‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue française: de la fin du XVe siècle à la secondeChapitre 29 sur 37 · PRONOMS PERSONNELS · texte numérisé non relu

PRONOMS PERSONNELS

Le gascon donne comme complément indirect à beaucoup de verbes un pronom personnel qui, sans être tout à fait explétif, n'indique pourtant que très légèrement un retour sur le sujet de Faction marquée par le verbe.

— € Lou rénart... se gahe soun peyroc* »

— € Et diable, se la blou, que la s'ayou à prene,'»

— < Jou la-m goardabi sus la prade.**

— « Ké ma embiat pape merkat,

Ké bien! bédé so ké mi a butât. > ^

Qu'on compare à ces phrases les phrases suivantes :

* a Le renard se prit sa pierre. « Arnaudin, Contes de la Grande- Lande, p. 263.

> c Le diable, s'il la voulut, eut à se la prendre. » Déjeanne, Contes de Bigorre , dans la Romania, XI I, p. 575.

* c Je me la gardais dans la prairie. 9 Despourrins, cité par Lespy, Gram, béarn,, p. 269.

* • Il m'a envoyé papier marqué ; je viens voir ce qu'il m'y a mis. »» Revue des Patois Gallo-Romans, n® 10, p. i33.

— tt J^avois commandé aux soldats que chacun se portast un pain. » (Monluc/)

— € car une partie des ennemys^ se voyans la victoire, coururent à luy. > (Id.*)

— € Le marcquis qui se vit ce desordre sur les bras, commensa à se retirer par une valée. » (Id.')

— « Comme il fut jour, nous volsimes reconnaître nos morts, je m'y trouvis mon valet de chambre et mon palefrenier. » Ud.*)

— a Comme je veulx que Dieu m'ayde, le poil se me dressoit sur la teste d'ouyr telz propos. » Ud, •)

— t Le cappitaine Charry partit incontinent et se porta pain et vin, comme je luy a vois escript. » (Id.*)

— a Je me retins le baron de Clermon, qui en avoit quelques ungz. » (Id.')

— « Chacun 5'estoit pourté ung petit d'avoine. »

(id.«)

— « Ils se voulurent garder ce qu'ilz avaient. »

(id.»)

— « Ils se garderont le royaume pour eux.» (Id ^^)

il, p. 397.

il, p. 437.

[II, p. 33.

[II, p. i5o.

to X. !

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. Sgy

— « Monsieur le capitayne Monluc 5'en a tout ameuné. » (Id.*)

— < J'ay deu la pareille aux enfans que j'ay eu : ils me meurent tous en nourrice. > (Montaigne*.)

— « Cela luy chargeoit sa maison de plusieurs depences et visites estrangieres. (Id.*)

— « Le marchand ne se fait bien ses affaires qu'à la débauche de la jeunesse. » (Id.^

Un auteur contemporain a voulu sans doute rappeler cette tournure gasconne, en écrivant, dans une nouvelle qui a précisément la Gascogne pour théâtre, et dont les personnages sont des Gascons, la phrase suivante : (( Et tous les cinq ans, elle ^'achetait un flambeau de cuivre." »

On voit quelle différence sépare cet emploi du pronom personnel, de l'emploi très régulier qu'en font les auteurs français, dans les phrases où il est dit explétif :

— f Prends-moi le bon parti, laisse-là tous les livres. »

(Boileau.)

* Marguerite de Monluc. Cf. Lettres inédites de quelques membres de la famille de Monluc, publiées par M. Ph Tamizcy de Larroque, p. 28 (Auch, 1890).

* Essais, liv. Il, chap. viii.

* Essais, ibid. (édit. i588). I-e pronom t luy » est supprimé dans redit, de iSgS.

^ Essais, liv. I, chap. xxii (éd. i588). Le pronom c se a également disparu en i SgS.

'^ Jean Rameau, Idylle noire (dans le Figaro du 1 1 avril 1891).

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