions en citer des exemples innombrables ; en voici quelques-uns :

— « Les Abyssins au rebours . . affectent pour la dignité et la pompe, de monter des grandes mules. » (Montaigne/)

' Crouslé, Gram., cours supérieur, § 609. ^T. I,p. 452.

^ Aventures du baron de Fœneste, p. 5o, * Hist. jprodig., Anvers (1594), p. 370. ^ La seconde Sepmaine, iir- jour (la Loy), p. 326. ^ Essais, Wv. I, chap. xlviii (édit iSgS). Ce passage ne se trouve pas dans l'édition de i588.

— « Et en ce monde des Indes nouvelles^ on trouva des grands peuples qui en (d'araignées) vi voient. >> (Id/)

— (( Et n'ay point chassé de mon cabinet des longues gaules que mon père portait. » (Id.^)

— « Je scay qu'il s'est trouvé des simples pa/sans s'estre laissez griller la plante des pieds. » (Id.^)

— « Du prim-saut il a laissé en mémoire des petits miracles. » (Id.*)

— « Ce sont des legierseffects. » (Id.^)

— « Cettuy-ci ne se propose point des vaines fantaisies. ^) (Id.^)

— « Mesprisant certes sa vie qu'il y cuida perdre, engagé pour eux à des longs et pénibles voyages. »

(id.')

— « Certes, je rends grâces à des honnestes hommes qui daignent prendre en bonne part mes foibles efforts. >■) dd.')

— « Il est advenu aux femmes, aux enfans et aux insensez de commander des grands Estats à l'égal des plus suffîsans princes. » (Id.^)

* Essais, liv. I, chap. xxiii.

'^ Essais, liv. II, chap. xxxviii.

5 Essais, liv. Il, chap. xxxii.

* Essais, liv. It, chap. ii.

5 Essais, liv. II, chap. vi. Dans l'édit. de iSgS, ce gasconisme a disparu • « Ce sont de legiers effects. » ^ Essais, liv. III, chap. xii.

' Essais, liv. III, chap. x, ^ Essais, liv. III, chap. ix.

^ Essais : liv. III, chap. viii.

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. ?>'j5

— « On contrefit un grand deuil de sa mort et luy ordonna Ton des somptueuses funérailles. » (Id/)

— « Ils ont plus communément des belles femmes et moins de laydes que nous. » (Id.^)

— « Ce sont des vaines escorces qui rejalissent des subjects ? » (Id.^)

Les Essais^ nous Tavons dit^ offrent de si nombreux exemples de cette construction^ que nous renonçons à les transcrire tous; ceux que nous avons cités suffisent pour montrer que tel est l'usage ordinaire de Montaigne; chez les autres écrivains, au contraire, cette constructio contre qu'accidentellement.

§ 2. — Substantifs,

« Un certain nombre de mots ont, au xvi^ siècle, un genre différent de celui qu'ils ont aujourd'hui, ou ils hésitent entre le masculin et le féminin.*» Les Gascons donnèrent à quelques substantifs un genre différent de celui qu'ils avaient dans la langue du xvi*' siècle ; pour certains autres, dont le genre était indécis, ils employèrent sinon exclusivement, du moins presque toujours, le genre qui était usité dans

* Essais, liv. III, chap. vi.

^ Essais, liv. III, chap. v.

^ Essais, liv. III, chap. iv.

* Hatzfeld et Darmesteter, Op. cit. p. 246 (i^e partie).

Tancien français. Nous avons déjà remarqué qu'il ne faut pas voir dans cet emploi un archaïsme, mais simplement un souvenir du dialecte gascon, si semblable à l'ancien français.

Armoire, qu'on trouve avec les deux genres au xvi'^ siècle, est le plus souvent masculin chez les auteurs gascons. Ménage en a fait la remarque : « Les Gascons le font masculin. Il est féminin.* » Armoire est en effet masculin dans le parler gascon : (( u armari » {un armoire).

Carrosse était presque toujours masculin au xvii^ siècle, mais, comme le remarque Littré, carrozza étant féminin en italien, carrosse a été féminin. A l'époque où Ménage rédigeait ses Observations, il n'y avait plus que les Gascons et les paysans, ditil, pour donner à carrosse le genre féminin, et il cite à l'appui ce vers de Théophile :

« Du bruit de sa carosse importune le Louvre >^. -

Ce mot est féminin en gascon. « Entenetz brouni la carroche » (entendez retentir la carrosse^).

Couple. — Pasquier regarde comme un gasconisme le genre masculin que Montaigne donne à ce mot*. Gomme affaire, comme armoire, comme tant

• Observations sur la langue fr., chap. lxxiii.

2 Ibid.

^ Cf. Lespy, Dict.

'' Le«re5, liv.XVIII, let. I ; t. U, p. 517. Ménage s'étonne de cette critique (chap. lxxiii) et rappelle que plusieurs bons auteurs, Saint-Gelais, Ronsard et Malherbe ont donné à Couple le genre masculin.

d'autres, ce terme était des deux genres et, par suite, chaque auteur écrivait à sa guise, un couple ou une couple. Cependant Pasquier a raison ; Tusage le plus général étant à l'époque de Montaigne, de faire couple féminin, lorsque Montaigne et les autres Gascons écrivent « un couple » il convient de voir dans cet usage un souvenir du dialecte gascon. « Un autre coupple pareil», dit Montaigne, en parlant de Pibrac et de M. de Foix ' .

Cuiller. — D'après Ménage*, les Gascons disaient un cuiller, au masculin, au lieu de dire une cuiller. Le Dict, de Lespy donne, en effet, à côté du féminin culhère, le masculin culhè, culher.

Dette. — «Dette » employé au masculin, voilà encore un gasconisme relevé par Pasquier; il le signala lui-même à Montaigne \ Montaigne écrit parfois « une debte » ; le plus souvent, il écrit au contraire « un debte »...

— « Un si gros debte, comme celuy de ma totale conservation.* >

— c( ... Jusques à ce qu'on fust arrivé à satisfaire exactement ce debte .^ »

* Essais, liv. III, chap ix, édit. i588. Dans l'édit. de iSgS, le texte est ainsi corrigé: « une autre coupple pareille. ».

* Op. cit , chap. ccLXxxviii.

5 « Je luy monstray plusieurs manières de parler familières non aux François, mais seulement aux Gascons, un debte. » Lettres, liv. XVIII, let. i ; t. II, p 517.

* Essais, liv. III, chap. ix.

^ Essais, liv. III, chap. xi.

— « ... Il n'est point de debte estrangier qui aporte plus de ruyne aux maisons.* »

— (( . . Il y avait danger qu'un marchant luy fist mettre la main sur le collet, à cause dCun vieux debte. ^ »

Et c'est bien là un souvenir, non de l'ancienne langue française, mais du dialecte gascon qui dit : (c et dewte, lou dewte. » On trouve également dette, au masculin, dans du Bartas :

— (« Fait le dette plus grand ». ^

Dot. — Ce mot est masculin en gascon ; de plus, nous croyons que tous les auteurs gascons l'ont fait masculin ; nous hésitons néanmoins à considérer cet usag€, si général soit-il chez les auteurs gascons, comme un gasconisme, le masculin étant aussi souvent employé que le féminin dans la langue française du xvi^ siècle.

— « Pourtant trouvé-je peu d'advancement à un homme de qui les affaires se portent bien, d'aller cercher une femme qui le charge d'un grand dot. » (Montaigne.*)

Écritoire. — Le genre d'écritoire a varié ; mais, au xvne siècle, on reprochait aux Gascons d'aller contre l'usage, en disant & une écritoire ». Voici

' Essais, liv. II, chap. viii.

'^ Essais, liv. I, chap. xiv.

5 Judith, III, p. 38o.

* Essais, liv. II, chap. vu.

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. SyQ

Tobservation de Ménage : « Rabelais^ liv. 1^^^ chap. xiv, Ta fait masculin. « Et portoit ordinairement un gros escritoire^ pesant plus de sept mille quintaiàx.' » Les Gascons le font aussi de ce genre. Il est féminin. » Fois. — Henri IV a employé ce mot avec le genre masculin.

— « Nous en retournant ma femme et moy en Bearn pour nostre entrée en la tenue des Estats, laquelle nous avons esté contraincts remettre et différer à un aultre fois.^ »

Cela tient à ce que les Gascons se servent^ au lieu du mot fois, du mot coup, qui est masculin « u cop^), d'où la tentation de transporter au mot français le genre du mot gascon.

Honneur est souvent féminin chez les auteurs gascons :

— « et allors nostre honneur demeurera claire et nette devant Dieu et les hommes. )^ (Monluc ')

— « Permettre seulement aux gentils femmes de sortir, leur honneur sauve. » (Montaigne. *j

Ici encore, nous croyons devoir constater l'influence, non du vieux français, mais du gascon qui dit « la honor "^ » .

Huile garde, chez les auteurs gascons, le genre

* O/?. cit., chap. Lxxiii.

— Lettres missives, x.l.^'p.'i.'i'h.

* Essais., liv. I, chap i.

5 Cf. Lespy, Dict. « A ma aunor et a mon profiect », dans les Fors d'Oloron.

38o LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

qu'il a dans leur dialecte: Et fiz prendre tout Vhiiille

des lampes des esglises et le distribuay pareillement

aux soldats. » (Monluc/)

Ménage est tout surpris de trouver cette faute dans

le Quintil Censeur: « Charles Fontaine, Parisien...

Ta fait masculin. Et c'est aussi de ce genre que le

font les Gascons. Il est constamment féminin. De

bonne huile^ les saintes huiles. ^ »

Image. — Hatzfeld et Darmesteter donnent^ pour

faire connaître le genre de ce mot dans la langue du

xvje siècle^ les exemples suivants :

(( Images affreux. >^ (Du Bartas.) « Un image de liberté. » (Montaigne.) « Ce petit ymage d'argent. » (Des Périers.) « Maint et maint image. » (Jodelle. ^) Image était donc du masculin^ au xvi^ siècle*;

mais au xvii©^ image n'était employé qu'au féminin.

Les Gascons, d'après Ménage, continuaient à dire

a un image ^ )> ; ils suivaient l'usage gascon « u imadyé » . Mémoires. — Est-ce un souvenir du gascon qui

fait dire au baron de Fœneste : «< J'ai des relies

mémoires, qui sont tenues d'un grand queitaine.'' »

' T. II, p. 206.

- Op. cit., chap. LxxiiL Palissy a dit également : « Et plusieurs guérissent... du dit huile, parce qu'ï7 est corrosif. » P. 3o (édit. A. France).

'" Op. cit., p 249 (l'e partie).

* Voir dans Littré un exemple de « image » féminin

^ Op. cit., chap. i.wiii.

^ Aventures du baron de Fœneste, p. 5o.

avec ses lettres de recommandation et unes oires/ ))

Ce mot, au pluriel^ et dans le sens de souvenirs, est féminin en gascon : a Las memoris sont labils » (Les souvenirs passent vite.^)

Ongle, d'un genre incertain dans Tancienne langue, est féminin dans Montaigne.

— (( J'ai peu me mesler des charges publiques, sans me despartir de moy, de la largeur d'une ongle. ^))

— « Ayant Tongle coupée en forme de doigts. * »

— « Car premièrement, estant tout esvanouy, je me travaillois d'entr'ouvrir mon pourpoinct à belles ongles.^ »

— « Tout ainsi le milieu dans son ongle crochue

Le pépiant poulet emporte par la nuë. »

(Du Bartas.) «

Cet emploi du genre féminin peut être expliqué par l'influence du dialecte gascon ; en gascon, « ongle » est féminin : las ouncles. Lespy cite {Dict., ungle) entre autres exemples, cette phrase d'un directeur des vivres : Que m'an hèyt las uncles taa braques.

* Aventures du baron de Fœneste, p. 24. - Cf. Lespy, Dict.

'" Essais, liv. III, chap. x.

'^ Essais, liv. I, chap. xlvih.

^ Essais, liv. II, chap. vi (édit. i3S8j. Dans l'édit. de 1 595, ce gasconisme a disparu : «; à beaux ongles ». ^ Judith, liv. II, p. 368.

On m'a fait les ongles si courtes (qu'à peine puis-je me gratter quand une puce m'a mordu).

Le Savoyard Vaugelas remarque qu'on fait aussi ce mot féminin en Savoie^ en Dauphiné et à Lyon. ^

Paire. — C'est le gascon « u parelh » qui a fait écrire à J . Scaliger : « de trois paires de lettres que je vous envoiai dernièrement^ il est impossible que vous n'en aies receu quelcunJy^ Paire était parfois masculin au xvi^ siècle ; mais^ on l'a dit fort justement^ c( ce mot était le plus habituellement féminin, et Scaliger, en l'employant au masculin, s'en sert contre l'usage le plus commun » ' .

Paroi. — Ce mot était tantôt masculin, tantôt féminin. Nicot le regarde comme masculin, mais ne cite que des exemples où il est employé au féminin. Montaigne avait dit d'abord « il alla froysser sa teste contre un paroy et s'y tua* », mais dans l'édition de 1695, on lit « une paroy ». Le Gascon dit : u paret, un paroi ^

Rencontre. — Souvent masculin dans l'ancienne langue, par exemple, dans Froissard, ce nom est presque toujours féminin au xvi® siècle (sauf peut-

* Dans les Nouvelles Remarques, t. H, p. 422.

^ Lettres de J. Scaliger publiées par M. Ph. Tamizey de Larroque {Recueil de travaux de la Société d'agr., se. et arts. Agen, 2e série, t. VI, p. 249).

5 Voir Revue des Langues Romanes, 1886, p. i33.

* Essais, liv. II, chap. xxxii (édit. i588). 5 Cf. Lespy, Op. cit., Paret.

être quand il signifie occasion: en ce rencontre)*. Les auteurs gascons remployaient au masculin, et Pasquier ne manque pas de reprocher ce gasconisme à Montaigne.

— (( Le rencontre m'en offrira le jour quelque autre fois, plus apparent que celuy du midy.S)

— « Je ne faudroy pas de m'engager enfin en quelque malplaisant rencontre. » (Id.')

— « Il faut le rencontre de beaucoup de qualitez à le bastir. » (Id *)

— « Fuyez-la, faict-il, courez hors de sa veuë et de son rencontre, y) (Id.^)

— « Quoy que die ce subtil rencontre d'Arcesilaus. » Ud.")

— « Un personnage sçavant, et de mes amis, c'est merveille quels rencontrées et combien admirables il trouve. » (Id.^)

» « En matière de querelle, dit Vaugelas, plusieurs le font masculin,. . . mais le meilleur est de le faire féminin. » Pairu : « Pour moy, je le ferois en tous sens tousjours féminin. » Th. Corneille : « Tant de personnes escrivent en ce rencontre, quand ce mot signifie occasion, qu'on ne peut condamner ceux qui dans ce sens le font masculin. 11 est pourtant mieux de le faire tousjours féminin. » {Remarques, pp. 74, 75.)

— Essais, liv. I, chap. x.

^ Essais, liv. II, chap. xxxvii.

* Essais, liv. III, chap. v. '

^ Essais, liv. III, chap. x.

6 £"55^/5, liv. II, chap. XI (dans l'édit. i5g5 seulement).

' Essais, liv. II, ibid.

— (( Ceux qui eurent Tacivantage au rencontre de la Rochelabeille. » (Id/)

— « Le principal effort du rencontre fut en cest endroit. » (Id.^)

— « Guillaumes^ d'où Ton dict que le nom de Guienne est venu par un froid rencontre. » (Id.^)

— (( Et encores que ce ne soict pas grand cas de ce rencontre que je vous ay descript. » (Monluc/)

— (c Outre que le rencontre estoit en lieu ou les chevaux ne se pouvaient aucunement soustenir. » (Id.^)

— « A cet heureux rencontre, Adam d'aise sautelle. »

(Du Bartas. ^)

— « Et les Démons craignant l'éblouissant rencontre. »

(Id.^)

— c( Tombant icy dCun bienheureux rencontre. » (Pierre de Brach.^)

— (( Ledit sieur de Parrabère que je vis despuys ce rencontre. » (D'Antras.^)

— (( les plaines de Saint- Clair où se fit un rencontre. » (Id.^^)

' Essais, liv. I, chap. xxxii (édit. i588), chap. xxxi (^édit. i595).

— Essais, liv. I, chap. xli.

^ Essais, liv. I, ibid.

s T. III, p. 442.

6 La seconde Sepmaine, ler jour (Les Artifices), p. iS?. ' Ibid., jiie jour (La Loy), p. 344.

« Œuvres de P. de Brach, p. 181 (édit. ibyG). « P. 83.

10 p. i5 et passim.

— «Certes, boici un von rencontre. » (D'Aubigné/)

Patenostre. — Pasquier signala à Montaigne, comme un gasconisme, Temploi de ce mot avec le genre masculin. « Je le menay (Montaigne) en ma chambre, où j'avais son livre, et là je luy monstray plusieurs manières de parler familières non aux François, ains seulement aux Gascons, un Pate-nostre, un Debte, un Couple, un Rencontre.' » Voici la phrase de Montaigne (Essais, I, lvi), où Pasquier a trouvé « un patenostre » : a Je voudroy que ce soit le seul patenostre que les Chrétiens y emploiassent. »

Sang est féminin en gascon « la sanc » : et aquj lo estrenglo talement que lo fe sclatar la sanc per los ditz ; — il le serra si fort qu'il fit jaillir le sang entre les doigts'. Littré ne cite pas d'exemple de sang employé au genre féminin; nous croyons pourtant reconnaître une trace de ce féminin dans les jurons : Palsambleu, Palsangué, Palsanguienne. Ces jurons, inconnus avant le xvi^* siècle, se décomposent, non pas comme dit Littré, en «par le Sang Dieu » , mais en « par la sang Dieu ». Ce qui le prouve, c'est qu'on trouve souvent: Parla sambleu.

« Par la sambleu, messieurs, je ne croyais pas être Si plaisant que je suis. . . » -*

' Aventures du baron de Fœneste, p. 87.

- Lettres, liv. XVllI, lettre 1; t. Il, p. 5 17.

'" Un baron béarnais, textes du xv^ siècle (Publication de la Société des bibliophiles du Béarn, 1878, p. 38). '* Le Misanthrope, acte II, scène vu (texte original de

On trouve même dans les Fourberies de Scapin : « par la sang ! ' » L'origine gasconne de ces locutions est d'autant plus probable que ce sont des jurons^ et que les soldats gascons passaient pour être très riches en expressions de ce genre. (^Samdiu^ sandis^ cadedis^ mordioux, pardioux^ etc.)

§ 3. — De l'Adjectif,

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