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MÉTHODE D*INFLUENCE ! VIE MORALE

et sans elle le monument serait fruste et inachevé, mais si les fondations en sont mal assurées, si le fût en est branlant, son ornementation artistique paraîtra bien inutile ? Que si, au contraire, de la base au sommet, tout a été surveillé et travaillé avec soin, l'ensemble sera d'une belle venue et très résistant. Pourvu qu'elle sache déployer une même patience minutieuse, la volonté, grâce aux habitudes, conquerra sa pleine liberté dans le sens, que de longue date elle aura élu ; elle agira avec une promptitude tenant de l'instinct (1), et ce sera la récompense de ses efforts passés ainsi que la garantie de sa persévérance à l'avenir.

Tel est le but à réaliser en chacun de nous. Voyons maintenant en détail comment notre méthode peut aider à l'atteindre à travers les contingences individuelles.

L'idéal commun à toute éducation de la volonté est la mcdtrise de soi, que donne la vertu de force. Mais dans quelle mesure et comment pourrai-je y atteindre moi-même ? La solution de ce problème exige qu'au préalable soit achevé mon exaiTien de conscience psychologique et moral.

A) Enquête.

Par un premier regard jeté sur le monde intérieur, j'ai constaté sous trois formes nécessaires d'aspirations, mon incoercible besoin d'activité, mais j'ai constaté aussi mon pouvoir d'en orienter l'expansion. Au

(1) Ce serait au dire de M. G. Le Bon le but même de l'éducation, qu'il délinit. « l.'arl de faire passer le conscient dans l'inconscient », Psychohujie lie l'éduculiun, épigr. (l'aris, 19U9).

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fur et à mesure que la vie se perfectionne en moi, le personnage tout égoïste des premières années se prend de sympathie pour ceux cpii l'entourent et lui ressemblent, puis il arrive à concevoir le Beau, le Vrai, le Bien et à éprouver pour eux un réel amour. Cependant, l'apparition des formes supérieures de l'aspiration ne ruine pas l'égoïsme initial des tendances ; leurs exigences persistent et provoquent souvent des conflits. A qui donnerai-je la palme ? La conscience morale me dit que le devoir consiste à maintenir un harmonieux équilibre entre toutes mes puissances. Lui obéirai-je ? § 1. Résolution préalable. — La réponse est à ma liberté ; c'est à elle de déterminer quel idéal éclairera mes actions et donnera de l'unité à tous mes efforts. a) Ses conditions. — Il est à remarquer cependant que cette résolution, pour être libre en elle-même, n'en subit pas moins l'influence des conceptions que je me fais de la vie et le contre-coup des sentiments qui m'agitent : un esprit, qui n'est plus vide, est difficilement un esprit impartial, et le cœur voit toutes choses à travers le prisme de ses amours. Par froide et claire raison, je puis, il est vrai, reconnaître le devoir. Mais si mes prédispositions, mes états d'âmes actuels ne lui sont pas sympathiques, il ne trouve pas en moi les complicités que nous avons reconnues nécessaires à l'efficacité d'une influence. La représentation des actes, qu'il suggère, ne peut pas s'insérer dans la série de mes images motrices et y devenir prépondérante. EUe s'évanouit et conmie dans le Roman de la Rose, la raison en est pour ses frais d'arguments, car « Cy, répond l'Amant à rebours, Mais la Raison n'est pas l'amour ».

Une première nécessité s'impose donc : pour que ma volonté libre puisse intervenir avec succès, il faut de longue main explorer et préparer son champ

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d'action : où en est nioii âme ? Est-elle actuellement dans des dispositions favorables à, la conquête de l'idéal moral que j'ai résolu de poursuivre ? De quelles ressources dispose-t-elle ? Voilà ce qu'il m'importe de savoir d'abord.

b) Les secours et le problème. — Les précédents examens de consciences personnels (1), en me faisant connaître mes propensions sensibles et intellectuelles, soulèvent déjà un coin du voile. Ils m'indiquent les voies les mieux ouvertes à mon activité. Il nie reste à considérer comment d'ordinaire ma i^olonté libre utilise mes possibilités d'action ? — Est-elle assez maîtresse d'une attention assez puissante pour dissoudre les associations de motifs et de mobiles, quand elles sont devenues funestes ? Ou bien est-elle esclave du passé, enlisée dans la routine ? — A-t-elle de l'initiative ? ou bien, moutonnière, subit-elle toutes les contagions du milieu ? — Persiste-t-elle dans ses desseins ? — Est-elle prompte à réveiller et à serrer avec une vigueur nouvelle tous les systèmes d'images et de sentinicnts que l'habitude lui a laissés ? ou bien se décide-t-elle avec une lenteur désespérante ?

§ 2. Examen de conscience moral ; moyens pratiques. — Notre méthode d'investigation nous aidera à répondre : les assimilation<5 spontanées et habituelles de mon activité volontaire m'en révéleront les qualités, les aptitudes ; ses adaptations heureuses et fécondes m'en diront les propensions et les préférences, tandis que les unes et les autres me feront apprécier la distance où je suis actuellement de mon idéal.

Décrivons ce processus au moyen d'un exemple. a) Mes propensions. — Je suppose que, faisant un retour sur moi-même, je me reconnaisse un penchant

(1) Cf. siipru, livre troisiiMne, cl). III et ch. IV.

accusé pour une foule d'entreprises. Les projets s'ébauchent dans m.a tête, mais jamais rien ne se réalise. Si je rêve à une œuvre humanitaire : en un clin d'œil, je la vois s'organiser, j'en suppute les bienfaits. Hélas ! tout cela reste à l'état de conception, parce que je redoute l'effort et que ma volonté n'a pas suffisamment d'énergie pour surmonter les considérations égoïstes qui se dressent devant moi... ; faute d'initiative, j'en reste aux bonnes intentions. Au contraire, s'agit-il d'entreprendre une partie de plaisir, il me semble que je suis toujours prêt ; mais trop utilitaire, je pèse minutieusement les joies promises et les difficultés à vaincre : c'est à grand'peine que se coordonnent mes pensées et mes sentiments sous la pression d'une volonté indolente.

b) Les sollicitations qui ont prise sur moi. — Cependant, à la longue, mon pouvoir de résolution s'affirme. J'ai constaté, qu'après plusieurs essais, — un peu contraint par mes amis, je l'avoue — j'ai pris goût au jeu de tennis. Progressivement je m'y suis attaché', et enfin je me suis décidé à entrer dans une équipe. Depuis lors, il me semble que mon énergie est sortie de son sommeil : quand il s'agit d'une partie de tennis, je n'hésite plus. Cette fois j'ai de l'initiative.

Une telle adaptation me révèle une propension à agir, si vive qu'elle doniine en moi les craintes de l'indolence sans doute, mais aussi la conscience de mes obligations les plus pressantes. Quand un conflit s'élève entre mon amour du jeu et un devoir dont l'accomplissement m'éloignerait de la piste, je balance bien un moment, mais l'attrait de l'agrément trionq^he vite des motifs du devoir.

c) Mes di^^erses capacités de couloir. — Qu'est-ce à dire ? sinon qu'une complicité intérieure assure en moi la victoire aux mobiles du plaisir ; que leurs images

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sont par moi mieux comprises et plus aimées, parce qu'elles favorisent les aspirations intimes de mon âme. Je suis à leur sujet comme en attention expcctante. Il m'arrive ce qui arrive au savant à la recherche d'une preuve : dès qu'il en aperçoit un élément, il risque d'être étourdi par les inférences, qui jaillissent de son intérieur..., dès qu'un objet m'apporte quelque agrément, il se colore de toutes les séductions du plaisir en général. Cela m'apprend quelle est actuellement l'orientation profonde de mes aptitudes et combien l'amour du sport peut devenir dominateur chez moi.

Cette propension, que l'exercice a éveillée, — aussi bien que les répugnances souvent irraisonnées qui en sont la contre-partie, — toutes mes tendances acquises en un mot m'apparaissent exigeantes à l'égal de mes aspirations naturelles vers l'action vertueuse. Elles semblent même pratiquement plus impérieuses qu'elles. Il faut les discipliner (1).

En effet, c'est à leur sujet que se pose surtout le problème de la défense de ma liberté contre la pression de tout mon passé. Elles enlacent ma volonté comme d'un réseau dont chacun de mes actes resserre davantage les mailles : il me faudrait les briser afin de reconquérir mon indépendance. Voilà pourquoi Mgr d'HuIst disait : « Pour croire à la liberté il ne suffit pas de l'affirmer ni même de la démontrer, il faut la pratiquer, j'allais dire il faut la faire, car elle est en chacun de nous ce que nous la faisons » (2). — Pour moi, en ce moment, je viens de le découvrir, ma volonté est victime à la fois de mon indolence en face du devoir et de mon goût pour un sport, qui semble avoir accaparé toute ma réserve d'énergie.

Comment donc réussirai-jc à m'affranchir ?

(1) Cf. G. I.E Bon, Psi/clwlof/ie de Véduculinn, p. 177-182 (Paris, 1909).

(2) Carême 1891, 3« conf., à la fin.

B) Action :

a) Les difficultés et les possibilités. — Inviolable et absolue en elle-même, la liberté dans son exercice est conditionnée par les motifs, par les mobiles et par ce que j'appellerai le ton psychologique et moral de l'âme. J'entends par là cette orientation due à. une foule de phénomènes subconscients, qui donnent ou refusent leur concours aux mobiles et aux motifs surgissant en nous à un moment donné. Ceux-ci sont portés par ceux-là : ils sont comme des bouées, que des masses d'eaux profondes soutiennent et tirent dans le sens des courants cachés ; seuls, ils sont éclairés; seuls ils sont dans le champ de la vie consciente pour en diriger l'expansion volontaire et libre. Ils indiquent les routes à suivre, mais en même temps tracent par avance les lignes entre lesquelles s'accomplissent nos évolutions. Notre choix est de fait limité par les alternatives, qu'ils nous proposent et subit encore l'influence de la manière dont ils nous les proposent. Ainsi, les séductions de la sensibilité et les charmes de l'imagination se rient souvent des froides conclusions de la raison et entraînent l'âme à leur suite malgré la malice entrevue dans l'action à laquelle ils nous invitent. Leur coalition et l'organisation de leurs forces peuvent même rendre toute résistance momentanément impossible ; parfois elles occupent l'âme en entier et alors « l'être sensible absorbé, fasciné par le charme d'une seule passion, n'ayant de vie et de mouvement qu'en elle et par elle, se trouve presque ramené à un état de simplicité native. Automate sentant, toujours mû par des ressorts étrangers qui se tendent ou se relâchent sans sa participation, il a perdu sa liberté, sa force propre et constitutive » (1).

(1) Cf. Maine de Biran, Œuvres inédilcs, t. II. p. 75. édit. E. Naville (Paris, 1859).

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Pas d'une façon complète cependant, car à côté des tendances dominantes persistent des capacités d'action façorahles à la pratique du devoir. Anémiées et affaiblies par le joug, dont les écrase la passion, elles manifestent encore un peu de vitalité : en elles se trouve la source, jamais tout à fait tarie, des vigoureuses protestations que la raison élève et que la volonté adopte aux heures où leur tyran sommeille. Ce sont elles qui provoquent alors les révoltes du bon sens et de la vertu. — A ce moment nous sommes déjà ce que nous voulons ou voudrions être, mais nous ne le sommes encore qu'à l'état de souhait, sous forme de germes, qu'une culture habile conduira seule à maturité. Réussir à les faire éclore, c'est parvenir à recouvrer la maîtrise de soi.

b) Moyens pratiques. — Vers un tel but la connaissance de mes aptitudes me facilitera le chemin. Pour combattre ma paresse en apparence invincible, je choisirai parmi mes puissances d'agir celle qu'il m'est le plus facile d'amorcer et de mettre en jeu actuellement, si humble soit-elle. Or, justement l'investigation, à laquelle je me suis livré, m'a fait prendre conscience du charme que je trouve au tennis. Frivole en soi et même excessif, ce goût peut être un moyen d'éducation personnelle, puisqu'il me fait triompher de mon indolence. Je pratiquerai donc cet exercice avec prudence et modération afin de ne point provoquer fatigue extrême et satiété. Peu à peu, les efforts qu'il réclame hausseront le ton d'énergie de mon âme et exalteront mon désir de l'action en général. Le tout est ici que ma volonté ne se décourage pas, car l'éducation de mon énergie requiert, je le sais, la persévérance dans l'effort.

a) Le milieu. — L'organisation du milieu où je vis m'apportera un précieux secours. Ses influences, par les exemples, les occasions, les sollicitations incessantes

tiendront mon attention en éveil et enserrant mon activité comme d'un réseau d'aiguillons, m'empêcheront de m'arrêter jamais. — Sous de telles pressions, ma volonté acquerra de la puissance, d'autant plus que sa facilité d'action croîtra avec V adaptation de mes forces à l'acte choisi. — L'organisation de ce milieu favorable à une expansion d'activité dans une direction définie est œuvre de patiente attention volontaire. Elle sera double.

Négative d'abord, elle s'attachera à libérer mon esprit des considérations qui poussent à la paresse, à l'indolence, à la lâcheté. A ce prix seulement je pourrai travailler avec succès à mon indépendance. L'image, en effet, est comme la passion qu'elle suscite, « on ne l'arrête pas en droit fd » : toute agitation pour l'attaquer en face travaille à son épanouissement. Ainsi en est-il d'une digue opposée à un torrent impétueux. Elle accumule les eaux, qui finissent par la franchir, débordant et envahissant tout. On n'étouffe pas les idées et les sentiments : faire la solitude autour d'eux est la seule tactique, qui les détruise. — Si l'on n'y peut arriver, il reste encore une ressource : associer à ces états d'âme quelque répugnance qui nous empêrchera de les favoriser. Les cristallisations antérieuses, entraves pour notre liberté, se dissoudront alors ; leur bloc se brisera et elles tomberont peu à peu dans le domaine de l'inconscient (1).

Pour me garantir ensuite contre le réveil de ces anciennes habitudes de penser et de sentir qui me faisaient tant apprécier le doux farniente, il sera prudent de profiter des moments où la lutte est moins vive, où l'âme aspire d'elle-même à une activité

(1) Au sujet de ce déblai préliminaire d'ordre sensible et intellectuel, voir nos considérations aux chapitres précédents (liv. III. ch. III et IV) ; on y trouvera tout ce qui intéresse la partie rationnelle de l'éducation d'une volonté — justement appelée ])ar les anciens uppetilus rulionulis.

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féconde. C'est l'heure de Ventraîner vers la vertu, ne fut-ce que par l'exercice imaginaire, car la méditation d'entreprises généreuses, leur poursuite en, une agréable rêverie prédispose certainement à les réaliser le cas échéant. Cet artifice psychologique conduit à des résultats appréciables : les représentations et sentiments souvent ravivés viennent plus facilement apporter le concours de leur alliance aux états d'âme qui leur sont sympathiques, tandis qu'ils s'opposent à l'épanouissement des motifs et des mobiles qui leur répugnent. Ceux-ci ne peuvent pas dès lors utiliser leur puissance entière et pèsent d'autant moins sur les décisions de la volonté libre.

b) Les délibérations faites d'ai'ance. — H y a donc une orientation préalable de l'activité grâce à une foule d'influences plus ou moins subconscientes qui s'exercent sur nous. Contre elles et contre tout le psychisme inférieur qu'elles représentent, il importe d'assurer pleinement notre liberté. Il arrive souvent, en effet, que la valeur morale de n,os actes n'a point sa source dans leur accomplissement lui-même, mais dans les dispositions, les résolutions antérieures, les habitudes pïises. Celui qui a coutume de remplir son cœur de nobles sentiments, de prévoir par une méditation sérieuse, c'est-à-dire de contempler dans une représentation nette, l'acte qu'il accomplira dès que les circonstances s'y prêteront, a préparé chez lui le triomphe de la vertu (1). Il n'hésitera point, car à

(1) C'est ainsi qu'une âme acquiert de I'initiativf.. Voir clair, en effet, est la première condition d'une action féconde. Il faut sortir du nuape plus ou moins poéti([ue dont l'imagination enii)runie souvent nos projets pour nous en dissimuler les imperfections ; il faut se mettre bien en face de l'œ'uvre à entreprendre. Un edort vigoureux est nécessaire |)our cela : s'astreindre à ne |kis abandonner un travail, une lecture, une discussion avant d'avoir conquis une conclusion nette ; s'astreindre à ne jamais cpiitter une méditation sans former de ses réflexions un « boutjuet spirituel », c'est-à-dire une direction précise |)our sa conduite. — cela semble dur parfois..., mais à ce prix on vit dans la lumière, on sait où l'on va et ce que l'on veut.

Voir concret est une perfection de plus, car c'est contempler le but, qu'on

l'image du devoir maintes fois ramenée dans son esprit ne peut faire ét|uilibre aucune image d'intérêt ou d'égoïsme. Tel fut d'Assas : tombé dans une embuscade, il entrevoit clairement qu'il doit se sacrifier pour le salut de l'armée, spontanément il pousse le cri d'alarmes. Sur le coup, il ne délibère point ; mais cela n'enlève rien au mérite de son généreux dévouement, parce que la délibération était faite d'avance. Son acte apparaît comme le fruit d'une haute éducation morale, comme le couronnement d'une vie toujours prête à s'immoler pour le devoir. c) Le ton général d'énergie. — Suivant un si noble exemple, je puis entretenir en moi un milieu de conceptions généreuses : plus de place en mon esprit pour les tableaux jadis si séduisants du repos et de la flânerie. La représentation des efforts qui me rendent agréable mon sport favori, puis celle de toute entreprise, qui exalte l'activité, occuperont en moi la scène psychologique. Je vivrai dans une atmosphère d'énergie et de vigueur. Toujours maintenue en haleine, mon âme se débarrassera de son ancien penchant pour la

se propose, dans le cadre de la réalité ; c'est mesurer son entreprise à ses ressources ; c'est sul)ordonner sa pensée aux faits, condition nécessaire pour les dominer ; c'est prévoir dans le détail les difficultés à vaincre et se marquer d'avance par quelle série d'étai>es on se résignera à passer ; en un mot, c'est connaître non seulement la On à atteindre, mais encore les moyens pratiques de le faire. On prend ainsi conscience de sa force ; de là naît la confiance dans le succès. — Par ailleurs, l'idée reconnue possible ne tarde pas à devenir attrayante, séduisante même. Elle adapte spontanément toutes nos énergies au but qu'elle représente ; elle n'attend plus, semble-t-il, que l'occasion de se réaliser.

Cette préparation de l'àme en vue de l'action est plus efficace encore lorsqu'elle se précise et s'exprime en résolutions concrètes, déterminant comment on agira dans telle ou telle circonstance définie, c'est ce que j'appellerai : voir d'avance.

Quand la nécessité d'agir nous presse, l'émotion, les distractions extérieures, la crainte d'erreurs possibles troublent l'âme et lui enlèvent le calme que requiert une initiative éclairée. On est exposé à se précipiter à l'aveugle ou à perdre un temps précieux en hésitations ordinairement désastreuses. Il est donc utile d'avoir prévu : réflexions faites et conclusions posées sont un grand moyen d'action rapide. C'est, répétons-le, la condition des iniliatives héroïques. Celles-ci cependant exigent encore une volonté énergique qui, ayant vu clairement, d'une manière concrète et d'avance le devoir à accomplir, n'hésite pas devant les sacrifices à faire pour cela. L'éducation de la volonté dont nous nous occupons ici a pour but princij)al de faire acquérir à l'àme ce ton yénéral d'énergie.

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rêverie, dont l'émiettement et l'indécision me laissaient inerte : elle sentira le besoin d'atteindre ce but choisi avec peu de conviction sans doute, mais que chaque effort rend plus précis et plus séduisant. La soif d'agir aura remplacé la paresse. Suscitée à propos d'une opération particulière, courageusement voulue et exécutée, elle finira par enfiévrer toutes mes énergies sous forme d'habitude générale (1). Après avoir éprouvé la joie de l'action, on perd le goût de la torpeur : l'indolence me deviendra insupportable. Désormais, ma volonté sera orientée vers le travail et son éducation influera sur mes décisions futures.

Aucune hésitation ne se produira plus entre deux alternatives, dont l'une vante les charmes du farniente et l'autre propose un déploiement d'activité. Images et sentiments favorables se hâteront de renforcer cette dernière ; ils réaliseront à son profit une synthèse puissante et belle, qui fera si bien voir à l'âme l'excellence du travail, qu'elle aura d'extraordinaires chances d'emporter son adhésion. L'exécution suivra de près. Elle sera facile à une âme qui possède l'idée nette de la tâche à remplir (2) et un ardent désir de dépenser pour cela ses réserves d'énergie.

c) Caractère. — Ainsi une foule d'actions, qui jadis m'étaient pénibles et même répugnantes me deviennent agréables, quand j'y suis habitué. C'est que

(1) Cf. J. Payot, L'éducation de la volonté, p. 136 (Paris, 1899) : « Souveraine et sûre du triomphe, l'habitude procède d'une marche insidieuse et comme sans se presser. On dirait qu'elle sait la [)rodi,tiieuse elTicacité des lentes actions indéfiniment répétées. Un premier acte, même pénible, acconi])!!, sa répélilion coûte déjà moins. A une troisième, à une quatrième reproiluction. l'elïort diminue encore et va s'atténuanl jusqu'à disi)araître. Que dis-jc, ilisparaîlre I Cet acte pénible au début va devenir peu à i)cu un besoin, et franchement désagréalde d'abord, c'est son non accomplissement ([ui deviendra i)énible ! » Ht cette jjremière habitude active s'étendra pour ainsi dire (huis l'âme entière, l'entraînant par « le plaisir qu'il y a à agir, |)laisir si vif que beaucoup de f^ens aiiissent ]>our a;-îir... », p. 140.

(2) Cf. .1. Payot, ibid, p. 1 l(i. 1 17, où nous lisons cet excellent moyen de ])révenir l'indécision et l'indolence dans le travail : « Le moyen capital d'arriver à cette maîtrise de son énergie, c'est de ne jamais s'endormir sans fixer la tâche exacte que l'on doit faire le lendemain ».

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mes premiers exercices or^t déposé en moi un résidu d'aptitudes, un ensemble de virtualités, qui constitue « comme une seconde nature ». Celle-ci est adaptée au but que j'ai poursuivi ; elle est l'œuvre de ma liberté et j'en suis responsable. En la formant, en assimilant ma volonté à l'idéal que j'ai choisi pour elle, j'ai formé mon caractère. Or, l'idéal du caractère est la maîtrise de soi qui assure l'indépendance en face des impulsions du dedans oij du dehors. Le caractère est donc fait d'ii^iitiative et de force de résistance ; œuvres de l'éducation individuelle, elles s'acquièrent ou se développent par des moyens que suggère la méthode générale d'influence : mettre en éveil les aptitudes découvertes, les développer par des adaptations progressives à l'idéal choisi, jusqu'à ce qu'on arrive à le faire sien, à s'y assimiler dans la parfaite possession de soi-même.

En cette œuvre, notre effort devra ne se relâcher jamais, car les puissances instinctives sont toujours prêtes à s'agiter et à se révolter contre le principat de la volonté. Si bien que l'on ne se possède vraiment soi-même qu'à condition de se reconquérir sans cesse.

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