Bôle de Vattention. — Le rôle de l'attention, en
(1) Cf. Th. HinoT, Lu psijdiologie des senliments, p. 44, 15 (Paris, 1899).
effet, est de concentrer non seulement les forces de l'esprit en vue d'acquérir une connaissance plus sûre, mais aussi, bien qu'indirectement, de coordonner les diverses énergies du désir et de la volonté en vue d'exercer une action plus vigoureuse et surtout plus sage. Grâce à elle, l'âme s'harmonise d'abord aux impressions qui l'émeuvent, afin de les bien ressentir et d'en bien apprécier l'intensité et la valeur. Ainsi éclairée, elle peut ensuite — par un nouvel effort d'attention — s'adapter au milieu sur lequel à son tour elle veut agir, mais en ne dépensant son activité qu'à bon escient. Voilà comment l'attention, lieu des influences réciproques entre nos facultés (1), fait rendre à ces dernières leur maximum de travail utile. Non que pour cela elle crée de l'énergie, la chose lui serait impossible, puisqu'elle même n'est qu'un mode de notre action ; mais elle empêche la dispersion de nos ressources et leur fait donner une réponse efficace aux sollicitations dont elles sont l'objet.
Or, — et c'est le fait que nous nous attachons à mettre en lumière — dans l'ordre sensible comme dans l'ordre intellectuel et moral, le succès de son intervention ^^arie suivant le degré d'adaptation, qu'elle réussit à réaliser.
De fait, pour être entendue et accueillie, une sollicitation d'ordre sensible doit faire pressentir à l'âme un développement harmonieux, lui promettre l'acquisition d'un bien, auquel confusément au moins elle aSpire ; car, on ne s'intéresse qu'à ce que l'on aime déjà en quelque manière. Or, l'amour est fait de complaisance. Il est une union anticipée avec la beauté (m la perfection entrevue. 11 s'émeut seulement
(1) I/aiialyse p-iycholot^ique nous inoiitre, en elïet, que c'est au moyen de ci; |))Uvoir d'altcnlioii spontanée et volontaire ([ue la sensibilité et la volonté ai'isseiit sur riiitelliiience, et vice-versa.
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au prix d'une assimilation commencée, dont le charme est si séduisant que l'âme souhaite la compléter. Elle appelle alors à son secours l'attention. Celle-ci aussitôt entreprend de la mettre davantage en harmonie avec l'objet de ses désirs, de l'adapter à lui, de l'en rapprocher par un accroissement de ressemblance. Plus elle y parviendra, plus elle rendra efïicace l'effort d'union parfaite que suscite l'amour.
Sans doute même sous la poussée d'une passion ardente, l'attention ne réalisera pas cette identification, cette fusion, cette compénétration intime des êtres, que rêve un cœur épris et que nous avons reconnue impossible entre des substances distinctes (1), mais elle produira en son sujet une sympathie, une aptitude, une prédisposition, qui lui fera mieux éprouver et accueillir l'influence de l'être aimé.
En retour, elle lui permettra . par là même d'agir plus efficacement sur ce dernier.
C'est à l'attention, en effet, que l'amour doit son ingéniosité. Elle augmente, nul n'en peut douter, notre perspicacité par rapport à tout ce qui concerne ceux que nous aimons. Elle éclaire notre sollicitude, la dirige, lui inspire cette discrétion et ce tact, qui la font irrésistible : une mère trouve des accents qui vont droit au cœur de son fils ; un ami sait le chemin du cœur de son ami. Ne semble-t-il pas, d'ailleurs, qu'aux jours où l'inquiétude tient notre attention en éveil sur les détresses et les besoins de ceux qui nous sont chers, nous nous sentons les aimer davantage, comme si nous étions alors plus proches d'eux, plus en harmonie avec leurs aspirations, plus forts aussi pour les amener aux résolutions qui sauvent..., et tout cela ne vient-il pas de ce qu'alors nous sommes plus et mieux adaptés à leurs états d'âme ?
(1) Cf. supra, livre second, eh. II.
Un phénomène analogue se rencontre dans l'ordre intellectuel. Nous l'avons déjà fait remarquer (1), l'enseignement d'un maître habituellement écouté gagne progressivement en clarté pour nous parce que, devenus plus semblables à lui, mieux adaptés à sa manière de penser et d'exprimer ses conceptions, nous saisissons plus vite les vérités qu'il expose.
La même cause explique encore l'influence croissante que prend un directeur d'âme. La confiance qu'il inspire prépare à recevoir ses avis. On entre dans ses vues ; peu à peu, on adopte sa méthode dans l'exercice de la vertu ; on en comprend mieux la vivifiante nécessité ; on la pratique avec plus d'élan et de résultats. A ce prix, l'éducation morale devient efficace. — Un semblable progrès d'adaptation donne au meneur un irrésistible ascendant sur la foule. S'il est habile, il fait préparer la salle dans laquelle il doit parler : les cris, les acclamations, les chansons surtout orientent d'avance vers son but les âmes de ses auditeurs, de sorte que dès l'abord tous pensent comme lui, sentent comme lui, veulent comme lui. Aussi, son influence sera prompte et décisive. Il semblera souffler l'enthousiasme dans les cœurs et infuser à tous ses colères et ses haines. De fait, il ne fera que les exciter, les préciser, les diriger. Mais d'aventure, s'il se trouve au milieu de cette foule en délire quelques hommes incapables de vibrer sous de semblables excitations, soit qu'ils n'y aient pas été préparés, soit que prévenus ils se défendent contre la contagion de l'émotion générale, tout le talent de l'orateur sera de nul effet sur eux, faute d'adaptation suffisante.
Ces variations concomitantes s'accusent davantage encore dans les cas anormaux, tels que l'hypnotisme.
(1) Cf. livre premier, ch. IIl.
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En effet, les merveilles que fait accomplir la suggestion sont ducs à l'extraordinaire puissance d'adaptation, que déploie un sujet mis « en état de rapport » avec l'opérateur. Celui-ci lui annonce, je suppose, l'arrivée d'un ennemi. Aussitôt toutes ses facultés se préparent à la défensive ; ses organes acquièrent une susceptibilité extrême. Les moindres indices sont alors saisis, et au bout d'un temps très court l'illusion est complète : l'œil de l'hypnotisé voit l'adversaire et son cristallin s'accommode comme si la vision était réelle. Bref, tout en lui s'adapte pour mieux percevoir les mouvements de cet ennemi imaginaire et y répondre avec une étrange précision. Cette adaptation, aussi bien que dans l'état normal, se fait sous la direction de l'attention, que l'hypnotiseur a captée et qu'il promène à son gré. C'est ainsi que ce dernier, après avoir ordonné à son sujet de se protéger contre une attaque irréelle, peut, avec un égal succès, lui défendre de voir un objet présent sous ses yeux. Cette contreépreuve expérimentale montre combien l'adaptation est nécessaire pour qu'une influence soit efficace.
3. Conclusion. — En résumé, s'adapter au milieu pour en recevoir l'impulsion et les enseignements, pour profiter des ressources qu'il fournit ; puis, éclairé et enrichi de la sorte, adapter sa réaction, se mettre au point pour agir avec un maximum d'efficacité : tel est le mode unique et nécessaire de l'action réciproque. Voilà pourquoi, si nous avons pu conclure (1) que toute influence s'exerce par voie d'assimilation conquérante, nous pouvons ajouter maintenant que toute assimilation est œui>re (^adaptation progressisme.
(1) Livre premier, cli. V.