III. — En gascon, comme en provençal, on se
* La seconde Sepmaine, i^r jour (Les Artifices), p. i33.
* Judith, liv. IV, p. 390
* La seconde Sepmaine, iv^ jour (La Décadence), p. 5 19.
* Ibid , me jour (Les Pères), p. 3 10.
* Ibid., i«r jour (Les Artifices), p. i36.
^ Gasc. corrigés, p. 290.
sert de Tadjectif possessif son, sa, ses, même quand on parle de plusieurs personnes. Les Méridionaux disent volontiers, fidèles à la règle latine : Le père et la mère sont sortis SLvecsonJîls. a Cridéouen biahore, demandéouen perdoun et graci ; Louïsoun escoutéoue
p^arreu, aou cap d^uou^paouse, con lou paou
s^estout bieun lebertit aou soun déspeuns, que bedè n'en pouden pas léou mè. . . » Cest-à-dire : « ils criaient au secours, demandaient pardon et grâce ; Louison n^écoutait rien ; . . . au bout d^un moment, quand le bâton se fut bien diverti à ses dépens (à leurs dépens), voyant que bientôt ils n'en pouvaient mais.. * »
L'auteur des Nouveaux Gasconismes relève cette faute, qu'il considère sunout comme provençale, mais qui n'est pas inconnue, on vient de le voir, au parler gascon :
— « Ces enfants aiment son père . . . Ceux-ci étudient assez bien sa leçon.* y>
Nous n'avons pas rencontré ce gasconisme chez les auteurs gascons ; il serait pourtant bien extraordinaire qu'ils l'eussent tous complètement évité. En revanche, nous le rencontrons chez Malherbe, dans
* Arnaudin. Contes de la Grande Lande, p. 210. Nous avons conservé Torthographe de l'auteur et les formes du parler landais, arreu, bieun (rien, bien).
* Nouveaux Gasc, corrigés, t. Il, p. 3a6.
un passage qui a été^ selon nous, mal interprété par M. L. Lalanne^ le consciencieux et savant éditeur de Malherbe :
— « Aussi celui qui est fol n'a pas tous les vices en son extrémité, S) M. Lalanne n'a pas reconnu ici la tournure provençale ; il croit voir dans ces mots « en son extrémité » une simple inadvertance et met en note : Il faut lire sans doute : a en leur extrémité » ou € tout vice en son extrémité. * »
IV. — L'article est toujours exprimé, en gascon, devant l'adjectif possessif, alors même que cet adjectif possessif est accompagné d'un qualificatif. On dit couramment, aux environs de Tarbes : €étmé nébout (le mien neveu); et prawbé sou pai (le pauvre son père).'» Voici de charmants vers de Despourrins:
— a Berouyine, charmantine, Berouyine, lou me sou.* »
* T. II, p. 118.
* Cf. article de M. C. Chabanneau, /^omania, IV, p. 344* M. P. Meyer rappelle que a dans le Figaro, du icraoût 1875, on peut lire, dans un article signé d'un rédacteur non moins spirituel que Marseillais : Cet amendement porte que les Conseils généraux vérifieront les pouvoirs de ses membres ».
' Notons en passant que, dans quelques communes, pai (père) est du féminin. Nous avons entendu dire, d'une façon habituelle, à Montgaillard (près de Bagnères de-Bigorre) : la sa pai (son père).
* « O joliette, ô toute charmante, — ô joliette, ô mon soleil {\e mien soleil). î> On ne peut traduire qu'imparfaite*
3gO LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.
Dans une vieille chanson béarnaise qu'a publiée la Revue des Patois Gallo-Romans\ nous trouvons les vers suivants^ que nous transcrivons sous une forme orthographique nnoins savante :
— « La sua mai kawra pieytat, La sua so ké dira nou, Los bostes amous kéns an kounfiat. »
-- • La sienne mère aura pitié, La sienne sœur dira non, Les vôtres amours on nous a confié. »
Nous n^avons pas trouvé dans les auteurs gascons, d^excmples où Tarticle soit ainsi employé; mais il faut croire que les Gascons commettaient souvent cette faute^ au moins dans leur conversation, puisque Desgrouais signale les gasconismes suivants :
— < Le pauvre mon père n'aurait pas fait cela.*»
— ce Si /a pauvre ma mère vivait encore. ' »
On peut rapprocher de cet emploi de l'article, joint à Tadjectif possessif, les phrases suivantes où Montaigne réunit Tadjectif possessif et l'adjectif démonstratif.
ment, dit M. Lespy, à qui nous empruntons cette citation {Grammaire béam,, p. 248), ce que signifient nos deux adjectifs.
• Un chant de noce en Béant, n" 10, pp. i33, 134.
* Gasc. corrigés, p. 273.
' Jbid., p. 265.
INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. Sq I
— « Cette nostre exaspération immodérée et illégitime contre ce vice. '»
— ce Toute cette nostre suffisance, qui est au delà de la commune et naturelle.' »
— « Ils (les singes) en presterent le moyen par cette leur inclination à faire tout ce qu'ils veoyoient faire.'*
— ce Et puis de ceux-là est la liberté peu suspecte et peu odieuse^ qui besoingnent sans aucun leur interest. * y> Leur est bien adjectif possessif et ne représente nullement le pronom latin t illorum i ; cette tournure rappelle de très près les tournures gasconnes : « los lors delictes », leurs délits; a las lors pregaris », leurs prières*.
— « Il n'est pas besoing que ceste vostre provinse demeure longuement sans chefs.'»
ADJECTIFS INDEFINIS.
I. — L'adjectif awte (autre) est souvent joint, en gascon, au pronom personnel nous, vous, sans qu'il
< Essais, liv. III, chap. v.
* Essais, liv. III, chap. xii.
* Essais, liv. III, chap, v.
* Essais, liv. III, chap. i. Les exemples de cette construction sont trop nombreux pour qu'on puisse les citer tous.
* Cf. Lespy, Gram, béarnaise, p. 255.
^ Lettre de Bernard du Bouzet, seigneur de Roquepîne,à Henri IV. Cf. Revue de Gascogne, t. XV, p. 229.
ajoute à la pensée une nuance quelconque d'opposition ou de contraste :
— < Q.uoaiid bedia que nous auls
hem lous sinnes de croutz,
Edi nous nomen labets casse-mousques à touu.' t
— ( Cresca que questes ribaux non han pas ^n conte de nous aux. ■ . ; e son aquestes tousten en aquère opinion quan parlen dab nous aux ... ; abe un besin mai feble que nous aux.* •
— ■ Moun Dîw, bé nèm nousawls urous. * •
Monluc et Montaigne disent de même. * Nous autres, qui privons nostre jugement du droict de faire des arrests, regardons mollement les opinions diverses. » (Montaigne. ')
' » Lorsqu'iljvoientque nom(amres)... faisons lessignes de croix, ils nous appellent tous alors des chasse-mouches • Fondeville, cité par M. Lespy, Gram. béam., p. 2o3
* i Crois que ces ribauds ne font pas grand compte de nous(autres)...;eiils sont toujours dans cette opinion quand ils parlent avec nous (autres)... ; (il) avait un voisin plus faible que nous (autres). » Lettre écrite en gascon par François de Noailles, évêque de Dax, à Jean de Monluc. Cf. Revue de Gascogne, t. IX, pp. 469, 470.
* • Mon Dieu, comme nous sommes heureux, nous (autres). Cf. Revue des Patois Gallo-Romans (Un chant de noce en Béant), n" 10, p. i38.
* Essais, liv. III, chap. vm.
INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. SqS
— f Nous autres principalement, qui vivons une vie privée. > (Id.*)
— « Nous autres, qui avons peu de practique avec les livres, sommes en ceste peine. » (Id.*)
— « Avés-vous entendeu tous vous autres ce qu'ont proposé ces sieurs. > (Monluc.')
D'Aubigné fait ainsi parler le baron de Fœneste :
— « Bous autres abez d'estranges moûts.*»
— « Ce sont des imbentions de bous autres, • »
— « Non pas f^us autres qui les abez ostés de leur repaux.* »
— « Pourtant bous autres ne croiez pas cela. ' » Tallemant des Réaux, parlant d'un Gascon, du
Buse, raconte que « son parent le fît prescher et le fit entendre au cardinal. Nostre homme, comme estant d'un pays dont les gens disent : Nous autres nous avons du feu, mais du plus brillant; pour le jugement, nous n'en tenons compte ; — ne manqua de débiter hardiment bien des sottises. * »
Desgrouais reproche aux Gascons des phrases comme celles-ci :
— « Voilà qu'il pleut, entrez chez nous autres. . .
' Essais, liv. III, chap. ii.
* Essais, liv. III, chap. viii.
» T. III, p. 355.
* Aventures du baron de Fœneste, p. 1 4.
* Ibid.,p, 67.
* Ibid,, p. 67.
^ Ibid., p. 68.
* HistorietteSf IV, p. 1 3o.
Dès que vous serez arrivés chez vous autres, vous y trouverez un tel. • »
Littré relève dans Corneille et dans Gresset des exemples semblables à ceux de Montaigne ; il r^arde comme un gallicisme Tunion de autres à nous, vous*. Comment cette tournure peut-elle être un gallicisme ? elle n^est employée que par un petit nombre d^écrivains, et n^apparaît pas, croyons-nous, dans la langue française, avant le xvi® siècle ? Elle se retrouve, d^ailleurs, dans la langue espagnole, qui dit nosotros.
IL — L^adjectif indéfini un, peut être employé comme pronom, et suivi d^un complément de lieu. Les Gascons disent : « ii de Tarbcs ^ un homme de Tarbes.
La langue du xvi^ siècle employait, à la vérité, Tadjectif indéfini un comme pronom, mais ne le faisait pas suivre d^un complément de lieu ; on disait fort bien :
— c Comme un qui prend une coupe. ^ »
— « Lorsque j'entr*ouy le bruit
D'un qui frappait à ma porte.* »
* Gasc. corrigés^ p. 5o.
* Dict y au mot Autre.
- Ronsard, Odes y t. I, p. 2.
* Ronsard, Odes^ t. II, p. 19. Sur cette construction, Cf. Benoist, De la Syntaxe entre Palsgrave et Vaugelas, p. 108.
INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. SgS
Mais on n^aurait pas approuvé la phrase suivante du Gascon J. d^Ântras :
— « ils furent advertys par un du lieu mesme qui en eut coignoissance.' »
§4. — Pronoms.