‹ De l'influenceChapitre 27 sur 70 · L HYPOHESE DE L IDENTITE FONCIERE · texte numérisé non relu

L HYPOHESE DE L IDENTITE FONCIERE

l'espace ; grâce au sens intime, nous connaissons la série continue de nos désirs, des actes de volonté, qui naissent en nous à l'occasion de motifs venus du dehors, et enfin les mouvements multiples tantôt forts, tantôt faibles de notre volonté elle-même, mouvements auxquels en fin de compte se ramènent tous les faits dont nous avons sentiment. Mais c'est tout : la connaissance ne saurait se connaître à son tour. Le substrat lui-même de toute cette apparence, Vêtre en soi, l'être intérieur, celui qui veut et qui connaît, nous est inaccessible : nous n'avons de vue que sur le dehors ; au-dedans ténèbres. Ainsi, la connaissance que nous avons de nous-mêmes n'est ni complète ni égale en profondeur à son sujet, mais plutôt elle est superficielle ; une partie, la plus grande, la plus essentielle de nous-mêmes, demeure pour nous une inconnue, un problème ; pour parler avec Kant : le moi ne se connaît qu'en qualité de phénomène, mais ce qu'il peut être en lui-même, il ne le connaît pas. — Or, en cette partie de nous qui tombe sous notre connaissance, assurément chacun diffère nettement des autres ; mais il ne s'ensuit pas encore qu'il en soit de même pour cette grande et essentielle partie, qui demeure pour nous voilée et inconnue. Pour celle-là, il est du moins possible qu'elle soit en nous tous comme un fond unique et identique » (1).

Cette distinction expliquerait l'illusion dont nous rend victimes l'expérience. Elle préparerait aussi une démonstration de V identité profonde. Il suffirait pour cela de faire voir que le principe d'individuation des substances n'affecte pas leur essence. Schopenhauer l'entreprend avec beaucoup d'habileté : « Quel est le principe de toute multiplicité, de toute diversité

(1) Ibid., p. 184 et 185.

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numérique ? — L'espace et le temps, par eux seuls elle est possible. Le multiple, en efTet, ne peut être conçu ou représenté que sous forme de coexistence ou de succession. Maintenant les individus sont une multiplicité de ce genre : considérant donc que l'espace et le temps rendent la multiplicité possible, je les appelle principiuni indwiduationis sans m'inquiéter si c'est bien en ce sens que les scolastique« employaient cette expression « (1).

Puis, prodiguant les éloges à la théorie de Kant sur l'espace et le temps, Schopenhauer continue : « Dans cette théorie donc Tespace et le temps sont les formes de notre faculté intuitive ; elles lui appartiennent et, en conséquence, n'appartiennent pas aux choses, aux objets de cette faculté ; aussi elles ne sauraient désormais être un caractère des chdses en soi ; elles ne se rapportent qu'à Vapparence, les choses ne pouvant apparaître qu'à ce prix dans un esprit pour qui la connaissance du monde extérieur tient à des conditions psychologiques. Quant à la chose en soi, quant à l'essence vraie du monde, le temps et V espace lui sont étrangers. Il faut en dire autant par suite de la multiplicité » (2). La multiplicité n'est que phénomène et le phénomène n'existe que pour notre esprit. « Dans cette théorie, toute multiplicité est pure apparence ; tous les individus de ce monde coexistants et successifs, si infini qu'en soit le nombre, ne sont pourtant qu'un seul et même être qui, présent en chacun d'eux et partout identique, seul vraiment existant, se manifeste en tous... )) (3).

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