CHAPITRE IV
Effets de la sonde à demeure.
La sonde à demeure fait subir des modifications aux divers segments de l'arbre urinaire : urètre, vessie, reins.
Son effet sur l’urètre se traduit par une régularisation du canal, en particulier dans sa partie la plus profonde.
Elle a une puissante action modificatrice sur les changements de forme et les déviations que les saillies intra-urétrales de la prostate hypertrophiée font subir à cette portion de l’urètre.
Elle est le moyen le plus sûr pour guérir les fausses routes, elle assure une garantie contre la résorption d’urines et les accidents fébriles; elle est enfin d’une grande efficacité contre les hémorragies dues aux plaies du canal.
Sous son influence, le cathétérisme devient beaucoup plus facile que précédemment.
La sonde à demeure est, en outre, le moyen le plus certain dont nous disposons pour obtenir la diminution rapide du volume de la prostate.
Chez les pro$tatiques, les phénomènes congeslifs jouant un grand rôle dans la production des phénomènes de rétention, la sonde à demeure, par cela seul qu’elle permet l'évacuation régulière, facile et complète de la vessie, amène une diminution rapide du volume de la glande.
En outre, exerçant une pression continue sur les lobes hypertrophiés, elle produit une sorte de massage qui dilate la lumière du canal à ce niveau et favorise par conséquent la
miction en réduisant le volume des obstacles à la sortie de l'urine.
Ses effets sur la vessie ne sont pas moins remarquables.
Si nous nous reportons aux lésions vésicales dans l'hyper-. trophie prostatique, nous constatons que les parois de cet organe sont hypertrophiées, qu'il y a d’abord hypertrophie simple des fibres musculaires qui se tassent en faisceaux mais son! encore indemnes, puisque plus tard la sclérose se produit.
La sonde, placée à demeure à un malade dont les lésions vésicales ne sont encore parvenues à ce second stade, met la vessie au repos. Les muscles n'étant plus en lulte contre la distension reprennent leur contractilité et au lieu d'évoluer vers la sclérose les lésions s’améliorent. En même temps, la congestion de la vessie, provoquée par les troubles circulatoires à la fois mécaniques et dynamiques que l'évacuation incomplète de la vessie détermine dans ses parois, disparaît peu à peu. [l en résulte que la pression que peut exercer le réservoir vésical sur son contenu est accrue, ce qui favorise encore l'émission de l'urine.
Contre la cystite, la sonde à demeure est non moins efficace. Elle arrête les progrès de l'infection en assurant un drainage parfait. Le pus s'écoule au fur et à mesure de sa formalion,-ce qui diminue les chances de complications.
Contre l'infection vésicale elle agit aussi d’une autre façon en décongestionnant l'organe.
L'état hbyperhémique dû aux troubles cireulatoires provoqués par la dislension disparaissant avec celle-ci, la vessie offre un terrain beaucoup moins favorable aux microbes.
Elle supprime les souffrances du malade, surtout si, pendant une assez longue période, on prend soin de ne pas évacuer totalement la vessie pour éviter les contractions douloureuses, et si on pratique lous les jours de petits lavages au nitrate d'argent ou au protargol pour modifier la muqueuse infectée.
Le drainage continu de la vessie empêchant le reflux de l'urine par l'uretère, la congeslion rénale diminue rapidement et disparaît bientôt. ;
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La polyurie cesse et les différentes épreuves et analyses faites avant et après le traitement (épreuve de l'élimination du bleu de méthylène ou carmin-indigo, dosage de l’urée dans l’urine et dans le sang, constante d’Ambard) montrent une amélioration telle que quelquefois des malades qui n'auraient pu, sans courir les plus gros risques, supporter une opération peuvent subir la prostatectomie, lorsque le traitement médical n’a pas donné tous les heureux résultats qu’on en attendait. Cette intervention est encore moins dangereuse si elle est faite en deux temps : d'abord cystotomie, puis, quelques jours plus tard, ablation de la prostate.
En résumé, l’action de la sonde à demeure sur l’urètre, la prostate et la vessie nous montre comment un malade qui précédemment était dans l'impossibilité d’uriner peut voir cesser sa rélention.
En effet, nous obtenons, d’une part, régularisation et dilatation de l’urètre; d’autre part, diminution du volume de l’obstacle prostatique, et enfin contractions vésicales accrues, toutes
choses qui favorisent la miction.
Si celle-ci ne se produit qu'incomplètement ou même pas du tout, la sonde à demeure a cependant rendu de grands services au malade en désintoxiquant Forganisme comme le prouve l'amélioration de l’état fonctionnel des reins.