LE FAIT DE LINFLUENCE
énoncera des jugements qui constatent ce désir et l'approuvent, tandis que des résolutions s'ébaucherojit en vue de le réaliser. Le plaisir de gourmandise paré de la sorte peut devenir alors comme le but de ma vie, ayant pour cet instant tous les attraits d'un idéal : il faut, semble-t-il, lorsqu'il revêt les intolérances de la passion, le conquérir ou mourir à la peine.
Toutefois, si d'aventure mes jugements et mes résolutions heurtent quelque jugement antérieur, un jugement moral par exemple, ou quelque autre résolution, qu'elles ont réveillés par contraste, une hésitation se produit... La réflexion commence... Il y a une lutte pénible, qui me fait prendre conscience d'un pouvoir souverain, dont je dispose pour trancher le débat. Je me sens libre d'opter pour l'une des deux alternatives : acquiescer à ma gourmandise ou me retenir par volonté. A ce moment je suis à même de faire un acte humain, car progressivement toutes mes puissances ont été rappelées à l'activité et je sens que maintenant tout dépendra de mon initiative.
Cette succession de phénomènes a pu ne durer que quelques minutes. Elle n'en comprend pas moins une série d'influences réciproques, par lesquelles se sont mutuellement mises en acte et en valeur mes diverses facultés. Essayons de suivre pas à pas cet épanouissement d'activité afin de saisir, s'il est possible, la physionomie de toutes les évolutions de ce genre.
a) Psychisme inférieur. — Dès que les organes des sens sont excités, surgissent en nous une foula d'activités corporelles et spirituelles. Elles entrent fatalement en jeu et chacune suivant sa pente naturelle. Réserve puissante d'énergie nerveuse et psychologique, notre être n'est pas indifférent à tout genre de déploiement, comme une cire inerte reçoit avec une égale facilité
toutes les formes qu'on lui imprime. Même dès l'origine de sa vie, il possède déjà des modes d'agir déterminés selon lesquels se fait la première poussée de son action,. Tant que celle-ci s'exerce à l'aise, il se complaît dans c^?ttc expansion ; il en éprouve un plaisir mais encore si vague, qu'il s'en aperçoit à peine. Soudain, des chocs, des arrêts se produisent, apportant avec eux l'expérience de la douleur. Ce phénomène nouveau, différent du premier, éveille une conscience plus nette. Désormais, l'homme distingue l'acte pénible de l'acte agréable, et d'instinct s'efforce de reproduire ce dernier.
Le plaisir à ce moment domine en son intérieur, il est le but poursuivi, la cause finale imman,ente en vue de laquelle tout s'organise, le principe d'unification de toutes les énergies éveillées jusque-là.
b) Psychisme conscient. — 11 peut facilement remplir ce rôle, parce que la sensation, qui le constitue, n'est pas un pur phénomène affectif ; elle contient encore les matériaux d'une représentation plus ou moins précise. De fait, les représentations de ce genre, les images, sont aussi nombreuses que les émotions qui les ont provoquées. Sans doute, beaucoup d'entre elles tombent dans l'oubli et semblent évanouies à jamais. Plusieurs cependant persistent chez nous.
Et, désormais, ces deux phénomènes — émotion, image, — seront souvenC unis et si le plaisir réussit à donner de l'élan à notre activité tout entière, ce sera d'ordinaire grâce à son influence sur les images.
Par l'attention spontanée, dont il est maître, il rendra plus nelte l'image qui l'intéresse, en la maintenant dans la conscience. Elle deviendra par là même le centre, aulour ducpiel se groujxMont tous les autres phénomènes psychologiques, capables de lui prêter
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leur force d'expansion. L'image, en effet, mieux encore que le plaisir, est un instrument de réduction à l'unité dans la vie sensible. Or, redisons-le, si elle réussit en cette tâche, c'est qu'en elle semblent se confondre les deux sources de toute activité : la connaissance et l'amour. Point d'arrivée de l'une, elle amorce l'autre en l'éclairant. Après l'avoir fait jouir un instant de la possession idéale de son objet, elle lui fait sentir davantage son indigence ; elle lui montre l'insuffisance de l'actuelle coordination à laquelle échappe la posses-' sion réelle, qu'il convoite. De là une souffrance, principe d'un nouvel effort vers une synthèse plus complète cette fois.
Le désir dirigera cette tentative pour réaliser une unité supérieure. L'être, chez qui un désir précis n'est pas encore né, est l'esclave des nombreuses et variables sensations qu'il éprouve. Il tourne en toutes directions. Les fins qu'il poursuit sont multiples et se substituent sans cesse les unes, aux autres. C'est l'instabilité même, avec souvent l'impression d'ennui, qu'apporte l'anarchie intérieure. Dès que le désir prévaut, tout change : la coordination des énergies s'opère, l'action devient efficace. Dissolvant à son profit les synthèses antérieures et divergentes, il ramasse en un point toute notre force et en décuple la puissance d'exercice. C'est lui qui soutient le savant ou l'artiste en la poursuite de son idéal et ne lui laisse plus de repos (1). Rien de ce qui a rapport au projet, qu'il caresse, ne
(1) Un bel exein])le de cette concentration d'attention sous l'influence du désir a été donné par Ampère. G. de la Rive avait élevé de fortes objections contre sa théorie de l'aimant, tourmenté par le désir de les résoudre, Amprre ne vivait plus que pour cela. « Il est impossible de se rejjréscnter jusqu'où était portée en pareille circonstance la concentration de son esprit. On voyait alors cet lionime qu'on ap])elait, distrait, isolé pendant de longues heures dans une méditation profonde, traversant ses occupations et les devoirs de la vie dans une sorte de somnambulisme, oubliant tout, jusqu'au moment où la vérité se faisant jour, le délivrait de cette obsession ». Dumas, Revue seienlifique, t. XV, p. 650, cité par E. Rabier Psychologie, p. 234.
passe inaperçu pour lui. Au contraire, tout ce qui peut enrichir la représentation conçue vient se cristalliser autour d'elle. Alors la susceptibilité intellectuelle du travailleur s'aiguise, son goût acquiert une pureté merveilleuse : tout s'éclaire, tout s'anime, l'œuvre se dégage, se polit, elle apparaît en sa splendeur. Ce prodige, qui réclamait l'exaltation jusqu'au génie des facultés du poète ou de l'artiste, un désir intense l'a réalisé. Il a confisqué pour son service toutes les ressources internes : il a tout concentré pour tout s'assimiler et tout dominer.
Cette extraordinaire puissance de synthèse est plus visible encore lorsque sous l'influence d'une passion elle devient anormale. L'être entier se trouve alors à la merci d'une iinage fixe ou d'un monoïdéisme, dont la persistance est aussi opposée à notre nature que l'incohérence même. C'est un excès redoutable, mais qui fait mieux ressortir en les accentuant les caractères de l'influence qu'exerce le désir.
Né de la sollicilation d'une image agréable, celui-ci provoque à son tour une considérable floraison d'images. Il les embellit jusqu'à les rendre fascinatrices. Excitée par lui, l'imagination les recouvre de faux brillants, comme le givre attache des cristaux aux mille feux sur des branches de bois mort. Leur séduction fait alors plus cruellement sentir à l'homme son dénûment, sa privation, son besoin de bonheur. Il les maudit parfois à cause de la souffrance qu'elles lui infligent, mais il ne peut se détacher d'elles. Elles deviennent le but, la fin en même temps que les excitatrices de tous ses efforts. Elles mettent en branle tout notre intérieur et semblent fouiller jusqu'aux recoins de notre être pour y découvrir des activités à utiliser. Comme un piston qui, donnant un « ré » dans une salle d'orchestre, répéterait sa note jusqu'à ce qu'il ait
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ébranlé tous les instruments capables de vibrer à son unisson et de l'enrichir de leurs harmoniques, — l'image s'agite, lutte, intrigue, cherche des alliés et entraîne tout dans sa sphère d'action. Elle est insatiable, et s'il existe encore quelque virtualité endormie, fût-elle d'ordre supérieur à elle-même, elle n'a point de repos qu'elle ne l'ait éveillée. Ainsi, les rapprochements d'images en des systèmes dus à la similarité mettent en lumière certains caractères communs.
c) Psychisme rationnel. — L'esprit soudain les aperçoit comme tels et reconnaît le parti qu'il peut en tirer pour le progrès de sa synthèse mentale : leur identité lui permet de les entraîner dans son mouvement et de les exprimer dans une seule et même conception intellectuelle : Vidée est dégagée. A partir de ce moment, l'influence des facultés sensibles, provoquant le travail de la raison, a ouvert un monde nouveau à notre action. Sans doute, les images conserveront leur importance puisqu'elles sont aussi nécessaires à l'élaboration des idées que le fil à l'ascension du cerf-volant, et que les deux ordres de faits doivent entrer dans les systèmes du môme moi ; mais la souplesse et la varitété des synthèses désormais possibles s'étend à l'infini.
Ce n'est plus seulement telle satisfaction concrète et déterminée, que l'homme poursuivra nécessairement. L'idée du bonheur lui ramènera sous les yeux les représentations des formes diverses et multiples de jouissances, auxquelles il peut aspirer. Enfin, quand il aura choisi l'une d'entre elles, cette dernière déploiera — pour embellir ses perspectives — des ressources infiniment plus considérables, que ne pouvait faire l'image. Aussi aura-t-elle plus de chances de dominer la synthèse interne, de dissoudre même à son profit
les organisations mentales, qui s'ébaucheraient pour s'opposer à son expansion, et ne tarclera-t-elle pas à se réaliser et à conquérir son objet.
La chose en effet est incontestable : le pouvoir dynamique de l'idée semble irrésistible. Elle ne s'est pas formée en dehors d'une attention spontanée ou volontaire, toujours soutenue d'ailleurs par un désir et par un sentiment. En fait, elle se inontre toujours environnée d'un cortège de phénomènes sensibles, qui la rendent aimable et séduisante : l'idée la plus al)straite des mathématiciens n'est jamais complètement dépouillée de ces charmes. Voilà pourquoi, colorée par l'imagination et par le sentiment, remplie d'une chaleur communicative, elle devient facilement, pour c|ui la possède, un idéal, un but, une cause finale de l'activité. Celui qui en est épris la compare à toutes ses opérations intellectuelles et morales, lui trouve des consonances qui l'enrichissent comme des harmoniques enrichissent une note dominante. Jugements et raisonnements sont requis pour cette œuvre, à laquelle il semble que toutes les autres tendances doivent être sacrifiées.
J outcs l(^s puissances d'un être cependant ne sont pas toujours à point pour être absorbées en un tel système de penser et d'agir sous la direction d'un amour, qui, ne pouvant se les assimiler, les laissera dans l'ombre ou les combattra. Elles se révoltent, et raiiarchie triomphe un instant dans la vie interne. Parfois même elles se coalisent pour briser le premier élan de l'âme. La lutte s'engage. A chaque choc les deux groupes de tendances semblent s'organiser d'une manière plus serrée afin de l'emporter. Les mobiles rendent plus vives et plus attrayantes les images qui les expriment, montrent mieux la facilité et l'agrément des actes qu'ils souhaitent ; des motifs s'adjoignent.
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à eux et exposent l'utilité d'une décision en leur faveur et ce, avec tant de persuasion, que déjà s'ébauchent les mouvements d'âme et de corps, qui vont les satisfaire.
Au milieu de ces aspirations contradictoires, l'action s'arrête indécise. Pourquoi cette hésitation ? Parce que la synthèse interne n'est pas sullisamment complète. L'être est comme en état de dissolution, il est divisé entre des fins diverses qui sollicitent son action. Or, cet état est épuisant et douloureux, l'homme souhaite d'en sortir. 11 fait effort pour cela et tout à coup il s'aperçoit qu'il peut dirimer le conflit... Cette anarchie intérieure, avivant son besoin d'unité, amène l'âme à prendre conscience d'une énergie, qu'elle ne se connaissait pas (1). C'est un progrès nouveau et le plus important : l'éveil de la çolonté libre.
Celle-ci prend aussitôt l'initiative de soumettre toutes les énergies qui semblent étrangères à sa puissance. Elle recommence, comme à un étage supérieur, le travail d'unification, que la dispersion des désirs avait un instant arrêté. Mais l'œuvre sera cette fois responsable et méritoire, parce qu'elle est voulue. Une résolution est au principe de cette entreprise ; elle marque le commencement d'une lutte nouvelle contre les tendances anarchiques, car « toute résolution est une déclaration de guerre à la mollesse et à la dissipation des forces vivantes » (2).
Pour triompher et faire de toutes les facultés antérieurement éveillées une synthèse originale et favorable à une action déterminée, la volonté doit vaincre
(1) M. H. FiERGSON, dans V EinAiiliim créatrice, p. 199 (Paris, 1907), fait une observation analogue : « Ciiez l'homme l'iiabitude motrice peut avoir un second résultat incommensurable avec le premier. Elle peut tenir en échec d'autres habitudes motrices, et .par là, domptant l'automatisme, mettre en liberté la conscience '».
(2) Cf. M. Blondel, L'Aclion, p. 259 (Paris, 1895).
la mobilité naturelle de nos états de conscience, fixer au milieu de son évolution spontanée l'idée ou l'image élue, autour de laquelle tout devra graviter dans le monde interne. Faute de suivre cette tactique, elle échouera parce qu'elle n'a point sur nos énergies une autorité tyrannique et arbitraire. Du monde psychologique on peut répéter ce que Bacon disait du monde matériel : On ne commande à la nature quen obéissant à ses lois. Ainsi notre moi ne domine la synthèse interne, qu'à condition d'utiliser les lois de systématisation des phénomènes. 11 y arrive au moyen de l'attention dont il dispose. Grâce à elle, il oriente son activité d'une manière efficace vers le but un jour entrevu et actuellement choisi.
Tant que la volonté cependant demeure faible, engourdie ou distraite, les idées et les images suivent leur cours à la dérive, au hasard de l'association et au gré des désirs changeants, sans rien de net, de précis, d'ordonné, état agréable peut-être comme dans la rêverie, mais à coup sûr émiettement de l'action et inutilité pour le progrès de la vie humaine. Au contraire, lorsqu'une volonté énergique s'attache à faire prévaloir une émotion, une idée, une action, celle-ci, surtout si elle est en harmonie avec les aspirations profondes de l'âme, ne tarde pas à devenir prépondérante. Les états de con,scierice, à elle opposés, sont éliminés, tandis que ceux qui peuvent lui prêter secours y sont tous invités. Bien vite l'ordre et l'harmonie sont réalisés. — Ensuite, par une juste récompense et un juste retour, le but choisi, parce qu'à lui s'associe le sentiment de la victoire et de l'empire sur soi-même, devient agréable. Cela ramène vers lui les aspirations qu'il a dû violenter et étend jusque dans l'ordre sensible l'unité intérieure. A ce prix l'action est féconde ; elle triomphe de tous les obstacles.
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pourvu que la volonté soit tenace : la puissance de cette faculté, en définitive, mesure la puissance de l'homme.
A cette maîtrise de soi s'ajoute bientôt une conséquence nécessaire. Consciente de sa force, la volonté toujours travaillée par un irrésistible besoin d'expansion, s'avancera vers d'autres conquêtes. Il y a à cela des raisons profondes : « La volonté humaine ne peut se garder toute en soi, parce qu'elle ne vient pas toute de soi. Si agrandi que soit le cercle, l'action finit toujours par le faire éclater, elle n'est pas maîtresse de se borner » (1). Elle l'est d'autant moins, que ses puissances ont été davantage organisées, concentrées, unifiées à l'intérieur. La rigueur de la synthèse semble mieux encore que par le passé, lui avoir fait connaître son indigence des richesses extérieures, en même temps qu'elle a accumulé des forces pour insérer avec succès son acte comme un coin daris le déterminisme universel et conquérir tout ce qui l'environne. De là un double besoin d'activité.
Mais en y répondant, l'homme ne se dissipe pas hors de lui-même. S'il s'avance vers les êtres voisins, s'il s'adapte à eux pour agir sur eux, c'est toujours d'abord afin de les ramener à soi, à une unité, dont il se fait le centre ; le tout en vue de la finalité immanente, qui caractérise la vie, — sans préjudice de la finalité transcendante qu'il peut ensuite imposer à cette dernière en vue d'un idéal, qui la dépasse.
Rythme de V expansion conquérante. — En résumé, dès le plus bas degré de son existence, l'homme franchit les limites de son être. Il cherche à se mettre en harmonie avec son milieu, parce qu'il y devine une condition
(1) Ibid., p. 327.
de sa vie. Bientôt il rêve de conquérir ce milieu luimême. De même que le son s'accroît des harmoniques, qu'il éveille, l'émotion gagne à se répercuter et à créer autour d'elle un courant de sympathies, et la volonté, — qui en définitive résume tout l'homme parce qu'elle est la plus haute expression de son énergie vivante, — est toujours agitée par quelque ardeur de prosélytisme. Elle aspire à soumettre à son pouvoir le monde eritier. Et son ambition grandit avec le succès. L'hoiTime veut devenir le centre d'une synthèse de plus en plus vaste et de plus en plus rigoureuse, dont les éléments seront les âmes qui l'entourent. 11 souhaite dominer pour son propre bien ou pour celui des autres. La chose est délicate et dilïicile ; mais^ c'est une entreprise que tentent tous les hommes, puisque tous réussissent à se créer une sphère d'influence, si petite soit-elle.
Enfin, se sentant né pour l'infinité, l'homme aspire à dépasser le monde lui-même, à s'élever jusqu'à la possession de Dieu ou du moins jusqu'à une certaine ressemblance avec Lui, ambition dont Platon faisait le but de toute vie morale. Parfois même il prétend se faire Dieu lui-même... En cet effort incessant, l'action humaine plus que, jamais apparaît envahis- ■ santé et conquérante à l'infini.
Ainsi en va-t-il de toute vie. Son activité spontanée, immanente et finaliste se déploie coinme en un système d()n\ les énergies s'éveillent, se relâchent, se tendent à Aouveau par l'efTet d'influences réciproques ; puis s'enrichissent par des relations avec les êtres voisins. Son progrès semble suivre un, mode oscillatoire de thèse, d'antithèse et de synthèse. L'état de conscience, (\iu) le cœur ou la volonté a élu, tâche à s'assimiler tous les phénomènes, qui jaillissent autour de lui, et cela afin d'en accaparer les forces. Parfois une lutte
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s'engage : conflit et anarchie intérieure ; mais la victoire est assurée au mode d'agir que favorise l'attenticrn. L'ordre se rétablit. Bientôt surgit un conquérant nouveau et la lutte recommence... C'est ce qu'on voit par exemple dans le travail du savant : les faits ont été groupés, ils sont bien connus, on en a exprimé les lois, la science semble faite. Voici qu'un phénomène se présente, il est rebelle à la loi. Celle-ci est remise en question ; de nouvelles études s'imposen,t : observations, expériences, comparaisons... jusqu'à ce que soit achevée une synthèse plus forte : hypothèse vérifiée ou loi corrigée.
Analyses ou dissolutions, synthèses ou recompositions : ainsi se déroulen,t en une série alternée et progressive les défaites et les victoires du principe d'unité et de la tendance à la dispersion ;... et tel est le rythme qui, en apparence du moins, scande le progrès de l'évolution humaine. C'est une marche vers un équilibre toujours plus puissant, provoquée par un besoin d'ordre, par un amour, dont la propriété essentielle est de résoudre la multiplicité en une unité harmonieuse ; — réalisée enfin par un effort, qui rend d'abord l'homme maître de lui-même, puis des autres.
Quelle est la loi de cet effort ? Comment se réalise cette expansion de l'activité ?