CONTRE-ÉPREUVE : MONDE INORGANIQUE
cause produit quelque chose de semblable à elle-même.
Ainsi, pour reprendre une analyse célèbre : j'imprime à mon bras un mouvement déterminé. Si je m'observe, de quoi suis- je le témoin ? — 1° Aux deux extrémités de ce phénomène complexe, je reconnais d'une part l'image d'un mouvement et de l'autre une série de modifications musculaires ; 2" entre ces deux points extrêmes et avant l'apparition du second phénomène je perçois un changement dans la série incessante de mes phénomènes musculaires ; 3*^ ce changement amène progressivement mes phénomènes musculaires à un mouvement semblable au mouvement imaginé.
Multiplions à notre gré les analyses de ce genre. Toujours, comme dans le cas particulièrement net du pouvoir-moteur de l'image, nous referons les mêmes observations avant, pendant et après l'influence causale. La série des faits ainsi mis en lumière semble donc caractéristique de toute causation : là oii nous la retrouverons, nous nous croirons en droit d'afTirmer l'existence d'une action causale. Or, malgré les prétentions de Hume et des agnostiques, nous pouvons la retrouver dans le monde soumis à notre observation externe. Nous ne sommes pas réduits à contempler hors de nous d'énigmatiques successions de phénomènes. Lorsqu'une bille heurte une autre bille, nous voyons un changement se produire en cette dernière : elle se meut, et elle ne se meut pas d'une façon quelconque, mais d'un mouvement en quelque point semblable au n\ouvement de la première. Je conclus qu'il y a là action causale. Eii effet, puisque un être ne peut communiquer au sujet, sur lequel il agit, que les qualités qu'il possède lui-même, l'action est — de par sa nature — génératrice d'une ressemblance. Dès lors, la perfection de cette ressemblance mesure l'elTicacité de l'influence exercée : dès lors aussi l'apparition de.
cette ressemblance devient le signe naturel d'un fait de causation. Il s'ensuit que dans le monde inorganique V influence s'affirme par i>oie d' assimilation (1).
b) Dans le monde physiologique. — Cette interprétation des faits d'influence s'impose avec plus de rigueur encore dans le monde des vivants. La vie, en eïïet, revêt l'aspect d'une lutte de l'âme contre les éléments inorganiques. Pour se nourrir et se développer, le vivant doit absorber des matériaux étrangers, les faire entrer dans le système de son activité, en un mot les assimiler. D'autre part, il est plongé dans un milieu avec lequel il entretient des relations incessantes ; il doit donc s'harmoniser avec les forces qui l'entourent afm de n'être pas broyées par elles. Cette adaptation est un mode d'assimilation nécessaire, non seulement à la sauvegarde, mais encore à l'expansion de l'énergie physiologique. Pour mieux recevoir une impression utile et y répondre elficacement, les organes s'accommodent à l'excitation, qui leur arrive. L'œil devient plus clairvoyant, l'oreille plus fine : les nerfs se façonnent à la vibration reçue, ils s'assimilent à son mouvement.
Par l'exercice se développe l'aptitude à saisir plus vite une impression organique plus faible. Telle est l'œuvre de l'éducation des sens. Elle facilite nos rapports avec le non-moi en ailinant l'instrument de nos relations avec lui. Et puisque les influences extérieures, constitutives du milieu matériel, sont les mêmes pour tous les habitants d'une région, l'on conçoit que certaines races acquièrent des qualités spéciales dues à l'activité intense de tel ou tel organe.
(1) Nous avons repris ici avec quelques modiUcations de détail les considérations que nous avons déjà exposées dans Les deux Aspeels de l'imma- • nence, p. 98 et 99.