LE MILIEU PHYSIOLOGIQUE
cet enfant se rangera parmi les hommes du troupeau, les passifs, les efTacés, sans influence sociale. — De tels sujets sont bien difficiles à élever jusqu'aux grandes vertus. Leur âme n'ayant pas à son service un instrument souple et fort, reste comme dans sa gaine ; elle refuse même d'en sortir par crainte d'un effort pénible. — - Cependant, il est toujours quelque exercice assez modéré pour ne pas épuiser cette constitution débile et lui causer un peu de plaisir. Dès que, à travers les assimilations réussies, à travers les réactions plus vives parce qu'elles répondent à, une action qui éveille des spontanéités complices, — l'analyse l'aura découvert, cet exercice, en rapport avec les ressources du sujet, deviendra pour celui-ci un moyen efficace d'éducation physiologique. Mais en cette œuvre, il ne faut rien brusquer, tout serait perdu ; il est nécessaire de sérier les adaptations progressives, c'est-à-dire d'entraîner peu à peu les muscles de cet être apathique à une action ferme et prompte qui prédisposera son âme à l'admiration, puis à l'imitation des gens énergiquement vertueux.
Encore que notre méthode d'investigation et d'action puisse être, à ce qu'on vient de voir, d'une réelle utilité dans l'étude et l'éducation du tempérament, nous n'insisterons pas sur ce point, qui relève surtout de la médecine et de l'hygiène. Tout en reconnaissant l'influence considérable des dispositions du corps sur le ton de la vie psychologique, nous nous attacherons de préférence à cette dernière, afin de montrer comment nos conclusions, au sujet des conditions et du mode de l'influence efficace éclairent toute tentative d'éducation de l'âme.
2. Caractère. — La psychologie, en efïet, « est, pour le pédagogue, ce que sont pour le médecin l'anatomie
et la physiologie « (1). Sans les indications qu'elle fournit, l'efïort de l'homme pour se perfectionner ou pour guider les autres vers un idéal, se fait à l'aveugle ; il risque de se dépenser en pure perte. Tous les hommes qui ont exercé quelque empire sur eux-mêmes ou sur leur entourage ou qui ont possédé l'art difficile d'élever les enfants, ont été des psychologues aux vues justes. Il suffît de lire par exemple les « Confessions » de Saint Augustin ou le « Château de l'âme « de Sainte Thérèse, pour se rendre compte que ni l'un ni l'autre n'ont grandi dans la vertu sans faire usage d'une science précise. Cela s'aperçoit davantage encore chez les auteurs ascétiques, qui (leur nom l'indique) ont déterminé des progressions d'exercices pour former l'âme à la pratique du sacrifice et de l'oraison (2). Parmi les éducateurs, on se plaît à citer Fénelon à cause du succès qu'il obtint auprès de son élève, — mais quelle fine et attentive psychologie il y déploya (3). Enfin, les grands meneurs ont su comprendre l'âme des foules : une grande partie de leur prestige est sortie de là (4).
Mais comment acquérir une connaissance si précieuse pour l'action ? Les hommes sont si divers et en même temps si complexes, que l'on doive, senible-t-il, renoncer à ériger en formules scientifiques les résultats des observations faites à leur sujet. Cependant, certaines ressemblances générales s'accusent au milieu de cette diversité ; des tendances et
(1) Cf. L. Cellerier, Esquisse d'une science pédanoqique, p. XII (Paris, 191(1).
(2) Oïl jjcul citer à titre d'exem])le Saint François de Sales, dans son Intruductiun à la vie dévole, et surtout dans son Traité de l'amour de Dieu.
(3) Cf. A. Delplanque, Fénelon et ses amis, eh. III (Paris, 1910).
(4) Cf. G. Le Bon, Psijcholof/ie des foules, p. 7 (Paris, 1899) : « ... Les hommes d'I-^tat émiiients, et dans une sphère jjIus modeste les simjjles chefs de i)eliles colleelivilés humaines, ont toujours été des psyetiol().tJ;ues ineonseienls, ayant de l'âme des foules une connaissance instinctive et souvent très sûre ; et c'est parce qu'ils la connaissaient bien qu'ils en sont si facilement devenus les maîtres ».