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lle a ilonc commencé à évoluer

Mais si elle n'a i)as commencé d'être, que faisait-elle avant d'évoluer ?

I:;tait-elle froide et inerte comme on se représente les mondes éteints ? Mais alors cpii l'a échaulïée ? Qui lui a donné son mouvement ?

Im])ossil)le de recourir à d'autres soleils pour donner l'impulsion à cette niasse. Nous nous sommes placés à l'origine absolue, antérieurement à tous les soleils...

(2) Ainsi, II. Spencer, par exemple, invoque « l'instubilité de l'homogène »,

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repos, mais si elle est inerte et si elle existe seule à l'origine, nous dirons qu'elle est «un premier Immobile qui ne sera jamais ni moteur ni en mouvement » (1). Le mouvement qui surgirait en lui serait un commencement absolu : un être abandonné à lui-même et par ses propres forces se donnerait ce qu'il n'a pas ; il créerait quelque chose de supérieur à lui-même. Nul ne peut admettre une pareille conception parce qu'elle est contradictoire — et cependant elle est à la base de l'hypothèse moniste (2).

4. Le Monisme de M. H. Bergson. — Aux mêmes difficultés se heurte la tentative plus récente de M. Bergson.

Cependant, son monisme idéaliste et dynamique nous intéresse d'une manière spéciale pour deux raisons. La première est qu'il fait de la philosophie « l'approfondissement du de<>^enir en général » (3). Or, le problème du devenir ne se sépare pas du problème de Vinfluence, objet de notre étude actuelle. La seconde est que les conclusions auxquelles il aboutit, montrent par un exemple vécu où conduit l'usage intempérant de la méthode psychologique ; et c'est

(1) Cf. Les deux aspects de l'immanence, p. 81. — Ibid., p. 77-83, nous avons étudié les diverses formes du monisme, afin d'en faire ressortir les contradictions.

(2) Cf. Ibid., p. 82 : » On tentera bien de voiler tout cela sous des métaphores. L'être premier sera présenté comme un germe qui, par son évolution, extériorise ses richesses. Seulement, pour ce germe comme pour la matière originelle, cette évolution, que nous constatons successive dans le temps et limitée dans l'espace, est un phénomène fini, un phénomène qui a commencé d'être. Pourquoi a-t-il commencé d'être ?

Si le germe, en qui il apparaît est premier, c'est-à-dire iiolé, d'où est venue l'impulsion initiale ? Les prétendues puissances de ce germe seraient restées indéfiniment à l'état de pures puissances, comme il est arrivé aux grains de blé enfermés dans les tombeaux des Pharaons... A moins encore que son évolution ne soit un commencement spontané, donc absolu... Mêmes difficultés au sujet de son accroissement, car, pour continuer la métaphore, ajoutons qu'il n'y avait au début aucune atmosphère, aucun terrain où le germe primordial eut puisé les éléments de sa croissance. Son progrès eut été une création, mais une création du supérieur par l'inférieur, une production du plus par le moins... ».

(3) Cf. H. Bergson, L'Évolution créatrice, p. 399 (Paris, 1907).

cet abus que nous avons entrepris de critiquer dans le présent chapitre.

M. Bergson, en effet, conçoit l'évolution de l'univers sur le modèle de notre évolution intérieure. Selon lui, le premier principe, dont le progrès engendre le monde est « Vie ». Mais la vie c'est la conscience lancée à travers la matière .« Ce flot, qui monte, est conscience et comme toute conscience, il enveloppe des virtualités sans nombre qui se compénètrent... » (1). Le devenir y est incessant, mais son progrès se heurte à la matière, qui n'est elle-même que « de la conscience détendue ». Cet obstacle divise en individualités distinctes le courant initial. Ainsi se créent les âmes, « elles ne sont pas autre chose que les ruisselets entre lesquels se partage le grand fleuve de la vie coulant à travers le corps de l'humanité » (2). Donc, pour M. Bergson comme pour Schopenhauer, l'individuation n'est qu'accidentelle et de surface. En réalité, tout se ramène à un « fonds unique, qu'on pourrait appeler, faute d'un meilleur mot, la Conscience en général, et qui doit être coextensif à la vie universelle » (3). Dès lors, si la philosophie s'attache à étudier le « de<,'enir en général », le mouvement, qui « est sans doute la réalité même » (4), — elle s'efforcera de « constituer progressivement une cosmologie qui serait, si l'on peut parler ainsi, une psychologie retournée » (5).

Nous ne nous arrêterons pas à faire remarquer comment le dynamisme évolutionniste de M. Bergson repose sur une confusion de l'ordre logique et de l'ordre ontologique. Après avoir déclaré qu'il adoptera

(1) IbiiL, p. 292.

(2) Ibid.

(3) Ibid., p. 203.

(4) Ibid., p. 168.

(5) Ibid., p. 227.

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à cause de sa commodité « le langage du transformisme » (1), parce que « tout se passe comme si l'organisme lui-même n'était qu'une excroissance » (2) ; — il allirme, sans en donner de preuves, que les choses se passent réellement ainsi : « Nous ne pouvons nous empêcher de croire qu'elles (les différences) sont le développement d'une impulsion, qui passe de germe à germe à travers les individus... » (3).

De même, sacrifiant au réalisme platonicien, il présente le Mouveiiient en soi, la Vie, à part des vivants, comme des réalités ontologiques sans nous dire jamais d'où sort cet « élan vital », ni pourquoi ni comment il jaillit.

Par ailleurs, il est ditlicile de comprendre comment la Conscience qui, par définition, est de Vinextensif, se transforme pour engendrer la matière qui est de Vextensif. Il est vrai que, pour l'idéalisme, la matière n'est qu'illusoire.

Cependant, lorsque M. Bergson nie l'individuation foncière des âmes, nous pouvons reprendre contre lui tous les arguments que nous avon'< fait valoir contre la thèse de l'identité radicale exposée par Schopenhauer. La conscience — et ce n'est pas M. Bergson qui en contestera le témoignage, — nous permet de reconnaître en nous l'existence d'un principe un, indivisible, permanent, distinct du milieu auquel il il s'oppose, libre enfin, ce qui exige pour lui Vindépendance réelle.

Enfin, Y E'y^olution créatrice n'échappe point à la contradiction initiale du monisme. « L'élan de vie.... consiste, en somme, dans une exigence de création. Il ne peut créer absolument parce qu'il rencontre

(1) Ibid., p. 28.

(2) Ibid., p. 29.

(3) Ibid., p. 93.

devant lui la matière, c'est-à-dire, le mouvement inverse du sien » (1). — Mais à l'origine, avant d'avoir engendré la matière en se détendant, la Conscience était déjà en devenir. Rien alors ne s'opposait à son évolution. Il semble donc que du premier coup elle eût dû achever son œuvre sans obstacles. Or, voici au contraire que ce principe unique, que rien ne limite, infini, parfait, puisqu'il est la source de toutes les perfections, immuable, puisqu'il ne peut plus rien acquérir ni perdre, se fait identique au monde limité, fini, imparfait, toujours en devenir. Cette contradiction, on ne l'évite pas en présentant la Conscience comme inconsciente à l'origine ; car, si l'on ne voit pas par quel prodige d'alchimie le non-être se donnerait l'être, on ne voit pas davantage comment une pure puissance peut d'elle-même passer à l'acte... Ces commencements absolus, que chaque progrès du Principe unique exigerait, sont incompréhensibles.

Pour toutes ces raisons, l'hypothèse moniste, qui suppose l'identité foncière de toutes les substances, nous semble inadmissible. De là nous pouvons tirer en faveur de notre thèse une démonstration indirecte aussi rigoureuse que les démonstrations mathématiques. De deux choses l'une, en effet : ou bien l'âme humaine existe indépendante en son fond, est dans la force du ternie une substance ; ou bien l'âme humaine est un mode de la substance universelle. Il n'y a pas d'échappatoire possible. Or, la seconde alternative est insoutenable à cause des contradictions qu'implique le monisme. Donc, la première alternative est vraie. L'âme humaine est indépendante de tout sujet d'inhérence, la conscience qui affirme son individualité et sa personnalité n'est victime d'aucune illusion.

(1) Ibid., p. 273.

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L'antinomie demeure. — L'hypothèse de l'identité foncière est vaine ; ki synthèse, qu'elle tentait de faire entre la théorie empirique et la théorie idéaliste, échoue : V antinomie demeure. IjC problème se pose toujours de la même façon : l'influence est réelle entre des êtres essentiellement distincts, qui, en aucune manière, ne se eompénètrent.

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