‹ De l'influence que la mort du poumon exerce sur la mort du curChapitre 5 sur 9 · LÀ MORT DU CERVEÂ.U · texte numérisé non relu

LÀ MORT DU CERVEÂ.U

Nous venons de voir qne c'est en envoyant du sang noir dans les fibres charnues du cœur, en agissant peut-être sur les nerfs par le contact de ce sang, que le poumon influe, dans rasx)liixle, sur la cessation des battements de cet organe. Ce fait semble d'avance nous en indiquer un analogue dans le cerveau; l'observation le prouve indubitablement.

Quelle que soit la manière dont s'interromi)e l'action pulmonaire; que les phénomènes chimiques ou que des mécaniques cessent les uns avant les autres, toujours ce sont les premiers dont l'altération jette le trouble dans les fonctions cérébrales. Ce que j'ai dit sur ce point, relativement au cœur, est

exactement applicable au cerveau; je ne me répéterai pas. i

Il s'agit donc de montrer par l'expérience et par robseryation des maladies, que dans l'interruption des fonctions chimiques du poumon, c'est le sang noir qui interrompt l'action du cerveau, et sans doute celle de tout le système nerveux. Examinons d'abord les expériences relatives à cet objet.

J'ai d'abord commencé par transfuser au cerveau d'un animal le sang artériel d'un autre, afin que cet essai me servît de terme de comparaison pour les suivants. L'une des carotides étant ouverte dans un chien, on y adai)te un tube du côté du cœur, et on lie la portion correspondante au cerveau; on coupe ensuite la même artère sur un autre cliien; une ligature est placée au-dessus de l'ouverture à laquelle on fixe l'autre extrémité du tube. Alors un aide, qui faisait avec les doigts la compression de la carotide du premier chien, cesse d'y interrompre le cours du sang, lequel est poussé avec force par le cœur de cet animal vers le cerveau de l'autre: aussitôt les battements de l'artère, qui avaient cessé dans celui-ci, au-dessus du tube, se renouvellent et indiquent le trajet du fiuide. Cette opération fatigue peu l'animal qui reçoit le sang, surtout si on a eu soin d'ouvrir une de ses veines, pour éviter une trop grande plénitude des vaisseaux; il vit très bien ensuite.

Nous pouvons donc conclure de cette expérience,

souvent répétée, que le contact d'un sang ronge étranger n'est nullement capable d'altérer les fonctions cérébrales.

J^ai, après cela, adapté à la carotide ouverte sur un chien, tantôt l'une des veines d'un autre cliien par nn tube droit, tantôt la jngnlaire du môme par nn tube recourbé, de manière à ce que le sang noir parvînt au cervean par le système à sang rouge. L'animai qui était censé recevoir le fluide, n'a éprouvé aucun trouble dans plusieurs expériences, qui m' étonnaient d'autant plus, que leur résultat ne s'accordait point. J'en ai enfin aperçu la raison: c'est que le sang noir ne parvient point alors au cerveau. Le mouvement qui s'établit dans la partie supérieure de l'artère ouverte, et qui projette le sang rouge en sens opposé à celui où il coule ordinairement, est égal et même supérieur à l'impulsion veineuse qu'il surmonte, et dont il empêche l'effet, comme on peut le voir en ou^Tant la portion d'artère placée au-dessus du tube qui devrait y conduire du sang noir. Ce mouvement paraît dépendre et des forces contractiles organiques de l'artère, ei; de l'impulsion du cœur, qui fait refluer îe sang par les anastomoses, en sens opposé à celui qui lui est naturel.

Il faut donc recourir à un moyen plus actif pour pousser cette espèce de sang au cerveau. Or ce moyen était bien simple à trouver. J'ai ouvert, sur un animal, la carotide et la jugulaire; j'ai reçu,

clans une seringue échauffée à la température du corjjs, le fluide que versait cette dernière, et je l'ai injecté au cerveau par la première que j'avais liée du côté du cœur pour éviter l'hémorragie. Presqu'aussitôt l'animal s'est agité; sa respiration s'est précipitée; il a paru dans des étouffements anologues à ceux que détermine l'asphixie; bientôt il en a présenté tous les symptômes: la vie animale s'est suspendue entièrement; le cœur a continué à battre encore, et la circulation à se faire pendant une demi-heure, au bout de laquelle la mort a terminé aussi la vie organique.

Le cbien était de taille moyenne, et six onces de sang noir ont été à peu près injectées avec une impulsion douce, de peur qu'on attribuât au choc mécanique, ce qui ne devait être que l'effet de la nature, de la composition du fluide. J'ai répété successivement cette expérience sur trois chiens le même jour, et ensuite à différentes reprises sur plusieurs autres: le résultat a été invariable, non-seulement quant à l'asphixie de l'animal, mais même quant aux phénomènes qui accompagnent la mort.

On pourrait croire que, sorti de ses vaisseaux et exposé au contact de l'air, le sang reçoit de ce fluide (les principes funestes, ou lui communique ceux qui étaient nécessaires à l'entretien de la vie, et qu'à cette cause est due la mort subite qui survient lorsqu'on pousse le sang au cerveau. Pour éclaircir ce soupçon, j'ai fait à la jugulaire d'un

chien, une petite ouverture par laquelle a été adapté le tube d'une seringue échauffée, dont j'ai ensuite retiré le piston, de manière à pomper le sang dans la yeine, sans que l'air pût être en contact avec ce fluide. Il a été poussé tout de suite par une ouverture faite à la carotide: aussitôt les symijtômes se sont manifestés comme dans les cas précédents; la mort est survenue, mais plus lentement, il est vrai, et avec ime agitation moins vive. Il est donc possible que lorsque l'air est en contact avec le sang vivant, sorti de ses vaisseaux, il l'altère un peu et le rende moins susceptible d'entretenir la vie des solides; mais la cause essentielle de la mort est toujours, d'après l'expérience précédente, dans la noirceur de ce fl.uide.

Il i3araît donc, d'après cela, que le sang noir, ou n'est point un excitant capable d'entretenir l'action cérébrale, ou même qu'il agit d'une manière délétère sur l'organe encéphalique. En poussant par la carotide diverses substances étrangères, on produit des effets analogues.

J'ai tué des animaux en leur injectant de l'encre, de l'huile, du vin, de l'eau colorée avec le bleu ordinaire, etc. La plupart des fl.uides excrémentiels, tels que l'urine, la bile, les fluides muqueux pris dans des affections catarrhales, ont aussi sur le cerveau une influence mortelle, par leur simple contact.

La sérosité du sang, qui se sépare du caillot

dans une saignée, produit aussi la mort, lorsqu'on la pousse artificiellement au cerveau; mais ses effets sont plus lents, et souvent l'animal survit plusieurs îieures à l'expérience.

Au reste, c'est bien certainement en agissant sur le cerveau, et non sur la surface interne des artères, que ces diverses substances sont funestes. Je les ai injectées toutes comparativement par la crurale. Aucune n'est mortelle de cette manière: seulement j'ai remarqué qu'un engourdissement, une paralysie même succèdent presque toujours à l'injection. ! i^'i

Le sang noir est sans doute funeste au cerveau qu'il frappe d'atonie par son contact, de la même manière que les différents fluides dont je viens de parler. Quelle est cette manière? je ne le reckerclierai point: là commenceraient les conjectures; elles sont toujours le terme où je m'arrête.

!N'ous sommes déjà, je crois, autorisés à penser que dans l'aspldxie, la circulation qui continue quelque temps après que les 'fonctions chimiques du poumon ont cessé, interrompt celle du cerveau, en y apportant du sang noir par les artères. Une autre considération le prouve: c'est qu'alors les mouvements de cet organe continuent comme à l'ordinaire.

Si on met la masse cérébrale à découvert sur un animal, et qu'on aspldxie cet animal d'une manière quelconque, en poussant par exemx^le diffé-

rents j^^az dans sa trachée-artère, au moyen d'un robinet qui y a été adapté, ou bien seulement en fermant ce robinet, on voit que déjà toute la vie animale est presque anéantie, que les fonctions du cerveau ont cessé par conséquent, et que cejjendant cet organe est encore agité de mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement, mouvements qui sont dépendants de l'impulsion donnée par le sang noir. Puis donc que cette cause de vie subsiste encore dans le cerveau, il faut bien que sa niorb soit due à la nature du fluide qui le pénètre.

Cependant si une affection cérébrale coïncide avec l'aspliixie, la mort que détermine celle-ci est plus prompte que dans les cas ordinaires. J'ai d'abord frappé de commotion un animal; je l'ai ensuite privé d'air: sa vie qui n'était que troublée, a été subitement éteinte. En aspkixiant un autre animal <léjà assoupi par une compression exercée artificiellement sur le cerveau, toutes les fonctions m'ont paru aussi cesser un peu plus tôt que lorsque le cerveau est intact pndant l'opération. Mais éclairci ssons, par de nouvelles exi3ériences, les conséquences déduites de celles présentées jusqu'ici.

Si dans l'aspliixie le sang noir suspend, par son contact, l'action cérébrale, il est clair qu'en ouvrant une artère dans un animal qui s'asphixie, la carotide par exemjjle, en y prenant ce fluide, et l'injectant doucement vers le cerveau d'un autre animal, celui-ci doit mourir également aspîiixié, au bout de

peu de temps. C'est en effet ce qui arrive constamment.

Coupez sur un chien la trachée-artère; bouchez-la ensuite hermétiquement. Au bout de deux minutes le sang coule noir dans le système à sang rouge. Si vous ouvrez ensuite la carotide, et que vous receviez dans une seringue celui qui jaillit par Touverture, pour le pousser au cerveau d'un autre animal, celui-ci tombe bientôt, avec une respiration entrecoupée, quelquefois avec des cris plaintifs, et la rnort ne tarde pas à siu^venir.

J'ai fait une expérience analogue à celle-ci, et qui donne cependant un résultat un peu différent. Elle nécessite deux chiens, et consiste, 1°. à adapter un robinet à la trachée-artère du premier, et l'extrémité d'un tube d'argent à sa carotide; 2°. à fixer l'autre extrémité de ce tube dans la carotide du second, du côté qui correspond au cerveau; 3\ ;i lier chaque artère du côté opposé à celui où le tube est engagé, pour arrêter l'hémorragie; 4°. à laisser un instant le cœur de l'un de ces chiens pousser du sang rouge au cerveau de l'autre; S'', à fermer le robinet, et à faire ainsi succéder du sang lîoir à celui qui coulait d'abor-;].

Au bout de quelque temps le chien qui reçoit le fluide est étourdi, s'agite, laisse tomber sa tête, perd l'usage de ses sens externes, etc. Mais ces phénomènes sont plus tardifs à se déclarer, que quand on injecte du sang noir pris dans le sj^stè-

me veineux ou artériel. Si on cesse la transfusion, l'animal peut se ranimer, yi^T^e même après que les symptômes de l'asphixie se sont dissipés, tandis que la mort est constante lorsqu'on se sert de la seringue pour pousser le même fluide, quel que soit le degré de force qu'on emploie. L'air communique-t-il donc au sang quelque principe plus funeste encore que celui que lui donnent les éléments qui le rendent noir?

J'observe que pour cette expérience, il faut que le cMen dont la carotide pousse le sang, soit vigoureux, et même plus gros que l'autre, parce que l'impulsion est diminuée à mesure que le cœur se pénètre de sang noir, et que le tube ralentit d'ailleurs le mouvement, quoique cependant ce mouvement soit très sensible, et qu'une pulsation manifeste indique au-dessus du tube, l'influence du cœur de l'un sur l'artère de l'autre.

eî'ai voulu essayer de rendre le sang veineux propre à entretenir l'action cérébrale, en le rougissant artiflciellement. J'ai donc ouvert la jugulaire et la carotide d'un cMen: l'une m'a fourni ime certaine quantité de sang noir qui, reçu dans un bocal rempli d'oxygène, est devenu tout de suite d'un pourpre éclatant; je l'ai injecté par l'artère; l'animal est mort subitement, et avec une promptitude que je n'avais point encore observée. On conccic combien j'étais loin d'attendre un pareil résultat. Mais ma surprise a bientôt cessé par la remarque

suivante: une très grande quantité d'air se trouvait mêlée avec le fluide qui est arrivé au cerveau très écumeux et boursouftié. Or nous avons vu qu'un très petit nombre de bulles aériennes tue les animaux, quand on les introduit dans le système vasculaire, soit du côté du cerveau, soit du côté du cœur.

Ceci m'a fait répéter mes exj)ériences sur l'injection du sang noir, pour voir si quelques bnlles ne s'y mêlaient point, et n'occasionnaient pas la mort: j'ai constamment observé que non. Une autre dilticulté s'est présentée à moi: il est possible que le peu d'air contenu dans l'extrémité du tube de la seringue, que celui qui a pu s'être introduit par l'artère ouverte, poussés par l'injection vers le cerveau, suffisent pour en anéantir l'action. Mais une simple réflexion a fait évanouir ce doute. Si cette cause était réelle, elle devrait produire le même effet dans l'injection de tout fluide, dans celle de l'eau par exemple: or rien de semblable ne s'observe avec ce fluide.

Nous pouvons donc assurer, 'je crois, que c'est réellement par la nature des principes qu'il contient, que le sang noir, ou est incapable d'exciter l'action cérébrale, ou agit sur elle d'une manière délétère; car je ne puis dire si c'est négativement ou positivement que s'exerce son influence; tout ce que je sais, c'est que les fonctions du cerveau sont sus- X)endues par elle.

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