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LE MILIEU PSYCHOLOGIQUE

des aptitudes communes se manifestent ; si bien que des parentés sensibles, intellectuelles et morales ont permis de tenter une classification des caractères suivant trois types sensitifs, intellectuels, actifs. Plusieurs ont déployé dans ce travail une grande sagacité et une remarquable finesse. Pourtant, si ingénieuses que soient les classifications théoriques, leurs cadres sont toujours incapables de contenir le détail infiniment multiple de la réalité. « Dans bien des cas, dit M. Paulhan, en faisant l'analyse d'une intelligence, nous y retrouverons, malgré une certaine unité fréquente de l'allure générale, plusieurs types distincts. Parfois l'un d'eux y prédominera suffisamment pour permettre de le rattacher à l'une de nos subdivisions, mais ce ne sera là qu'une approximation et ce serait mutiler la réalité que de ne pas tenir compte des éléments étrangers au type principal, s'ils ont quelque importance. Parfois aussi les divers types qu'un même individu réunit sont trop développés pour qu'on néglige même l'un d'entre eux et ne laissent ranger exclusivement leur possesseur dans aucune catégorie » (1).

Cette multiplicité d'aptitudes, qui soustrait l'être concret à la rigidité des théories, lui donne en fait la souplesse nécessaire à l'éducation (2). Celle-ci travaillera à rendre dominateur un type possible. Mais pour cela, il faut, au préalable, découvrir le point oi\ l'on peut agir sur une âme avec chance de l'amener à mettre en valeur ses ressources latentes. Or, il existe toujours quelque énergie préparée à recevoir une influence efficace. Tout enfant est apte

(1) Cf. Fr. Paulhan, Esprits loijiqucs et esprits /aux, p. 23 (Paris, 189G).

(2) Cf. G. Le Bon, ouv. cité, p. 14 : « Seule, l'uiiifonnité des milieux crée l'uniformité ajiparente des caractères. J'ai montre ailleurs que toutes les constitutions mentales contiennent des possibilités de caractères qui peuvent se manifester dès que le milieu change brusquement ».

à un genre d'activité, c'est par là qu'il est perfectible (1). Reconnaître cette aptitude sera donc trouver le moyen d'agir sur lui avec succès.

3. Peu de valeur des solutions générales. — Certes, notre intervention, il tant le redire, n'obtiendra pas ici les résultats rigoureux, que l'on constate dans les influences d'ordre matériel, car les sujets auxquels elle s'adresse ne sont jamais identiques, et chacun d'eux change sans cesse d'attitudes intérieures. Aussi, l'effet produit sur eux sera toujours problématique ; il dépendra pour une part du talent et de la valeur personnelle de l'éducateur. Cependant, malgré « l'hétérogénéité radicale des faits psychologiques profonds et l'impossibilité pour deux d'entre eux de se ressembler tout à fait )) (2), la spontanéité des âmes se déploie suivant des lois générales. Sans donc déterminer absolument son évolution, les influences étrangères, si elles sont bien adaptées, pèsent sur elles dans une certaine mesure : suggérer une idée héroïque à une âme n'est pas nécessairement l'élever à l'héroïsme, mais en vertu du besoin d'unité intérieure, c'est au moins la prédisposer à y tendre. Ce résultat est loin d'être négligeabLe.

Pour l'obtenir, nous venons de le remarquer, il faut que les influences soient adaptées aux dispositions de leur sujet. Cela requiert plus que les indications toujours imprécises, que nous livrent les vues d'ensemble des classifications, cela requiert dans la pratique une connaissance particulière et actuelle des divers états de l'âme sur laquelle on veut agir.

(1) Cf. M. liiiKMONn, Un éducateur dugluis, Jidwards Thriii.^, cl l'école, d' Uppiniilvun, Uerue des Deux-Mondes, 15 septembre 1902, où se trouve rappelé le principe qui i^uida toute l'entreprise d'Edwards Thrin,^ « livery boy can do someliiing well ».

(2) Cf. H. Bkiîgson, Essai sur les données imniédiides de la conscience p. 152 (Paris, 1906).

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