III. — Emploi du verbe « aller » comme auxiliaire
Les Gascons remplacent souvent le passé défini par rinfinitif, précédé du verbe « ana » (aller), qui joue le rôle d'un véritable auxiliaire. Ils diront^ par
' Lettres missives, t. VII, p. i5i.
— Lettres missives, t. V, p. 5o8.
^ T. II, p. 287.
fi T. II, p. 195.
exemple, « ba béni » (littéralement : il va venir), pour « Il vint > . C'est ainsi qu'on trouve : (( Ban se espaurir )> (Ils vont s'effrayer, c'est-à-dire, Ils s'effrayèrent^). (( La raube que portabe va arder. » (La robe qu'elle portait va prendre feu, c'est-à-dire, La robe prit feu. "^)
Cet emploi « du verbe anar à titre d'auxiliaire devant l'infinitif, dit M. P. Meyer, est d'un usage très fréquent dans les ouvrages en langue d'oc. Le même fait existe dans les autres langues romanes, mais non point avec la même fréquence ni avec la même nuance. ' » Nous avons souvent constaté cet usage chez les écrivains gascons du xvi^ siècle.
— « Une heure après ces deux despêches, 7ne va souvenir que... (c'est-à-dire il me souvint que). » (Monluc.*)
— (K La seconde nuit, nostre patiente, qui n'en dormoit pas une heure, se va souvenir que son médecin étoit allé à la messe. » (D'Aubigné.^)
— « Ainsi qu'ils estoinct tous à la messe, va entrer en l'Esglise un homme tout en chemise. )^ (Marguerite d'Angoulême. ^)
* Histoire Sainte (publication de la Société des bibliophiles du Béarn, 1876- 1877), t. II, p. i58.
'*- Ibid., t. J, p. 222.
' Cf. Revue de Gascogne, t. IX, p. 46.
* T. II, p. 397.
5 Aventures du baron de Fœneste, p. 21 3. ° Heptaméron, Prologue.
— « Et soudain que le Niveau eut fini son propos, voicy la Sauterelle qui d'une grande vitesse se va eslever. » (B. Palissy/)
— « Soudain qu'ils m'eurent apperceu, ils me vont eslire]\igQ, pour juger de leur différent. » (Id.^)
Ces exemples suffisent pour montrer que cette tournure n'a rien de commun avec la construction, si fréquente au xvi^ siècle, du verbe aller, suivi d'un participe présent.
C). — REMARQUES SUR l'eMPLOI DE CERTAINS MODES.