‹ De l'influence du langage populaire sur la forme de certains mots de la langue françaiseChapitre 5 sur 8 · HO · texte numérisé non relu

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Parlant des troubles de la Fronde, le cardinal de Retz s'exprime en ces termes :

c Ces folies retomboient nécessairement sur la Fronde. Ce mot me remet dans la mémoire ce que j'avois oublié de vous expliquer... c'est son étymologie... Bachaumont s'advisade dire un jour, en badinant, que le parlement faisoit comme les escoliers qui frondent dans les fossés de Paris, qui se séparent dès qu'ils voyent le lieutenant civil, et qui se rassemblent dès qu'il ne paroist plus. Geste comparaison qui fut trouvée assez plaisante fut célébrée par les chansons, et elle refleurist particulièrement lorsque la paix estant faite entre le roi et le parlement, l'on trouva lieu de l'appliquer à la faction particulière de ceux qui ne s'estoient pas accommodés avec la cour. >

{Mémoires du cardinal de Retz, dans la collection Micbftud et Poujoulat, 3' série, t. I, p. 161.)

L'usage fait dire fronde au lieu de fonde, qui seroit, selon son origine, funda. Et si le verbe fronder n'est bien precieus, au moins il a coûté bien cher à la France.

{La politesse de la langne française pour parler purement et écrire nettement^ par M. Fr., prédicateur et aumônier du Roy, 4« édit. 1673, p. 46.)

Le père Ghiflet^ page 35 de sa Nouvelle et parfaite Grammaire françoise, publiée en 1680, fait la remarque suivante :

t Fronde est meilleur que fonde, et de fronde on à dit frondeur. »

La première édition du Dictionnaire de rAcadémie française, publiée en 1694, donne seulement le root fronde. Depuis cette époque l'orthographe de ce mot n'a plus varié.

Fonde pour fronde est encore usité dans le Berry. {Glossaire du centre de la France, par M. le comte Jaubeçt.)

Fanfreluche.

On lit dans les gloses florentines :

« Famfaluca grasce, bulla aquatica latine dicitur, n C'est une altération du grec wo^cpo>v|.

(Littré, Dk, de la langue fr.)

Ducange témoigne qu'on a dit dans la basse latinité famfaluca et famfoluca, et que ces mots sont tirés du saxon où ils signifient une chose de rien, une ordure.

Ele li dist tant de bellues^ De truffes et de fanfelues, (Rutebeuf, édit. Jubinal, 1. 1, p. 295.)

Por Diex, «eignor, prenés-i garde, Qui bien la vérité regarde.

Des choses ici contenues, Ce sunt trufles et fanfeluës.

{Roman de la Rose, édit. Méon, t. III, p. 369, v. 20S48.)

Fanfelms signifie ici railleries, bagatelles ^ niaiseries, Rabelais a intitulé le second chapitre de Gargantua

les Fanfrelwhes antidotées, trouvées en ung jnonument

antique.

Furetière (Dtctiommre universel, 1690) s^exprime ainsi :

c Aujourd'hui le mot de fanfreluches, ou plustost de frelu* ches se dit seulement de certains boutons à queue qui aboutissent à une petite houppe de soie. On appeloit autrefois /rebigue^ un Acquêt de cheveux. >

Fanfreluche, s. f. terme bas, qui se dit par mépris en par* lant d'un ornement vain, frivole et de peu de valeur,

{Die. derAc. fr., i^^ édit. 1694.)

Les gens du peuple, en prononçant les mots dans lesquels se trouve la syllabe niéy ajoutent un g devant la consonne n, ce qui communique à cette syllabe une articulation fortement nasale. Ainsi ils disent :

Meu^nier

Jardijwier

Papier

Prujmier

Dernier

Galomg'nier

Meuflwière

Manière

Lainière

Pépiynière

au lieu de

meunier; jardinier; panier ; prunier; dernier; calomnier; meunière ; manière ; lanière; pépinière, etc.

De même le peuple prononce ^nièce pour nièce^ moi^neau pour moineau, u^nion pour union.

Qéeg, placé devant la consonne n dans la prononciation populaire des mots ci-dessus, est un souvenir des habitudes traditionnelles de notre ancienne langue. Cette addition d'un g devant la consonne n remonte au temps de la formation primitive et populaire de notre idiome (1). C'est par suite de cette tendance naturelle que les primitifs latins, dans lesquels on voit figurer nea, nio, nia, sont devenus français en revêtant la forme gne; ainsi :

yïnea Linea Tinea Castanea

a produit wigne;

— ligne;

— teigne;

— châtaiyned'où châtaiynèr;

(1) Guessard, Examen critique des varialiom du langage français; Bibliothèque de Véeole des ehartet, â« série, t. II, p. 209.

Balncare (bas latin)

Senwrem

Unionem

Montant (bas latin)

Campanea (bas latin)

Hemwi

Testimowwre (bas latin)

Teneal

Vewiat

Adven/at

baig'wer;

seigneur;

oignon ;

monidigne;

Champagne ou campagne;

hergne;

témoigner;

qu'il tieigne;

qu'il \iegne;

qu'il avie^n^, etc.

Oignon dérive du latin rustique unio, unionem, qui, comme nous Tapprend Columelle, se disait pour désigner une sorte d'oignon :

Pompeianam, vel Ascaloniam capam, vel etiam Marsicam simplicem, quam vocant unionem rustici, eligito.

{Çolumellœde Re rustica^ lib. XII, cap. x.)

Dans le cartulaire de l'abbaye de Jumiège, on trouve owio, signifiant oignon :

« Monachi habebant toUoniun) omnium olerum, porrorum, alliorum ut onionum, omniumque herbarum. »

(Ducange, v<> Onio,)

Au moyen âge, on se servait indistinctement des deux formes oignon et ongnon.

A jour de poisson, quant les pois sont cuis, l'en doit avoir oignons qui aient autant cuit comme les pois en un pot et le lart en autre pot... l'en doit mettre à part ses ongnons minces en un autre pot et de l'eaue des oignons servir et mettre dedens les pois en paissant.

(te Menagier de Paris^ t. II, pages 135 et 136.)

Mais au XVI® siècle on ne rencontre plus que la forme oignon.

Hergne ou hargne s'est dit dans l'ancien français pour hernie.

Hergne, hernia.

(Robert Ëstleane, Die. fr.-lat, 1539.)

Hernia, Hargne, rompeure, greveure.

(Guillaume Morel» Thewrusvocum omnium latinarum, 1622.)

Hergne^ grevure, rupture de la tunique contenant les intestins et cheute d'iceux, hernia.

Hergnieux, grevé, rompu de la façon susdite, hemiosus. (Monet, Inventaire des deux langues française et latine, 1636.)

Nathanael Dues (Dictionnaire italien-françois, 2* partie, 1659) écrit Hargne, hergne ou hernie.

Heme ou hergne {Y h s'aspire) descente de boyau. Il est sujet à la hergne, il est incommodé de la hergne,

(Dictionnaire de TAcadémie françoise, 1'® édition, 1694.)

Hernie ou hergne,,, être sujet à la hergne, être incommodé d'une hergne, d*une hernie.

(Même Dictionnaire, 2« édit., 1718; 3« édit., 1740.)

Hernie.,, être sujet à la hernie, être incommodé d'une hernie,

(Même Dictionnaire, 4« édition, 1762.)

Ce n'est que vers le milieu du XVIIP siècle que le mot hergne a disparu entièrement de la langue écrite et parlée et a été remplacé par le mot hernie calqué sur le klin hernia.

Citons les passages suivants qui sont relatifs aux formes primitives tiegne et viegne :

Et jou prie, fait l'empereris, à monsigneurTempereour, si comme à mon droict avoué, que il me tiegne à droict. — Dame

jou voel volentiers fait li cuens, que il a vous droict iiegne et la vostre baillie poés vous ravoir à moi por assés petit:

{Henri de Valenciennes, continuation de l'histoire de la conquête de Constantinople, xxii, édition publiée par Paulin, Paris p. 208.)

Esclas s'en vint droit à Salembrie pour sa feme; illuec la trova :. si li dist que il veut qu'ele s'en viengne à Constantinoble.

(Henri de Valenciennes, xii, p. 188.)

Et easeune partie se tiegne à chou quô il en diront. (Ibid^f xvii;p. 197.)

Fil, fait il... ge veil que tu i veingnes, (Roman des sept sages de Jtome, publié par Leroux de Lincy, p, 30.)

Fai tost, ainçois (avant) que autre gent viengnent, (Ibid,, p. 32.)

Viengne (\[j!aviegne, or y venés, Li huis vous sera deffremés.

(Li Romans doù chastelain de Coucy et de la dame de Fayel^ p. 77, V. 2311.)

Or aviegne qu'avenir peut.

(Ibid., p. 90, 2700.)

Quant en la salle tu entres Chascuns s'en contre lui levés, Moult le bienviegnent et fessient.

(Ibid\, V. 11.)

Dans Tancien français, la forme du présent du subjonctif de prendre était preigne.

Puisque merci ne m'i daigne valoir.

Ne sai où nul conîorX preigne,

(Chanson du châtelain de Coucy, p. 43.)

Guidez-vos or que la croix preingne Et que je m'en voize outre meir.

(Rutebeuf, 1. 1, p. 127.)

Les formes anciennes tiegne, preigne, viegnc ont été en usage jusque vers la fin du XVI® siècle, et même Vaugelas nous apprend que de son temps on disait encore preigne et viegne à la cour de Louis XIV.

c C'est une faute familière aux courtisans , hommes et femmes^ de dire preigne pour prenne, comme il faut quil preigne patience, au lieu de dire qu'il prenne; et vieigne pour vienne, comme il faut qu'il vieigne Iny-mesme au lieu de dire qu'il vienne, »

{Remarques sur la langue française, 1. 1, p. 231.)

Patru, dans ses notes sur les Remarques de Vaugelas, s'exprime ainsi :

c II n'y a plus que le bas peuple qui dise vieigne pour vienne; mais beaucoup de femmes disent encovQ preigm pour prenne. M. Chapelain appelle cette faute barbare : on doit prendre soin de l'éviter.

Ce mode de prononciation n'existe plus, le peuple et les gens du monde prononcent également vienne et prenne.

Occupons - nous maintenant des mots quincaille, quincaillier, quincaillerie que le peuple prononce c/mcaille, clincaillier, clincaillerie (1).

(1,1 Ces mots, de mdmo que clinquanif paraissent dériver d*un radical qui se retrouve dans les idiomes germaniques. En allemand, klingen, en hollandais, klinhen, en anglais, to clink signifient rendre un son, sonner, tinter.

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L'orthographe de ces mots a varié. Du XV® siècle au XVII® siècle, on trouve ces mots écrits sous les formes quincaille^ quinquaille, quincaillerie, quinqtmil" lerie, quincaillier, quinquaillier.

Et tout cela ne suffiroit, s'ils n'y entremeloyent quelques triolets, virelais, rondeaux, balades et autre telle espèce de vieille qutnquailk rouillée.

(Les dialogues de Jaques TaAttreaw, 1583, fol. 12, verso.)

Ce sont les statutz et ordonnances faictes et advisées sur le fait dudict mestier de vannier et quincaillier de la ville de Paris.

(Ordoilnance du 24 juin 1467, dans la collection des ordonnances des rois de France, t. XVI, p. 596.)

... Et plusieurs autres choses appartenantes au fait de quincaillerie,

(Même ordonnance, p. 598.)

Quinqualier, un quinqualier^ frivolarius.

(Robert Estienne, Dict fr.^laiin, 1539.)

Les maistres jurez du mestier de vannier et quinquaillier de nostre ville de Paris...

(Ordonnance du mois de septembre 1561, sur le métier de vannier et quinquaillier, dans la collection des édits et ordonnances, par Fontanon, 1. 1, p. 1120.)

Un quinqualier^ frivolarius (quasi quisquiliarius à quisquiliis.)

(Jehan Thierry, Dictionnaire françois- latin, 1564. — Nicot, Thrésor de la langue françoise ancienne et moderne, 1606.)

Quinquaillier, vendeur de menue mercerie de fer, levis ferrarius propola; minutae ferrariae propola. — Quinquaillerie, mercerie légère de fer, minutula merx ferraria. Quinquaillerie, trafic de légère mercerie de fer, levior mercatura ferraria.

(Monet, Inventaire des deux langues françoise et latine, 1636.)

Vers le milieu du XVIP siècle et postérieurement, on rencontre ces mots écrits sous les formes quir^ quaUle, quincaille et clincaille, quinquaillerie, quincailk^ rie et clincaillerie, quinqiuiillieri quincaillie et clmcaillier^

Quinquailh et clinquaille , mercantia di minute ferro. — Qumqailkrie et eUnquaiUerie^ ogni sorte di mercantie di rame, ferro, latta, etc. — Quinquaillier et clinquaillier, un mei^ciaiuolo di ferramenti, mercante di minute ferre, etc.

(Natanael Duez, Dictionnaire italien- français , 2* partie, 1659.)

Quinquaillier^ minutae mercis ferrariae prepola.

(Charles Pajotj Dictionnaire nouveau françoislatinyiQQd.)

Quincaille, menue marchandise de fer ou de cuivre, etc. -^ Quincaillerie^ marchandise de quincaille. — Quincallier, ière, marchand qui vend de la quincaille eu qui la fabrique. Le peuple les appelle abusivement clincailliers. Le titre qu*ils% prennent par escrit est de marchands quincailliers,

(Furetière, Dictionnaire universel^ 1690.)

Clincaille eu quincaille^ s. f. Toute sorte d'ustensiles, d'instruments et d'armes de fer, comme lames d'espée, ceuteaux, ciseaux, besches, boyaux, etc., faire marchandise de clinquaille.

Quelques-uns appellent figurement et par mépris de la mennoye de cuivre, comme sont les sous, les liards, les doubles, de la clincaille. Voilà bien de la clincaille. Se charger de cKncailk.

Clincaillier ou quincaillier ^ihre, s. f., vendeur de clincaille. Une boutique de clincaillier, riche clincaillier.

Quinqucdlkrie. s. f. collectif. Divers ouvrages de fer, de cuivre,, etc., comme chaisnons, serrures, clefs, vis, cadenats, serpes, couteaux, etc.

{Dictionnaire de f Académie française^ \^ édit. 1694.)

La seconde édition du Dictionnaire de TAcadémie française, publiée en 1718, enregistre aussi clincaille.

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clincaillerie, quinquaillerie, clinquaillier et qmnqimillier.

Le même Dictionnaire, dans sa 3" édition, publiée en 1 740, insère seulement les mots clincaille, cUncail-' lerie, clincaillier, et aux mots quinquaUky quinquaillerie et quinquaillier, le Dictionnaire renvoie aux articles clincaille, clincaillerie et clincailler.

Mais à partir de la ¥ édition, publiée en 1762, on ne voit plus figurer dans le Dictionnaire de l'Académie que les mots quincaille, quincaillerie ^ quincaillier^ et l'orthographe de ces mots a été définitivement fixée.

Ainsi que l'indique Thistorique des mots qui précèdent, les formes populaires clincaUle, clincaillerie et clincaillier ont eu leur période de prépondérance orthographique vers le milieu du XVUI® siècle, mais cette influence de la prononciation populaire sur Topthographe de ces mots a bientôt cessé ; on a abandonné promptement la forme populaire dans l'écriture pour revenir à la forme grammaticale, et les mots quincaithi, quincaillerie, quincaillier ont reip^ru dans le Dictionnaire» où désormais ils figurent exclusivement.

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