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CONTRE-ÉPREUVE : MONDE PHYSIOLOGIQUE

On comprend qu'il y ait dans chaque pays un tempérament prédominant qui se définit comme tempérament national et exerce, en combinant son influence avec les influences psychologiques, un contre-coup assez constant sur les caractères pour permettre d'entreprendre la psychologie des foules : familles, races, peuples. — Tous les individus qui composent ces groupements auront entre eux un grand nombre de ressemblances, surtout de ces ressemblances superficielles qui provoquent spontanément les sympathies et les adaptations mutuelles. Il est relativement facile d'établir une association amicale entre des personnes originaires d'une même contrée, tandis que la plus grande charité du monde ne suiïit pas à assurer longtemps la concorde entre des individus de provenances diverses (1).. Il est des antipathies qui semblent invincibles et par elles l'action réciproque est annulée. Il est également des sympathies spontanées, qui naissent parfois de circonstances purement physiologiques et, par une sorte de répercussion, provoquent une harmonie d'états sensibles. On trouve des phénomènes de ce genre chez les animaux. Chez les hommes, ils conduisent souvent à l'éveil de sentiments communs mettant à l'unisson toutes les âmes. Mais nous entrons ici dans le monde psychologique, où se manifestent mieux que partout ailleurs les faits d'influence par voie di" assimilation conquérante.

c) Dans le monde psychologique. — Dès que l'homme, en effet, s'aperçoit qu'il peut exercer une influence sur ses semblables, il ressent l'irrésistible besoin d'agir sur eux. Or, vouloir agir sur les autres, c'est en réalité

(1) Cf. G. Le Bon, Psijch<jlo(jie des foules, p. 144 et 145 (Paris, 1899).

pour nous souhaiter de leur faire partager nos idées, nos sentiments, nos résolutions.

Le langage est d'ordinaire l'instrument de cette influence sociale. Mais le langage naturel, aussi bien que le langage artificiel, n'est qu'un ensemble de signes et le signe ne porte pas en lui-même l'état psychologique ; il ne peut que le suggérer. C'est pour cela que nous ne comprenons pas les expressions d'idées qui nous sont totalement étrangères. Quant aux autres, nous les conq^renons à notre manière — avec une perfection d'autant plus grande que nous avons éprouvé d'une façon plus précise l'état d'âme qu'elles traduisent. Les notions indigènes seules sont parfaitement saisies.

Instruire un homme, ce n'est donc pas verser de l'extérieur des idées toutes faites dans son intelligence ; c'est, par un usage plus ou moins conscient de la méthode « maïeutique », provoquer l'éveil de ses énergies connaissantes et en diriger l'évolution ; « celui qui enseigne, écrit saint Thomas, n'apporte au disciple qu'un secours extérieur, comme le médecin qui guérit ; et de môme que la nature intime est la cause principale de la guérison, ainsi la lumière intérieure de l'intellect est la cause principale de la science » (1). Instruire c'est donc, respectant l'essentielle immanence de la vie connaissante, amener l'élève à assimiler sa pensée à celle de son maître

Cette assimilation des intelligences peut être préparée et soutenue par l'assimilation des volontés, c'est-à-dire par l'amour qui détermine le maître à se rendre semblable à son disciple, à se rapetisser à sa

(1) Siim. (lieoL, I p., q. CXVII, a. 1 ad lum, ivlit. de Panne, t. I, p. 117 : « Homo doceiis solum modo exlerius ininisli'riuiu adliil)C'l, siciil mcdicus saiians ; scd siciit iialura intcrior est |)riiicipalis causa saiialioiiis, ila et inlerius lumen iiUelleclus est principalis causa scientiae «.

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