‹ De l'influence du Moral en ChirurgieChapitre 13 sur 24 · RE POT- VUES · texte numérisé non relu

RE POT- VUES

grave, Quénu accepte la « défaillance momentanée, «en rapport parfois avec le choc émotifou psychique».

Il nous revient à la mémoire le cas d’un malheureux arrivé en plein état de choc à une ambulance où on l’opéra après réchaufiement, injection de sérum adrénaliné, huile camphrée, etc.; la mort survint bientôt et, dans le délire qui la précéda, on ne percevsit guère d’autres mots que ceux qui se rapportaient à ses angoisses récentes, à sa surexcitation et non à sa douleur actuelle, très réelle cependant, Ces angoisses qui persistaient les plus vivaces parmi ses sentiments, presqu’exclusives dans son esprit, avaient été pour beaucoup indubitablement dans la suite de tous les états qu'il traversa depuis la blessure jusqu’à la mort prochaine.

D’ailleurs on peut dire que, chez presque tous les blessés graves, une part importante des troubles du choc, plus ou moins intense, revient à l’état moral atteint par les causes nombreuses que nous avons mentionnées.

«L'accident, sous toutes ses formes, dit Hæckel, « .. les plus ordinaires sont ceux de chemin de fer «et de voitures, les chutes d’un lieu élevé, les attentats, «les coups violents portant sur le crâne, la face, «labdomen, au niveau des plexus solaires, de la région «cardiaque, de la nuque; les blessures de guerre par «artillerie, bombes, torpilles, grenades, compliquées « d’ébranlement sensoriel, d’ensevelissement passager, «d’asphyxie par les gaz toxiques ou par immersion; «les incendies, les naufrages, les chutes à l’eau avec «menace de noyade, agissent autant par la surprise

LRO Te

«immédiate, la douleur et le choc physique, que par «a peur et consécutivement la rumination, le doute, «la réminiscence consciente ou non, l’autosuggestion, «a crainte de la diminution physique, de la perte d’un «membre, de sa section, de son broyement, de sa para- «lÿsie, ete. Dans tous ces Cas, on ne peut penser que «e-traumatisme se transforme, en réalité, en une «émotion psychique suraiguë. Îl est difficile de séparer «ici les influences du somatisme et du psychisme. «Le traumatismer enferme done toujours un élément «psycho-émotionnel secondaire à côté d'un facteur «somato-émotionnel primitif.»

Dans toutes les guerres, on a remarqué la mortalité beaucoup plus grande des blessés dans les armées vaineues que dans les armées victorieuses; soins moins bons, certes, mais on ne peut contester que l’état moral de pessimisme soit la principale raison de la très grande différence des résultats. Gosselin affirme : « Pour que les plaies aient de la vitalité et «se cicatrisent bien, 1l faut que le blessé dorme et mange «bien, ce qu’il ne fait pas s’il a l'esprit préoccupé et cattristé »

Chez les malades non blessés, le choc psychique sera lié souvent aux chocs anesthésiques ou chirurgicaux, ou alors ce seront, moins manifestes, des troubles plus ou moins isolés que nous avons énumérés plus haut.

L'importance du choc psychique, lié au choc anesthésique, a été étudié par divers auteurs américains: Crile, Keen, Gwathmey en particulier. Lorsqu'un individu monte sur la table d’opérations,

aussi tranquille qu’il puisse se dire, car: l’homme s’avoue peu volontiers ému ou en état de peur, la simple imposition de la main sur la région précordiale permet de constater des battements précipités, souvent une sueur perle au front ou la parole est mal assurée: l'attitude est un peu feinte, un peu fanfaronne, quelquefois beaucoup, mais aussi on observe chez d’autres de l’anxiété bien plus marquée.

Sera-t-on surpris que ce psychisme déjà lésé, commençant à manifester son désarroi, soit tout prêt, si on n'y prend garde, à déclancher des phénomènes plus graves. à la moindre émotion forte ajoutée à l’intoxication plus ou moins prononcée de la drogue; les premières bouffées de l’anesthésie pourront réaliser cette cause déterminante. D’autres fois, c’est au bout d’un temps prolongé d’une anesthésie entreprise sur un sujét aussi très ému au début, ayant présenté de vives réactions, qu’on observera des alertes ou des syncopes; l’état, déjà affaibli par les secousses émotives, y prédisposait.

Quant au choc psychique ajouté au traumatisme chirurgical, Crile l’a bien étudié, dissocié des autres éléments du choc opératoire.

Il pense que le psychisme et ses centres corticaux sont lésés plus qu’on ne le suppose généralement; l’anesthésie, qui supprime la conscience, ne suffit pas à garantir les centres différenciés et spécialisés contre les divers éléments du choc: les sensations qui arrivent au cerveau endormi, par exemple, lors d’une section nerveuse, du tiraillement péritonéal, de manipulations viscérales, d’écartement des tissus,

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