‹ De l'influence du Moral en ChirurgieChapitre 8 sur 24 · OR ES · texte numérisé non relu

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crises viscérales subites, soit vive, mais moins soudaine, plus durable; la persistance, dans ce cas,. de cet élément, force le sujet à la méditation constante sur son mal. Une observation bien curieuse, due au courage d’un médecin qui se fit opérer d’appendicectomie, sans anesthésie aucune, montre qu’une série de très violentes douleurs, énergiquement méprisées cependant, pendant vingt minutes, déterminèrent des phénomènes présyncopaux tels qu’on dut terminer sous anesthésie générale. Ce cas indique la puissance du moral pour réfréner les retentissements organiques que nous étudierons plus loin, mais aussi -Fimportance considérable de la douleur perçue dans l'établissement du choc. Crile, nous le verrons aussi, est persuadé de la nocivité de cette douleur, même non perçue, c’est-à-dire sous anesthésie générale, et, par anticipation, disons qu'il croit à la lésion des cellules cérébrales du fait de cette douleur, d’où influence et troubles de choc.

Le plus souvent, la douleur est accompagnée d’autres symptômes nuisibles, eux aussi, pour l’esprit : - la vue de la chair meurtrie, le sang, l’état général mauvais, l’anémie, l'infection, ete.

Deux éléments encore, agissant sur le psychisme, peuvent trouver place ici: ce sont, au moins considérés quant à l’opération, l'inconnu et l’attente. En toutes circonstances, l’inconnu est inquiétant; il l’est grandement pour celui qui envisage le sommeil quelque peu mystérieux de l’anesthésie ou les suites de son opération; de plus, le malade est ordinairement en dehors de chez lui, en un lieu redouté, parmi des.

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figures nouvelles, ne pouvant épancher ses craintes . L'état d’attente se mêle souvent à cet inconnu: attente banale de la visite du chirurgien, de son expression lorsqu'il examinera; attente très pénible parfois de l’heure de l’opération, du pansement douloureux; attentes inquiètes prolongées pendant des heures, des nuits interminables.

Comme éléments étiologiques des réactions: psychiques chez l’opéré, il faut faire une place à un ordre de facteurs ayant des relations directes avec la personné même du malade : c’est l’ambiance dans laquelle il vit.

Chez lui, le malade est en contact avec les siens qui peuvent influer tant en bien qu’en mal. A hôpital, ce sont des vorsinages néfastes, des conversations avec d’autres malades: être à la veille d’une amputation et voir revenir de la salle d'opérations un amputé souffrant, gémissant, malade de son anesthésie et, pour une raison ou une autre, mourant dans un lit proche après une nuit d’agonie et de douleurs, c’est une piètre préparation morale pour l’opéré de demain. Etre opéré d’une lésion abdominale, avoir toute une Journée gémi, vomi, comptant sur une nuit de calme, de repos, et être dérangé par l'entrée de quelque blessé turbulent, encore sous le coup de l'ivresse d’où est née la rixe et la blessure, quel lamentable traitement postopératoire.. et l’on pourrait longtemps continuer sur ce thème; c’est là cependant le sort journalier des opérés de nos hôpitaux! Nous y reviendrons d’ailleurs plus loin, au- chapitre de remèdes.

: D’autres personnes approchent aussi du malade, dont le rôle sur le psychisme a son importance. Qu'il nous soit-loisible ici de rendre hommage aux dévouements sans nombre, aux attentions que nous avons silencieusement admiré souvent et dont nous-mêmes -avons été l’objet lorsque nous avons eu besoin de soins; on se plaît à reconnaître, chez les infirmières religieuses, un tact et une délicatesse infinie. Nous les avons quelquefois entendues s’efforcer de traiter, de consoler des ‘esprits troublés par des fautes de psychologie et de simple charité commises auprès des pauvres êtres souffrants. Néanmoins, et nous en reparlerons, les infirmières ne sont pas toujours telles. Plus importante encore est linfluence du chirurgien lui-mêmé, de ses aides, de lanesthésiste, des étudiants dans les hôpitaux. Les dehors physiques, une bonne stature, des traits marqués, une expression de force et de douceur à la fois, de la souplesse dans les gestes, le regard plein de la « beauté infinie qu'y met la bonté» sont autant de qualités seyantes au chirurgien. Elles ne sont pas négligeables, en ce sens que n'est pas € physiquement» chirurgien qui veut; la carrière est dure à parcourir et la force est plus que qualité accessoire, elle est indispensable. Lorsqu'il arrive près du lit du malade, tout ce qu’il fait ou dit aura son écho sur le moral du malade, qu’il ne oublie pas: manière de s'exprimer, d’examiner, jeux de physionomie, etc. A l'hôpital, ces facteurs se multiplient par le nombre de ceux qui se -pressent -autour du maître. Indiquons que souvent on remarque de la part de jeunes étudiants, inhabiles à manier l’âme

des malades, des attitudes malheureuses, des gestes, des sourires entendus, des mots prohibés, mille erreurs de psychologie qu’un peu de bon sens agrémenté de charité éviteraient ou réprimeraient; qu'ils songent qu'ils n’assistent pas seulement à un cours, mais à une crise pénible de la vie d’un de leurs semblables. Ces « vétilles», diront beaucoup, peuvent avoir de funestes conséquences. Rivière dit qu” « il vit un simple geste entraîner la mort d’un malade qui aurait probablement guéri sans cela », et 1l ajoute: «Le malade qui a lu son arrêt de mort sur les physionomies qui l’entourent est un malade perdu, alors même que ce pronostic pessimiste n’est pas justifié».

D’autres fois, on arrive à terroriser le malade par des recherches surabondantes ou. bien, dans un but d'enseignement, par trop d'indications détaillées concernant, par exemple, les temps opératoires à exécuter. Si l’on vient à exposer minutieusement, et même avec beaucoup de précautions, le cas d’un cancéreux avancé, puis que, lorsque l’on veut s’éloigner. le malade, devinant la gravité de son mal et attendant donc l’acte qui le guérira, anxieux du résultat de toutes ces discussions, vient à demander, lui le plus intéressé : « Et alors, Monsieur le Docteur, qu'est-ce que vous allez me faire? Est-ce que vous pourrez me guérir?», quelle secousse morale on va lui infliger en lui laissant entendre, avec tous les détours que l’on voudra, qu’il n’a qu’à rentrer chez lui! Où: sont les énergies dont il disposait lorsque, avec confiance, il venait demander conseil à ceux- . qui Pont ainsi examiné?

Beaucoup de natures sensibles, et elles ont le droit de lêtre, frissonnent à entendre nos propos, et il peut en naître une crainte néfaste; nous ne faisons même plus attention à certains mots qui nous paraissent tellement normaux, si simples, si courants, et nous n’imaginons plus que d’autres puissent s’en effrayer : «couper», «ouvrir», «curette»; «j’inciserai la peau ici, je me donnerai du jour», ce n’est rien pour nous, mais pour celui que la simple idée d’entrer à l’hôpltal, le simple mot d’opération fait frémir, ce peut être un choc moral réel. Dans une page de critique, un auteur trace un tableau moins exagéré que beaucoup ne le supposent : « Je commencerai, dit le chirur- «gien, lors d’une clinique, une large incision courbe «sur le dos du pied et d’un bord à l’autre: puis, arrivé «sur larticle, je l’ouvrirai; je rognerai au besoin «les parties scrofuleuses, car ce bonhomme doit être «un scrofuleux, comme la plupart des étrangers. «Peut-être enlèverai-je le calcaneum et l’astragale «par la méthode maslavonienne... Un médecin exo- «tique lui vantant un autre procédé, une discussion «sans fin s’engagea. Le maître dessinait de son large «index, sur mon pied, des incisions hypothétiques, son «adversaire obstiné y traçait des lignes au crayon bleu.»

Sur la table d’opérations, le sujet ressent vivement les émotions et, à ce moment-là, que de causes capables d’agir sur son moral très à l'épreuve: vue des préparatifs, plaisanteries de tous ces jeunes gens qui se soucient aussi peu que possible dela gravité de l'heure pour le malade pendant que l’un d'eux savonne, rase, badigeonne d’iode, endort enfin-en ce milieu!

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En dernier lieu, après les personnes, les choses, les lieux qui entourent le malade agissent en bien ou en mal sur l’âme. C’est la salle d’hôpital, lieu de misère et de douleur redouté par tous, son aménagement, sa luminosité; c’ést le voisinage de la rue, du bruit; les odeurs, la fumée d’un voisin, etc., facteurs secondaires nombreux que tout le monde connaît, dont se plaignent les maider et que, chose inouïe, on néglige.

Certes, nos cliniques surtout et nos hôpitaux sont en voie de progrès en ce sens; néanmoins, pour n’en citer qu’une, nous connaissons certaine chambre d'isolement d’infectés où, pour notre part, nous avons eu l’impression d’entrer dans un caveau, quand nous y sommes allés pour la première fois. L’aménagement a été amélioré selon les possibilités, mais la vue chez ces pauvres malades ne peut se distraire des murs ripolinés, mal éclairés, ou bien des quelques lits voisins, ou enfin de l’aspect de la muraille grise pour tout paysage, par les deux fenêtres donnant sur la cour étroite à cet endroit.

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