‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue français de la fin du 15e siecle á la seconde moitié du 17eChapitre 34 sur 38 · III. — Verbes réfléchis · texte numérisé non relu

III. — Verbes réfléchis

Le gascon, comme l'ancien français, donne la forme réfléchie à une foule de verbes qui sont neutres

• Essais, jv. II, chap. x.

"^ Essais, liv. II, chap. xii.

^ Essais, liv. lïl, chap. i.

* Essais, liv. III, chap. ir.

^ Essais, liv. III, chap. xii.

^ Essais, liv. III, chap. v.

■^ Essais, liv. III, chap. ix. Si nous consultons l'édition de iSgS, nous trouvons que ce gasconisme est corrigé partout, sauf dans les deux premiers exemples.

aujourd'hui ; aussi rencontrons- nous chez les auteurs gascons ces anciens verbes pronominaux disparus^ ou à peu près, de la langue du xvi® siècle; on en trouve même qui paraissent inconnus au vieux français.

S^acomencer est dans Monluc :

- « Et ainsin sacomensa à appourter quelque peu de bledz et farines à Bourdeaux.' »

S'avorter. — a Le 9 may 1601 ma femme savorta dun enfant qui neust baptême. » {Livre de raison de la famille Dudrot de Capdebosq.^)

Se bâtir. — « Ce pont demeura plus longtemps à se bastir qu'il ne fist a estre ruyné.» (D'Antras.^)

Se brûler. — « Et audit Cautères (Cauterets, Hautes-Pyrénées) se brulla un jeune homme ces jours passés. » (Récit de Dom Calmeils, du monastère de Saint-Savin, 1644.*)

- « il se brulla quelque partie de bas de chausses pour estre un peu difficiles à sécher. » (Id.'')

* T. II, p. 242.

- Publié par M. Ph. Tamizey de Larroque, Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 278.

-* Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 40. ^ Ibid. Littré cite {Dict., au mot Brûler, Hist.) ces vers de du Bellay :

Didon se brusie et de son mal enclos Ja la fureur lui saccage les os.

Mais, ici, « se brusler v a toute la force d'un verbe

S'enterrer. — a Et au lieu qu'il se doibt enterrer avecques ce grand honneur aquis en grandz peynes et travauh^ il s enterrera avecques infamie immortelle. » (Monluc.*)

— (( que non seulement se sont-îl:{ enterrés en grand honneur^ mais encore. » (Id. . .^)

— (( et neanmoingz ils se sont enterrés ou ils vivent en reputtation d'être fils de princes. » (Id.*^)

— (( et la plus part s'entérinèrent sur les lieux sans aucun fruict de leur victoire. » (Montaigne.*)

Se recommencer. — « La paix a duré cinq ans ; je ne scay a qui mauldire de ceulx qui sont en cause qu'elle (la guerre) ^'e^^ recommencée. » (Monluc.^)

Montaigne fait un grand usage du verbe réfléchi impersonnel. c( A les ouïr seulement sonner, il se sentoit qu'ils avoient esté bien autres.... » — «Et se pourroit mettre en doubte si. » - « Comme il sefaict des autres sciences. » ~ « Les polices où il se souffre moins de disparité entre les valets et les maistres.S)

réfléchi, tandis que dans les phrases gasconnes, a se brusler » n'a que le sens de « brusler, prendre feu ». De même dans Furetière : a Les Indiennes se bruslent toutes vives ».

5 T. 1, ibid.

^ Essais, liv. III, chap. vi.

^ Exemples cités par M. Voizard, Op. cit., p, 109.

Cet emploi impersonnel est généralement regardé comme un italianisme, mais, en ce qui concerne Montaigne, les habitudes gasconnes suffisent à Texpliquer.

b) EMPLOI DES AUXILIAIRES.

I. — Emploi de l'auxiliaire « être » pour V auxiliaire « avoir ».

En gascon, de même que dans tous les parlersde la langue d'oc, de même qu'en italien, le verbe « être » se sert de ses propres temps simples pour former les temps composés : « Soy estât » (Je suis été). Les auteurs gascons, fidèles aux habitudes du parler gascon, disent de même : Je suis été. Je fusse été.

— « Et, si le parlement de Bordeaulx et senneschaucées deppendentes d'iceluy fussent esté aussy curieux à les prendre. » (Monluc.*)

— c< En trois mois, tout cella fut esté recuilly. ))

(id.')

— « Maintenant je veulx parler de moy mesme, qui ne suis jamais esté cogneu, sinon pour ung homme de peu et de rien. » (Id.^)

— « Et mesme, ce fut esté un grand soulagement pour nous, de trouver un bon lict. » (D'Antras.*)

-^ T. I, ibid.

-> T. I, p. ii3.

Voici d'autres exemples où l'emploi de l'auxiliaire être s'écarte davantage de l'usage général; nous trouvons, en effet, conjugués avec cet auxiliaire, les verbes « Pouvoir, Courir, Sauter, Savoir, Vouloir, Bouger » ; et cet usage est conforme à l'usage gascon.

— (c Et si la grande porte eust été ouverte, 7îous /eussions peu entrer dedans. >; (Monluc.*)

— (c M. de Briquemaur, gouverneur, avoict envoyé six Suisses . . . lesquelz nestoinctpeu réentrer dedans »

(id.^)

— (c Et jaçoit. Monseigneur, que je n'aye jusqu'icy fait tant, ne si bien travaillé, que je sois peu parvenir jusqu'au feste de telle félicité. » (Belleforest.^)

— « Je suis bien marri que je ne me suis pu trouver sur le port à votre arrivée. » (Henri IV.*)

— « Une partie de ceulx qui gardoient la porte y esti ont courus, » (Monluc.^)

— « Je m'y trouvis mon valet de chambre et mon palefrenier qui estoinct sautés après les capitaines. » (Id.^)

— « Il luy dict que je les avois sauvés et à tous ceux qu' estoinct avecques luy et ne m'estois pas sceu sauver moy-mesmes. » (Id.^)

^ Mémoires et histoire de l'origine, invention et autheurs des choses, etc. (Paris, i576). Épistre. * Lettres missives, t. V, p. SSy.

— <i^ 5q me suis voulu descharger avec vous de la distribution de la dicte somme. » (Henri IV.*)

— (( Il (Monglat) n est pas voulu partir sans lettre de moy. » (Id. *)

— ft Les mineurs n'étaient jamais bougés de moi. » (Monluc.'')

— a Car vous ne seriéi bougé de la court. » (Id.^;

II. — Emploi de V auxiliaire « avoir » pour l'auxiliaire a être ».

— « Monsieur de Sarade en faizoict tousjours reposer une trouppe au bord de la rivière, où ilz savoinct faict fère ung peu de feu. >^ (Monluc.^j

— '< J'envoyai de mesmes scavoir nouvelles de ceux qu'estoinct à l'Hostellerie et au palais et trouvarent qu'à la mesme heure tout avoict vuydé. » (Id .*)

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