I. — Le pronom en scn, en gascon^ à rappeler
soit un adjectif^ soit un participe qui précède; ce
j trait curieux de la syntaxe gasconne ne se retrouve
pas dans le parler béarnais, si Ton en juge par ce que dit M. Lespy : « Le pronom béarnais ai (ac, ag) de même que le en français tient lieu d^un adjectif ou d^un participe précédemment employés. Lo loc de Casenave es laus e ad ère quant lo prumer foegadge s'escrisco. La maison de Casenave était vide et /'était, quand le premier rôle des feux fut écrit.*»
Dans le parler de Bigorre, cette même phrase deviendrait : a Lo loc de Casenave es laus e en ère quand lo prumer foegadge s^escrisco. » Qu^on demande à un habitant de Tarbes: Es malaw? (es-tu malade?) — il répondra : Qu^én soy, que n'en soy (yen suis, je nVn suis pas).
Ainsi parle Monluc :
(( Croyez, vous qui commandez aux armes, que, si vous estes telz, vous en rendrez aussi vos soldatz à la longue.*))
— « Je suis Gascon, je renie la patrie, et ne m'en
* Gram. béarnaise, p. 3 11, « T. I, p. 233.
INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. SqQ
diray jamais plus (Gascon), si aujourd'huy vous ne gaîgnés le procès à force de combasttre.* »
— € Les Espaignolz disoient qu'ils estoient plus vaillans que les Gascons, et les Gascons qu'ils en estoient plus que les Espaignolz.*»
— a Veu mesmement que c'estoit division entre les catholiques, ou pour le moingz qui sV;i disoient.' »
— « Mais, comme la fortune de la guerre est bizarre, elle s* en trouva bien ce jour-là.*»
Et Montaigne :
— a Le parler que j'aime, c'est un parler . . . non pédantesque, non fratesque, non pleideresque, mais plutôt soldatesque, comme Suétone appelle celui de J. César; et si ne sens pas bien pourquoi il Ven appelle.*»
— « Il (Cœlius) . . . contre-faisoit entièrement le port et la contenance d'un homme goutteux ; enfin la fortune lui fit ce plaisir de Ven rendre tout à fait.' »
— « Pline conte d'un qui, songeant estre aveugle en dormant, s'en trouva l'endemain, sans aucune maladie précédente.^»
* T. III, p. 45. « T. III, ibid.
5 T. III, p. 68.
* T. III, p. 364.
* Essais, liv. I, chap. xxvi (édit. i588), chap. xxv (édit.
ibgby.
® Essais, liv. II, chap. xxv.
' Essais, liv. II, chap. xxv. Tel est le texte de 1 588 ; l'édition de 1 595 porte « se le trouva », au lieu de « s'en trouva »,
— « Le coup n^estoit pas mortel, si la fortune ne Ven eust rendu.* »
— « J'ay trouvé que, lors de ma santé, je plaignois les malades beaucoup plus que je ne me trouve à plaindre moy mesme quand jVn suis.' »
— « Nous appelons Dieu tout-puissant père, et desdaignons que noz enfants nous en appellent.' o
— <x Moy qui suis Roy de la matière que je traicte et qui n'en dois compte à personne, ne mVw crois pas pourtant en tout (c'est-à-dire ne me crois pas Roy). S)
II. — Le pronom démonstratif gascon « Ets » ou c Lous )) est suivi d'un nom de ville ou de contrée, pour désigner les habitants de cette ville ou de cette contrée : « Ets de Tarbes » signifie « Ceux deTarbes » ; (( Mas los de Labatjus », c Mais ceux de Labatjus.'d
Il en était de même dans Tancien français. « Si fisent cargier soixante sommiers de vitaille pour rafreschir chiaux de Saint Jehan . S « Cil doupays' »,
* Essais, liv. II, chap. xxix. Dans Tcdition de iSgS, ce gasconisme est également corrigé : • Si la fortune ne Teust rendu tel. »
* Essais^ liv, II, chap. vi.
' Essais, liv. 11, chap. viu.
* Essais, liv. III, chap. viii.
* Textes gascons de M. Luchaire, p. 17.
* Froissarty t. IV, p. io5 (édit. S. Luce).
' Id., t. IV, p. 161.
« cil de Thoulouse.* » Mais cette tournure n^était guère usitée au xvi® siècle; elle n'est jpas signalée dans rétude que MM. Hatzfeld et Darmesteter ont consacrée à la langue du xvi^ siècle' ; tout au plus disait-on couramment: ceux de la Religion. Dans Monluc, Montaigne et Henri IV se retrouve cet archaïsme, qui n'est sous leur plume qu'un gasconisme :
— (( La crainte que j ai que ceulx de Saint-Sever y participassent me fait finir. > (Henri IV.')
— (( Je me méfie de ceulx de Saint-Justin : vous m'avez purgé ceulx d'Eusq ; mais ceulx de Ca^kres et de Barcelone sont de vilains remuants. » (Id.*)
— « Ceulx de Revel et des places circonvoisines les tiennent de si près que, s'ils ne sont secouruz, il est malaisé qu'ilz échappent. » (Id.*)
— « Il sçait que ceulx d'A Iby mesme ont tué ung gentilhomme des miens. » Ud.*)
— a Le corps de Barthélémy d' Alviane ayant esté rapporté à Venise par les Veronois, terre ennemie, la plupart de ceux de l'armée estoient d'advis qu'on
* Froissart, t. IV, p. 161.
* Le Seizième siècle en France j i^e partie, p. 257. Le peuple avait conservé cette tournure ; il disait même : les ceux de Paris. Cf. Benoist, De la Syntaxe française entre Palsgrave et Vaugelas, p. 17.
' Lettres missives, t. II, p. 154.
* Lettres missives, t II, p. 3 12.
* Lettres missives, t. I, p. 278.
^ Lettres missives, 1. 1, p. 279.
demandast sauf conduict pour le passage à ceux de Vérone. » (Montaigne'.)
— « Et pour ce que ceulx de Montauban voulaient qu^il se fisse exercice de leur religion . » (Monluc.*)
— « Or ceulx de Montauban, ayant veu cela, ont mandé avoir une commission. » (Id.')
— « Car Inespéré, puis que ceux de Landrecy peuvent attendre^ que le temps défera vostre ennemy parpluyes. » (Marg. d^Angoulême/)