CONTRE-ÉPREUVE
forme nouvelle ; mais cette forme n'est pas introduite dans le sujet, elle est suscitée des puissances de la matière où elle sommeillait (actio tota est in passa ; similiiudo fit per comrnunicationem formae ; forma educitur e potentia materiae ; ornne agens agit simile sibi) (1). C'est une simple expression de l'influence par assimilation dans laquelle nous pouvons voir, à tout le moins, une contre-épreuve que l'observation externe apporte à l'enquête phénoménologique menée dans le monde intérieur.
Elle nous montre, en effet, que les représentations et les conceptions, qui ont pour origine la perception extérieure, s'organisent chez nous suivant un processus d'assimilation ; — que la science dans l'interprétation des phénomènes semble y faire nécessairement appel, — que ce processus a paru incontestable aux philosophes anciens quand ils traitaient de l'influence qu'exerce le non-moi sur nos états psychologiques ou quand, d'un point de vue supérieur, ils recherchaient le mode d'action essentiel et commun à tous les phénomènes psychiques. — Par le, nous sommes induits à penser que, érigée en loi phénoménale, l'hypothèse du progrès par voie d'assimilation conquérante a une valeur réelle, — ne fut-ce que comme méthode d' explication des influences réciproques.
Nous sommes même entraînés plus loin — jusqu'à une conclusion objective — si nous remarquons que cette loi, exigée par les faits internes, prend tournure d'hypothèse contraignante dans l'interprétation des influences extérieures. Or, il y a dans l'expérience quelque chose qui la suggère toujours, cette hypothèse, et d'une manière exclusive : c'est la constatation d'une
(1) Nous avons fait ressortir ailleurs l'importance de cette solution, qui permet l'action réciproque tout en sauvegardant l'immanence essentielle des substances. Cf. Les Deux Aspects de l'immanence, ch. II.
siniilitudc qui surgit dans le conséquent sous l'action de l'antécédent. — Nous allons essayer de le montrer par une enquête rapide à travers les faits d'influence dont nous sommes les témoins dans le monde des corps bruts, dans le monde des vivants, dans le monde des âmes.
a) Dans le inonde inorganique. — Ce n'est pas sans raison et à l'aveugle que nous appliquons aux choses le principe de causalité et que nous attribuons à certains antécédents une influence réelle sur leurs conséquents. Certes, l'action des uns sur les autres demeure en ellemême obscure ; elle échappe à notre analyse. Nous ne perçons pas le mystère de ce devenir, nous n'y percevons pas la causation en elle-même. Il n'en est pas moins vrai que nous pouvons saisir des signes révélateurs de cette causation.
D'où nous vient primitivement la notion de cause ? — De l'expérience interne. Seule, celle-ci nous met sous les yeux des exemples concrets d'influence réelle ; seule elle nous permet d'assister à la genèse d'un effet. Mais lorsque, par suite du dédoublement nécessaire à l'observation interne, nous considérons comme de Vexlérieur ce qui se déroule sous le regard de notre conscience psychologique, nous remarquons toujours les trois étapes suivantes : 1° Nous percevons une série d'' antécédents et de conséquents ; 2*^ dans laquelle se produit soudain un changement : le conséquent est modifié ; et 3^ cette modification le fait en quelque point semblable à Tantécédent. Cette assimilation est tellement visible et d'ailleurs tellement dans la logique des faits, ([u'elle a suggéré, comme nous l'avons dit ])lus haul, les principaux axiomes traduisant les lois de l'influence causale : un être a<iit selon sa nature..., il ne donne que ce qu'il a..., c'est pouiquoi toute