PRONOMS PERSONNELS
Le gascon donne comme complément indirect à beaucoup de verbes un pronom personnel qui, sans être tout à fait explétif, n'indique pourtant que très légèrement un retour sur le sujet de Faction marquée par le verbe.
— € Lou rénart... se gahe soun peyroc* »
— € Et diable, se la blou, que la s'ayou à prene,'»
— < Jou la-m goardabi sus la prade.**
— « Ké ma embiat pape merkat,
Ké bien! bédé so ké mi a butât. > ^
Qu'on compare à ces phrases les phrases suivantes :
* a Le renard se prit sa pierre. « Arnaudin, Contes de la Grande- Lande, p. 263.
> c Le diable, s'il la voulut, eut à se la prendre. » Déjeanne, Contes de Bigorre , dans la Romania, XI I, p. 575.
* c Je me la gardais dans la prairie. 9 Despourrins, cité par Lespy, Gram, béarn,, p. 269.
* • Il m'a envoyé papier marqué ; je viens voir ce qu'il m'y a mis. »» Revue des Patois Gallo-Romans, n® 10, p. i33.
— tt J^avois commandé aux soldats que chacun se portast un pain. » (Monluc/)
— € car une partie des ennemys^ se voyans la victoire, coururent à luy. > (Id.*)
— € Le marcquis qui se vit ce desordre sur les bras, commensa à se retirer par une valée. » (Id.')
— « Comme il fut jour, nous volsimes reconnaître nos morts, je m'y trouvis mon valet de chambre et mon palefrenier. » Ud.*)
— a Comme je veulx que Dieu m'ayde, le poil se me dressoit sur la teste d'ouyr telz propos. » Ud, •)
— t Le cappitaine Charry partit incontinent et se porta pain et vin, comme je luy a vois escript. » (Id.*)
— a Je me retins le baron de Clermon, qui en avoit quelques ungz. » (Id.')
— « Chacun 5'estoit pourté ung petit d'avoine. »
(id.«)
— « Ils se voulurent garder ce qu'ilz avaient. »
(id.»)
— « Ils se garderont le royaume pour eux.» (Id ^^)
il, p. 397.
il, p. 437.
[II, p. 33.
[II, p. i5o.
to X. !
INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. Sgy
— « Monsieur le capitayne Monluc 5'en a tout ameuné. » (Id.*)
— < J'ay deu la pareille aux enfans que j'ay eu : ils me meurent tous en nourrice. > (Montaigne*.)
— « Cela luy chargeoit sa maison de plusieurs depences et visites estrangieres. (Id.*)
— « Le marchand ne se fait bien ses affaires qu'à la débauche de la jeunesse. » (Id.^
Un auteur contemporain a voulu sans doute rappeler cette tournure gasconne, en écrivant, dans une nouvelle qui a précisément la Gascogne pour théâtre, et dont les personnages sont des Gascons, la phrase suivante : (( Et tous les cinq ans, elle ^'achetait un flambeau de cuivre." »
On voit quelle différence sépare cet emploi du pronom personnel, de l'emploi très régulier qu'en font les auteurs français, dans les phrases où il est dit explétif :
— f Prends-moi le bon parti, laisse-là tous les livres. »
(Boileau.)
* Marguerite de Monluc. Cf. Lettres inédites de quelques membres de la famille de Monluc, publiées par M. Ph Tamizcy de Larroque, p. 28 (Auch, 1890).
* Essais, liv. Il, chap. viii.
* Essais, ibid. (édit. i588). I-e pronom t luy » est supprimé dans redit, de iSgS.
^ Essais, liv. I, chap. xxii (éd. i588). Le pronom c se a également disparu en i SgS.
'^ Jean Rameau, Idylle noire (dans le Figaro du 1 1 avril 1891).