DES SOUSTRACTIONS DE LETTRES
S I*'. •» De la soustraction de 1*0 médial.
[i est un point qui se rattache essentiellement au sujet de cette étude et sur lequel nous devons appeler l'attention du lecteur, c'est le mode de prononciation de Ve muet dans le langage populaire et Tinfluence que cette prononciation a exercée sur l'orthographe de certains mots.
Une tendance habituelle à resserrer les mots se fait surtout remarquer dans le langage populaire. Les formes contractes y dominent et s'y multiplient.
Préférant la brièveté à la pureté delà prononciation, l'homme du peuple répugne à employer dans son langage les syllabes molles et traînantes ; aussi les retranche-t-il presque toutes de la prononciation. Par exemple, quand une syllabe placée au milieu d'un mot est composée d'une consonne et d'un e muet, les gens du peuple ne prononcent pas cette voyelle ; ils joignent la consonne à la syllabe précédente et forment avec elle, dans la prononciation, une seule et même syllabe ; de sorte qu'il y a une syllabe de moins dans le mot qui est prononcé de cette manière. Ainsi le peuple dit piirté pour pureté, surté pour sûreté, saintté pour sainteté, vUlé pour vileté, w^dfcine pour médecine, etc.
Chez les gens du peuple , ce mode de prononciation remonte au temps du français primitif et a sa cause
dans le système de formation populaire de notre langue. Dès l'origine, on a dit purté (1), durté (2), sainte (3), vilté (4), de même que fierté (5), cherté (6),
(1) Car ne m'est digne chose ke li créeres (créateur) de purteit entreit en teil lien.
{Sermons de saint Bernard, p. 528).
(2) Trop ayez vilain caer, que ne vos prent pitiez De ceste lasse dame qi tant a de durtez.
(Chanson des Saxons, t. II, p. 155,)
Les durtez que la royne Blancbe fist à la royne Marguerite, furent tiex que la royne Blanche ne youloit soufrir à son pocir que ses filz feust en la compagnie sa femme.
(Joinville, p. 217.)
(3) naissance plaine de iainteit, honoraule al munde, amiaule as hommes...
(Sermon de saint Bernard, p. 530.)
(4) A grant honte la fin traitier Qu'il comandait au panctier
Que del pain ces chiens fust peue (repue) Trop fust en gent vilteit tenue.
(Dolopatos, p. 275.)
Aîns serez en vilté tenue (Roman de la Manekine, publié par Francisque Michel, v. 423,)
Dame de charité Qui par humilité Portas nostre salu.
Qui toz nos a geté De duel, de vilté Et d'enferne palu ; Dame, je te salu I ^
(Rutebeuf, le Miracle de Théophile, t. II, p. 98.)
(5) Li quens Rollant est de tant grant fiertet Ja n'ert vencut pur nul hume carnel.
(Chanson de Roland, GLXII, édit. Muller, p. 146, v. 2152.)
(6) Por ce avintsigrans ehiertcs en Tost, que tantostque la Pasquc fu venue un bues valoit en l'ost quatre-vins livres.
(Jolnviile, p. 104.)
êoùté (i), clarté ou clairté (2), b<Mé (3), chrestimté (i), en emprantant au latin les molspuritatem, duritaiem, sanctiiaiem, vHUatem , feritatem , carUateni , $anikUem, claritatem; boniiatem, christinatem (5).
(1) Ta désires par ayentnre la tanteit.
(Sermotu de Mtnl Bernard, dtés dans Roquefort, Glostaire de la langue romane, y eanteU.)
(2) Li elarteiz de Dea vint entor Iny par defuers, dont il ancor ne pooit estre enlomineiz par dedenz.
{Sermons devûnt Bernard, p. 555.)
Retrowange novelle Dirai et boue et belle De la yirge pncelle Ke meire est et ancelle Gelai q[ai de sa ehair belle Nos ait raicheteit Et qm trestous nos apelle A sa grant cUUrteU.
(Jacques de Gambray.)
(3) La feme à son baron ne porte loiauté Et li homs à sa feme ne amor ne bo%êè,
(Rutebduf, t. i, p. S43.)
(4) Iço TUS mandet Garlemagnes 11 ber :
Que receyez seinte chresHeniet.
(Chanson de Roland, XXXIV, édit Mûller, p. 26, v. 430.)
(5) Dans ces mots latins l'accent tonique porte sur la syllabe ta, et la voyelle i qui précède immédiatement cette syUabe est brève; or, en passant en français les mots lalins précités ont perdu leur voyelle brève immédiatement placée devant la syllabe tonique. Ainsi, purttatem perdant sa voyelle brève % a donné en français d'origine populaire purté, duritatem, durté, etc. — - Le fait relatif à la suppression de la voyelle brève qui précède immédiatement la syllabe tonique est important à rappeler, car il s'applique non-seulement à la suppression de la voyelle brève i dans le cas que nous venons d'indiquer, mais encore à la suppression de toute autre voyelle brève placée devant la syllabe tonique. Ainsi l'on peut tenir pour règle générale que $ la voyelle brève qui précède immédiatement la syllabe
D'après l'orthographe, on écrit clarté, chrétwué, fierté, cherté. Mais pourquoi n'écrit-on pas clarEté, cAretienEté, fieTEtéj cherEté avec un e muet, de même que l'on écritpufE^^, durEté, sûrEté, vilEté, puisque tous ces mots dérivent de chritatem, christimVolem, feritatem, coritatem, ipnritatem, duritatem, securi^arem, yilitatem, dont les finales latines sont identiques ? C'est que les mots clarté, chrétienté, fierté, cherté, depuis l'origine de la langue, ont conservé leur forme contracte et populaire, tandis que pureté, dureté, sûreté, vileté sont des formes refaites sous l'influence des savants qui, dans les mots originaires purté, durté, seurté, vilté ont intercalé un e muet pour représenter Vi bref du pri-
toniq[ae est toujours retranchée dans les mots latins passés en français par voie de formation populaire. » Donnons quelques exemples :
fa produit en fran- \ (refait par les saA
çais d'origine po- > sevrer; \ vants sur le ihème\ séparer.
^pulaire.
(^ latin, il a donné.)
Liberare.
Operare.
Recuperare.
Blasphemare
Capitale
Hospitole
Masticare
Navigare
Gomitatus
Reyendicare
Pectorale.
Circulare.
Gartttlarius.
Simulare.
livrer, .
ouvrer.
recouvrer.
blâmer.
cheptel.
Mtel
mâcher.
nager
comté.
revenger
poitrail.
cercler.
char trier.
libérer.
opérer,
récupérer,
bhsphémer,
capital,
hôpital,
mastiquer.
naviguer.
comité,
revendiquer,
pectoral,
circuler.
cartulaire.
simuler.
— sembler. —
Pour plus de détails^ voyez Étude sur le rôle de Vaccent latin dans la langue française, par Gaston Paris. 186S, in -8*".
milif (1) ; mais dès le XIV® siècle, les mots de celle classe refaits par les savants et les mots nouveaux introduits dans la langue y sont entrés en conservant Vi de leur primitif latin. Ainsi, par exemple, fidelitatem, qui en français d'origine avait donné fealté,feelté (2), est devenu, sous sa forme nouvelle, fidélité, et calamiKUem, sans passer par l'intermédiaire de l'ancien français, a
(1) Le même fait s'est produit à l'égard du mot médecine. Par suppression de Vi bref de medidna on avait dit en français primitif mtàeine, mecine.
Avec lai furent ses amis Qui li ont meeine donëe Par quoi sa force a recovrée.
Roman du Renart, t. T', p. 260, v. 7020.
On trouve aussi dans l'ancien français les formes medciner, meeiner pour médeeiner.
Mar querroit mire, que tost l'a m^einé.
(Huon de Bordeaux, chanson de geste, publiée par Guessard et Grand maison, p. 172, v. K770.)
(2) Quant Normanz virent ke li dus A tuz alout si el desus
De paiz tenir mistrent ostages, Féeltez firent ô homages.
Roman de Rou,t, II, p. 44 et 45, v. 937,)
Si se jurent feauie
A poster très dont en avant
Et lors se vont entrebaisant.
(Chronique rimiée de Philippe Mouskes, y. 16215.)
Car je sçay par quelle raison Tu seras mis à guérison :
Je te donneray feaulié, Se tu te tiens à loyaulté.
{Roman delà Rose, édit. de Lenglet Dufresnoy, t. I, p. 104, v. 2061.)
servi à former directement, en calquant le latin, notre mot calamité.
L'orthographe des noms propres sert particulièrement à établir la preuve du mode de prononciation populaire qui consiste à supprimer Ve muet au milieu des mots.
Ainsi, par exemple, dans les noms propres qui suivent, on trouve le même nom orthographié d'une manière différente. L'une présente ce nom écrit conformément à la prononciation populaire, l'autre conformément à Torthographe correcte.
Forme populaire.
Bibron.
Forme grammaticale.
— Biberon.
Bonville.
— Bonneville.
Bourlier.
— Bourrelier.
Brisbarre.
— Brissebarre.
Carlet.
— Carrelet.
Chaplain.
Cha pron.
Coup-vent, Glée.
— Chapelain.
— Chaperon.
— Coupevent.
— Gelée.
Goblet
— Gobelet.
Plé.
— Pelé.
Plisson.
— Pelisson.
Peltier.
— Pelletier.
Lepeltier.
Pluche
— Lepelletier.
— Peluche.
Sautreau.
— Sautereau, etc.
Les noms de la première colonne écrits avec retranchement de Ye muet médial représentent exactement le son. C'est le mot tel que le peuple l'a prononcé autrefois et le prononce aujourd'hui.
L'influence de la prononciation populaire touchant le retranchement de Ve muet au milieu des mots s'est manifestée d'une manière sensible sur l'orthographe de notre langue. En effets c'est à ce mode de prononciation, à ce penchant naturel et traditionnel du langage du peuple pour les contractions qu'il faut attribuer le changement qui s'est opéré dans l'orthographe de certains mots par la suppression de Ye muet médial qu'ils possédaient autrefois. Tels sont, par exemple, les mots esprit, soupçon, soupçonnetix, soup^ confier^ larcin, serment, dernier, mairie, courtage, cour^ tier, chattdron, chaudronnier, tocsin, que l'on écrivait dans l'ancien français espêrit, sompeçon, sonspeçonneur, souspeçonner, larrecin, serrement, derrenier, mairerie, courretage, courratier ou courretier, chauderon, chau-deronnier, toquesin.
Voici les exemples qui se rattachent à ces divers mots :
Esprit. — Au XVI® siècle l'orthographe de ce mot était encore incertaine. Clément Marot écrit esprit et esperit. Dans le Temple de Cupido, il emploie l'une et l'autre forme :
Semblablemenl mes soupirs et mes cris, Mon doux parler, et mes humbles esprits, N'eurent pouvoir d'amolir le sien cueur, Qui contre moy lors demeura vainqueur.
Pour gouverner les esperits loyaulx, Et résider ez domaines royaulx.
{Opuscules, Temple de Cupido, édit. Auguis, 1. 1, p. 10 et ! 1 .)
Car Ton ne peut Vesperit confiner,
Soubs nulle loy ni son vouloir muer.
{Chanson sur la bataille de Pavie, composée par François I^', pendant sa captivité â Madrid (1525); Leroux de Lincy, Recueil de chants historiques français, t, II, p. 95.)
Robert Estienne {Dictionnaire français-^'latin, 1539) et Jehan Thierry (Dictionnaire françois latin, 1564) enregistrent esperit et esprit; mais dans les exemples que citent ces lexicographes, ils emploient seulement esprit. — Amyot, Ronsard, Montaigne écrivent toujours esprit.
Soupçon, Soupçonnneux, Soupçonner,
Il n'en ert mie en soupeçm.
{Roman du Renart^ édit. Méon, t. I«r, p. 32, v. 842.)
Cil qui la glose li devoit, Fère entendre de la leçon.
L'a mise en maie soupeçon,
(Rutebeuf, Li diz de frère Denize, édit, Jubinal, t. 1, p. 263.)
... Et se il avient que aucuns serjans qui soit mis pour garder ce bos, soit soupessoneux par écrit de prudhomme de mal faire je ou mi hoir. . . mueront ce serjant.
{Charte de 1240, Ducange, v® Suspiciosus.)
... Et que les ennemis troublés et espouvantés de ton secours ne puissent avoir aucun regart, presumpcioa ou souspeçon de mal à rencontre de moi.
{Le Menagier de Parà^ t. 1% p. 12.)
Fuiez compagnie soupeçonneuse^ et jamais femme soupeçonneuse ne approchiez,
{Ib., p. 15.)
Robert Eslienne {Dictionnaire français-latin. 1535) enregistre soupçon, souspeçonner^ sompeconneux.
Ce continuel souspeçon qui met le prince en double de tout le monde, luy doibt servir d'un merveilleux torment. (Montaigne, Essais, liv. I, chap. xxiii.)
Je suis peu desfiant et souspeçonneux de ma nature. {Id.y liv. III, ch. xn.)
Vous avez juré aux dieux d'ainsi vous maintenir ; il sembleroit que je voulsisse (voulusse) sauspeçonner et récriminer de ne croire pas qu'il y en aye.
(Id., même chapitre )
Jean Lefèvre (Dictionnaire des rimes françoises^ Paris, 1587) écrit soupçon, soupçonneux, soupçonner. Mais ce n'est qu'au XVIP siècle que rorthographe de ces mots a été fixée. Monet, qui dans son Inventaire des detjuc langues françoise et latine (Lyon, 1636) écrit : soupçonneux, soupçonner^ soupçon, mentionne encore soupeçon, soupeçonner.
Larcin.
... Se alquens est apeled de larecin u de roberie. {Lois de Guillaume le Conquérant, § iv.)
Si larecin est troved en qui terre que ceo seit. (Ibid., § XXXI.)
De ma terre suys degittiez (chassé) par larecin, (Sermons de saint Bernard, p. 524.)
Avarice a sept bouches : la première si est larrecin.,. Larrecin est quant une personne injustement et de nuit prent aucune chose sans le sceu et contre la voulenté de celui à qui la chose est.
{Le Menagier de Paris, t. I, p. 43.)
Car ce seroit grand larrecin D'avoir les biens à son voisin Par tricherie et par cautelle.
{Moralité nouveUe de charité; ancien Théâtre français, édit. Jannet, t. III, p. 363.)
Il (Panurge) avoit soixante et trois manières d'en trouver (de Fargent) toujours à son besoing; dont la plus honorable et la plus commune estoit par façon de larrecin furtivement faict.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. xvi.)
Que le larron soit condamné en amende pour le larrecin, qu'il soit meiné prisonnier s'il est trouvé sur le faict.
(Œuvres de la Boëtie, édit. Fougère, La Ménagerie de Xénophon^ p. 219.)
Il n'estoit rien, selon leur coustume (des Lacédémoniens), où il leur allast plus de la réputation, ny de quoy ils eussent à souffrir plus de blasme et de honte que d'estre surprins en larrecin.
(Montaigne, Essais, liv. II, ch. xxxii.)
Au XVI^ siècle, on trouve quelques exemples de ce mot écrit larcin.
... tu aurois peu apprendre Que les larcins d'amour veulent estre cachez.
(Desportes, Diverses amours, Contre une nuit trop claire,)
Mais ce n'est qu'au XVII* siècle que l'orthographe de larcin a été définitivement adoptée.
Serment.
Il font maint mauves serement.
(Rutebeuf, 1. 1, p. 223.)
Et facent sairement qu'ils s'entremetront de tote lor vertu et à tote lor aide, à cax que il desfent.
{Le conseil de Pierre De Fontaines, édit. Mamier, p. 62.)
El s'il les devoil ravoir par son ierement.
(Ibid.y p. 127.)
Et s'il n'i a mrement.
{Ibid., p. 186.)
Li mrement que li amiral dévoient faire au roy furent devisié et furent tel, que se il ne tenoient au roy les convenances, que il fussent aussi honni comme cil qui par son péchié aloit en pélerinaige à Mahomet, à Maques, sa teste descouverte.
(Joinville, p. 127.)
Il le feront à savoir s^u mestre toutes les fois que il le sauront et par leur serement.
(Estienne Boileau, Livre des mestiers, p. 108.)
1^\ feroit le seremeni desus dit.
{Jbid., p. 420.)
A no dame devons et foy et serrement.
(Hugues Capet, Chanson de geste, publiée par le marquis de Lagrange, p. 33, v. 856.)
... Seremens illicites et reprouvez.
{Ordonnance de Charks V contre les blasphémateurs, 14 oc t. 1464, t. XIV, p. 499.)
Sur lesquelles choses le dict chevalier promectra et jurera es mains du souverain sur sa foy et serement et sur son honneur.
{Institution et statuts de tordre de Sant-Michel, 1« août 1469; t. XVII, p. 251.
Ce n'est que depuis le XVI® siècle que Ton écrit sermeru sans e muet médial.
Dernier.
Si va demander à sa femme qui estoit ce beau fils, le derenier en reng de leurs enfans.
{Les cent nouvelles nouvelles, xix® siècle.)
Dernier, dit Nicot (Thrésor de la langue française, Paris, 1606), est fait par syncope de ce mot derrenier usité non seulement par les anciens François, mais par les modernes comme se peut veoir la missive de l'admirai de Bryon esçrite au roy François (I^f) détenu à Madrid.
Mairie.
Pour les grands complaintes et clameurs que eues avons des griefs et oppressions qui ou temps passé ont esté faits à nostre peuple, des personnes qui ont tenu à ferme les prevostez, maireries et jugeries de nostre royaume, nous voulans eschever telles choses et en relever nostre peuple, nous avons ordonné et ordonnons que doresenavant toutes les dictes prevostez, maireriea et jugeries soient baillez en garde, etc.
{Ordonnance du roi Charles VI du 2S mai 1413, pour la police générale du royaume, t. X, p. 114.)
Nicot (Thrésor de la langue française, Paris, 1606) appelle mairerie l'office du maire, comme si Ton disait vmjoratm.
« Et ores le ressort et estendue de la justice de tel office tout ainsi qu'on dit la prevosté de Paris s'étend à tel et tel lieu. Ainsi dit-on la mairerie de tel lieu est vacante et la mairerie d'icelui lieu est en ceste signification adjoustoit-on ce moi justice disant la mairerie et justice de Gastius Duchenoy. »
Monet {Inventaire des deux langues françoise et latine, Lyon, 1636) indique les deux formes mairie et mai-rerie.
Ménage {Observations sur la langue françoise, 2* édition, 1675„ p. 269) s'exprime ainsi :
t On dit présentement par contraction, mairie, comme on dit chanoinrie, et non pas chanoinerie. Et il y a déjà longtemps qu'on dit mairie : car ce mot se trouve dans les lettres de Louis XI pour l'établissement de la maison de ville d'Angers, qui sont de Tannée 1474. »
La prononciation actuelle du mol mairrie (pour tnairerie), qui se trouve dans la bouche des gens du peuple, s'explique par la tendance de ces derniers à supprimer Ve muet médial (!)•
Courtage.
Sept cenz livres tournois de rente perpétuel... sus les profiz et en la recepte de nostre vicontée de Tyaue de Roen, en restor des deuz parz du quart du courratage de foires de Ghampaigne.
{Charte de tannée 1305. Ducange, v® Corraùigium,)
Les proufiz et émoulumens dou coulktaigé des vins. {Charte de l'année 1366, Ducange, ibid,)
Ge m'entremet de corretages, Ge faiz pais, ge joing mariages.
{Roman de la Rose, édit. Méon, t. III, p. 364, v. 11883.) Quand le dict office de couretage sera vaquant.
{Ordonnance concernant la juridiction de VHôtelHie' Ville de Paris, février 1415; dans Delamare, Traité de la police, t. in, p. 596).
Courretage, salaire du courretier.
(Monet, Inventaire des deux langues françoise et latine, 1636.)
Courretage ou courtage s. m. renlremise, la négociation d'un courretier, faire le courtage des vins^ se mesler de cour' toge.
{Dict. de l'Ac. fr., l^e éd. 1694 et 2» édit. 1718.)
(1) Le même fait se remarque dans la prononciation populaire des mots serrurrie, apothicairrie, verrie, trésorrie, 'au lieu de serrurerie, apothicairerie, verrerie, trésorerie.
Courtage s. m. Tentremise, la négociation d'un courtier, faire le courtage des vins, se mêler de courtage^ droit de courtage.
(Même Dictionnaire, 3« édit. 1740, 4eédit. 1762, 5« éd. 1798 et 6« éd. 1835.)
Courtier.
Serrement à prendre des nouviaux corratiers de vin quant Tan les fait nouviaux. Il jureront que il ne seront que ij couratiers ensemble à boire, se li marchant ne li apèle.
(Ordonnances relatives aux métiers de Paris^ depuis 1270 jusqu'à l'an 1300, à la suite du Livre des métiers d'Etienne Boileau, p. 352.)
Il est establi par l'acort au prevost de Paris et pour les preudomes, que nus corratiers de chevaus ne peut prendre, ne ne doit du vendeur que vj de n. au plus de la livre... et'que li courretiers conseilleront Tachateur en bonne foi, et que nul li hostelier ne |puet estre courratier de son hoste, ne partir au courratier son hoste.
(/Wd., p. 421 et 422.)
Courtier, un courtier et faiseur de messaiges. (Robert Estienne, Die. françois-latin^ 1539.)
Il devint en un jour savant en tel métier, Maquignon, revendeur, afiFronteur, couratier.
(Ronsard, Hymnes II, 10.)
A quoi monsieur le Légat servoit de courretier pour faire valoir la marchandise.
{Satyre Ménippée, édit. de Ratisbonne, 1709, 1. 1, p. 174.)
Courretier, courratier^ courtier^ moyenneur d'achats et ventes, de prêt d'argent et choses semblables.
(Monet, Invcntarie des deux langues françoise et latine, 1636.)
... Si jamais je trouve ici ce courratiier Je lui saurai, Madame, apprendre son métier.
(Pierre Corneille, la Veuve, act. III, se. vu.)
Courretier s. m. Il se prononce presque comme s'il n'y avait point A'e, On disait autrefois couratier, qui est moyenneur, qui s'entremet de ventes et achats de certaines marchandises principalement de vin, ou de chevaux, ou de faire prester de l'argent sur la place : mahtre courretier, courretier juré y courretier de change, courretier de vin, courretier de cke^ vaux^je nay que faire de courretiers, je ne veux point passer par les mains des courretiers. — On appelle par raillerie courretier ou courretière de mariage, ceux qui se meslent de faire des mariages.
(Dict. de rAc. fr., l'e éd. 1694 et 2^ éd. 1718.)
Courtier s. m. entremetteur, qui s'entremet des ventes et achats de certaines marchandises, principalement de vin ou de chevaux, ou de faire prêter de l'argent sur la place, mmtre courtier, courtier juré*
{Même Dictionnaire, 3* éd. 1740, 4« éd. 1762, 5« édit. 1798, 6- éd. 1838.)
Le changement d'orthographe entre les deux formes courretier et courtier s'est opéré, comme on le voit, vers le milieu du XVIII® siècle.
Chaudron.
Cacabos gallice dicuntur chauderons,
(Dictionnaire de Jean de Garlande, composé au XIII« siècle et publié à la suite de Paris sous Philippe-Auguste, p. 602.)
Mou l'abat en un chauderon Or n'i faut il, se poivre non.
(Barbazan, Contes et Fabliaux^ t. IV, p, 93.)
Chauderons d'argent pour cuiszine à cuire viande.
(De Laborde, Notice des émaux; Inventaire des joyaux du duc d'Aniou dressé vers 1360, p. 110.)
Dans cet inventaire, ce inot est écrit dix fois chauderon et une seule fois chaudron.
Un petit ckaulderon d'argent, à troys pieds pour se pousser:
(De Laborde, p. 209, Inventaire de Marie Stuart.)
Si davanture il rencontroit gens aussi folz que lui, et comme dist le proverbe : couvercle digne du chauldron.
(Rahelnis^.prologue de Gargantua.)
Chaudron, chaudronnier.
(Robert Estienne, Dict, fr.^lat. 1539.)
Veux tu que je te die le livre des Philosophes où j'ay appris ces beaux secrets ? Ce n'a esté qu'un chauderon à demy plein d'eau, lequel en bouillant quand l'eau esloit un peu asprement poussée par la chaleur du cul du chauderon^ elle se soufloit jusques par dessus le dit chauderon,
(Bernard Palissy, Des eaux et fontaines, p. 266.)
Chauderon,
(Nicot, Thrésor de la langue françoise, 1606.)
Chauderon.
(Monet, 1 636, et Dictionnaire de Furetière, 1690.)
Les dames du pays latin Susceptibles d'un avertin, A ces bruits prennent la campagne.
Vite comme chevaux d'Espagne Et formant un gros escadron.
Au son cassé de maint chaudron Courent comme des insensées.
De la laide Alecton poussées.
(Scarron, Virgile travesti, liv. VII, édit. Fétilly, t. II, p. 41 et 42.)
Chauderon, s. m., on prononce chaudron et plusieurs l'écrivent aussi... faites bouillir cela dans un chauderon.,. escurer un chauderon.
{Dict, de VAc. fr, , l'e édit. 1694, 2e édit. 1718, 3» édit. 1740.)
L'Académie, depuis la 4*édilion de son Dictionnaire (1762), écrit chaudron.
Ghauderonnier,
A Jehan de Richebourt, Chauderonnier, pour un long coflfre de boys, ferré par dedans, tout au long et par dehors, à un large huisset de laitton, à petits troux pour mettre un cierge ardent de nuit en la chambre de madame Jehanne de France.
(De Laborde^ Notice des émaux, p. 202, Comptes royaux,
de 4388.)
Chauderonier, chaudronier, ouvrier en chauderons (Monet, Inventaire des deux langtACS françoise et latine, 1636).
Furetière écrit chauderonnier et Richelet chauderonrnier et chaudronnier.
Chaudronnier, maistre chaudronnier {Dict . de ÏAc. fr., 1« éd., 1694, 2« éd., 1718).
Chauderonnier (on prononce chaudronier). Maître
chauderonnier, Soufflet de chauderonnier (même Dictionr^
watr^S- éd.,1740.
Chaudronnier (id.,i^ éd., 1762, 5« éd., 1798, 6éd., 1835).
Tocsin (1).
Bientost en oyrent nouvelles par le touquesaint de la dite ville, qui est accoustumé de sonner par la guette d'icelle ville, quant noz annemis y survainnent.
(Lettres de rémission de Tanné 1383 ; Ducange , v» Ton^ qmssen,)
(i) Formé du verbe toquer, toucher, frapper, et de sein, sing, et iint dérivé de signum qui en bas latin a pris le sens de signal, et par métonymie, de cloche.
...Nous en avons un exemple en tocsin, quand on dit sonner le tocsin. . . mais il vault mieux escrire toquesin ;
et encore, si en adjoustant un g on escrit toquesing, on
approchera plus près de l'étymologie : car c'est un mot
gascon (1) composé de toquer au lieu de ce que nous
disons toucher ou frapper et de sing qui signifie cloche,
et principalement une grosse cloche comme voulontiers
en effroy on sonne la grosse cloche. (Henri Estienne,
la Precellence du langage françois , édit. Feugère,
Ménage écrit toquesin.., « On dit à Angers sonner le petit saint pour dire sonner la petite cloche. On s'est servi du mot signum en la signification de cloche, parce que le son des cloches sert de signal pour se trouver à l'église. » (Dictionnaire étymologique.)
Toquestng, toqsîn, tocsin, signai public qu'on donne du son de la cloche es cas dangereux et inopinez , le toquesing sonne Falarme. Sonner le tocsin. Chiascun se porte armé sur la muraille au premier coup de tocsin.
(Monet, Inventaire des deux langues française et /aftne,1636.)
Coquille, dans une note sur le mot toxin de l'article 309 de l'ordonnance de Blois, s'exprime ainsi :
« Il faut dire toquesaint, car en ancien langage françois, qui est encores usité en quelques provinces, saint, signifie une cloche, dont sont dits saintiers les fondeurs de cloches, et de là le proverbe quand on dit : le bruit estoit si grand quon noyroit pas les saints sonner; toquer en langue picarde, c'est toucher. »
(Œuvres de Cuy Coquille, 1666, t. I, p. 111.)
(1) En provençal tocar.
Ces prédicalciu's de leurs chaires publiques font un tocsin de sédition.
(Nicolas Pasquier» Lettre 5, t. II, p. 1420.)
Tocsin, s. m. Bruit d'une cloche qu'on sonne [à coups pressés et redoublés pour donner l'alarme, pour avertir du feu, etc. Dès que l'ennemi parut on sonna le tocsin, etc.,
(Dict. de l'Ac. fr., \^ édit., 4694.)
L'Académie a suivi cette orthographe dans les autres éditions de son Dictionnaire,
Nous avons dit précédemment que le peuple ne prononçait pas \e muet au milieu des mots, et pour donner des exemples de Tinfluence que ce mode de prononciation a exercée sur notre orthographe, nous avons pensé qu'il était nécessaire de présenter l'historique des mots serment, esprit, courtier et autres mots dont on a retranché dans l'orthographe moderne Ye muet médial qu'ils possédaient autrefois.
Il est aussi deux mots sur Torthographe desquels nous devons entrer dans quelques détails : ce sont les mots bourrelet et charretier.
Au XV® siècle, on écrivait bourrelet (1); au XVI® siècle et au XVII®, on se servait des deux formes bourlet
(1) Diminutif do l'ancieD français hurel ou hourel qui signifiait bure et amas de bourre. Le diminutif bourrelet ne se montre guère dans notre langue que vers le XV* siècle ; ayant cette époque on se servait dans ce sens de bourel ou bouriau$, — Li boureUer puet enplir ses coliers de boureottdepoil ; mes si l'enplistde l'un, il ne puet pas parenplir de l'autre ;
eibourrekt, mais plus fréquemment de la première (1). Le Dictionnaire de TAcadémie française (i^ édit., 1694) indique bourrelet ou bourlet. Les autres éditions du Dictionnaire laissent aussi le choix entre ces deux orthographes ; ainsi aujourd'hui on peut écrire régulièrement bourrelet on bourlet, mais entre ces deux formes quelle' est la différence ? Bourrelet ainsi orthographié rappelle Tétymologie ; c'est le mot écrit selon les règles de formation régulière et grammaticale. Bourlet écrit de cette manière représente le son ; c'est le mot tel qu'on l'entend sortir de la bouche du peuple, c'est le mot contracté conformément aux habitudes traditionnelles du langage populaire.
Nous venons de dire qu'à l'égard de certains mots, tels que serment, esprit, courtier, etc., la forme populaire
et se il le fesoit, li bouriaus seroit ars et li bourelier seroit en Tamende te roi, aa taxement le preyost de Paris (Estienne Boileau, Le livre des mestiers, p. 221).
(1) Bourlet ou bourrelet (Jehan Thierry, Die. fr. -latin, 1564).
Si monsieur le Légat me commande seulement de leur aller mettre la main sur le collet, il n'y a ny bonnet quarré ny bourlet cpie je ne fasse voler s'ils m'eschaufTent trop les oreilles (Satyre Ménippéet édit. de Ratisbonne, t. I, p. 100).
Bourlet fait par syneope de cest entier bourrelet (Nicot, Thrésor de la langue française ancienne et moderne, 1606); — Les compagnons du bourlet esclatent leurs lamentations (d'Aubigné, Histoire universelle, Ht. H, chap XXIII, édit. de Genôye, 1626, t. HI, p. 253).
Bourlet, bourrelet, cercle, rondeau de toile, ou d'autre étoffe, fard et renflé de bourre, crins ou d'autre chose, servant à divers usages. Bourlet du haut des manches. Bourlet de ceinture a renplir et relever la ceinture d'un haut de chausses ou le haut d'une cotte de femme. Bourlet de coifure. Bourlet de chaperon doctoral, magistral, seigneurial ou antre. Bourlet, collier bourré du cheval attelé au char. Le bourlet sert à conserver le col, les épaules et la poitrine du cheval de traict. (Monet, Inven^ taire des deux langues françoise et latine, 1636).
avait fini par entraîner l'exclusion de la forme grammaticale. Mais il n'en a pas été de même à Tégard du mot qui nous occupe. Ici l'influence de la prononciation populaire s'est manifestée d'une manière moins sensible. En effet, la/orme populaire bourlet est entrée vers le XVI' siècle dans la langue écrite, mais celte forme n'y est point devenue prépondérante, elle y a pris seulement une place égale à celle de la forme grammaticale bourrelet. Ainsi, depuis le XVI* siècle, les deux formes bourrelet et bourlet sont concurrentes et aujourd'hui, de même qu'autrefois, on peut employer indistinctement l'une ou l'autre forme.
Passons au mot charretier. Avant le XVI® siècle, on ne trouve guère ce mot écrit autrement que charretier (1) ; au XVI' siècle, on le rencontre sous la forme populaire chartier et sous la forme grammaticale charretier^ mais plus souvent sous la première (2). Au XVII® siècle, la forme populaire chartier devient la
(i) Les charretiers qui ont piins et prendront terres à faire en tasche, ne pourront avoir, ne prendront pour la façon d'un arpent de terre à bled de quatre façons que vingt-quatre sols et non plus, des plus forts à faire et des autres à l'adyenant (Ordonnant^ du roi Jean i*' de février 1350; Ordonnances des rois de France, t. II,- p. 3C8). — Un charretier aura de la Saint -Martin d'hiver jusques la Saint -Jean soixante sols {même ordon^ nance, p. 370).
Elle commande... au charretier ou mettoier. (Le Menagier de Paris, t. II, p. 62.)
Gueres n'eurent esté en leur ostellerie que voici venir quatre gros loudiers, charretiers om bouviers.. Les Cent nouvelles nouvelles xgviii* nouvelle, p. 369) .
(2) Chartier (Pabgrave, Éclaircissement de la langue françoise, p. 203); — chartier (Robert Estienne, Dict. franc, "latin, 1539).
forme ordinaire et habituelle de ce mot. Citons les exemples suivants :
Chartier conduisant trois chevaux.
(Nicot, Thrésor de la langue françme^ 1606.)
Plaustrarius, rii, chartier^ meneur de chariot.
(Guillaume Morel , Thesorus vocum omnium latinarum , 1622.)
Charretier, chartier qui conduit le char, la charrette. Chartier de longues voitures, chartier de village. Il n'est si bon chartier qui ne verse.
(Monet, Inventaire des deux langues française et latine^ 1636.)
Chartier, Jurer comme un chartier,
(Nalhanael Duez, JDic, italien- français, Leide, 1659.)
Chartier, ière, subst. qui mène une charrette, ou un chariot, une charrue. Ce chartier fait bien claquer son fouet. On dit proverbialement, il n'est si bon chartief* qui ne verse pour dire il n'y a point d'homme si habile qui ne fasse quelque
Et toi aussi, ô Bootes chartier, (François Hubert, Les quinze livres de la métamorphose d*Ovide, inter' prêtez en rime française, Paris, 1557, fol. 40.)
Si n'est elle point marrie d'avoir esté priée, ny ne sçaura jamais mauvais gré à celui qui en portera la parole et fust-ce à l'heure du chartier» (François d'Amboise, Les Napolitaines,' comédie ; ancien théâtre français, édit. Jannet, p. 247).
Charretier (Diet, des rimes françaises, de Jean Lefôvre, Paris, 1587» fol. 124, verso).
Je feuilletois, il n'y a pas un mois, deux livres escossois, se combattants sur ce subject : le populaire rend le roy de pire condition qu'un charretier; le monarchique le loge quelques brasses au-dessus de Dieu, en puissance et souveraineté.
(Montaigne, Essais, iiv. III, ch. >rii.)
faute. On dit aussi d'un grand jurcur : il jure comme un ckariier embourbé.
(Furetière, Dictionnaire universel,)
Pour venir au chartier (I) embourbé dans ces lieux. (Lafonlaine, liv. VI, fable xvni.)
A cette époque, c'est rarement que Ton trouve ce mot écrit charretier.
Le Dictionnaire de rÂcadémie française , dans sa première édition (1694), laisse le choix entre eharre^ lier ou chartier, et dans les exemples cités ces formes sont employées sans distinction.
€ Charretier ou chartier, chartière. Bon charretier. Il jure comme un chartier embourbé. On dit proverbialement qu*i7 n'y a si bon chartier qui ne verse pour dire que les plus habiles font quelquefois des fautes. »
{Dict. de l'Ac. fr„ Ire édit. 1694.)
Les deux éditipns suivantes du Dictionnaire (1718 et 1740) indiquent également charretier ou chartier; mais c'est la forme charretier qui figure seule dans les phrases données pour exemple.
« Charretier ou chartier, chartière, sub. Qui conduit une charrette. Bon charretier. On dit proverbialement : il jure comme un charretier embourbe. Charretier se dit aussi de celui qui mène une charrue. — On dit proverbialement qu'tV ny
(1) On a dit à tort que Lafonlaine avait écrit chartier au lieu de charretier par licence poétique. C'était l'usage de son temps de l'écrire de la première manière comme l'indiquent les auteurs précités. Cette remarque n'a pas échappé à la sagacité de Walckenacr dans son commentaire de Lafontaine.
a si bon charretier qui ne verse, pour dire que les plus habiles font quelquefois des fautes. »
{Dict de VAc. fr. 2^ édit. 1718, 3^ édit. 1740.)
Enfin, à partir de la quatrième édition publiée en 1762, la forme populaire ckartier est tout à fait exclue du Dictionnaire qui n'autorise désormais que l'emploi de la seule forme charretier.
« Charretier, ière, subs. Qui conduit u^e charrette. Bm charretier^ etc. ■
(Vict. de fAç. fr. 4^ édit. 1762, 5e édit. 1798, 6« édit. 1838.)
Telles ont été, si Ton peut parler ainsi, les phases diverses des deux formes de ce mot. La forme populaire a eu sa période de prépondérance du XYIP siècle jusque vers le milieu du XVIIP; mais, depuis cette dernière époque, cette forme a disparu entièrement de récriture pour faire place à la forme grammaticale.
Comme on peut le remarquer, il est arrivé pour le mot charretier tout le contraire de ce qui s'est produit pour serment, esprit et autres mots précédemment cités. Ceux-ci avaient à l'origine un e muet médial que l'influence de la prononciation populaire leur a fait perdre sans retour, tandis que le mot cAarmter, qui, à l'époque de sa formation, s'écrivait comme aujourd'hui avec un e muet médial, n'a perdu que pendant quelque temps, sous l'influence de la prononciation populaire, cet e muet médial, et a fini par recouvrer cette voyelle qui de nouveau figure à présent comme autrefois dans l'orthographe régulière de ce mot.
Horace n'a-t-il pas dit :
Multa renascentur quac jam cccidere, cadentque Qnx nunc sunt in honore vocabula, si volet usus, Quem pênes arbilrium est, et jus et norma loquendi.
{Horatii Flacci de Artepoeticâ, v. 70 k 73.)
Le mode de prononciation populaire qui consiste à retrancher la voyelle e au milieu des mots, a aussi influé sur l'orthographe du verbe éplucher (1). En effet, ce mot que Ton trouve sous la forme espelucher a perdu Ve muet média] qu'il possédait dans l'ancienne langue.
Selonc la lettre des escriz Vus mustrerai d'une suriz Ki par purchaz è par engin Aveit manaige en un mulm.
Par essemple cunter vus vueil, C*un jur s'asist desor le sueil, Ses grenones (moustaches) apareilla Et de ses piez s*e$pelucha,
(Marie de France, Poésies^ fable 3. t. II, p. 68.)
La forme contracte et populaire esplucher se rencontre dès le XI V siècle :
« Jasoit ce qu'ils sont aucunes femmes qui pardessus la raison et sens de leurs maris veulent gloser et esplucher, et encores pour faire les sages et les maistresses, font-elles plus devant les gens que autrement, qui est le pis. »
{Le Menagier de Paris, 1. 1, p. 131.)
(1) Formé du préfixe es et de peluche. Le simple existe dans le provençal peluear et dans l'italien piluecare,
Diez tire ce dernier mot à l'aide du suffixe ue, du latin pilare, arracher les cheyeux, les poils, épiler.
t Esplucher chaque lettre d'une loy, litteras legis perscrutarî. »
(Robert Ëstienne, Die. franc, -latin, 1539.)
€ Tous ne peuvent esplucher du safran, il faut que les aulcuns espluchent des poys. »
(Palsgrave, tEelaircissement de la langue française, p. 657.)
Quelques savants ont^ essayé, au XYII* siècle, ds restituer au mot éplucher soh e médial. Ainsi, par exemple, le père Philippe Labbe dans ses Ètymologies françaises (Paris, 1661, p. 382) écrit épelucher.
Mais ces tentatives ont été sans succès et ce mot a conservé sa forme contracte et populaire.
Il importe de remarquer que si, li l'égard des mots composés éplucher, éplucheur, épluchure, quç nous écrivons sans e médial, la forme populaire a obtenu l'avantage sur la forme grammaticale, celle-ci s'est maintenue et a conservé cet e dans les mots simples pdmhCy pelucher y peluchetM:. Telle est la cause des différences de formes qui existent entre ces mots appartenant à la même famille.
Le Dictionnaire de l'Académie française (6® édition, 1835) donne « capron ou caperon, s. m., sorte de grosse fraise » • Les éditions précédentes du même Dictionnaire indiquent seulement caprm (1). Entre ces deux formes capron et caperon, quelle est la différence ?
(i) Selon Ménage (Die. étymologique), ces fraises, ayant été nommées eapiron, ont pu être dites ainsi par assimilation avec une petite tète. M. Littrë rattache l'étymologie de ce mot à chaperon autre forme de capron, en bas latin eaparo, eapero, capiro, dérivé de eapa, chape.
Caprùn est la forme contracte due à l'influence de la prononciation populaire ; caperon est la forme grammaticale. L'Académie laisse le choix entre ces deux orthographes.
Le peuple ne prononce pas Ve muet qui, dans les adverbes terminés en ment, est placé devant cette terminaison. Ainsi il dit, par exemple : loyalmmt, sutUment, cruelment, grandment, au lieu de loycUEment^ svbtilEment, cruellEment, grandEment. Ce mode de prononciation remonte au temps du français primitif et se rattache au système de formation originaire de notre langue. En effet, les adjectifs qui en latin n'avaient qu'une forme pour les deux genres, n'avaient aussi qu'une terminaison dans la langue dérivée. Brems, grandis, cruddis, legalis, subtUis, formèrent, en fran*çais originaire, brief, fort, grand, cruel, loyal, vti, subtil, qui servaient également pour le masculin et pour le féminin. La terminaison ment, dérivée du latin mens, mentis, en s'unissant & l'adjectif, donna l'adverbe, et on eut briefment (1), formeiU ou fortment (2),
(1) Pitusement plurent andoi Plangent lur bond companie K'isi brefment ert départie.
{Tristarit publié par F. Michel, t. II, p. 52.)
£ au plus très briefment q[u'il peut.
{Fabliaux et Contes, 1. 1, p. 214.)
Ne sai q[ue plus briefment vous die.
(Rutebeuf, édit. Jubina, p. 195.)
(2) Forment se laidangereut ambediu U baron.
{Chamon des Saxons, t. II, p. 0.)
granment ou grantment (1), cruelment (2), loialment (3)>
Dune agreya Deus sa main sur cels de Azote e de la cuntrée, forment les descimfist.
(Le$ Quatre Livres da Roit, p. 18.)
Dont li legas se courrouça moût forment à moy. (JoioTillCi p. Utt.)
Hebraïce fortment lo dis
Jliesus fortmen donc recridet.
{La passion du Christ dans la Ckrestomathie de Vaneien français, par Bartscb, p. 12.)
(1) Li reis Yram de Tyr truvad al rei Salomnn mairen de cèdre, e de sap, e de cyprès, e or granment à faire les oyres del temple e de sun demeine paleis.
(Les Quatre Livres des Rois, p. 268.)
Si vus deyez grantment durer.
(Théâtre français au moyen âge^ publié par Monmerqué et Fr. Michel,
' Il ne tarda pas grantmant après ce que li frère le roy furent parti d'Acre,
(Joinyille, p. 157.)
(2) Et quant ils meffont li baillis les doit plus cruelment pusnir de lor meffet que nule autre manière de gent.
(Beaumanoir, Coustumes du Beauvoisis, chap. I, § 9, t. 1, p. 25.
Cornant li pères trayeilloit Son soi enfant si cruelment, (Roman de Dolophatos, édit. Jeannet, p. 316.)
Si s'amende de ses mesfais en tel manière que Diex ne fiôre en li ne en ses choses cruelment,
(Joinyille, p. 15.)
(3) Nous aiderons, conseillerons et conférerons loialment l'un l'autre. (Chronique deJanvan Heilu, publiée par Willems, année 1291, p. 540.)
... Il leur donnoit les bénéfices de Sainte Eglise en boue foy, loialment et selonc Dieu.
(Joinyille, p. 249.)
vilment (1), subtilment ou soutilment (2). Mais vers la fin du XIY® siècle, lorsque les tendances de régularisation des formes grammaticales eurent fait ajouter un e muet au féminin des adjectifs, qui n'avaient primitivement qu'une seule terminaison pour le masculin et pour le féminin, les mêmes tendances firent adopter les nouvelles formes féminines dans la composition des adverbes terminés en meru, on eut alors pour le féminin briève, forte, grande, cruelle, loyale, stiblUe, dont on forma les adverbes brièvement, fortement, grande^ ment, cruellement, loyalement, subtilement (de Ghevallet, Origine et formation de la langue française, t. III, p. 287 et 288).
Ce fait, qui a son importance dans l'histoire de notre orthographe, n'a exercé sur la prononciation populaire qu'une faible influence (3). En effet, le peuple, qui
(1) Et gctoit vilment en gaiole.
{Partonopeus de Blois, y. 2570.)
£t les Romains ocist vUtnenL (Roman de Brut, 1. 1, p. S66.)
(2) Et ce demonstret Jheremies bien et subtilment quand il nos volt ensengnier queiz choses ayenoient en nos.
(Livre de Job à la suite des Quatre livres des Rois, p. 445.)
Et si soutilment le fait li dyables...
(Joinyille, p. il.)
(3) Il est resté dans notre orthographe actuelle quelques traces de l'ancien usage. En effet, nous écriyons aujourd'hui gentiment et non pas gentillement. Dans le français primitif on écriyait gentUment; l'euphonie a fait supprimer le l deyant le m.
Lors yeissiez haubers aprester yistement...
£t enhanter ces fers de glaiye gentilment»
(Chronique de Bertrand du Guesclin, par Cuyelier, t. II, p. 162.)
ne tient point compte des innovations orthographiques, a gardé pour les mots dont il s'agit Tancienne prononciation, telle qu'elle était indiquée par l'orthographe primitive. Ainsi le peuple a continué de prononcer, comme autrefois : crmlment, grandment, hyalment, préférant ce mode vif et concis à l'articulation sourde et traînante indiquée par l'orthographe moderne : cruellEment, grandEtnent, loyalEment.
Certains mots terminés en ment ont, par suite de l'influence de la prononciation populaire, perdu dans l'orthographe moderne Ve muet dont cette terminaison ment était autrefois précédée.
Tels sont , par exemple , les substantifs châti-ment, éternument, dénûment, et les adverbes dûment, vraiment, hardiment, privément , crûmmt, qui s'écrivaient dans notre ancienne orthographe avec e muet placé devant la syllabe finale, chastiement (1),
Au XIV® siècle on rencontre les deux formes gentiment et .gentillement. Mais cette dernière forme, que Ton trouve encore dans Monet (Inventaire des deux langues française et latine, i636)^ a cessé d'être employée vers le milieu du XVII* siècle. Molière, madame de Séyigné ne se servent q[ue de gentiment :
• Mais je voudrais que cela fût mis d'une manière galante, que cela fût tourné gentiment, •
(Molière, le Bourgeois gentilhomme , acte II, se. yi.)
t J'ai été fort aise de sçavoir..., que le petit discoursa été bien et gen^ timent prononcé. »
(JJf"» de Sévigné, lettre 329.)
La forme gentiment figure seule dans toutes les éditions du Dictionnaire de l'Académie française.
(1) Quant j'oï ce chastiement,
Je répondi iréement.
(Roman de la Rose, édit. M«?on, t. I, p. 124, v. 308o.)
étemuemerU (l) , dénuemeni (2), deuement (3), vraie^
ment (4), hardiement (5), privéemeni (6), cruement (7).
Dans la dernière édition de son Dictionnaire (1835),
Il est bon à yeoir que la constame de loaer la yerta mesme de ceulx (jni ne sont plus, ne vise pas à eulx, ains (mais) qu'elle fait estât d'aiguillonner par ce moyen les vivants à les imiter : conune les derniers ehoi' tiements sont employez par la justicei plus pour l'exemple, que pour Tinté rest de ceulx qui les souffrent.
(Montaigne, Lettre à M, de Foix»)
(1) ... le troisième est Vestemuêmênt.
(Montaigne, Essais, Uv. HI, chap. vi.)
(2) Je me retracte encore de ce que j'ay dit que denuetnênt ne valoit rien. (Bouhours, Suite des remirques nouvelfes sur la langue française , i69S, p. 466.)
{Z)ïkuement, adv. terme de palais. D'une manière juste et raisonnable. Cette procédure a été bien et deuement faite. l\ a été bien deuement atteint et convaincu. Il l'a payé bien et deuement.
(Furetière, Dielionnaire universel.)
(4) Geste est vraisment celé très ligière et très claire nue sor cuy le profète avoit davant dit qu'il monteroit por dexendre en Egipte.
(Sermons de saint Bernard à la suite des Quatre Uvres des Rois publiés par Leroux de Lincy, p. 526 et 527.)
(5) Plus hardiement que nui bon»
Certainement jurent et mentent.
(Roman de la Rose, édit. Méon, t. III, p. iSO, v. 18335.)
5'eslisez iij messages an eeste vostre gent Qui facent vos besoigne bien et hardiement.
(Chanson des Saxons, p. 37, t. XXI.)
(6) Por vos meismes solacien Quant vos estes priveement.
Le chanter pas ne vos défent.
(Robert de Blois, chastoiement des dames,' duis les fabUaux et contes, nouv. édit. par Méon, t. II, p. 194.)
(7) Ce propos, encore qu'il soit dit un peu eruemerU et témérairement, pourroit sembler véritable.
(Amyot, Hommes illustres,. Phoeion, i .)
rAcadémie française conserve encore certains doutes relativement à Torthographe de quelques mots de cette classe. Ainsi, dans les mots suivants, l'Académie autorise l'emploi de deux formes différentes, et elle écrit aboiement ou àbcAmenty remercîment ou remerciement, remuement ou remûment, tournoiement ou toumoîment, gaiement ou gaîment. D'autres fois, l'illustre compagnie laisse au mot son ancienne orthographe en indiquant la prononciation. C'est ainsi qu'elle écrit maniement, rmianimmty enrouement, engouement, enjouement en disant qu'on prononce manîment, remanîment, enroûment, engoûment, enjoûment.
S IL — De la soustraction de la consonne r.
Le peuple a une certaine tendance à ne pas prononcer la consonne r placée dans le corps du mot, lorsque cette lettre e.st précédée ou suivie d'une autre consonne. Par exemple, les gens du peuple disent :
mécredi
au lieu de mercredi ;
propiétaire et même
popiétaire
propriétaire;
prqpiélé ou pqpiélé
propriété ;
prqp'ment
proprement;
souci
sourcil;
sèyue
cercle;
secler
cercler;
sader
sarcler;
sacloir
sarcloir;
fois
trois;
foisième
troisième j
^anderie
truanderie»
De même, le peuple supprime quelquefois la con-
— 15i — sonne r du verbe parler et du nom propre Charles, et il prononce /Nifer et Châles. Pourquoi qu'tu pales de ça,
pour pourquoi parles-tu de cela.
« Un grammairien du XYP siècle, Charles de Bou-
velle, observe que t la liquide r a besoin d'une aspiration un peu plus forte que celle de la liquide l. C'est ce qu'on remarque chez les enfants qui, ayant les organes encore trop faibles, remplacent souvent le son rude de Yr par le son plus doux de Yl, et qui prononcent, par exemple, mon pa/m pour mon parrain, du lôt pour du rôt, Catelinei^onT Catherine. Les Parisiens font la même faute ; en effet, toutes les fois que dans le milieu d'un mot français un r se trouve suivi d'un l, ils prononcent ce mot avec deux II, par exemple dans ces mots : Charles, varlet, parler (pour parolier), marie,
ils disent, en changeant r en /, challes, vallet, palier, fnalle (1), qui signifie mâle (2). »
(1) Au Xni* siècle on rencontre les deux formes malle et marie signifiant mâle.
Car tèle estoit la coùstume dou pays qui U daerains (dernier) enfans a tout, s'il ni a hoir malle,
(La Chronique de Bains, publiée par Louis Paris, p. i90 et i9i.)
Si comme s*il ayient que une feme a deus enfans maries jumiax, et 11 ainsnés en veut porter Tainsneece.
(Philippe de Bcaumanoir, Coutumes de Beauvoisis, Gha^p, xxxix, f 3i, t. II, p. 113.)
Dans le patois de la Flandre on dit encore marie pour mâle, (Ycrmesse. Dict, du patois de la Flandre française, Douai, 1867, p. 328.)
(2) Has quippe duas L et R, latini liquidas et sœpe quidem numéro liquentcs appellant : ut fit in his clamor, clariias pratum, primum. Est au-
L'usage a fini par donner raison à la prononciation parisienne pour le mot valet, dont les formes anciennes étaient vaskt et varlet (1). Ces mots signifiaient d'abord jeune homme, garçon, fils, gentilhomme qui n'était point encore armé chevalier, écuyer; puis apprenti, compagnon ; enfin domestique, serviteur.
' Oez à quei 11 dux tendait :
Doux enfanz de sa femme aveit, L'uns est vaskz, l'autre danzèle En tôt le munt n'avait plus bêle; Et s'aveit non Hues Capez Et vos sai bien dire, li vaskz Et la pucelle aveit non Emmc.
(Chronique des ducs de Normandie, t. II, p. 84.)
Encor n'avoit la mère son filz reconnéu Car biau varkt estoit et fort et parcéu.
(Nouveau recueilde contes^ 1. 1, p. 58.)
Jehan Dartois varkt du roi notre seigneur et bailli de Reims.
(Lettre de rémission de l'année 1362; Ducange, v® Vaktus,)
tem L in labis moUior, R vero paulo asperior ; quod faciie in infantibus experiri libet, quorum blœsa et tenera adhuc labia, loco R, quippe asperiorisi sœpe efTantur L moUiorem, ut in his liquet mon patin, pro mon parreUn, du hst, pro du rost, Cateline pro Caterine. Parrhisii hoc yitio laborant, ut q[uotiens R in média rulgari dictione prœit L, confient dupUcem LL, ut in his Charles, varlei, parler à parabola quasi parroUer, marie. Dicunt enim versa R in h, chaUes, vallei, palier, malle quod masculum signât {Caroli BovUli Samarobrini liber de differentia vulgarium linguarum et galliei termonis varietaie, etc., Parisiis ex offieina Roberti Stephani, i533, p. 32.)
(1) Dans varlet, l'< de ra«fe( s'est changé en r comme dans orfraie de ossifraga.
Que aucun barbier ne doit oster ou soustraire à un autre barbier son aprentis ou varkt.
(Statuts de Chark$ Vpour la barbiers, 1371 ; Ordonnances des rots de France, t. Y, p. 44.)
Dès le XIV* siècle, on se servait de varkt pour si* gnifier domestique.
Les communes gens disent : c quant varkt presche à table et cheval paist en gué, il est tems qu'on l'en oste et que assez y a esté. >
(Le Menagier de ParU^ t. II, p. 70.)
Au XVP siècle, on écrivait varlei et valet.
Varkt de chambre, varlet de cuisine, varlet de gens d'armes.
(Robert Estienne, Dict. franç.-laiin, 1839.)
... Il est inhumain et injuste de faire tant valoir cette telle quelle prérogative de la fortune ; et les polices où il se souffre moins de disparité entre lesvakts et les maistres me semblent les plus équitables.
(Montaigne, Essais, lîv. III, chap. ni; édit. Leclerc, t. IV, p. 211.)
Le mot vaki anciennement s'adaptoit fort souvent à titre d'honneur près des rois : car non-seulement on disoit vakt de chambre ou garderobe^ mais aussi vakts tranchants et d'cscurie. Et maintenant le mot de vakt se donne dans nos familles à eeux qui entre nos serviteurs sont de moindre condition et quasi par contemnement et mépris :
Vray est qu'il avoit un valet Qu'on appeloit nihil vakt,
dit Marot en se moquant.
(Estienne Pasquier, Recherche» de kt France, liv. VII, chap. m, 1. 1, p. 764.)
Nicot (Trésor de la langue française ancienne et modeme^ 1606), indique varlet ou valet.
Mais sous Louis XIY » la forme orthographique valet était seule en usage.
On a dit dans l'ancien français forbourg pour fatjH bourg. C'est à l'influence de la prononciation du peuple que, dans la première syllabe de notre mot faubourg (pour fôbourg), on doit attribuer le retranchement de Vr de la syllabe initiale du vieux mot forbourg (1).
Tout cil qui sunt demourans el forbourc de Paris, c'est à savoir hors des murs, sunt tenu à forain, ets'aquitent en totes choses corne forain, selonc les us del mestier dont il sunt, se il ne sont franche pour estre haubanier le roy.
(Estienne Boileau, Le livre des métiers, p. 296.)
Flamanz vers Corbie s'aroutent Par touz les hamiaus le feu boutent; Moustiers, yglises n'i esgardent.
De Corbie les fors-bours ardent...
Li fourrier qui au roy contancent.
Par les fors-bours le feu relancent.
{Branche des royaux lignagers, chronique métrique de Guillaume Guiart, 1. 1, p. 47, v. 568.)
(1) Forbourg en bas latin foris burgum; deforis hors et de hurgum bourg. Cette étymologie, dit M: Littré {Dict. de la langue française), est certaine pour tontes les formes forborq, horsbore, forbou, etc. Mais fant-il aussi y rattacher fauxbourg, faubourg, fôborg ? Si on considère les textes, on voit que fatucbourg est relativement récent ; et dans le bas latin même, Du Gange ne cite faims burgus que dans une pièce de 1380 ; sans doute on peut concevoir que des fors -bourgs aient été ainsi appelés des faux bourgs, des bourgs faux; cependant, tant qu'on n'aura pas apporté des textes anciens qui donnent faux bourgs, il vaudra mieux croire que faubourg est une altération de forbourg, prononcé fôbourg (le parler vulgaire ayant quelquefois supprimé Vr), puis finalement pris pour faux bourg.
Patendire dérivé de paier noster s'est dit et écrit autrefois patrenoitre, patemostre.
Il puet estre patrenostriers à Paris qui veut, c'est a savoir faisières de toutes manières de patrenostres et de boucletes à saulers (souliers) que on fait de laiton, de archal et de quoivre neuf et vies et de noians a robe que on fait des os, de cor, de yvoire, se il set le mestier.
(Estienne Boileau, Le livre des métiers, p. 97 et 98.)
Mon doulx cuer, je vous envoie ce que vous m'avez mandé et vos paiemostres et vous promet loyalment que je les ai portées, tout en Fétat que je vous les envoie, deux nuis et trois jours, sans ester d'entour moi.
(Agnès de Navarre à Guillaume. de Machault; De la Bordci Notice des émaux, p. 433.)
Mais sous l'influence de la prononciation populaire
la consonne r de pâtre ou pater a été de bonne heure
retranchée et on a prononcé et écrit pa^enos/re, potenôtre.
Une patenostre i a
A ung blanc laz de fil pendues
Qui ne lui furent pas vendues.
{Roman de la Rose, édU. Méon, t. Il, p. 384, v. 122S2.)
Unes patenostres d'or signées à enseignes de tabliers et eschiquiers.
{Inventaire de Charles V; De la Borde, Notice des émaux^
Il disoit IdL patenostre du singe (1).
(Rabelais, Gargantua^ liv. I, chap. xi.)
(1) C'est, dit Oudin {CurioiUés françoUes, 1640), claquer des dents, de colère ou autrement, gronder, grommeler.
Paienostre. s. f. On appelle ainsi parmi le peuple l'Oraison dominicale et on comprend ainsi sous le même nom le Pater, FAve et les autres premières prières qu'on apprend aux enfans... il se dit aussi populairement pour toutes sortes d'autres prières chrétiennes. (Die, de tAc. fr., 1™ édit., 1694 ;2« édit., 1718; 3« édit., 1740; 4« édit., 1762; 5* édit., 1798.)
Paienôtre. s. f. L'Oraison dominicale ou le Pater nosier. On comprend aussi sous ce nom Y Ave et les autres prières qu'on apprend aux enfans... Il se dit aussi de toutes sortes d'autres prières chrétiennes.
(Die. de tAc. fr., 6« édit, 1835.)
Comme on le voit, ce n'est que depuis la sixième édition de son Dictionnaire, publiée en 1835, que TAcadémie française ne considère plus patenôtre comme un terme populaire.
Nous disions à Tinstant que rinfliience de la prononciation populaire avait amené dans l'orthographe des mots valet, faubourg (prononcé fôbourg), patenôtre, la suppression de IV des anciens mots va^let, foï(bourg, patwEtiostre.
Le même fait s'est produit pour le mot patois dit ipoMT patrois, dérivé du bas latin patriemis, signifiant homme du pays, indigène.
On lit le mot patrois pour patois dans le passage suivant d'un manuscrit du Trésor de Brunetto Latini :
c Et se aucuns demandoit porqoi cest livre est scrites en romains selonc le patrois de France, puisque nos somes Italiens, je dirois que nos somes en France... (1) »
{Bibliothèque impériale^ n^ 113. — Ancien n** 7366, ancien fonds.)
(1) M. ChabaiUe, qui, dans son édition du Tre9or de Brunetto Lalini, donne sur ce passage (p. 3, note 48) les variantes des différents manuscrits, a omis d'indiquer celle que nous transcrivons ici.
M. Littrë fait remarquer que < dans la Chronique scandaJeuse de Louis XI le mot patois est employé avec le sens de localité, pays, ce qui concorde avec l'explication de patois par/xilrois. Le provençal a pati, pays. Dans le Midi, on dit un patois^ une patoise, pour un compatriote, une compatriote. Tout cela emporte la balance! et il faut admettre que Vr a disparu, i
{Dictionnaire de la langue française, V^ Patois.)
Dans Tancien^français, on disait merquedi, merquerdi, mercredi et mécredi.
Ensi demorèrent jusques au merquedi de Pasques.
(Ville-Hardouin, CUI, édit. PauUn Paris, p. 117.)
Je voz paierai dix livres merquerdi dedans prime.
(Philippe de Beaumanoir, Coutumes de Beauvoisis^çiidL^. xxxv, § 27, édit. du comte Beugnot, t. II, p. 54.)
Les deux formes mécredi et mécredi se trouvent dans Joinville :
Toute celle semaine fumes en festes et en quaroUes (danses), que mes frères li sires de Vauquelour et li autre riche home qui là estoient, donnèrent à mangier chascuns li uns après l'autre, le lundi, le mardi, le mercredi ei le jeudi.
(Joinville, p. 40.)
Li roys nous respondi que il ne descenderoit jà de sa nef jeusques à tant que il venroit à Aiguemorte, qui estoiten sa terre. En ce point nous tint li roys, le mécredi, le jeudi, que nous ne le peumes onques vaincre.
(W., p. 233 et 234.)
Au XVI® siècle, la forme merquedi n'était plus en usage ; mais on rencontre les deux formes mercredi et mécredi.
Le mercredi absolu (saint) premier jour d'avril Tan 1585 en prononçant les arrests par monsieur le premier président, etc.
(Papon, Recueil d'arrêts notables des cours souveraines de France, 1568, p. 168.)
Mercredi, mercurii dies.
(Robert Estienne, Diet. franç.-laiin, 1839; Jehan Thierry, Dict, franc. -latin^ 1564.)
Par son conseil les syndiques et seigneurs de la ville firent crier à son de trompe que chacun eust à s'humilier devant Dieu, fréquenter mieux les sermons, nommément les jours de dimanche et de mecredi.
(Théodore de Beze» Histoire de h vie et de la mort de Calvin, p. 96 et 97.)
Le mecredi deuxième jour du dit mois (février 1664) il fit son dernier sermon du Livre des Rois.
(/d,î6ia.,p.l03.)
Au XVIP siècle, mecredi était employé de préférence à mercredi.
Mecredi, Mercurii dies.
(Nicot, Thresor de la langue française ancienne et moderne, 1606.)
t La saine opinion et le meilleur usage, dit Vaugelas {Remarques sur la langue française, t. III, p. 49), est non seulement de prononcer, mais d'écrire mecredi sans r et non pas mercredi, »
Le Père Ghiiïïet, 'dans sa Nouvelle et parfaite Gram^ maire française (1680, p. 250), dit aussi ; c l'on prononce et Ton écrit tnécredi et non pas mercredi. »
Thomas Corneille, dans ses notes sur Yaugelas, s'exprime ainsi en parlant des mots mécredi et mercredi : € Je crois Tun et l'autre bon. Mécredi est le plus doux, il est aussi le plus usité. >
Richelet (Dictionnaire français, 1680), v® Mécredi, dit : c Autrefois on disoit mercredi, mais aujourd'hui il n'y a que mécredi qui soit .en usage. »
Furetière (Dictionnaire universel, 1690) écrit mercredi en faisant remarquer que l'on dit aussi mécredi.
Dans les premières éditions du Dictionnaire de l'Académie française (1694, 1718, 1740), on lit : « Mercredi, s. m. Plusieurs écrivent et prononcent mécredù » Mais à partir de la quatrième édition publiée en 1762, cette remarque ne figure plus dans le Dictionnaire. Ainsi, depuis cette époque, mercredi est la seule forme de ce mot que le bon usage de la langue accepte, tant dans la prononciation que dans l'orthographe. Toutefois, le peuple, conformément à ses habitudes traditionnelles, continue de prononcer mécredi au lieu de mercredi.
BIBLIOGMPHIE