COMMENT S'EXERCENT LES INFLUENCES RÉCIPROQUES DANS LA VIE SENSIBLE
Sommaire. — 1. Complexité de la vie psychologique. — 2. Activité sensible : a) son expansion sous la poussée du plaisir, — b) de l'image attrayante ou redoutée, — c) de la sympathie et de l'amour, — d) du désir... se fait en vue d'une assimilation. — 3. Rôle de l'attention spontanée dans la vie émotive.
1. Complexité de la <^ie psychologique. — Le rapide coup d'oeil, que n,ous venons de jeter sur l'activité de notre moi, nous la fait apercevoir immanente, mais tourmentée par un besoin d'expansion et de progrès, qui lui fait trouver toujours inférieur à ses aspirations profondes son développement actuel. Contraint par une sorte d'indigence radicale, il aspire sans cesse à se dépasser. Son effort pour y réussir entraîne toute la complexité mouvante de ses phénomènes. Emotions, inclinations, images, pensées, volitions travaillent de concert, car elles coexistent dans l'unité de l'âme, d'où elles jaillissent. Un acte ou un étal d'âme n'est donc jamais purement et uniquement sensation, purement et uniquement idée, purement et uniquement volition. En fait, il n'est jamais isolé, et lorsque nous disons : « je sens », «je pense », « je veux », ce que nous désignons en définitive, c'est scuhmxcnt la forme prédominante, le caractère dominateur, le centre de notre synthèse psychique actuelle.
Cet artifice est cependant nécessaire, car il est la condition de l'analyse interne et de la clarté du langage. C'est pourquoi, après, avoir rappelé cette intime concomitance et compénétration des phénomènes psychiques, nous exposerons notre enquête au sujet de leur mode d'influence réciproque en nous plaçant successivement à trois points de vue : activité de la <^>ie sensible, activité de la vie connaissante, activité de la çie volontaire (1).
Nous tâcherons de suivre ainsi l'évolution décrite au chapitre précédent.
2. Activité sensible. — En ses débuts (autant que l'expérience permet de le constater), la vie humaine se caractérise par un élan instinctif, par une évolution des capacités et aptitudes constitutives de notre nature. Mais, dès son premier déploiement, l'activité s'accompagne d'un épiphénomène, qui nous renseigne sur la valeur de son expansion : toutes les fois que notre activité s'exerce avec mesure, toutes les fois que l'inclination, qui l'anime, atteint son objet sans excès ni fatigue, nous éprouvons un sentiment de satisfaction, sentiment dû au développement harmonieux de notre être. C'est une loi bien constatée en psychologie.
à) Son expansion sous la poussée du plaisir. — Ce contre-coup agréable cependant ne résulte pas de la seule modération dans le travail. Il est affaire de cjualité autant que de quantité. Bien vite, en eiïet, nous
(1) Sur la base solide que nous fourniront les faits que nous allons examiner et discuter dans ce Livre Premier, nous élèverons notre théorie à l'aide d'une critique que nous esijérons rii^oureuse et serrée, dans notre Livre Second. Expérimentale et rationnelle sera donc notre métliode. lillc nous conduira à des conclusions, dont nous montrcroas la portée dans ses applications pratiques au Livre Troisième.
reconnaissons que notre réserve d'énergie n'est pas indifférente à tout genre d'expansion. Elle recèle des prédispositions foncières, qui marquent une direction naturelle à notre activité. Dès lors, tout effort devient douloureux, non seulement lorsque par excès il nous porte au delà de la fin, à laquelle secrètement aspirent nos tendances, ou lorsque par défaut il nous laisse en deçà, mais aussi lorsqu'il aboutit à côté de cette fin. Ce n'est donc pas uniquement de l'intensité de l'acte que dépendent le plaisir et la douleur, c'est surtout de son accord, de son harmonie avec les dispositions de notre nature. Voilà pourquoi, dans l'appréciation des plaisirs, il faut tenir grand compte des tempéraments (dispositions organiques), de l'imagination (dispositions psychologiques), des préjugés, des idées préconçues, des convictions, des résolutions (dispositions morales). En un mot, l'activité devient agréable toutes les fois qu'elle est conforme à la nature de l'être qui agit.
Une telle adaptation, d'ailleurs, semble la condition nécessaire de toute émotion intense, même douloureuse. Dans l'animation d'une bataille, le soldat ne souffre guère, au premier moment, des blessures qu'il reçoit. Les expériences et les témoignages en sont nombreux : la sensation d'un coup de fouet, et parfois la difficulté de mouvoir un mend)re, voilà le premier effet que produit une balle. Plus tard seulement la douleur commence ; puis elle s'augmente au fur et à mesure que les nerfs se détendent et que la désorganisation gagne les diverses parties du corps. De mêinc, dans l'ordre purement psychologique, l'annonce brusque d'un grand bonheur ou d'un désastre ne cause tout d'abord qu'une surprise violente, qui semble paralyser la sensibilité : nous restons interdits, haletants, en apparence impassibles. Bientôt l'âme se met
au point, les associations gaies ou tristes s'éveillent, la vision de ce qui nous arrive s'accentue, s'intensifie, s'exagère parfois sous l'influence des images ; l'émotion gagne de proche en proche, ébranle l'être tout entier, s'incarne en lui pour ainsi dire. Alors, c'est l'ivresse de la joie ou le désespoir. Enfin, qui n'a tremblé après coup au souvenir d'un danger auquel il vient d'échapper et dont il s'est tiré avec un sang-froid en apparence imperturbable.
La sensibilité s'accroît donc par une sorte de rayonnement qui conquiert à l'impression reçue toutes nos énergies. Mieux se fait cette adaptation à l'état d'âme provoqué d'abord, mieux s'exerce notre pouvoir de sentir ; mais aussi, nous l'avons vu, plus notre action s'harmonise aux souhaits profonds de notre être, plus elle est agréable ; plus elle est en désaccord avec eux, plus elle est douloureuse.
Ceci nous suggère une double conclusion. D'une part, au point de vue de l'apparence au moins, la loi de conquête à l'intérieur de l'âme, le mode d'influence efficace des états sensitifs est un progrès à' assimilation. D'autre part, cette loi semble régir toute l'évolution de la vie émotive. En effet le plaisir et la joie sont, à n'en pas douter, la récompense d'une activité qui se déploie suivant sa loi de nature. Or, le plaisir et la joie u'accompagnent qu'une augmentation d'harmonie ; ils naissent avec la conscience plus ou moins vague de l'épanouissement normal de nos tendances, c'est-à-dire d'un accroissement d'adaptation, d'assimilation de nos éuergies à leur fin naturelle.
b) U image attrayante ou redoutée. — Cette recherche spontauée de l'harmonie in,térieure, source d'un sentiment de satisfaction, est de fait tellement dans l'ordre des choses, que nous en trouvons maints exemples
dans ce que M. le D^ Grasset appelle le « psycHisme inférieur «.
Si, à un sujet en catalepsie, on ferme le poing, on voit bientôt en vertu des associations habituelles la face se contracter pour exprimer un sentiment de colère, puis l'autre poing se crispe, le corps prend une position d'attaque ; par une sorte de synergie, l'état d'âme provoqué éveille, attire à lui, organise à son profit, en un mot harmonise, assimile au but qu'il poursuit toutes les ressources de l'être. Qu'on impose alors au sujet un autre état de conscience — en lui joignant les mains, par exemple, — toute son attitude ne tardera pas à se modifier, un nouveau sentiment absorbera à son tour les énergies de l'être et le préparera à la prière, l'y adaptera par un réel commencement d'action. Sous la pression de la même nécessité d'équilibre, entre ses diverses puissances, le somnambule inconsciemment effectue les mouvements qu'il imagine.
D'ailleurs, ce besoin est parfois contraignant, au point que l'homme n'arrive pas à lui résister : il est amené malgré lui à exécuter un acte qu'il redoute. C'est le cas du vertige. Je suis au sommet d'une tour et j'ai pour me tenir debout quatre fois plus d'espace qu'il ne m'en faut au niveau du sol, et cependant je ne puis m'y main,tenir... j'ai un,e tendance presque irrésistible à me jeter dans le vide.
Le fait est curieux, mais il est cent fois constaté. Il s'explique d'ailleurs facilement. L'idée du danger m'impressionne et me fait concevoir avec .une vivacité extraordinaire l'image de la chute et des mouvements musculaires qui l'accompagnent. Sous cette influence, décuplée par la crainte, mes membres accomplissent les mouvements imaginés. Le sentiment de l'équilibre qui, d'ordinaire, triomphe de telles représentations,
ne peut opposer ici qu'une résistance insuffisante et, si l'on ne me retenait, de moi-même je me précipiterais dans l'abîme. Cette tendance à assimiler le geste à l'état conçu crée de même toutes les contagions de Viniilaiion instincLwe. C'est un danger toujours à redouter par ceux qui, comme les enfants, n'ont qu'un faible pouvoir d'inhibition. Leur volonté débile n'ofîre guère d'obstacle à la réalisation des images. On connaît l'histoire de la guérite du camp de Boulogne : une sentinelle s'y était pendue à un clou... plusieurs soldats en faction au même poste l'imitèrent... il fallut, dit-on, brûler la guérite. Les séries rouges, épidémies de crimes ou de suicides, peuvent avoir la même source.
Les exemples de ce genre surabondent dans le domaine du psychisme inférieur ; ils y montrent surtout la puissance du pouvoir-moteur des images. Mais en quoi consiste ce pouvoir, sinon à entraîner l'organisme vers la réalisation con,crète de la représentation psychologique, c'est-à-dire à mettre les attitudes du corps en harmonie avec les actes de l'âme, en un mot, à façonner celui-là à la ressemblance de celle-ci. Ainsi l'expansion de la puissance de l'image se ramène à une conquête par assimilation.
c) La sympathie et Vamour. — ■ Ce mode d'influence semble plus cllicace encore dans la vie sensible pleinement consciente, où le progrès d'un état d'âme paraît toujours provoqué par une prédisposition, une similitude ébauchée, que l'être travaille à augmenter et à achever. L'amour, en efîet, y est le grand ressort de l'action. Or, aimer c'est se complaire en une perfection, c'est éprouver une joie intime à en apprécier l'excellence, c'est en quelque sorte mettre en elle le but de sa vie, parce que l'on sent en elle son âme se dilater, se grandir, épanouir ses aspirations profondes. Chaque
progrès en ce sens se marque par un accroissement de bonheur. — Mais ce contre-coup agréable, nous l'avons vu, est le signe d'une expansion harmonieuse de l'activité, la preuve d'un développement, qui répond aux inclinations naturelles de l'être. Or, ces inclinations, dont l'évolution nous rapproche de l'idéal aimé et nous fait plus semblables à lui, que peuventelles être sinon des prédispositions sympathiques, aptitudes complémentaires aux siennes ou ressemblances initiales ?
Celles-ci sorit la condition, même de la naissance d'un amour, Amicitia pares irn^enit aut facit, et de leur existence nul ne peut douter, puisque l'amour ne jaillit pas indifféremment pour tous les objets et pour toutes les personnes. Il a ses préféren,ces parfois inexplicables à qui ne voit que la surface des choses. En un mot, l'amour suppose une sorte d'inclination fondamentale, une conformation intérieure, une sympathie pour une perfection ou pour un être, en qui l'homme trouve l'achèvement, le complément, l'épanouissement de ses aspirations spontanées. De là le charme du sentiment qu'il provoque, charme qui bientôt envahit l'âme entière, attire à lui, afin de les tendre vers son objet, toutes nos énergies intimes; et de proche en proche, établit son empire par un progrès cV assimilation.
Spontanément, en effet, l'homme souhaite conquérir l'objet de ses complaisances, afin de le posséder à jamais. Il rêve de s'unir à lui, de se perdre en lui et, à défaut d'une fusion impossible, il s'efforce de se rapprocher de lui par une ressemblance chaque jour plus complète. Voilà pourquoi, qu'on le veuille ou non, on iinile ce que l'on aime : Amicitia pares... facit. Si l'aniitié suppose une ressemblance, par une influence de retour sa pratique accentue sans cesse cette resseni-
blaiice. Des hommes se rapprochent parce que leurs aspirations se complètent (1), parce que leurs, sentiments s'harmonisent, parce que leur commerce, loin, de contrarier le mouvement de leur nature, en, favorise le développement. Ils goûtent une jouissance profonde en un mutuel épanchcment. Leur vie semble s'étendre et absorber pour chacun la vie de son ami ; leurs âm€s se touchent et se mêlent au point que, selon le mot de Montaigne, on ne découvre plus « la cousture qui les a joinctes ». Tout devient commun — parfois jusqu'aux manières de penser et de parler (2) — en une assimilation aussi parfaite que possible.
d) Le désir. — Cette marche vers l'assimilation — spontanée au début de l'amour, s'accélère bien vite sous la pression du désir.
L'homme, en effet, ne se repose pas longtemps dans le doux sentiment de complaisance que lui procure le premier ravissement de l'amour. Fatalement ramené vers lui-même, il souffre de se sentir si loin de l'idéal,
(1) Cf. Saint Frantois de Sales, Traite de l'amour de Dieu, livre I, ch. VIII, cdit. Dom Mackey, t. IV, p. 48, 49 (Annecy, 1S94). « Or, il en est de même de l'amour Jiuniain, car il se i)rend quelquefois plus fortement entre des personnes de contraires qualités qu'entre celles cjui sont fort seniblaliles. . . Ainsy l'amour ne se fait pas tous jours par la ressemblance et simpathie, ains par la correspondance et proportion, qui consiste en ce que par l'unyon d'une chose à une autre, elles puissent recevoir mulwUemenl de la perfection et devenir meilleures ».
(2) M, P. BouRGET a bien observé ce phénomène d'assimilation proj^ressive, lorsque dans Le Disciple (Paris, 1889), il fait dire à Robert Greslou : « Un savant d'un rare mérite et que vous connaissez bien, M. Espinas, a expliqué ainsi que toute société est fondée sur la ressemblance. J'ai coni'lu, moi, que pour un homme, apprivoiser un animal, c'est l'amener à vivre en société avec lui, i-'est ne faire dans ses rapjiorts avec l'animal que des mouvements dont cet animal puisse se rendre compte en les refaisant, c'est lui ressembler. J'avais vérifié cette loi en constatant la mystérieuse analoti;ie de physionomie qui s'établit entre les chasseurs et leurs chiens, par exemple. Je constatai de même — et c'était le signe qu'en elTet M"^ de Jussat s'apprivoisait chaque jour un peu davantage, — que nous commencions, elle et moi, à employer dans nos phrases des expressions analogues, des tournures presque pareilles. Je me surprenais timbrant mes mots d'un accent qui ressemblait au sien et j'observais en elle des gestes qui ressemblaient aux miens. Enfin, je devenais une portion de sa vie sans c^u'elle s'en aperçut elle-même. . . » Edit. Nelson, p. 219, 220.
qui l'a charmé. Alors, il souhaite de s'élever de nouveau jusqu'à lui, de s'identifier plus pleinement avec lui, afin de retrouver et d'assurer d'une manière durable le bonheur, dont il a joui un instant. Le désir est né. Essentiellement, il est un élan vers un objet, auquel l'âme est déjà unie en imagination ; il est un effort pour rendre, malgré les obstacles qui ont fait reconnaître à l'amour son indigence, la réalité semblable au rêve entrevu ; il est un souhait de fusion totale provoqué cette fois par la conscience plus ou moins vague d'une conformité initiale avec l'objet aimé et par la conviction, forte de l'expérience antérieure, qu'augmenter cette conformité jusqu'à la ressemblance parfaite sera conquérir le bonheur. « Pour désirer, ^ écrivait Ravaisson, il faut que, sans le savoir, on se complaise par avance et se repose dans l'objet de son désir ; qu'on mette dans lui en quelque manière son bien propre et sa félicité ; qu'on se pressente en lui, qu'on s'y sente, au fond, déjà uni et qu'on aspire à s'y réunir encore « (1).
Développer une union, une identification, ou faute de mieux une ressemblance, une assimilation est donc la tâche du désir. En cela, il reprend, accentue, achève l'œuvre commencée par l'amour. Celui-ci, en effet, est rarement assez fort et assez heureux pour ne point rencontrer de résistance. Souvent mille inclinations diverses contrarient son action et le réduisent à la possession imaginaire et fugitive, à la contemplation platonique de son idéal. Mais tout change lorsque le désir intervient. S'il est intense, il ne tarde pas à s'emparer de l'hégémonie dans le monde intérieur, il annihile les tendances rebelles à son impulsion,
(1) (^f. /{ci'iic des Deux Mondes, i'-' iiov. 181U, cité par E. I^msieh, Psi/chulugic, p. .JS;5.
il synthétise les autres et confisque à son usage toutes leurs ressources. Avec une ardeur inconnue jusque là, il pousse l'être d'une manière irrésistible vers la possession réelle du bien qui l'attire. Soutenu par lui, l'hoinnie à force de pensée patiente acquiert cette science, cette vérité dont la beauté l'avait enthousisanié, il la réalise en lui, la fait sienne par une union dans laquelle il lui donne la vie. Soutenu par lui également, l'homme se rapproche de son idéal et, pour le mieux connaître et le mieux aimer, s'efforce d'en reproduire dans son âme l'image fidèle, en un mot de s^issiniiler à lui.
3. Rôle de V attention dans la i>ie éuiotwe. — Si maintenant nous cherchons comment le désir réussit à accélérer et h. rendre victorieuse de toutes les cppositicns cette marche nouvelle vers une assimilation, la psychologie nous répond que c'est grâce à V attention spontanée, dont il dispose. Celle-ci cependant n'est pas créatrice d'énergie. Elle n'est qu'un pouvoir d'inhibition qui maintient dans la conscience un phénomène sensible qu'elle eirtreprend de rendre dominateur. Que se passe-t-il alors ? En vertu de 1' « automatisme psychologique «, ce phénomène s'avive ; il éveille pour se les adjoindre toutes les énergies intérieures qui peuvent le favoriser, les utilise pour son propre développement et par là oriente l'âme entière vers la fin que poursuit le désir, l/attenticn apparaît donc déscriTiais comme un instrument d'adaptation et d'assimilation à un but. . '
La preuve expérimentale en est faite : « Lorsqu'une personne, écrit M. Biiiet, placée dans les conditions décrites plus haut (c'est-à-dire ayant la main sur une table et cachée par un écran) doit localiser une sensation de contact, elle commence par faire un elfort
d'attention, cjne l'on voit se manifester par de très légers mouvements qu'elle a une tendance à exécuter... )) (1). Il arrive même, si le contact attendu tarde à se produire, que le sujet s'illusionne et s'imagine le percevoir. Cette influence assimilatrice est plus visible encore, lorsqu'il s'agit d'un mouvement à réaliser. Dans un exercice militaire, le commandement préparatoire attire l'attention des soldats sur l'image d'un mouvement ; si le commandement d'exécution se fait trop attendre, on, les voit malgré eUx ébaucher ce mouvement. L'attention donc prédispose l'être tout entier à se mettre en harmonie avec l'état d'âme qu'elle favorise ; et sous son influence l'expansion de l'activité apparaît incontestablement comme un progrès vers l'assimilation.
11 en va de la sorte dans le domaine de la sensibilité. D'une part, l'attention peut, en se portant vers d'autres sujets, n,ous rendre incapables d'éprouver certaines émotions : on connaît le cas d'Archimède et celui de Pascal. D'autre part, elle augmente notre susceptibilité à l'égard de certaines impressions : chez le malade imaginaire, elle assimile l'état réel à l'état conçu au point de produire parfois en fait la douleur redoutée (2).
En définitive, si notre vie émotive s'exalte ou s'abaisse suivant la direction et l'intensité de notre attention ; si pour rendre efïicace l'influence d'un sentiment aimé, il sullit à l'attention de seconder notre
(1) Cf. Inlroduiiion à la psijclioluyic cxpêrimcnlalc, p. 13 (Paris, 189J).
(2) I.'attcnlion, qui semble être à la source de toute influence vraiment ellicace, opère cnirc (Iru.v (issimiliilions et son œuvre consiste à nous conduire (le l'une à l'autre. Née d'une sympathie, suscitée par une ressend)lance. une aciaplation, (jui peruieltant l'expansion ai^réahle île l'activité éveille le désir, —- elle met l'être en harmonie avec son milieu intérieur et extérieur, a lin qu'il puisse nueux en recevoir les impressions et à son tour a.<,'ir sur lui avec plus de succès.
besoin naturel d'expansion harmonieuse en adaptant nos énergies à l'objet de leurs désirs, nous soninies une fois de plus amenés à penser que l'expansion de l'activité normale, dont la joie est le signe, est régie par une loi cV assimilation.